‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 131 sur 137 · EDG RURALE NES AT SEE · texte numérisé non relu

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le Midi, jouissant d'un climat délicieux et d’un printemps perpétuel. Les prairies de cette terre promise sont remplies d'arbres, de fleurs, de verdure; les buffles et les chevreuils s'y promènent en quantité; on les tue facilement et sans verser de sang, La chair de ces animaux est d'une saveur particulière; elle donne le bien-être et le bonheur à ceux qui s’en nourrissent. L'enfer, au contraire, est une terre du Nord, froide, déserte et toujours couverte de glace ou de neige; ceux qui sont condamnés à l'habiter souffrent le froid, la faim, la soif, et toutes sortes de tortures inimaginables.

Les Chactas comme les autres Indiens croient que leur esprit après la mort vivra dans une nouvelle condition, et qu’il aura un grand voyage à faire du côté de l'Ouest en se séparant du corps, qu'il lui faudra traverser un torrent rapide et profond, qui coule au pied de deux montagnes très-élevées et très-escarpées. Au-dessus de ce torrent se trouve un pont fait d'un seul sapin, sans écorce, très-glissant, et sur lequel l'esprit du mort doit passer : sur la rive opposée il y a six personnes qui jettent continuellement des pierres à tous les passants afin de les faire tomber. Les bons esprits marchent d'un piea sûr malgré ces obstacles, et urrivent sans difficulté dans de belles prairies où les arbres sont toujours verts, le ciel sans nuages, les brises douces et fraîches, où les fêtes et les réjouissances se succèdent sans interruption, et dans lesquelles les habitants ne deviennent jamais vieux, mais vivent toujours jeunes et heureux. Les méchants, au contraire, en voulant éviter les pierres qu’on leur jette, trébuchent et tombent dans le torrent, dont l’eau est infectie par des poissons et des animaux morts depuis longtemps; les eaux impétueuses se brisent contre les rochers, elles entrainent les malheureux au milieu de crapauds et de serpents qui les déchirent, et comme de nouveaux Tantales ils ne peuvent ni se désaltérer, ni se rassasier, ni mourir; toujours malades, ils roulent sans cesse au fond du gouffre où le soleil ne luit jamais, mais d’où néanmoins ils apercçoivent les belles prairies vers lesquelles ils ne peuvent aborder, et dont la vue augmente leurs supplices. Les Delawares ont de la vie future une autre idée, qui fait honneur à leur poétique imagination : ils assurent que le pays où les âmes des bons Indiens vont habiter après la raort est une île d’une beauté ravissante et d’une grande étendue.

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sommet de cette montagne se trouve la demeure du Grand-Esprit, De là il contemple à la fois toute l'étendue de son vaste domaine, les cours des mille fleuves et des rivières, qui s'étendent comme autant de fils transparents, les forêts ombragées, les plaines émuaillées de fleurs, Le lacs tranquilles, qui reflètent sans cesse les rayons bienfaisants &'un beau soleil. Les oiseaux du plus beau piumage remplissent ces forêts de leurs douces mélodies. Les animaux les plus nobles, les buffles, les cerfs, les chevreuils, les cabris, les grosses cornes, paissent paisiblement et en bandes innombrables dans ces riantes, belles, abondantes plaines. Les lacs ne sont jamais agités ni par les vents, ni par la tempête; la vase ne se mêle point aux eaux limpides de ces rivières. Les oiseaux aquatiques, la loutre, le castor et les poissons de toute espèce y abondent. Le soleil éclaire toujours le pays de la vie, un printemps éternel y règne. Les âmes bicnheureuses qui y sont admises reprennent toutes leurs forces et sont préservées de maladie ; elles ne sentent pas de fatigue à la chasse ni aux autres exercices agréables que le Grand- Esprit leur accorde, et n’ont jamais besoin de chercher le repos.

Le Youn-i-un-guch, au contraire, qui environne le pays de la vie, est une eau profonde et large ; elle présente à la fois une suite affreuse de cataractes et de gouffres, où le bruit incessant des flots est épouvantable. Là, sur un immense et rude rocher qui s'élève au-dessus des vagues les plus hautes et les plus turbulentes, se trouve la demeure du Mauvais-Esprit. Comme un renard aux aguets, comme un vautour prêt à fondre sur sa proie, Wäka-Cheëka veille sur Le passage des âmes qui mène au pays de la vie. Ce passage est un pont si étroit qu'une seule âme à la fois est capable de le passer. Le Mauvais-Esprit se présente sous la forme la plus hideuse, etattaque chaque âme à son tour. L'âme lâche, indolente, trahit aussitôt sa bassesse et se prépare à la fuite; mais, au même instant, Cheëka la saisit et la précipite dans le gouffre ouvert, qui ne lâche jamais sa victime.

Une autre version ‘it que le Grand-Esprit a suspendu une grappe de belles baies rouges vers le milieu du pont des âmes, pour éprouver la vertu de ceux qui le traversent dans leur voyage au pays de la vie. Le sauvage actif et infatigable à la chasse, le sauvage courageux et victorieux à la guerre, n’est point attiré par la vue de la grappe; il continue sa marche sans y faire attention. Le paresseux et lâche, au contraire,

tenté par la beauté des baies, s'arrête et étend la main pour les saisir : mais aussitôt la poutre qui forme le pont s'affaisse sous ses pas; il tombe et se perd à jamais dans le gouffre ouvert pour le recevoir, Une

légende très-répandue : ‘si les peuplades du Nord sur l'{e des Bienheureux nous donne une idée du paradis des Indiens, Cette légende

possède une morale si simpie et si touchante, que nous croyons devoir la reproduire ici dans toute sa riche et poétique naïveté,

Un jeune chasseur algonquin, distingué par ses qualités héroïques, sa beauté mâle et sa noule fierté, vit mourir sa fiancée le jour même où il devait l'épouser. Il avait donné dans les combats des preuves de son bouillant courage, etles guerriers de sa tribu admiraient son intrépidité; mais son cœur ne put supporter la perte cruelle qu'il venait d'éprouver. Depuis le jour fatal qui lui ravit ses plus douces espérances, il n'y eut pour lui ni joie, ni repos. Souvent il allait visiter la tombe chérie et demeurait ainsi des journées entières abimé dans sa douleur amère. Ses parents et ses amis l’engageaient à se distraire par la chasse et la guerre; mais la chasse et la guerre avaient perdu pour lui leur attrait, et son tomahawk et ses flèches restèrent ensevelis dans l'oubli.

Ayant entendu dire par les anciens du village qu’il existait un sentier qui conduisait dans le pays des âmes, il résolut de le suivre pour aller chercher celle qu'il pleurait. I partit un matin tout seul, et se dirigea vers le Sud, sans être autrement guidé que par la tradition. Pendant longtemps il ne s'aperçut d'aucun changement dans la nature : les montagnes, les vallées, les forêts et les rivières ressemblaient à celles qu'il avait parcourues auprès des tombeaux de ses pères. La veille de son départ il était tombé une épaisse couche de neige sur terre; mais, à mesure qu’il avançait, cette couche s’amincissait et finit par disparaître; les arbres devénaient verts, les forêts gaies et souriantes , l'air tiède et pur; le ciel sans nuages ressemblait à une vaste prairie bleue suspendue sur sa tête; des fleurs admirables embaumaient l'espace, et les oiseaux chantaient leurs plus mélodieuses chansons. A ces signes le bel afiligé reconnut qu'il était dans le bon chemin. Ayant enfin rencontré uu joli sentier, il le suivit, et, après avoir traversé un bosquet, il arriva devant une cabane située sur le haut d’une colline. A la porte de l’habitation se trouvait un vieillard à cheveux blancs et dont les yeux quoique enfoncés brillaient comme du feu. 1] était revêtu d’un manteau

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de peaux de cygne négligemment jeté sur ses épaules, et dans ses mains il tenait un long bâton, Le chasseur commenca le récit de son histoire ; mais avant d'avoir eu le temps de prononcer dix paroles, il fut interrompu par le vieillard, qui lui dit: «Je vous attendais pour vous introduire dans ma cabane, Celle que vous cherchez a passé par ici depuis quelques jours; et comme elle était fatiguée de son voyage, elle s’est reposée chez moi, Entrez, asseyez-vous, ct je vous indiquerai le chemin que vous devez prendre pour revoir votre fiancée, » Quand le jeune guerrier fut remis de ses fatigues, le vieillard le fit sortir par une autre porte et lui dit : Voyez-vous là-bas, là-bas, au delà de ce golfe, une prairie? C’est l’île des Bienheureux, vous êtes ici sur ses confins, et ma cabane en est l'entrée; mais avant de partir vous devez déposer ici vos armes, votre chien et votre corps. À votre retour vous les reprendrez, »

Le voyageur se sentit aussitôt devenir d’une légèreté extrême; ses pieds effleuraient à peine le gazon et semblaient être devenus des ailes. Ce changement subit paraissait s'étendre aux objets qui l'environnaient: les arbres, le feuillage, les fleurs, les lacs et les ruisseaux resplendissaient d’une lumière extraordinaire. Les animaux bondissaient autour de lui avec une confiance qui lui prouvait que l’on avait chassé dans ces campagnes. Les oiseaux de toutes les couleurs chantaient des mélodies inconnues ou se baignaient dans l’eau pure des lacs et des rivières. Mais ce qui l’étonna plus que tout cela, ce fut de voir qu'il marchait librement à travers les massifs d'arbres et de verdure sans êtr: arrêté par tous les objets qui barraient son passage ; alors il compri que les choses qu'il voyait n'étaient que des images, des apparences du monde matériel, et qu'il se trouvait dans le séjour des âmes et des ombres.

Après avoir marché une demi-journée dans ce séjour enchanté, ilarriva sur les bords d’un lac immense, au milieu duquel il vit l'ile des Bienheureux. Au rivage état attaché un canot fait d’une seule pierre blanche et brillante comme du cristal; il se jeta dedans, et, saisissant les avirons, également en pierre fine et cristallisée, il se mit à ramer vers l'île; mais quelle ne fut pas sa joie lorsqu'il aperçut tout à coup sa jeune et belle fiancée entrer dans un :squif semblable au sien, imiter tous ses mouvements et voguer de concert avec lui! À mesure qu'ils avançaient, les vagues s’élevaient écumantes et semblaient vouloir engloutir les deux nautonniers, ruis elles s’évanouissaient pour se reformer de nouveau

menaçantes comme auparavant, C'est ainsi que les deux amants passaient continuellement de la crainte à l'espérance, et ce qui redoublait leur frayeur, c'est que la transparence de l’eau leur permettait d'apercevoir au fond du lac les ossements entassés d'une multitude de naufragés qui avaient péri en faisant la même traversée,

Le maitre de la vie avait toutefois décrété que les deux voyageurs arriveraient sans accident, parce que les pensées et les actions de l’un et de l’autre avaient toujours été bonnes et qu'ils avaient vécu dans l'innocence. Mais ils en virent beaucoup d’autres moins heureux qu'eux lutter en vain contre les flots et tomber dans les abimes.

Enfin nos deux fiancés mirent pied à terre dans l'ile fortunée; ils respiraient avec délices l'air embaumé qui les fortifiait comme un aliment céleste, Ils se promentrent ensemble sur des pelouses toujours vertes et remplies de fleurs sur lesquelles on marchait sans les flétrir. Toute la nature dans cette île enchanteresse avait été disposée par le Grand-Ksprit pour charmer les âmes innocentes qui devaient l'habiter. Là, le froid, la chaleur, la tempête, la neige, la faim, les pleurs, les tombeaux et la guerre étaient inconnus. On chassait les animaux pour s'amuser, mais on ne les tuait pas. Aussi, notre guerrier serait-il resté éternellement dans ces lieux avec sa fiancée, si le maître de la vie ne lui eût donné l'ordre d'aller dans son pays pour y finir sa carrière mortelle. Il ne vit pas celui qui lui parlait, mais sa voix se faisait entendre comme le murmure gracieux de la brise, et lui disait: « Retourne sur la terre natale d’où tu es venu. Le temps d’habiter cet heureux séjour n’est pas encore arrivé pour toi. Les devoirs pour lesquels je t'ai créé ne sont pas encore accomplis. Retourne vers ton peuple et donne-lui l'exemple d’un homme vertueux. Tu seras pendant longtemps le chef de ta tribu. Tes devoirs te seront enseignés par le messager qui garde l'entrée de cette île; il te rendra ton corps et ce que tu as laissé dans sa cabane. Écoute-le, et tu reviendras un jour rejoindre l'esprit que tu es venu voir et que tu es obligé de laisser derrière toi. Elle restera toujours ici jeune et plus heureuse que lorsque je la rappclai du pays des neiges. »

C’est par de semblables légendes que les Indiens ont su embellir le dogme de la rémunération et lui donner toute la puissance et tous les attraits qu’une loi abstraite n’aurait pas eus sur des imaginations aussi vives que celles des Peaux-Rouges. C’est aussi pourquoi le catholicisme

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