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lé dans le Nouveau-Mexique, et parsemé de piquets qui servaient à indiquer aux voyageurs les localités où l'on pourrait trouver de l'eau.
La longueur approximative de ce plateau est de trois cent trente-cinq kilomètres’et sa largeur de deux cent soixante-dix kilomètres, Il s'étend depuis la Canadienne jusqu'au Rio Pecos et au Rio Grande dans le Texas, entre le 32° et le 37° degré de latitude nord et du 101° au 104° de longitude ouest, Sa superficie est de quarante mille kilomètres carrés et sa hauteur au-dessus du golfe du Mexique est d'environ mille mètres. Les bords du Llano Estacado sont escarpés, presque perpendiculaires, blancs comme la neige et légèrement recouverts de broussailles et de cèdres nains; de loin on dirait une immense falaise de marbre ou d’albâtre veiné, dominant l'océan des prairies. Au nord on admire un rideau de forêts de cèdres, mais partout ailleurs on ne rencontre pas un seul arbre, excepté dans quelques ravins. On a pensé que les vents du sudouest empêchaient la croissance de toute végétation dans ces parages ; mais les longues sécheresses, la nature du sol et l'habitude qu'ont les Indiens de mettre annuellement le feu aux prairies, expliquent bien mieux cette aridité que la violence des vents.
Le Llano Estacado est très-riche en fossiles de formation jurassique ou crétacée. Ce pays est entièrement inhabité, l'absence d’eau le fait fuir des hommes et des animaux, les sauvages eux-mêmes s’y aventurent arement. Quelques antilopes, des chiens de prairies, des lézards, des grenouilles à cornes et à queues (phrynosoma platyrrhinos, ph. cornutum), des serpents à sonnettes, des tarentules et des scorpions sont à peu près les seuls habitants de ces régions élevées, dont le climat est cependant très-doux et l'air excellent. Un fait digne de remarque, c'est que les arbres qui poussent dans les ravins et sur le bord des escarpemenis ne pourrissent pas en vieillissant, mais qu’ils sèchent et deviennent durs comme du fer.
On ne traverse ordinairement le Llano Estacado qu’en deux ou trois endroits où se trouvent quelques sources; mais ces deux ou trois endroits sont fréquentés par les Comanches et d’autres Indiens qui élèvent des chevaux pour les échanger avec des marchands mexicains contre du tabac, du maïs, de la farine et d’autres marchandises. Des Mexicains du Nouveau-Mexique envoient chaque année de nombreux troupeaux de moutons paître et s’engraisser dans les magnifiques pâtu-
ages situés au nord du plateau, sans craindre que les sauvages les enlàvent ou les tuent, car dans ces régions où le caractère primitif des Indiens n'a pas encore été dénaturé par le contact des blancs, ils ne songent voint à dépouiller leurs voisins.
Tel est ce magnifique désert, pour ainsi dire sans eau, sans végétation, sans habitants, brûlé par les feux du jour, à peine rafratchi par la brise du soir, Je ne connais rien au monde de plus mélancolique que ces vastes solitudes par une belle nuit d'été, lorsque la lune brillant au milieu des étoiles projette ses reflets argentins sur cette plane sans bornes, La vue se perd dans un crépuscule pâle, sans ombre et sans voix ; une brume légère, transparente, nage dans l'espace; des scorpions se trainent en faisant crier leurs écailles; de gros lézards verts et jaunes se meuvent lentement sur l'herbe brûlée. On n'entend pas le mélodieux murmure des eaux courantes, ni le joyeux bruissement de la feuillée. Les oiseaux, n'ayant point de branches pour se reposer, ne chantent pas; la brise ne chuchote pas dans le feuillage; rien ne trouble le silence de la nuit, si ce n’est le eri-cré monotone de quelques grillons solitaires. Ce silence oppresse, accuble, comme la pensée de l'infini, On se croit enveloppé dans un linceul de crêpe couvrant le monde entier; la vie ne se révèle que par le scintillement des étoiles; le mouvement ne se manifeste que par la marche de la lune qui poursuit sa course tranquille à travers les sphères célestes. La nature semble plongée dans un sommeil terrible, mystérieux, plein de tristesse et de douleur, comme celui de l’homme dans le sépulere en face de l'éternité,
Après avoir visité les déserts les plus méridionaux de l'Amérique septentrionale, nous allons pénétrer dans les grandes solitudes du nouveau monde situées entre le 34° et le 36° degré de latitude nord et le 94°, 26° et le 118° 16’ de longitude ouest. Ces immenses régions commencent au fort Smith, sur l’Arkansas, près du Mississipi, pour finir au golfe californien ou mer Vermeille, traversant environ deux mille cinq cents-vingtcinq kilomètres de pays presque inconnus à l'Europe.
Du fort Smith à Santa Fé, capitale du Nouveau-Mexique, la distance est de onze cents kilomètres au moins; on y arrive par une montée presque imperceptible, qui s'élève à plus de deux mille mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette contrée n’est qu’un vaste plateau s’inclinant vers l'est et sillonné de profondes vallées creusées dans le sol par les rivières
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