‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 30 sur 137 · TRES · texte numérisé non relu

TRES

devient incapable de remplir ses fonctions. Ils ont la direction générale de toutes les affaires publiques et le pouvoir de faire la guerre ou la paix; ils nomment deux chefs capitaines, qu'ils consultent dans les occasions urgentes. L'un est le général commandant la force armée, et l'autre est une espèce d'officier de police. Ce dernier fréquente le peuple, choisit les hommes les plus actifs et les plus intelligents, qu'il présente aux caciques pour les nominations de gouverneurs et d'officiers inférieurs. Si l'un de ceux-ci pratique des exactions ou exerce quelque tyrannie, le peuple se plaint aux caciques, qui jugent l'accusé et le déposent s'ils le reconnaissent coupable. Les Zuñis ont la passion d’apprivoiser des aigles qu'ils prennent très-jeunes sur les montagnes voisines; des multitudes de ces terribles oiseaux étalent au soleil leurs belles ailes sur les terrasses des maisons.

Pour aller visiter Zuñi-Vieja, on se dirige vers une gorge étroite située à trois kilomètres au sud du pueblo; puis on traverse cette gorge par un chemin en zigzag, qui conduit au pied d'un haut plateau; là se trouve une grotte sacrée où les Indiens viennent accomplir des cérémonies religieuses. Ensuite on commence à gravir des rochers presque inaccessibles, élevés à plus de trois cents mètres au-dessus de la plaine. Quelques-uns de ces rochers forment une saillie très-large que les Indiens avaient autrefois entourée d’un mur, derrière lequel, lors de l'invasion, ils se cachèrent pour jeter sur les Espagnols des projectiles de toutes sortes. Arrivé au point culminant du plateau, on découvre une surface plane où croissent de gros cèdres; par-dessus ces arbres s’élancent, à une hauteur de cent soixante-cinq mètres, deux colonnes de pierre d’une apparence bizarre, auxquelles se rattache la légende que nous allons raconter. À une époque très-reculée, les ancêtres des Zuñis vinrent de très-loin à l’ouest et bâtirent la ville que leurs descendants habitent encore. Ils y vivaient déjà depuis longtemps, lorsque pendant une nuit obscure le pays fut subitement inondé. Les flots s’élevaient avec une telle rapidité qu'une partie du peuple fut ensevelie sous les eaux; le reste se réfugia sur le plateau et construisit la ville portant actuellement le nom de Zuñi-Vieja. Afin d'apaiser le génie irrité supposé l’auteur de cette calamité, on lui sacrifia un jeune homme et une jeune fille, qui furent jetés dans les flots. Aussitôt après ce sacrifice les eaux se retirèrent, et les Indiens, avant de redescendre dans la vallée, érigèrent en l'honneur des deux victimes

ces colonnes de pierre pour perpôtuer la souvenir de cette grande catastrophe.

Près de ces monuments, qui nous paraissent l'ouvrage do la nature plus ôt que celui des hommes, on rencontre des fragments de murailles du trois à quatre mètres de haut sur deux d'épaisseur, couvrant uno supors licie de plusieurs acres, Ces murailles sont à moitiè cachées sous des toutes d'immenses cactus et d'un arbuste aux fruits jaunes (opuntia ans borescens), Pari ces ruines, on découvre aussi des débris de poterie poiute et des pointes de flèches enobsidienne, semblables à ‘alles que ren lerment les anciens pueblos abandounés du Nouveau-Mexique; o'ost tout ce qui reste de Zuni-Vieja. A côté de la ville, dans une farètde cèdres, on voit plusieurs lioux consacrés aux cérémonies nligieuses dos Indiens, Co sont des espèces d'autels ovales en terre, de deux à trois mètres de longueur et très-bas, ayant à l'une des extrémités uno flèche ornée de plumes et d'un filet, À l'autre extrémité est planté dans le sol un poteau en cèdre sculpté à jour; au milieu do l'autel git un morceau de cèdre paretllement soulpté, eauché horisontalement et environné de coquillages et d'autres flèches de petite dimension, Quelques-uns de ces au tels sont d'une très-haute antiquité, et les Indiens ne permettent à par sonne d'y toucher,

Toute R vallée arrosée par le Rio de Zuni est très-fertile; le fourrage v estexcellent, et n'a nul besoin de l'ivrigation artiticielle comme le prus tiquent les Indiens des autres localités; les Zuñis récoltent du mais on telle quantité que non-seulement il suflit À leurs nécessités, mais encore ls en oxpédient jusqu'au fort Detianco, au delà du Kio Puerca de l'ouest,

Après avoir laissé derrière soi cet étrange pays, on traverse une crèle de montagnes, et on arrive dans une plaine au milieu de laquelle est situé le Puits de Jacob, appelé par les naturels Ouah-nok-ai-tin-nate, C'est un trou en forme d'entonnoir, ayant trois cents mètres de cireonférende dans sa plus grande lurgeur et quarante-deux de profondeur, Au moyen d'un escalier en spirale taillé sur les bords, on descend au fond de ve trou renfermant une mare d'eau considérable, entourée de hautes broussailles, Ce puits est une des euriosités du désert; il ressemble heaucoup à ce que les Américains appellent soater-hole (hrou d'eau), forme naturellement par les pluies dans les terrains spongieux,

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