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Au nord-ouest de cette région commence le pays des Moquis. Cette nation, aussi fière, aussi indépendante qu'industrieuse, a vu sa population diminuer considérablement dans ces derniers temps par la petite vérole, et, quoiqu'il soit impossible de désigner exactement le nombre d'Indiens dont se compose une tribu, on peut assurer néanmoins que les sept villes de Moquis ne renferment aujourd'hui guère plus de six mille habitants. Autrefois cette contrée était très-peuplée jusqu'au Rio Colorado à l’ouest, et à Chichilticaie au sud; le voyageur qui la parcourt aujourd'hui marche rarement une journée sans rencontrer des ruines de tous les genres et des débris de poterie peinte répandus sur le sol.
Quand on a dépassé le Puits de Jacob, en allant toujours vers l'océan Pacifique, on laisse au nord-est la magnifique chaîne de la sierra Madre, et au sud celle de la sierra Mogoyon, pour entrer dans la belle et large vallée du Puerco occidental, qui se jette dans le Colorado Chiquito (ou petit Colorado) à cent soixante-deux kilomètres plus à l'ouest. Il y a peu de contrées au monde aussi belles que celle renfermée entre le Gila, le Colorado et leurs affluents, le Rio-Verde et le Colorado Chiquito. Ce dernier prend ses sources dans les sierras de Mogoyon et de Zuñi, et se réunit au Colorado, près du Grand Cañon. Du Grand Cañon, le Colorado se dirige vers l’ouest à travers une fissure ayant plus de cinq cents mètres de profondeur au-dessous de la plaine, puis il descend au sud jusqu'à sa jonction avec le Gila, lequel forme la limite méridionale de ce vaste pays. Malgré son élévation et la présence des monts Hammook- Habi (chaîne bleue), Cerbat, Aquarius, Aztèques, Magollon, de la Forèt- Noire et d’une multitude de cônes d’origine volcanique, l'hiver n’est jamais rigoureux dans cette latitude, et les prairies qui commencent à reparaire sont humides et arrosées par de nombreux ruisseaux.
Dans une de ces prairies inégales et accidentées coule un affluent du Puerco occidental, appelé le Lithodendron, dont les bords formés de marne rouge sablonneuse sont parsemés de ruines et de poteries anciennes. On voit sur ces mêmes bords une petite forêt d'arbres pétrifiés, à moitié ensevelis dans la marne et convertis en jaspe de différentes couleurs. Quelques-uns de ces arbres mesurent six mètres de circonférence sur treute-cinq de longueur. La plupart des branches sont rouges et les troncs sont bruns ou noirs comme s'ils avaient été brûlés. Au delà du Lithodendron, la plus importante et la plus riche vallée que l’on ren-
156 VOYAGE PITTORESQUE contre est celle au Colorado Chigrito, ayant de trente à quarante kilomètres de largeur et possédant les plus beaux pâturages du monde ; malheureusement elle est inhabitée; des porcs-épics d'une variété inconnue dans le reste du globe y ont creusé leurs terriers auprès des nombreux arbres pétrifiés que cachent à peine les hautes herbes. Des antilopes et des chevreuils à queue noire sont à peu près les seuls êtres animés qui profitent des richesses et de la fécondité de cette terre inculte. La rivière est peu large; au temps de l'expédition de Coronado, les Espagnols l'appelaient Rio del Lino à cause de lu quantité de lin qui croît sur ses rives; elle coule vers l'ouest-nord-ouest, entre deux bancs d’alluvion ombragés de bouquets de cotonniers. Auprès du Colorado Chiquito s'ouvre le Cañon du Diable, lequel est très-étroit, profond, d’un aspect effrayant, d'un accès presque impossible et sert d'entrée à deux autres vallées resserrées entre des collines épaissement boisées qui s'étendent jusqu'aux montagnes de San- Francisco.
A l’ouest du Colorado Chiquito, on traverse une grande prairie arrosée par le Rio-Verde, au milieu de laquelle s'élèvent des cones en grès, semblables à des tlots surgissant d’une mer de verdure. Le Rio-Verde prend naissance au pied des montagnes de San-Francisco, parcourt plusieurs plaines qu'il fertilise, s’accroit des eaux du Rio Salinas et tombe dans le Gila, près du village des Coco Maricopas. On effleure ensuite, pendant quelque temps, le côté inéridional du pie de San-Francisco, en marchant sur des espèces de vagues volcaniques durcies et parsemées de mamelons d’une grande régularité ; l’un de ces mamelons a eu sa crête brisée par un torrent d: ::4. qui s’en échappa jadis, et dont les plis tortueux sont encore très-visible
Le volcan de San-Francisco est très-large à sa base; le sommet est formé par la réunion de plusieurs cratères élevés à quatre mille trois cents mètres au-dessus du niveau de la mer et recouverts de neiges éternelles. Sa position géographique est entre le 111° et le 112° degré de longitude ouest et le 35° et le 36° degré de latitude nord. Les flancs de ce groupe volcanique sont tapissés de forêts de pins {pinus brochyptera) de vingt à trente-cinq mètres de hauteur, de cèdres, de chênes nains et de broussailles (corvania sansburyania) appelées alusima par les Mexicains. Les rochers sont percés de nombreuses grottes naturelles habitées
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