‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 127 sur 137 · EL · texte numérisé non relu

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peu prés égale; cependant les Potowatomies, qui tâchent de se les rendre tous les deux propices, en offrant à chacun le culte qui 11 convient, croient que le bon esprit est plus puissant que son rival. Lorsque Kitchemonedo créa le monde, il le remplit d'êtres semblables aux hommes, mais pervers et méchants, qui ne levérent jamais les yeux au ciel pour le remercier des biens qu'ils en recevaient, En voyant cette ingratitude, Kitchemonedo plongea le monde entier dans un grand lac, et tous les habitants de la terre furent noyés. Quand sa colère fut apaisée, il retira le monde des eaux et créa un jeune homme d'une grande beauté, qui devint fort triste en se voyant tout seul; Kitchemonedo, ému de cette tristesse, lui envoya, du temps qu'il dormait, une sœur qui devait charmer sa solitude et devenir sa compagne.

Après plusieurs années de bonheur et d'innocence, le jeune homme eut un songe qu'il communiqua à sa sœur : «Cinq étrangers, dit-il, viendront cette nuit frapper à ta cabane pour te voir. Le Grand-Esprit te défend de sourire et même de regarder les quatre premiers, mais quant au cinquième tu pourras lui parler et lui montrer que son arrivée te fait plaisir. » La jeune fille suivit les conseils de son frère, Le premier des étrangers qui se présenta était Usama (tabac); n'ayant reçu ancune réponse, il tomba à terre et mourut de chagrin. Le second, Wapako (citrouille), eut le même sort, qui fut également partagé par les deux autres, Eshkossimin (melon d’eau) et Kokies (haricot). Mais quand Taamin (maïs) arriva, la jeune fille ouvrit sa porte, se prit à rire et reçut affectueusement cet étranger, avec lequel elle se maria bientôt après. Usama, Wapako, Eshkossimin et Kokies furent enterrés, et sur leur tombe il poussa du tabac, des citrouilles, des melons et des haricots en quantité suffisante pour subvenir aux besoins des nouveaux mariés. De cette union naquirent tous les Indiens de l'Amérique septentrionale. C'est ainsi que le Grand-Esprit, après avoir'eréé l’homme, lui fournit les moyens de fumer en l'honneur des manitous, et de varier sa nourriture en remplaçant parfois la viande des animaux sauvages par d'excellents légumes.

La religion des Selishs est à peu près nulle ; néanmoins ils ont une idée vague de l'Étre suprême et lui adressent à leur manière un culte, fort restreint il est vrai, mais ostensible. Leurs cérémonies religieuses sont insignifiantes et consistent principalement en quelques jongleries superstitieuses pratiquées sous la direction des Lommes-médecines. Une

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de ces cérémonies est appelée Sumash; elle se célèbre de temps en temps pour faire revenir l'esprit de l'homme, que les Selishs considèrent comme distinet du principe de vie, et qui peut s’en aller dans d'autres régions sans causer la mort de celui à quiil appartient, Comme les Sahaptins, ils ont plusieurs traditions puériles ayant rapport aux phénomènes naturels que l’on voit dans le pays qu'ils habitent. Pour les uns comme pour les autres, le loup des prairies reçoit les honneurs de la divinité ainsi que plusieurs autres animaux, sans être l'objet d'un culte particulier.

Les tribus voisines de l'embouchure du Colombia admettent aussi l'existence d'un esprit bienfaisant tout-puissant et créateur de toutes choses, Outre cet esprit supérieur, qu'on se rend favorable par les sacrifices annuels des premiers fruits, de la chasse et de la pêche, il existe aussi un autre esprit inférieur qui habite le feu, et que ces Indiens redoutent beaucoup. Comme ces tribus sont avec les peuplades de la Californie et du Grand Bassin les plus ignorantes et les plus dégradées des déserts, il est très-important de constater que pas une seule d'entre elles n’est athée, et que toutes croient à un être supérieur, créateur de l'univers.

Les Sacs et Renards ont deux traditions qui se rapprochent beaucoup du récit mosaïque sur la création de l'homme et la confusion des langues. Ces Indiens racontent que le Grand-Esprit créa premièrement deux hommes avec de la terre; mais s’apercevant que son œuvre était insuffisante pour le but qu'il se proposait, il prit de chaque homme une côte et en forma deux femmes. Cest de ces deux couples que dériva la race indienne. Dans le commencement des temps tous les hommes ne formaient qu'une seule et grande nation; mais étant devenus mauvais, le Grand-Esprit les visita et leur enseigna différentes langues, ce qui amena une telle confusion permi eux, qu'ils furent obligés de se séparer et de former les diverses tribus qui existent encore.

Les Indiens du Nouveau-Mexique tolèrent des églises catholiques dans leurs pueblos ; beaucoup même sont chrétiens ou du moins baptisés, mais ils préfèrent le culte de Montézuma à tout autre, et le professent en secret lorsqu'ils ne peuvent pas s’y livrer en public. Les Zuñis n'admettent pas les Mexicains à leurs cérémonies mystiques ; ils les empêchent d'assister à leurs danses religieuses sur la place publique et aux réunions mystérieuses qui ont lieu dans les estu/as.

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Les caciques des Zuñis sont prêtres et gouverneurs en même temps l'un d'eux est souverain pontife; son devoir est d'oflicier devant les divinités des eaux si vénérées et si nécessaires aux populitions du Nouveau-Mexique. Avant de sacrifier à l'esprit des eaux, le pontife cherche sur le versant des collines des baguettes qu'il tire d'un certain arbre, puis il les coupe en petits morceaux et les ovne de plumes, A chacun de ces morceaux il attache quatre plumes de dinde, quatre plumes d'aigle et quatre plumes de canard; ensuite 1 eloisit un endroit sacré et plante en terre les petites baguettes, après les avoir réunies par des liens végétaux. Ceci est un rite, une espèce d'invocation à Montézuma et aux divinités inférieures des eaux, telles que les grenouilles, les tortues et les serpents à sonnettes, à l'effet d'obtenir de la pluie, Le Grand- Esprit, en conséquence de cette cérémonie, manque rarement de faire pleuvoir sur les terres desséchées des Indiens, afin que le sol ainsi humecté puisse produire de bonnes récoltes sans le secours de larrosement artificiel,

Les Navajos, comme les Zunis, croient à l'existence du Grand-Esprit, créateur de Punivers qu'il gouverne avec sagesse, et juge intègre des

actions du genre humain, qui seront pesées, récompensées ou punies

immédiatement après la mort, Les Navajos sacrifient à l'Étre suprême de la viande et de la farine pour en obtenir des grâces particulières et de bonnes fortunes ; ils construisent également pour leur culte des eutels de pierre ornés de bâtons et de plumes. Pour ces Indiens le soleil, la lune et les étoiles sont sucrés, comme étant le principe des saisons de la pluie et du beau temps; mais ils n'invoquent point Montézuma comme les Zuñis pour en obtenir des faveurs spéciales, et leur tradition ne fait même pas mention de ce divin législateur, Les Navajes ne mangent jamais du pore, lors même qu'ils ont faim; il en est de mône de la viande de l'ours, pour lequel ils professent une profonde vénération et qu'ils re tuent dans aucune circonstance. Montézuma est inconnu des Mojaves, et pourtant ce personnage parait être identifié dans la personne de Mat-e-vil, créateur du ciel et de la terre, qui demeura pendant quelque temps parmi les hommes et s’en retourna vers lorient au delà des grandes eaux, après avoir promis à son peuple de revenir et de demeurer toujours avec lui. Des

voyageurs américains ont cru voir dans Mat-e-vil une idée confuse

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de Jésus-Christ; quoiqu'il soit très-difficile de connaitre la vérité sur ce sujet, nous pensons que toutes ces peuplades ayant été évangélisées par des missionnaires ‘peu après la conquête de Coronado, il est très-possible que les enseignements catholiques aient modifié les traditions indiennes, et qu'actuellement le Christ et Montézuma soient confondus dans l'esprit de ces populations.

Avant d'entrer dans des détails sur ces cérémonies superstiticuses des Peaux-Rouges, nous compléterons nos récits sur les rapports des humains avec les esprits célestes par une légende singulière assez peu connue,

Un vieil Ojibbeway, de la tribu du Castor, vivait, sur le bord du lac Huron, avec sa femme et un fils unique, remarquablement beau, appelé Onowutakuto (celui qui prend les nuages). Ses parents, très-fiers de cet enfant, espéraient le Voir devenir un grand guer. +. Quand il fut en âge de preparer son sac de médecine, il quitta sa loge et alla dans les bois, où il eut un songe, dans lequel il vit une jeune fille très-belle, du nom de Némissa, descendre des nuages et s'approcher de lui. Alors la belle enfant lui dit: «Onowutakuto, je suis venue pour toi : suis-moi, » Celui-ci obéit, et se sentit aussitôt monter au-dessus des arbres, des montagnes, des nuages, et enfin il arriva près du firmament, qu'il traversa par un petit trou pratiqué dans la voûte azurée. Tout à coup il se trouva avec sa compagne au milieu d’une immense et magnifique prairie sans horizon, Un chemin conduisait à travers des fleurs odoriférantes vers une loge splendide; Onowutakuto y entra à la suite de son guide. La loge était divisée en deux parties : dans lune il y avait des ares, des flèches, des armes et des tomahawks ornés d'argent; dans l'autre on voyait toutes scrtes de choses à l'usage des femmes : c'était l'appartement de la mystérieuse conductrice de lOjibbeway. À peine furent-ils entrés, que Némissa lui dit : « Mon frère arrive, il faut que je te cache; » puis elle le mit dans un coii, et placa sur lui une écharpe de différentes couleurs qu’elle portait ordinairement autour des reins. Le frère arriva, en effet, peu après; il était richement vêtu, et brillait comme s'il avait été recouvert de plaques d'argent. Il prit une belle pipe, se mit à fumer et dit à sa sœur : « Némissa, quand changeras-tu ta manière de vivre? As-tu oublié que le Grand-Esprit t'a défendu de prendre les enfants de la terre? Peut-être tu t'imagines avoir caché Onowutakuto ; mais est-ce

que j'ignore son arrivée? si tu ne veux pas nr'offenser, renvoie-le de suite, » Et, s'apercevant que sa sœur ne voulait pas lui obéir, il dit au jeune homme : « Sors de ta cachette, promène-toi et amuse-toi, car tu prendras faim si tu restes à la même place, » Onowutakuto se voyant découvert s'empressa de sortir de dessous l'écharpe; puis, ayant recu du frère de Némissa une pipe rouge, un are et des flèches, il fut considéré comme légalement marié à celle qui l'avait enlevé de ce bas monde pour le transporter dans les régions éthérées,

L'Ojibbeway trouvait tout magnifique, bon et beau; autour de lui, des fleurs couvraient li plaine, leurs parfums embaumaient Fair; des ruisseaux, d'une eau pure et transparente comme le cristal, marmuraient doucement de toutes parts; des arbres, d'un vert tendre et d’une forme merveilleuse, croissaient çà et là, comme plantés par une main intelligente; des oiseaux chantaient dans les branches où dans les airs des mélodies joyeuses; des animaux très-extraordinaires et d’une forme gracieuse se promenaient sur le gazon; mis des êtres humains, it n'en voyait nulle part, Au bout d'un certain temps il remarqua que tous les matins le frère de Némissa partait et ne revenait que le soir, Onowutukuto voulut savoir ce qu'il faisait, et, un jour, il lui demanda la perinission de l'accompagner dans sa course; celui-ci le lui permit, et tous les deux se mirent en route immédiatement, Ils marechèrent pendant plusieurs heures dans une interminable prairie, semblable à un océan de verdure : alors Onowutakuto, peu endurcei aux fatigues de ce genre, sentit la faim lui tirailler l'estomac, et demanda à son compagnon s’il ne pourrait pas bientôt manger. « Patience, lui fut-il répondu, attends un peu, et nous serons bientôt à l'endroit où j'ai l'habitude de prendre mes repas, et tu verras comment n'est envoyé mon diner, »

Eufin, après une longue course, ils arrivèrent dans un lieu où se trouvaient de belles nattes sur lesquelles ils se repostrent, À côté des nattes il y avait un trou à travers lequel on pouvait voir tout ce qui se passait sur la terre, Onowutakuto se mit à regarder par le trou, et vit au bas les grands lacs et les villages des Indiens ; il apercut des guerriers allant au combat, d'autres qui dormaient; plus loin, des jeunes gens qui jouaient à la balle sur une verte pelouse; et près d’une rivière, des lilles et des femmes qui coupaient des jones pour faire des nattes.

Le frère de Némissa fit remarquer à son compagnon un groupe d’en-

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fants qui s'amusaient au milieu d'un village, et parmi eux se trouvait un joli garçon auquei il jeta quelque chose, L'enfant tomba aussitôt à terre et fut transporté à moitié mort dans une cabane voisine, Les Indiens s'assemblerent et prièrent en chantant pour que la vie de l'en faut fût épargnée, L'auteur de cet accident ordonna, du haut du ciel, le sacrilice d'un chien blane, Les parents du petit moribond firent venir de suite les, Aonunes-médecines, qui se réunirent et commenctrent la cérémonie, Le chien fut tué, rôti, et placé sur un plat, Alors les hommesmédecines se mirent à crier : & Nous l'envoyons ceci, grand manitou, ne laisse pas aller cet enfant dans le pays des ombres, et rends-lui la santé, » Le plat s'envola immédiatement dans les airs et servit de diner à Onowutakuto et à son compagnon qui lui dit: « Vous avez parmi vous bien des hommes que vous croyez très-habiles, mais ce m'est que parce qu'ils écoutent ma voix, Lorsque je frappe quelqu'un par une maladie, ces hommes engagent le peuple à recourir à moi, et lorsqu'on me fait quelque sacrilice, je retire aussitôt ma main du malade, et il recouvre la santé, » Là, Onowutakuto revint souvent au mème endroit, mais il finit par s'ennuyer de la vie tranquille qu'il menait par-dessus les nuages; il pensait à sa funille, à ses amis, et pria sa femme de le laisser retourner sur terre, Après bien des difficultés, celle-ci y consentit, et le congédia en lui disant : «Puisque tu préfères les ennuis, les misères et la pauvreté du monde aux douces félicités du ciel, je te reconduirai dans ton village; mais rappelle-toi que tu es toujours mon mari, je puis te rappeler ici quand je voudrai, mon pouvoir sur toi ne diminuera jamais, et surtout prends garde de ne jamais te marier, sans quoi tu sentiras tout le poids de mon ressentiment, » Un moment après Onowutakuto s'éveilla et se trouva couché sur l'herbe près de la cabane de son père; sa mère lui dit qu'il avait été absent pendant un an, et, quoiqu'un tel changement lui part d’abord très-triste et misérable, il ne tarda pas à oublier les avertissements de son épouse, et se maria avec une belle et jeune femme de sa propre tribu; mais au bout de quatre jours elle mourut, Onowutakuto se remaria une autre fois, mais il disparut peu de jours après son nouveau mariage, et on n'entendit plus parler de lui, on ne sut jamais ce qu'il était devenu.

Les Aommes-médecines que nous avons souvent nommés et sur lesquels nous n'avons encore donné que peu de détails sont des sortes de

prêtres, de médecins et de charlatans qui prétendent guérir les maladies, expliquer les augures et prédire les événements. Ils se disent inspirés par les esprits, ils pratiquent des pénitences très-rigoureuses, se mutilent et jetinent par mortification, possèdent des charmes et des secrets qui les rendent très-puissants ; ils président à toutes les cérémonies religieuses et dirigent les danses et les chants, La ruse, la fourberie, l'adresse, un peu de savoir et beaucoup de jongleries font toute la base de leur renommée, Le respect qu'on a pour eux diffère de celui des autres dignitaires en ce que la crainte y entre pour beaucoup; on les regarde comme des oracles, mais on ne les admire pas comme les guerriers et les sachems,

Les hommes-médecines ont beaucoup de foi dans la météorologie; ils observent de la manière la plus minutieuse la forme et la couleur des nuages, leur volume, leur direction et leur position relative avec le soleil ou l'horizon ; ils déduisent de toutes ces observations des augures, qu'ils croient devoir se vérilier indubitablement, et souvent, sur la foi de pareilles remarques, ils prédisent longtemps d'avance des événements importants. De mème que les autres Indiens, ils donnent une attention sérieuse aux songes qu'ils interprètent le plus naturellement possible et au vol des oiseaux. Les oiseaux carnassiers sont regardés comme des précurseurs de la guerre ; leur vol indique le temps et le lieu où doivent se livrer des batailles futures; leurs courses aériennes ne sont autre chose que des messages qu'ils portent vers l'esprit des combats. Les chants guerriers des sauvages, on se le rappelle, sont remplis d'images énergiques tirées du caractère et des inclinations de tous les oiseaux de proie, mais surtout de l'aigle et du faucon. Il ne se passe pas de jour dans une famille indienne où l’on ne s’entretienne des augures et des rûves, D'après eux, les bons rêves viennent d’un esprit qui les aime et qui vient leur donner par ce moyen de bons conseils ; les mauvais rêves, au contraire, sont voujours des avertissements secrets d’un malheur qui menace ces pauvres créatures, que l'ignorance et la superstition rendent craintives et inquiètes.

Parmi les coutumes superstitieuses les plus usitées dans les tribus adonnées à l’agriculture, nous devons citer celle qui a pour but d'attirer la pluie. Lorsque la sécheresse menace de détruire la récolte de maïs, les femmes vont prier les ommes-médecines de faire tomber l’eau du ciel; ceux-ci, qui doutent un peu de leur puissance et craignent éga-

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