‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 135 sur 137 · RUES AR A AGA TEA RO ESS · texte numérisé non relu

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un agent aux chels de Ja tribu qui les possédait, afin de les engager à conclure ce marché, Ces îles sont couvertes de bois et très-riches en gypse ou plâtre de Paris. L'agent officiel ayant fait remarquer aux Ottowas que le motif de cet achat était l'exploitation des carrières de gypse, et que le gouvernement ne se souciait ni du sol, ni des arbres, un des chefs répondit alors : « Si le président n'a pas besoin du sol et des arbres, nous les garderons et lui laisserons prendre autant de plâtre qu'il voudra, »

Pourtant, pour être juste, nous devons dire que lorsque le gouvernement américain commença l'achat des territoires indiens et l'expatriation de leurs anciens propriétaires, ceux-ci avaient à peu près cessé de trouver dans la chasse un moyen suffisant de subsistance. Gette vente ne fit donc en réalité qu'un tort relatif à plusieurs tribus, et si les moyens de coercition employés par les agents officiels avaient toujours été contenus dans les limites d’une pression non entachée d'inhumauité, nous ne pourrins blâmer le gouvernement d’avoir forcé les tribus pauvres à chercher ailleurs une subsistance qu’elles ne trouvaient plus dans les contrées que la civilisation entourait de toutes parts et voul. exploiter ; on pourrait peut-être même l’excuser de les avoir obligées de vendre (moyennant une rente annuelle) plus de quatre cent cinquante millions d’acres de terres fertiles que l’incurie indienne laissait incultes, Mais le gouvernement a eu le tort grave que les amis de l'humanité lui ont'reproché, même au sein du sénat : 1° d’avoir cédé à l’injustice des législatures des différents États de l’Union, qui décrétèrent l'expulsion des tribus agricoles pour s'emparer de leurs terres; 2° d'avoir employé des procédés fort peu philanthropiques pour exiler toutes ces tribus, et de n'avoir pris aucune précaution sérieuse pour transporter en masse les Indiens à des distances énormes; de sorte qu'hommes, femmes et enfants mouraient par centaines en route par suite des fatigues, des souffrances et des privations de tous genres. Nous donnerons une idée des manœuvres déloyales pratiquées par les commissaires américains pour déposséder les Indiers et les chasser du pays qu’ils occupaient, en esquissant quelques particularités sur le dépouillement des Creeks opéré par l'entremise d’un de leurs chefs nommé William M° Intosh.

En 1825, le gouvernement des États-Unis, voulant satisfaire l'État de la Géorgie, résolut de s'approprier une grande partie des terrains encore

602 VOYAGE PITTORESQUE occupés par les Creeks. M°Intosh et quelques autres membres de la nation penchaient en faveur de la concession, mais la grande majorité de ses concitoyens ne voulurent pas en entendre parler. Les commissaires de la législature géorgienne, connaissant la disposition des esprits, organisèrent hâtivement une assemblée de chefs dans un endroit appelé Indian-Spring. Dans cette imposante réunion un des chefs se leva, et s'adressant aux commissaires, il leur dit : « Nous vous avons déjà vus à l'Arc-Brisé, et nous vous avons dit que nous n'avions point de terres à vendre, Alors, comme à présent, je n'ai point entendu de plaintes s'élever contre ma nation. Appelés en toute hâte, nous sonmes venus vous trouver, mais nous ne croyons pas que les chefs qui sont ici aient aucune autorité pour traiter avec vous. Le général M‘ Iutosh sait que nous sommes liés par nos lois, et que tout ce qui ne se fait pas sur notre place publique dans un conseil général ne lie pas la nation. Je suis donc obligé de vous répéter comme à l'Are-Brisé que nous n'avons point de terres à vendre, Il ne se trouve ici que peu de membres des villes supérieures et beaucoup manquent des villes basses. Le général M° Intosh sait qu'aucune portion de nos terres ne peut être vendue sans un grand conseil et sans le consentement unanime de toute la nation, et si une partie de la nation désire quitter le pays, elle ne peut vendre les terres qu’elle possède et qui reviennent à la nation. Voilà la seule chose que j'avais à vous dire, et maintenant je retourne chez moi.» Les commissaires, ne se donnant pas pour battus, dirent à M° Intosh et à ses compagnons que les Creeks étaient suffisamment représentés par eux, et l'idée de se partager entre eux seuls toute la somme que le gouvernement destinait à l'achat des terres décida les Indiens à traiter avec les commissaires. Treize chefs seulement signèrent la conces sion ; les autres, plus ou moins inconnus, étaient des gens d'un rang inférieur et d’ur caractère méprisable. Trente-six chefs présents refusèrent de signer. Ce traité d’Indian-Spring, daté du 8 janvier 1821, répaudit l'inquiétude partout, et de ce jour M° Intosh perdit sa popularité. Plus tard on eut des prauves écrites qu’il avait été payé par les blancs pour leur vendre l'héritage de sa nation. Les Indiens se réunirent pour le juger, et décrétèrent que la loi lui serait appliquée; cent guerriers furent choisis pour l'exécution, et le 4° mai 1825 ils allèrent chez lui, mirent le feu à su maison, et le fusillèrent au moment où il en sortait.

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