‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 28 sur 137 · RÉ E · texte numérisé non relu

RÉ E

de Moutézuma, L'église catholique de Santo-Domingo est simple d'architecture, mais très-riche; les panneaux des portes ont des armoiries sculptées et peintes, les murailles sont recouvertes de peintures à l'huile, dont quelques-unes ont du mérite. Au-dessus de l'autel est placé un tableau d'une belle exécution, représentant saint Jacques couronné. En face de Santo-Domingo, de l'autre côté du Rio-Grande, on aperçoit au loin un plateau de cent mètres d'élévation, sur lequel se dessine la silhouette d'anciennes ruines dont l’origine et la situation tourmentent singulitrement l'imagination du voyageur qui les admire.

Lorsqu'on a franchi le fleuve, on descend jusqu'au Rio de Jèmèz, en passant par Covero et le pueblo de San-Felipe, Ensuite on remonte le Rio de Jèmèz, sur les bords duquel est situé le pueblo de Santa-Ana, Les femmes de ce village ont l'habitude de rembourrer leurs guêtres ou caleçons de manière à donner à leurs jambes une upparence monsrueuse. La vallée du Jèmèz est très-sablonneuse, et le lit de la rivière, qui a près d'un kilomètre de largeur, est généralement sans eau; celle que l'on trouve par-ci par-R, dans quelques trous, est d'une couleur rouge foncé et d’un goût désagréable, De tous les côtés les Indiens ont construit de petits aquedues (acequias) pour arroser leurs champs avec l'eau du Jèmèz; grâce à cet expédient ils font de très-belles récoltes de maïs. Après Santa-Ana, on rencontre le pueblo de Santo-lsidoro, et l'on arrive à celui des Jémèz. Ce pucblo est bâti comme celui de Sauto- Domingo, en adaubes au lieu de pierres; les maisons forment trois rues parallèles; elles ont un aspect misérable, malgré les vergers de pèchers et d'abricotiers dont elles sont eutourées, Mais si les habitations paraissent pauvres, la nature en revanche est d'une beauté admirable, Les plateaux de la vallée, découpés par les pluies, sont dentelés à leur sommet; leurs formes pittoresques et bizarres se détachent capricieusement sur de hautes collines et sur les montagnes tapissées de verdure qui les dominent en arrière et qui coutrastent étrangement avec la surface jauuâtre du désert, La nuit, l'air est parfumé d'odeurs suaves qui semblent transporter l'âme humaine comme daus un nuage aromatisé d'essences sauvages, La tempête mugit et gronde souvent dans l’espace; des coups de vent arrachent les feuilles des arbres et les dispersent dans la solitude, Partout on entend comme un bruit de pleurs et de gémissements qui ue proviennent point de l'âme humaine. Pendant les orages de la

nuit comme dans le calme du jour, ces régions merveilleuses par leur sublime grandeur paraissent être le séjour favori des génies, enfants chéris de l'imagination indienne.

Les Jèmèz, comme les Indiens des États-Unis, aiment la danse avec passion et s’y livrent avec fureur. On est bien étonné de retrouver dans cette peuplade la danse du maïs vert, qui est la plus solennelle de toutes, et que les tribus du haut Missouri et du haut Missiisipi exécutent au milieu de grandes réjouissances publiques avant la récolte du maïs. Ce fait singulier peut venir à l'appui de la théorie des ethnographes, qui croient que les Indiens du Nord ont, dans leur origine et leurs institutions, quelque souche commune avec les tribus du Sud- Ouest. Les Jèmèz sont très-hospitaliers et parlent la même langue que les Pecos. À la suite d’une insurrection contre les Espagnols, les Pecos, chassés de leur ville, vinrent demander aux Jèmèz la permission de vivre avec eux ; ceux-ci la leur accordèrent et les aïdèrent même à se bâtir des maisons et à cultiver leurs champs. C’est à l’époque de cette migration forcée que le dernier prêtre, qui entretenait le feu sacré à Pecos, ayant été battu, saisi et emmené prisonnier, laissa s'éteindre pour toujours ce feu allumé par Montézuma plusieurs siècles auparavant.

Un peu plus loin que le pueblo de Jèmèz, on pénètre dans le cañon de San-Diego, qui est arrosé par un charmant petit ruisseau ; les deux versants de ce cañon sont très-bien cultivés et produisent de belles récoltes en maïs, melons, légumes et fruits. En remontant ce ruisseau jusqu’à une distance de seize kilomètres, on arrive à des sources d’eau thermale, et tout près de ces sources gisent les débris de grands fourneaux pour fondre le cuivre. Ce métal est très-commun dans cette contrée ; mais depuis longtemps les mines jadis exploitées ont été abandonnées, probablement à cause de la difficulté de les exploiter. Les eaux thermales sont bouillantes et sortent d’un terrain calcaire et basaltique ; la principale source peut fournir environ six litres d’eau par minute. Dans ce même endroit, on voit également les ruines d’une église catholique, de quarante mètres de longueur sur dix-huit de largeur, avec une tour octogone peu élevée. En se dirigeant plus avant dans les solitudes de l'Ouest, les ruines deviennent de plus en plus nombreuses. Les premières sont celles du pueblo Pintado dans la sierra de los Mimbres, puis celle de We-je-gi, d'où l'on aperçoit de magnifiques montagnes,

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des rochers empilés les uns sur les autres, des cônes tronqués, des colonnes naturelles brisées, des plateaux recouverts de cèdres et de pins; c'est là que le désert apparait dans toute son admirable majesté. Au nord-ouest du pueblo We-je-gi est située la Mesa Fechada : c'est un très-vaste plateau, uni comme un lac, et dont l'horizon sans bornes rappelle l'immensité de l'Océan. On entre ensuite dans le cañon du Chaco. Au sommet septentrional de cette gorge profonde se trouvent les ruines de huit autres pueblos situés à deux kilomètres de distance les uns des autres; les principales, par leurs dimensions, sont les pueblos Hungo Pavie, Chetro Ketle, Bonito, del Arroyo et Peñasca Blanca. Le cœur S'attriste en voyant un si grand nombre de villes désertes, que le temps démolit, chaque jour, depuis que leurs populations éteintes reposent à jamais dans le silence de la tombe.

En quittant le cañon de Chaco, on parcourt pendant cinquante kilomètres un pays sauvage et désolé, puis on débouche dans la vallée de Tunecha; cette vallée est certainement une des plus auistises de tout le Nouveau-Mexique. De loin en loin sont disséminés des bois pétrifiés, des rochers de grès représentant des palais fantastiques, des dômes, des flèches, des tourelles à pignons; on dirait des constructions féeriques. rassemblées par la main d'un enchanteur dans un monde vierge. Tous ces objets singuliers frappent par leur régularité et leur bizarrerie; on ne sait comment la nature a pu faire seule un travail qui prète tant à l'illusion. Au nord de la vallée, on entrevoit dans le lointain les trois pics bleuâtres des Oyos Calientes (sources thermales), qui s'élèvent au-dessus de la plaine comme trois pyramides. A l’ouest de la sierra Tunecha, coupée par la vallée du même nom, s'ouvre le cañon de Chelly, épouvantable labyrinthe à travers lequel il est difficile de se frayer un passage. Les Navajos y ont souvent battu les soldats espagnols etles Mexicains, qui voulaient les punir des constantes déprédations que ces Indiens commettent dans ces régions, et jusqu'à la rive gauche du Rio-Grande. Des deux côtés de ce singulier cañon se dressent des rochers, la plupart perpendiculaires, ayant de cent à cent cinquante mètres de hauteur; quelques-uns, minés à leur base d’une manière effrayante, soit par les eaux des torrents, soit par d’autres causes inconnues, forment des voûtes prodigieuses capables d'abriter des milliers d'hommes. Sous une de ces voûtes se dessinent les ruines d’une ville indienne, dont la

46 VOYAGE PITTORESQUE situation géographique est par le 96° degré 9 4" delat, N., et le 109" 42 40" de long, 0.

Laissant lo cañon de Chelly, on se dirige vers le sud pour aller chez los Zunis, ot l'on descend le cañon Bonito, ainsi appelé à cause de sa bouuté pittoresque et de la douce fraicheur de son atmosphère. Ce cañon n'a pas quarante môtres de lhrgeurs il est arrosé par un petit ruisseau d'une vau claire et limpide qui coule aux pieds d'une double muraille naturelle en grès rouge de cent vingt mètres de hauteur, Au milieu de cette gorge s'élève, sur un morceau de terre isolé, une colonne curieuse en grès, de quinre mètres de haut, qui de loin ressemble À une statue, et de près à un grand vase reposant sur un socle ovale, En débouchant du eañon Bonito, on pénètre dans le pays des Zuûis, après avoir franchi, pour ainsi dire, dans les entrailles de la terre une grande partie des déserts los plus eurieux et les plus intéressants du nouveau monde,

La route méridionale qui conduit de Santo-Domingo chez les Zuñis mérite également une mention particulière : d'abord on suit la rive gauche du Rio-Grande jusqu'à Albuquerque, en passant par Bernardillo où Bernalillo, célèbre par à bonté de ses vins; puis on visite le pueble de Saudia, dont les habitants sont d'une honnôteté proverbiale, Albuquerque est moins vonsidérable, mais plus €atral que Santa-Fé: sa

population, y compris celle des ranchos voisins, est de deux mille cinq

cents Ames; les maisons construites en adaubes n'ont qu'un étage, et la ville n'a rien qui k distingue des autres villes du Nouveau-Mexique. Cest Ia localité la plus riche et la plus fertile de toute la vallée de Rio- Grande; ses vignobles sont également les plus estimés, Après avoir traversé le fleuve, le terrain s'élève légèrement et s'aflaisse presque aussitôt, continuant à s'abaisser toujours à mesure qu'on approche Gu San-losé, aMuent du Rio Puerco,

Du Rio Puerco on peut faire une visite au pueblo de Acoma, qui est la plus extraordinaire et la plus ancienne des villes indiennes de ces conuves, Pour y arriver, on s'enfonce dans les solitudes du sud, à travers uu pays d'un aspect sauvage et désolé, n'ayant guère pour toute végétation que des yuceas et des cèdres, De temps à autre on rencontre des coyoles (cents datrans) aux regards fauves, des troupeaux de moutons, gardés par des bergers armés de frondes, comme au temps des Aztèques

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et des Indiens aux jambes nues, conduisant des Anes chargés de fruits ou de légumes, Acoma est située sur un rocher isolé, élevé perpendiculairement à cent vingt mètres au-dessus de la plaine et représentant une ile rougedtro au milieu d'un lue vert, Le sommet de ce rocher est parfaitement horizontal, et sa superficie est d'environ soixante acres, Pour \ parvenir, on gravit un amas de sables amoncelés par les vents jusqu'au tiers de la hauteur; les deux autres tiers du chemin sont creusés dans le roc comme un escalier en spirale, En plusieurs endroits, on voit des masses énormes de grès (séparées de la masse primitive par l'action du temps) semblables à des tours carrées plantés autour du pueblo pour le défendre,

La ville se compose de blocs, contenant chacun soixante à soixantedix maisons, et d'une grande église catholique ayant deux tours et de jolies cloches. Les maisons sont à tr: étages et n'ont de fenêtres qu'à l'étage supérieur; quant à leur construction, elle est la même que celle des autres pueblos du Nouveau-Mexique, Les habitants d'Acoma connaissent le confortable, ils paraissent heureux, ils sont doux et généveux; ils s'enveloppent ordinairement de couvertures à raies blanches et noires fabriquées par les Navajos; leurs pantalons sont très-larges et attachés aux genoux; de longs bas de laine ou des guûtres de cuir complètent leur costume, es femmes, comme celles de Santa-Ann, se grossissent horriblement les jambes au moyen de guûtres ouatées,

Acoma est probablement lAeuco dont parlent les anciens historiens espagnols, qu'ils indiquent comme située entre Cibola et Tiguex, et bâtie sur le somict d'un rocher perpendiculaire, en haut duquel on d'arrivait que par le moyen de trois cents marches creusées dans le roc, terminées par une échelle de dix-huit pieds de hauteur, formée de trous également creusés dans le roc, Tout autour de ce pueblo, jugé imprenable, les habitants avaient placé de grosses pierres, qu'ils pouvaient faire rouler sur les assaillants qui auraient eu la hardiesse d'escalader cette place extraordinaire, Près des habitations on voyait des terres arables produisant du maïs en suffisante quantité pour les besoins de la population, et de grandes citernes pour recevoir les eaux de la pluie. Les Acucos étaient appelés bandits dans toutes les provinces environnantes, sur lesquelles ils faisaient de fréquentes excursions.

Acoma rappelle en effet les forteresses rencontrées par l'armée de

Vernand Cortez, telles que le village de Capistlan dans les montagnes de Guastépèque, décrit par Solis comme une ville forte par sa nature, assise sur le sommet d'un grand rocher, d'un accès si difficile, que les Espagnols ne pouvaient l'atteindre même en s'aidant des mains. Plusieurs de ces villes résistérent courageusement à Cortez, obligé d'en abandonner la conquête problématique par la crainte de voir toute son armée périr sans pouvoir atteindre un ennemi qui pouvait écraser les assaillants en poussant sur eux d'énormes pierres.

L'existence de ces populations perdues dans des déserts est un sujet d'étonnement pour le voyageur qui ne comprend la vie qu'avec les charmes de la société ou avecl'indépendance des nomades indiens, En effet, cette demi-civilisation reconnue dans les pueblos du Nouveau-Mexique est un sujet de graves méditations. Est-elle un acheminement vers la barbarie, ou bien un progrès, un effort de ces peuples vers la civilisation? Profonds mystères sur lesquels l'histoire conserve un secret absolu, Quoi qu'il en soit, ces populations paraissent heureuses; elles vivent frugalement des produits de leurs terres, elles s'habillent avee la laine de leurs troupeaux où la peau des animaux de leurs prairies ou de

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leurs montagnes, elles ignorent les passions qui a l'humanité sur la surface du globe, et s'éteignent dans le silence des solitudes, sans bruit et sans que leur longue agonie soit troublée par les convulsions politiques dont les peuples de l'ancien monde sont sans cesse tourmentés,

Dans son parcours, le Rio de San-José prend successivement les noms de Rio del Gallo, Rio de Laguna et Rio Rita. Avant de pénétrer dans le pays arrosé par le San-José, on franchit le Rio Puerco, puis on côtoie la rivière en la laissant à gauche, tandis qu'à droite on longe une ligne de falaises de grès rouge, mélangées d'épaisses couches de gypse et de sable blanc jurassique. Le delta tracé par le Puerco et le San-José est formé d'une série de collines aplaties et boisées, C'est au nord de San- José que s’élance à quatre cents mètres de hauteur le pic volcanique de San-Mateo. À quelques kilomètres du Puerco la vallée se contracte, et l'on découvre, sur un plateau de lave noire, les ruines d’une ancienne ville mexicaine appelée Aita, que les habitants ont dù abandonner à cause des attaques continuelles des Navajos et du manque d'eau; le San- José n'est qu'un ruisseau dont les eaux peu abondantes ne sauraient

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suftire aux besoins d'une grande population, Les bords du Rio sont fertiles et frais; en plusieurs endroits ils sont blanchis par des efflorescences salines, Plus loin la vallée se resserre encore, devient un cañon, puis s’évase de nouveau et laisse voir Laguna,

Au coucher du soleil, quand les rayons lumineux s'adoucissent et rendent les tons moins prononcés, moins durs et plus veloutés, Laguna «à l'apparence d'une de ces vicilles cités de l'Allemagne et des bords du Rhin perchées sur une montagne escarpée, Les maisons avec leurs étages à terrasses paraissent empilées les unes sur les autres et font l'effet d’un immense amphithéâtre; la rivicre baigne les pieds de l'éminence sur laquelle est bâtie Laguna et coule en serpentant dans la plaine. Ce pueblo indien est un des plus anciens du Nouveau-Mexique; il est encore tel que les Espagnols le trouvèrent dans le seizièmie siècles il contient environ mille habitants renommés pü: leur honnêteté, leur sobriété et même par leur industrie, Au centre du pueblo s'ouvre une place où les Indiens se réunissent à certaines fêtes auxquelles les Mexicains ne peuvent pts assister, Chose singulière, ces Indiens se livrent à la danse du buffle comme les tribus du nord de l'Amérique septentrionale, Les auices cérémonies religieuses se re pportent au culte de Montéauma, Près de la place est bâtie une église catholique desservie par un prêtre mexicain; cette église à moitié en ruine sert de lieu d'inhumation. Du haut de l’édilice on peut admirer toute l'effroyable beauté du cañon dans lequel le Rio se fraye un passage avec difficulté, et donne au paysage un aspect aussi pittoresque qu'étrange. À cinquante kilomètres au nord de Laguna il existe un volcan; la montagne qui le recèle est sillonnée de crevasses, d'où s'échappent constamment des colonnes d'une fumée épaisse et noire,

Les Navajos viennent souvent faire des excursions dans cette contrée et enlever tout ce qui leur tombe sous la main ; ils prennent des troupeaux et même des prisonniers qu'ils ne rendent à la liberté qu'après en avoir retiré une forte rançon. Les Navajos ne sont cependant pas toujours en hostilité avec les populations des pueblos et des prairies, quelquefois même ils visitent en amis certains villages afin d'échanger leurs produits qu'ils vendent contre d'autres denrées. Ces Indiens se flattaient autrefois de pouvoir exterminer tous les Mexicains; s'ils ne le faisaient pas, c'étuit, disaient-ils, afin de s'épargner la peine de cultiver le maïs

150 VOYAGE PITTORESQUE et d'élever des troupeaux qu'ils s'approprient facilement quand ils le veulent,

En quittant Laguna on passe à huit ou dix kilomètres au sud du mont Taylor, volcan éteint qui repose sur des couches horizontales de lave, La vallée de San-José devient ensuite très-large; elle est générale ment recouverte de lave; la plaine a dû primitivement être inondée par les torrents d'une masse de cette substance semi-liquide de cent mètres de largeur sur dix d'épaisseur, et qui s'est ensuite durcie, noircie et crevassée pour livrer passage au Rio. Du mont Taylor à l'Agua-Fria, dans la sierra Madre, le terrain s'élève rapidement à raison de quatorze à qu'use mètres par kilomètre, Agua-Fria est un petit ruisseau qui

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e, 6 va se perdre ensuite dans des rochers volcaniques. C'est la dermére soures Le cette latitude qui se dirige vers l'Atlantique; elle est près du sommet de la sierra Madre, à deux mille six cents mètres au-dessus du niveau de la mer. D'Albuquerque à Agua-Fria on rencontre fréquemment sur la route de belles forêts de pins et des plaines fleuries qu'habitent des chevreuils à queue noire, des antilopes, des lièvres, des éoureuils et toutes sortes de petits oiseaux au brillant plumage.

Au delà d'Agua-Fria,' on descend le versant occidental de la sierra Madre, et l'on arrive dans une vallée très-ouverte où se trouve le Rocher des Inscriptions, appelé EZ Moro par les Mexicains,

La face de ce rocher regardant le nord-est est verticale et naturellement polie jusqu'à la heuteur de soixante-dix mètres ; la base de ce côté est remplie d'hiéroglyphes indiens et d'inscriptions espagnoles ; le versant opposé a la forme d'un bastion et possède une source d’eau claire qui sourdit à ses pieds du milieu d’un bassin circulaire entouré de verdure, Le sommet du rocher est d'un grès blanc légèrement veiné de jaune; ilest brisé perpendiculairement en plusieurs endroits, de manière à représenter de loin les tourelles d’un château mauresque; c'est sans doute ce qui lui a valu le nom d’E7/ Moro. Près de ces tourelles on voit les ruines d’un ancien pueblo dont les murailles indiquent une certune habileté de construction; quelques murs hauts de deux à trois mètres restent encore debout; la maçonnerie en est parfaite, les pierres petites mais régulières, les poutres sont en cèdre et paraissent avoir été travallées à coups de pierres tranchantes, plutôt que sciées ou coupées avec

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