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existait vers le Sud-Est un royaume appelé Marata, ayant des populutious et des villes considérables, dont les maisons avaient également plusieurs étages; que ces peuples faisaient continuellement la guerre au souverain des sept villes, et que dans la direction du Sud-Ouest, sur le lio-Verde, se trouvait un autre royaume nommé Totonteuc, aussi peuplé que riche, et dont les habitants s'habillaient avec des vêtements de drap lin, » Quoique ces récits fussent exagérés, il n'en est pas moins vrai que tous ces pays furent autrefois très-peuplés, sillonnés de routes et parsemés de villes,
Après s'ôtre reposé, le P, Marcos se mit en mesure de rejoindre son nègre, accompagné des Pintados, qui lui servaient de guides, et il partit de Vacapa le lendemain de Pâques. Partout il fut reçu avec le même empressement et la mème cordialité; partout on lui donnait des turquoises, des cuirs tannés, des lapins, des cuilles, du gibier, du mais et des légumes, Le 9 mai, il entra dans le dernier désert qui le séparuit de Gibola. S'étant arrêté un instant dans une ferme pour y diner, il vit accourir un des compagnons d'Ésteva, tout couvert de sueur, tombant de fatigue et temblant de peur, qui lui dit que le nègre avait été d'abord emprisouné par les habitants de Cibola, puis mis à mort, ainsi que plusieurs des Indiens qui l'accompagnaient, (rtte nouvelle jeta la consiernation parmi les gens du P. Marcos, et surtout parmi les parents et amis des victimes ; ils accusèrent le religieux d’être la cause de ce malheur et résolurent de le tuer. Mais il échappa heureusement à ce danger et revint en toute hâte à Culiacan, où il informa le gouverneur de tout ce qui s'était passé durant son expédition.
Encouragé par les récits du P. Marcos et espérant découvrir de nouvelles terres, le capitaine générai Vasauez Coronado organisa aussitôt dans la Nouvelle-Espagne une petite armée, qui se réunit à Compostelle, et, le lendemain de Pâques 1540, il se mit à la tête de sa troupe, composée de cent cinquante cavaliers, deux ceuts arbalétriers ou archers et de huit cents Indiens. Acrivée à Culiacan, l'armée s'arrêta pour se reposer. Au bout de quiuze jours, Coronado prit les devants, accompagné de cinquante cavaliers, de quelques fautassins et de ses meilleurs amis. Le commandement du reste de la troupe fut confié à don Tristan d’Arellauo, avec ordre de partir quinze jours plus tard et de suivre la route du capitaine général.
Après un mois de fatigues et de privations de tous genres, Vasquez Coronado arriva à Chichilticale; ce nom, qui veut dire ville rouge, fut donné à cette localité parce qu'il s'y trouvait une grande maison de cette couleur, habitée par une peuplade venant de Cibola, où commence le dernier désert, En cet endroit, les Espagnols perdirent plusieurs chevaux et même quelques hommes, à cause du manque de nourriture ; néanmoins, animés par leur chef, ils continuèrent leur marche, et deux semaines après avoir quitté Chichilticale, ils n'étaient plus qu’à trente-cinu kilomètres de Cibola. Ils aperçurent pour la première fois les naturels de ce royaume singulier; mais ceux-ci prirent aussitôt la fuite en répandant l'alarme dans tout le pays, au moyen de grands feux qu'ils allumaient sur les hautes montagnes, comme cela se pratique encore parmi les tribus du Nouveau-Mexique.
Le lendemain Coronado était en vue de Cibola; les habitants de la province s'y trouvaient réunis et attendaient les Espagnols de pied ferme. Loin d'accepter les propositions de prix qui leur furent faites ils menacèrent les interprètes de les tuer. Alors les Espagnols attaquèrent les Indiens avec impétuosité au cri de San Fago ! et, malgre une résistance vigoureuse, Coronado entra vainqueur dans les murs de Cibola.
Ces Indiens se servaient dans le combat de flèches et de pierres qu'ils lançaient avec beaucoup d'adresse. Pendant l'assaut, le général espagnol, renversé par une énorme pierre qui lui fut jetée, aurait été tué sans la force de sou armure et le dévouement de ses amis Garcia Lopez de Cardenas et Hernando d’Alvaro, qui lui firent un rempart de leurs corps, tandis qu'on le relevait. Coronado ne trouva dans la ville ni vieillards, ni femmes, ni enfants, au-dessous de quinze ans. Les assiégés les avaient fait transporter dans les montagnes avait le commencement de l'action.
La description qu'il fait, dans son rapport à l’empereur Charles-Quint, du pays, du climat, des habitants, de leurs coutumes et de leurs usages, ressemble beaucoup à ce qui se voit encore de nos jours chez les Zunis et dans leur province, En général, quand on étudie attentivement les écrits des missionnaires et des autres Espagnols du seizième et du dix-septième siècle envoyés par les vice-rois de la Nouvelle-Espagne à la découverte des pays lointains, on voit que les renseignements de ces écrivains sont exacts, quoique souvent incomplets ou exagérés.
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Le reste de l'armée restée à Culiacan se mit en route à l’époque fixée pour rejoindre son général en chef. Tout le monde marchait à pied, la lance sur l'épaule, et portant des vivres. Après des fatigues inouïes, la troupe arriva dans la vallée de San-Miguel parmi les Corazones ; mais comme le maïs n'était pas encore mûr et que les soldats mouraient de faim, don Tristan d'Arellano, leur commandent, changea de route et se dirigea vers une vallée que les Espagnols nommérent Señora, nom qui se changea en celui de Sonora. La vallée de Suya, où l'armée fonda à cette époque la ville de San-Hyeronimo, est à cent soixante kilomètres plus loin que celle de la Sonora, Ces deux vallées étaient peuplées d'Indiens cultivateurs, ayant la même langue, les mêmes mœurs, les mêmes usages et la même religion. Les femmes se peignaient le menton et le tour des yeux ; les hommes s'enivraient avec du vin fait avec la pétahaya qui croît partout en abondance; ils apprivoisaient des aigles comme le font encore quelques 'ibus du Nouveau-Mexique.
Arrivés dans la sierra Mogoyon, les Espagnols perdirent plusieurs de leurs compagnons par suite des privations et des difficultés de la route. Durant ce trajet l'armée avait franchi plusieurs rivières qui vont se jeter dans le golfe Californien, et sur les bords desquelles ils trouvèrent de nombreuses tribus indiennes cultivant le maïs, des haricots, des melons et des citrouilles d'une telle grosseur qu'un homme avait de la peine à les remuer. Après une longue marche, la troupe se dirigea vers le Nord- Ouest et rejoignit bientôt à Cibola son général en chef. Grâce à ce renfort, Coronado se mit en devoir de poursuivre ses conquêtes ; il envoya son lieutenant Alvarado pour s'emparer de la province de Tiguex sur le Rio-Grande.
Cette province fut soumise après cinquante jours de résistance. Elle contenait douze villes gouvernées par un conseil de vieillards. Les maisons se bâtissaient en commun ; les femmes faisaient le mortier, élevaient les murailles, et les hommes apportaient le bois et préparaient les charpentes. Au-dessous des maisons ou des cours, il y avait des étuves souterraines pavées de grandes pierres polies. Au milieu se trouvait un foyer allumé, sur lequel on jetait de temps en temps une poignée de thym, ce qui suffisait pour y entretenir une forte chaleur, de sorte qu’on y jouissait d’une température égale à celle d’un bain de vapeur: Les hommes passaient une grande partie de leur temps dans ces étuves; les y
femmes ne pouvaient y entrer que pour porter à manger à leurs maris ou à leurs fils. ‘
Les hommes filaient, tissaient, vaquaient aux travaux des champs; les femmes s'occupaient du soin de leurs enfants et du ménage; elles étaient les maîtresses de la maison, qu’elles'entretenaient dans une grande propreté. Chaque famille avait plusieurs pièces dans les grandes maisons; une pièce servait pour le repos, une autre pour la cuisine, et une troisième pour moudre le graid. Dans cette dernière se trouvaient un four et trois grosses pierres; trois femmes venaient s'asseoir devant ces pierres : la première cassait le grain, la seconde le broyuit, et la troisième le réduisait tout à fait en poudre. Pendant qu’elles étaient à l’ouvrage, un homme assis à la porte jouait d’une espèce de musette et les femmes travaillaient en mesure, chantant À trois voix et marquant le rhythme en frappant de leurs instruments sur le grain qu'elles moulaient. Les jeunes filles allaient toutes nues, même dans les grands froids, afin de les empêcher de se mal conduire, en leur ôtant l'espoir de cacher la honte de leur faute; on ne leur permettait de se eouvrir que lorsqu'elles se mariaient. Les jeunes gens ne contractaient de mariage que par l'ordre des vieillards qui gouvernaient la ville, Le jeune homme devant alors filer et tisser un manteau; on lui amenait ensuite la jeune fille qui lui était destinée; il lui couvrait les épaules avec le manteau, et elle devenait sa femme.
De Tiguex les Espagnols allèrent à Cicuyé, aujourd'hui Pecos, qu'ils soumirent également. De Gicuyé Coronado partit pour Quivira avec quelques hommes choisis parmi ses meilleurs soldats, remettant au printemps suivant la conquête de toute la province. En 1542, les Espagnols se trouvèrent maîtres de presque tout le Nouveau-Mexique, dont le centre était formé par la province de Tiguex, autour de laquelle se groupaient soixante et onze villes réparties en quatorze provinces, savoir : Cibola, qui possédait sept villes; Tucayan, sept; Acuco, une; Tiguex, douze; Tutahaco, huit; Quivix, sept; les montagnes Neigeuses, sept; Ximena, trois, Cicuyé, une; Hemès, sept; Aquas Calientes, trois; Yuqueyunque, six; Braba, une; Chia, une. Outre ces soixante et onze villes, il en existait beaucoup d’autres disséminées au dehors de ce cercle, ainsi que plusieurs peuplades vivant sous des tentes.
Au printemps qui suivit la visite de Coronado à Quivira, le général
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préparait une autre expédition de découvertes; mais un jour de fête qu'il courait la bague avec don Pedro Maldonado, il nie de cheval: celui de son adversaire lui passa sur le corps et lui donna un coup d pied à la tête qui faillit le tuer. Cet accident changea la résolution il général et lui inspira le désir d'aller mourir tranquille près de sa femme et de ses enfants dans la Nouvelle-Espagne, où il possédait de PT biens. he officiers et les soldats, trouvant que le pays n'était pas aussi riche qu on 16 leur avait di, et pressés par les agents secrets de Coronado, lui DHARAn RER une pétition à l'effet de retourner à Mexico; celui-ci, profitant de cette disposition de son armée, ordonna aussitôt le départ et revint à Culiacan dans le mois d'avril 4543. Juan de Padilla, de l'ordre de Free) oo voulut rester à Quiwira pour prècher l'Évangile aux Indiens et fut martyrisé. Le frère Luis, du même ordre, se rendit à Cieuyé, et l’on n’entendit plus parler de lui. Telle fut la fin de cette expédition qui ne produisit aucun résultat favorable pour les Espagnols et qui souleva contre eux une profonde antipathie de la part des aie envers lesquels les conquérants s'étaient très-mal conduits. a 1581, une troupe d’aventuriers, sous le commandement du capitaine Francisco de Leyva Bonillo, s'emparèrent d’une partie de la province de Tiguex; trouvant ses productions, ses richesses et ses habitants assez semblables à ceux du Mexique, ils appelèrent cette contrée Nouveau-Mexique. | En 1594, le comte de Monterey, alors vice-roi de Mexico, envoya le fameux général don Juan de Oüate de Zacatecas pour prendre possession du Nouveau-Mexique au nom du roi d'Espagne, et pour y établir des colonies, des forts et des missions. En peu de temps, les missionnaires franciscains parvinrent à christianiser une multitude de peuplades indiennes, habitant des villes et des villages que les Espaguols appelèrent pueblos, afin de distinguer ces tribus à moitié civilisées de celles qui plus sauvages ou plus indépendantes, n'avaient pas voulu se dire à l'autorité des vainqueurs.
Pendant longtemps le pays jouit d’une parfaite tranquillité; les ch: étaient du. + a et “ “Ari | la surface de cette vaste contrée ; mais, en 4680, il y eut une insurrection générale des Indiens contre le joug étranger, et tous les Espagnols qui tombèrent sous la main des indigènes furent impitoyablement massacrés, Après dite
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combats sanglants et des efforts prolongés, don Antonio de Oternin, gouverneur du Nouveau-Mexique, fut obligé de se retirer avec ses troupes de Santa-Fé, siége du gouvernement; il s'arrêta sur le Rio-Grande, où il trouva quelques tribus amies qui l’aidèrent à fonder la ville appelée aujourd’hui Paso del Norte. Ce ne fut qu'après dix ans d’une guerre acharnée que l'Espagne put reconquérir le Nouveau-Mexique. D'autres soulèvements faillirent encore faire perdre aux Espagnols cette belle province, mais aucun ne leur fut aussi fatal que celui de 1680. Une haine invétérée ‘s’est conservée jusqu’à nos jours dans le cœur des Indiens de ce pays contre leurs anciens maître * les Mexicains n’y sont guère mieux aimés, et les Américains qui le pos:èdent, du reste depuis bien peu de temps, y trouveront difficilement de grandes sympathies.
Le Nouveau-Mexique proprement dit est unerégion très-montagneuse, traversée au milieu par une grande vallée allant du nord au sud, et formée par le Rio-Grande, autrefois appelé le Tiguex. La largeur moyenne de cette vallée est de vingt-six kilomètres; elle est bornée à l’est par la sierra Blanca, la sierra de los Organos et la sierra Oscura; et, à l’ouest, par la sierra de los Grullos, la sierra de Acha et celles de los Mimbres, qui sont la prolongation des montagnes Rocheuses. La hauteur des montagnes, au sud de Santa-Fé, est de deux mille à deux mille sept cents mètres, et au nord on voit des pics constamment couverts de neige qui s’élancent jusqu'à trois mille et même quatre mille mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces montagnes se composent pour la plupart de rochers volcaniques et granitiques, traversés de couches de sélénite, de diorite, de basalte et de grès; elles sont également riches en mines d’or, de cuivre, de fer et même d'argent. Les terrains aurifères couvrent une superficie de plus de trois cent cinquante kilomètres autour de Santa-Fé, mais ils sont peu exploités. Près des Jemèz (anciennement Hémes), vers les sources du Rio-Grande, il y a beaucoup de charbon et du gypse, et la plupart des maisons ont aux fenêtres des carreaux de sélénite en guise de vitre.
Le sol sablonneux de la vallée de Rio-Grande paraît pauvie; mais, en général, il est fertile; et, dans les endroits où l'irrigation est possible, il produit quelquefois deux récoltes par an. En outre, les habitants du Nouveau-Mexique élèvent des chevaux, des mulets, des moutons, des bœufs et des chèvres. Ces animaux ne sont pas ordinairement d’une belle
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