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espèce; mais ils se propagent avec beaucoup de rapidité, et comme ils se nourrissent en plein air, c’est une source de richesse qui donne peu d'embarras. Les lacs sont nombreux dans toute la contrée; les Mexicains en retirent du muriate de soude (sel commun), qui sert à leur consommation. C’est près d’un de ces lacs, entre le Rio-Pecos et le Rio-Grande, que se trouvent les ruines de la Gran Quivira, que quelques écrivains ont cru être d’origine espagnole ; mais cette ville, comme on l’a déjà vu, fut visitée par Coronado en 1542, qui espérait y trouver des trésors dont on lui avait fait un tableau merveilleux; Quivira trompa l'attente des conquérants; mais il paraît qu'au dix-septième siècle elle devint riche et très-florissante; deux fois par année elle envoyait en Espagne une quantité d’or considérable. Une fois, pendant que les habitants se préparaient à transporter comme de coutume le précieux métal qu'ils avaient amassé, ils furent attaqués par les Indiens, qui massacrèrent tous les Espagnoïis. veux qui étaient aux mines, en apprenant cet événement, se hätèrent d’enterrer leurs trésors, semontant, dit-on, àdeux centcinquante ou trois cents millions de francs, et prirent la fuite; mais ils furent également égorgés, à l'exception de deux hommes qui se sauvèrent à Mexico. Dans l'espoir de trouver un certain nombre d’aventnriers résolus à les accompagner pour aller reprendre le trésor enfoui, ils firent le récit de leur malheureuse histoire : mais la distance qui séparait Mexico de Quivira parut trop grande : personne ne voulut les suivre. Un des deux fugitifs partit ensuite pour la Nouvelle-Orléans, appartenant alors à l'Espagne, et ayant réuni cinq cents hommes de bonne volonté il se mit à leur tête, remonta la Sabine et traversa le Texas. Depuis on n’entendit plus parler de cette expédition.
Dans ces dernières années, quelques Américains et des Français visitèrent les ruines de Quivira pour chercher le fameux trésor. Ils ne le découvrirent pas; mais ils virent un aquedue, des murailles d'église, des sculptures aux armes d'Espagne, et des puits très-larges qui conduisaient sans doute à des mines. Cette ville aura probablement été détruite à la suite de l'insurrection générale de 1680.
Le Nouveau-Mexique est divisé en trois districts : le central, le nord et le sud-est, formés par sept comtés renfermant cent deux villes ou villages. Ces diverses agglomérations contiennent une population de plus de cent mille âmes, sans compter les tribus disséminées dans les solitudes
134 VOYAGE PITTORESQUE non explorées et vivant dans des huttes ou de misérables cabanes. Le district central a trois comtés, dont la capitale est Santa-Fé; le premier comté ect celui de Santa-Fé, qui est le chef-lieu des populations de Santa- Ké; San-Tidefonso, Pajuaque, Nambé, Sienega, Cuyamanque, Tezuque, Rio Tezuque, Sieneguilla, Agua-Fria, Galisteo, ET Real del Oro et Tuerto, en tout douze mille cinq cents âmes. Le second est celui de Santa-Ana, chef-lieu des populations de Santa-Ana; Bayada, Cochité, Peña-Blanca, Chilili, Santo-Domingo, Covero, San-Felipe, Jèmèz, Silla Angostura et Algodones, en tout dix mille cinq cents âmes. Le troisième est celui de San-Miguel, chef-lieu des populations de San-Miguel; Pecos, Gusano, Rio de la Vaca, Mula, Estramosa, San-José, San-Miguel del Bado, Pucblo, Puerticito, Cuesto, Cerrito, Anton-Chico, Tecaloté, Végas et Sépillo, en tout dix-huit mille nuit cents Ames.
Le district du nord a deux comtés, dont la capitaine est Los Luceros ; le premier est celui de Rio Arriba, chef-lieu des populations de Rio Arviba; Santa-Cruz de la Cañada, Chimayo, Cañada, Santa-Clara, Vegas, Chama, Cuchillo, Rio Arriba Abiquiu, Rito Colorado, Ojo-Caliente, Ranchitos, Chamita, San-Juan, Toya et Ambuda, en tout quinze mille âmes. Le second est celui de Taos, chef-lieu des populations de Taos; Don Fernandez, San-Francisco, Arroyo-Hondo, Arroyo-Seco, Desmontes, Pecuries, Sineguilla, Santa-Barbara, Zampas, Chamizal, Llano, Peñasco, Moro, Huerfano et Cemmaron, en tout quatorze mille deux cents âmes.
Le district du sud-est, dont la capitale est Valencia, se divise également en deux comtés : le premier est celui de Valencia, chef-lieu des populations de Valencia, Tomé, San-Fernando, Socoro, Limetar, Polvaderas, Sabinal, Elames, Casa Colorada, Cebolleta, Sabina, Parida, Belen, Luis Lopez, Lunes, Lentes, Zuñi, Acoma et Rita, en tout vingt mille âmes. Le second eomté est celui de Bernalillo, chef-lieu des populations de Bernalillo, Isleta, Padilla, Pajarito, Ranchos de Atrisco, Atrisco, Placeres, Albuquerque, Sandia, Akemeda et Corrales, en tout huit mille deux cents âmes. Parmi ces villes il y en a vingt et une exclusivement habitées par des Indiens, et dont l'origine est antérieure à l'époque de la conquête.
Les principales tribus indiennes qui vivent en dehors de ce cerele sont : les Navajos, les Yampaïs, les Moquis, les Apaches, les Cosninos, les Tontos, les Coco Maricopas et les Mojaves. Le pays des Navajos
cabanes. Le 3; le premier ons de Santaue, Tezuque, ro et Tuerto, e Santa-Ana, Peña-Blanca, Angostura et e est celui de cos, (iusano, 1 del Bado, 6, Végas et
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de ce cercle es Cosninos, des Navajos
occupe une étendue d'environ vingt mille kilomètres carrés, compris entre le Rio San-Juan, la vallée de Tumecha et le cañon de Chelly. Leur territoire de chasse s'étend jusqu'aux sources du Gila. Ces Indiens, au nombre de dix mille au moins, cultivent dans de beaux vallons un peu de blé, du maïs et des légumes ; mais leur plus grande richesse consiste surtout en troupeaux de bœufs, de moutons et de chevaux. Ils fabriquent des couvertures appelées 7orongos au Texas, qui sont renommées dans tout le Nouveau-Mexique, et se payent de cent cinquante à cinq cents francs chacune.
A l'ouest des Navajos, dans le delta formé par les deux Colorado, sont situées les sept villes des Moquis, savoir : 9-raïi-bé, Show-mowth-pà, Mow-shai-i-nà, Ah-le-là, Gual-pi, Shi-win-nà et Tè-qua, ayant en total sept mille âmes environ. Entre le Colorado Chiquifo et le Rio Gila vivent deux bandes d’Apaches appelés Coyoteros et Pinal-Leñas, au nombre de trois mille ; ces Indiens subsistent bien plus par les razzias qu'ils font dans la Sonora que par les produits de l’agriculture. Les Cosninos habitent près des montagnes volcaniques de San-Francisco et jusqu’au bord du grand Colorado.
Les bords du Rio-Verde et la chaîne des Aztèques sont occupés par les Tontos. Les Yampaïs ont leurs villages situés à l’ouest et au nordouest du Rio-Virgen qui tombe dans le golfe californien. La vallée du Celorado renferme quatre tribus, qui sont les Mojaves, au nonibre de quatre mille au moins; les Chemechuevis, deux mille; les Yumas ou Cuchans, trois mille, et les Cocopas, trois mille également.
Ces Indiens, ceux surtout des pueblos du Nouveau-Mexique, se font généralement remarquer par leur sobriété, leur industrie, la chasteté des femmes, la fidélité conjugale des deux sexes, l'intégrité des mœurs et l'honnêteté dans les transactions ordinaires de la vie sociale. Si ces populations à deini civilisées sont inférieures aux anciens Mexicains dans le développement des facultés intellectuelles, elles leur sont certainement supérieures dans l’exercice des facultés morales. Malgré les guerres, les maladies, les privations et tous les éléments de destruction qui frappent ces malheureuses tribus, la population indienne connue et disséminée entre le 34° ct le 36° degré de latitude nord, depuis le fort Smith jusqu'à l'océan Pacifique, est évaluée à plus de cent quarante-neuf mille huit cents âmes réparties de la manière suivante :
A re à A rm M bare ne D
Indiens à moitié civilisés sur les bords de Ja Canadienne, 62,000 LV ET LT RS er er NT TE PE PR NE Et 4,000
Nomades et barbares, . , . , +... , . . , . . . . 90,000 Indiens des pueblos du Nouveau-Mexique, . , , . . . . 16,000 NAVAO E e rue eou sue ce tte e nec 0e LOOUU MONDE remet ane dre DU de do 7,000 Pinal Leñas et Coyoteros. : . , . . . 4, , . , . .. 3,000 Tontos, Cosninos et Yampaïs. , , , . . , . . . . .. 6,000 Mojaves, Chemehuevis, Cuchans et Cocopas. . . . . . . 12,000 Paï-Utes, près du lac de Soda, , .. . ,. , . . . .. 300 Cahuillas des montagnes, , ,,....,..,...,., 500
Toraz. . . + 149,000
Ce chiffre, certainement inférieur à la réalité, est bien faible en comparaison de la population indigène qui couvrait autrefois cette immense contrée. A l'époque de la découverte du Nouveau-Mexique, tout le pays qui s'étendait du Culiacan au désert de Cibola d’un côté, et au Rio Colorado de l’autre, n’était qu'une suite de villes, de villages et d'habitations reliés ensemble par des champs cultivés, des vergers, des jardins ct des routes, Mais depuis la conquête ces grandes multitudes d'êtres humains ont à peu près disparu ; le silence de la solitude a succédé aux chants joyeux des populations éteintes, et l'aridité du désert a remplacé la fertilité primitive du sol. L'absinthe et l’artémise croiscent maintenant où jadis s'élevaient des champs de rosiers et de maïs; le cactus, le mesquite et le cèdre nain végètent sur les débris des pins et des arbres à fruit que les sécheresses ont réduits en poussière. Le soleil darde d'aplomb ses ayons brûlants sur les rochers arides et nus qui étincellent au jour comme des diamants gigantesques. Toute cette nature, autrefois riante et belle, n'a conservé de son passé qu’une beauté triste comme celle de la fleur lavée par les vaguss de la mer.
Vue de loin, la ville de Santa-Fé offre un coup d'œil ravissant ; les maisons, basses et carrées, sont éparpillées au milieu des champs de maïs comme de petites villas italiennes étagées sur le versant des Apennins. Une triple ceinture de mamelons, de montagnes et des pics diversement colorés encadrent la ville d’une manière gracieuse et pittoresque. Par-ci par-là s'élèvent au-dessus de l'herbe de la plaine des bouquets de yuccas, de cactus, d'hélianthoïdes, et une espèce de nyctaginée (nyctaqinea oxibaphus) qui produit une multitude de fleurs écarlates foncées, d'une admirable beauté et presque sans rivales dans la magnifique Flore
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des grands déserts. À mesure que l’on approche de la ville, le spectacle change, le charme disparaît, les maisons se convertissent en pitoyables cabanes; les rues malpropres exhalent des odeurs méphitiques, et les habitants, vêtus pauvrement, ont un aspect misérable : néanmoins cet extérieur malheureux est bien moins causé par une indigence réelle que par l'insouciance et l'incurie des individus.
Au centre de la ville existe une grande place publique dont le côté
. nord est formé par le palais du gouverneur, et les trois autres côtés par
des boutiques de marchands. Au milieu de la*place, les Américains ont planté un grand mât en haut duquel flotte le drapeau étoilé de l'Union du Nord, Sur cette place se réunissent tous les rancheros des environs pour vendre les produits de leurs fermes et de leur industrie. À chaque instant du jour on y voit arriver de longues files d’ânes chargés de barils de wiskey de Taos, de ballots, de fourrage, de bois, de jarres en terre cuite, de melons, de raisins, de piments rouges et verts, d'oignons, de pastèques, d'œufs, de fromages, de tabac et de ;2ñones, fruits du pin (pinus monophylla). Ces piñones sont ordinairement cuits au four ou sur la cendre pour être mieux conservés. Outre ces provisions, le marché de Santa-Fé présente encore une grande variété de pain et de viande; les Indiens des pueblos apportent également en quantité des pêches fraîches ou séchées au soleil. Le soir, après l’Angelus, la place ne contient que des flâneurs qui jouent, causent, rient et fument en attendant l'heure du fandango, car la jeunesse mexicaine ne saurait vivre sans danser au moins trois cènt soixante-cinq fandangos chaque année. À Santa-Fé, comme au Texas et dans toutes les provinces du Mexique, les femmes vont au /andango avec leur rebozo (mantille) et dans un costume frais et léger approprié à la circonstance et au climat du pays; assises autour du jardin ou de la salle où l’on danse, elles attendent les invitations des cavaliers en fumant la cigarette et en causant bruyamment.
La ville possède deux églises : l’une est la Parroquia (paroisse), et l'autre la Capilla de los Soldados (la chapelle des soldats). La paroisse est un monument vaste mais lourd, en forme de croix, construit en pierres et semblable à toutes les églises des petites villes mexicaines. La façade est ornée de deux tours carrées, présentant trois étages à jour ; le dernier, imitant une pyramide écrasée, supporte une croix. Entre les deux tours se trouve une espèce de flèche ou clocher garni d’une horloge.
L'intérieur de cette église n’a rien de remarquable; à côté du mattreautel on a placé deux statues en cire de grandeur naturelle, représentant des saints religieux. %ecrière le maître-autel, la muraille est recouverte de miroirs, de vieille : eintures et de tentures en couleurs brillantes,
La chapelle des soldats est actuellement abandonnée ; elle était dédiée à Nuestra Señora de la Luz (Notre-Dame de la Lumière). Au-dessus de la porte d'entrée on a sculpté dans la pierre un bas-relief représentant la sainte Vierge sauvant des griffes du démon une âme qui l'implore ; les anges qui entourent Marie forment un joli groûpe. L'intérieur de l'éaifice servait de chapelle mortuaire; mais un jour la voûte s’écroula, et comme elle n'a pas été rétablie les riches défunts ont dû chercher un autre lieu de sépulture. Il existe encore derrière le mattre-autel de cette église un singulier bas-relief composé de plusieurs figures : on y remarque la sainte Vierge, saint Jacques à cheval sur des têtes de Maures, saint Jean de Pomasan debout sur un aqueduc, saint François- Xavier baptisant des Indiens, saint Joseph et saint François de Santa-Fé; chacun de ces saints a sous ses pieds une inscription funéraire de 1764.
On rencontre souvent dans le Nouveau-Mexique des sculptures et des peintures faites avec talent. Ces objets d'art ont été envoyés de l'Espagne pour la plupart; du reste, bien des artistes espagnols ou même mexicains contribuèrent à l'érection et à l'embellissement des églises de ces contrées.
Au nord-est de Santa-Fé s'ouvre la vallée solitaire de Taos, qui à douze kilomètres environ de longueur sur une largeur presque aussi considérable; cette pittoresque vallée renferme trois établissements impor tants : la ville, le rancho et le pueblo de Taos. La ville de Taos est située à la jonction des deux bras de la rivière qui porte son nom, à cinq ou six kilomètres de la base sud-est des montagnes Rocheuses. Comme toutes les petites villes du Nouveau-Mexique, Taos n'est qu'une réunion de maisons d’adaubes autour d'une place carrée. Sa population est de huit cents âmes au moins.
A quatre kilomètres au sud-est de la ville est situé le rancho de Taos, et à pareille distance, vers le sud-est, on voit encore le fameux pueblo de Taos. Ce village, curieux débris de l'époque des Aztèques, a reçu un nouvel intérêt des scènes tragiques qui se sont passées de nos jours dans
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ses murs. Un des affluents de la rivière, en sortant des montagnes, entoure ce coin de terre délicieux, que les Indiens avaient choisi pour s'y établir d'une manière permanente, Chaque année de nouvelles constructions venaient s'ajouter aux constructions des années précédentes, le sol s'améliorait, la population s'augmentait, et finalement le pueblo de Taos devint une des places les plus fortes du Nouveau-Mexique. De chaque côté du cours d'eau, les Indiens bâtirent un de ces immenses édifices qui s'élèvent par gradins comme une pyramide irrégulière de sept étages et deviennent une sorte de citadelle imprenable. Ces deux espèces de forts, l'église et quelques maisons forment le village, qui est entouré d’une muraille protégée en plusieurs endroits par des palissades grossières.
Le 27 janvier, les insurgés mexicains, après les escarmouches de Cañada et d'Ambuda, se retirèrent dans cette forte position et y tentèrent une résistance désespérée contre les Américains. Le siége en fut long et sanglant. Antérieurement à cette époque, le pueblo de Taos fut vainement attaqué pendant des semaines entières par des multitudes d'Indiens, et ne se rendit même pas aux conquérants espagnols. Ces espèces de forteresses qui défendent le pueblo de Taos sont construites, comme nous l'avons dit, en adaubes presque impénétrables aux projectiles des ennemis; elles n’ont aucune entrée extérieure, si ce n’est à travers le toit, qu'on ne peut atteindre qu'au moyen d'échelles portatives ; chaque étage, plus petit que l'étage inférieur, est adroïtement percé d'ouvertures qui peuvent servir de meurtrières et rendre l'approche du village très-dangereuse.
De Santa-Fé on peut également faire une excursion aux principales mines d'or du Nouveau-Mexique, lesquelles se trouvent à quarante ou cinquante kilomètres au sud de la ville. On les appelle le vieux placer et le nouveau placer. La région aurifére autour de Santa-Fé paraît être trèsimportante; au sud, elle s'étend à cent trente-cinq kilomètres jusqu'à la Gran Quivira; et au nord à cent cinquante kilomètres jusqu'à la rivière Sangre de Christo. Sur toute la surface de ce pays l'or en poudre est ramassé par les pauvres mexicains, qui lavent ce métal aux torrents des montagnes; mais le vieux et le nouveau placer occupent maintenant le plus de bras, non-seulement à cause de l'or en poudre qui s’y rencontre en plus grande quantité qu'ailleurs, mais encore à cause des
140 VOYAGE PITTORESQUE mines qui sont en pleine exploitation, Pour aller à ces deux placers, on descend le Rio de Santa-Fé jusqu'à Siepeguilla en traversant des bouquets de cèdres et de pins, puis on entre dans une vallée aride où croissent seulement des cactus, des yuccas et une herbe chétive sous laquelle se cachent des grenouilles à queue et à cornes. Les environs du placer Real-Viejo sont très-sablonneux, et à chaque pas on voit des masses de grès et d'énormes débris d'arbres pétrifiés, Real-Viejo est un pauvre village de deux cents habitants, qui élèvent des moutons; leurs troupeaux autrefois étaient considérables, mais les constantes razzias des Navajos les ont réduits à cinq mille têtes tout au plus. Les habitants de Real-Viejo ont, comme leur village, un aspect triste et misérable, et pourtant on pourrait dire que leurs rues sont pavées avec de l'or, Sur les bords des torrents et dans le centre même du village, partout il y a des trous creusés par les mineurs au moyen-de quelque vieux morceau de fer qui leur sert de pioche; ils lavent le sable aurifère avec de l’eau renfermée dans une corne de bélier ou dans une gourde. Les mineurs travaillent toute la journée, et le soir ils vont dans les boutiques vendre, au prix de seize piastres l’once, l'or qu'ils ont recueilli.
Entre Real-Viejo et Tuerto, qui est à quelques kilomètres plus au sud, on passe auprès de la maison d’un Français possesseur de mines dont il retire peu de bénéfices. 11 a trois moulins d'une construction simple et grossière pour broyer le minerai et le réduire en poudre. L'or existe en paillettes visibles à l'œil nu et disséminées sur du quartz. Près de ces moulins se trouvent aussi des mines de fer natif mélangé avec de l'or. Les montagnes renfermant toutes ces richesses ont un aspect sauvage et désolé; elles ont une forme pyramidale, sont dépouillées de végétation et laissent à découvert la nature sablonneuse de leur sol. Tuerto est au pied d’une montagne, sur le bord d’un ravin, et semble plus pauvre encore que Real-Viejo. Des monceaux de terre provenant des puits creusés pour en tirer le minerai sont entassés à côté des maisons, de sorte que cette.petite ville a la forme d’un village de gigantesques chiens de prairies ; sa population est de deux cent cinquante habitants, constamment occupés à retirer des puits, au moyen d’une manivelle, des sacs de sable, qu'ils jettent dans un étang ou dans une mare d’eau; hommes, femmes et enfants achèvent ensuite de laver le minerai dans des écuelles de bois ou dans des cornes de bélier, En voyant toutes ces
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ligures hâlées, amaigries et chétives, on se prend à plaindre ces possesseurs de mines d’or, et la vie des pauvres bergers du Llano Estacado parait bien préférable à celle des mineurs du Nouveau-Mexique.
En remontant le Rio Tuerto, on rencontre une mine de plomb située près de la route qui conduit à San-Antonio. Plus loin, il y a des mines de cuivre contenant beaucoup d’or et d'argent, et dans le nouveau placer, qui est très-près du Rio-Grande, les mines d'or, mieux exploitées, sont plus productives. En hiver, il arrive au nouveau placer jusqu’à deux mille personnes pour travailler aux mines. Cette augmentation périodique d'ouvriers est occasionnée par l'abondance de L'eau que l’on peut retirer de la neige en la faisant fondre, et sans laquelle on ne pourrait pas laver le minerai.
Quoique le gouvernement se soit réservé une certaine partie des produits du sol, les terrains aurifères sont néanmoins une espèce de propriété communale, Quand un Mexicain veut exploiter uu terrain qui n'appartient encore à personne, il en fait la demande à l’alcade, qui, selon les moyens de l'acheteur, lui en cède une étendue plus ou moins grande, à condition que l'acquéreur exploitera le sol tous les ans, sous peine de se voir retirer la concession. Les étrangers étaient autrefois #xclus du droit d'obtenir des concessions de mines; mais en prenant un Mexicain pour associé ils pouvaient éluder la loi et devenir acquéreurs, Depuis l'annexion du Nouveau-Mexique à l'Union américaine, les étrangers sont aussi favorisés que les naturels. En 1850, les mines de Santa- Fé produisaient déjà pour plus d’un million de francs d’or en poudre ou en lingots. L'analyse de ce métal lavé donne les résultats suivants :
OMAN te si mie ct 00 92,5 ADHONLS. + n 6 ,0.0 + + 0 3.0 Forou silex. , , . …. «+ 4.0
ToTaz. . . . . 100,0
La valeur de tous ces terrains aurifères ne peut guère être exactement estimée à cause des améliorations qui s’introduisent journellement dans l'exploitation des mines ; lorsque ces améliorations auront été plus largement appliquées, le produit des mines en sera considérablement augmenté. Jusqu'à présent, aucun des concessionnaires ne s’est enrichi, et plusieurs se sont ruinés, quoiqu’on ait retiré quelquefois des
puits des morceaux d'or natif d'une valeur de trois à cinq mille francs. Les troupeaux de moutons seraient une source de profits bien plus avantageux sans les incurs ns des Navajos qui désolent cette contrée; malgré cela, on voit sur les bords de Rio-Grande des troupeaux de quatre mille têtes appartenant au mème ranchero,
Après Santa-Fé, la première ville importante des déserts du Sud- Ouest est Zuni, l'ancienne Cibola. Lorsqu'on a descendu la vallée de Rio de Sauta-Fé jusqu'à Sieneguilla, on prend celle du Gallisteo jusqu'à Sauto-Domiugo sur le Rio-Grande. En cet endroit deux routes conduisent à Zuni : l'une passe par le Nord-Ouest en traversant les pays des Navajos, et l’autre suit le Rio-Grando jusqu'à Albuquerque, puis va directement à l'Ouest. Ces deux routes méritent une brève description.
Les seules choses remarquables que l'on voit sur le cnemin de Santa- Fé à Santo-Domingo, ce sont des espèces de falaises en grès grossier, situées à l'entrée de la vallée du Rio-Grande; ces falaises sont découpées eu forme de colonnades avec des chapiteaux réguliers et ressemblant au portique d'un immense temple égyptien parfaitement conservé. Le Rio Gallisteo tombe dans le Rio-Grande, un peu au nord de Santo-Domingo; en cet endroit le fleuve à près de trois cents mètres de largeur, mais sa profondeur est iusiguifiante ; il coule la plupart du temps sur un lit de sables mouvants, dangereux pour les voitures qui veulent le traverser. La longueur totale du Rio-ürande, depuis ses sources jusqu’au golfe du Mexique, est de plus de deux mille cinq cents kilomètres; sa hauteur au-dessus du niveau de la mer est de dix-sept cents mètres à Santo- Domingo.
Ce pueblo est habité par des Indiens appelés Æerds ou Querès ; les maisons, construites en adeubes, sont à deux étages, le second, en retraite de tous côtés, étant, selon l'usage indien, plus étroit que le premier; on y arrive au moyen d'échelles mobiles, qui se retirent la nuit et se placent sur la plate-forme, laquelle sert de terrasse et de toit. Tout autour de ces terrasses existe un haut parapet pour empêcher les enfants de tomber et derrière lequel on peut, au besoin, s'abriter pour se défendre contre les ennemis du dehors. Santo-Domingo possède une étuve circuluire de trente mètres de circonférence, où les Indiens se réunissent pour teuir conseil, pour danser et pour célébrer les rites mystérieux
mille francs.
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