CHAPITRE V
Déserts de l'Ouest. — Premières expéditions en Californie, — Le P. Salva Tierra, — Baie de San-Francisco. — Haute Californie. — Coucher du soleil sur l'océan Pacifique, — Vallées du San-Joaquin et du Sacramento. — Arbres gigantesques. — La sierra Nevada, — Singuliers caractères du Grand-Bassin. — Lac de la Pyramide, — Chaîne des Cascades. — Oré,on, — Le Colombia, — Mont des Cercueils, — Chutes du Colombia, — Sources du Clark-Fork, — Lewis-Fork, — Montagnes Bleues. — Chutes poissonneuses. — Vallée de la rivière à l’Ours. — Grand lac Salé. — Aspect désolé de la nature. — Histoire des Mormons et de leurs colonies. — Routes du fort Laramée, — Chaine de la Rivière-aux-Vents, — Panorama des montagnes Rocheuses, — La Terre des ombres des Indiens,
Pour compléter la description des déserts méridionaux de l'Amérique du Nord, il nous reste à donner quelques détails sur la découverte et lu topographie de la Californie, qui se trouve à l’ouest des régions dont nous avons parlé dans les chapitres précédents,
En 1523, l'empereur Charles-Quint, dans une lettre datée de Valladolid, ordonna à Fernand Cortez de chercher sur les côtes orientales et occidentales de la Nouvelle-Espagne un passage pour aller dans les grandes Indes. Cortez, dans sa réponse à l’empereur, parle avec beaucoup d'enthousiasme de la possibilité de découvrir un tel passage ; il paraît même qu’il fit plusieurs tentatives dans l'espérance d'arriver à cette découverte, Ce qu’il y a de sûr, c’est qu'en 1534 Cortes équipa deux navires: l’un fut mis sous le commandement de Hernando Grixalva, et l’autre sous celui de Diego Becerra de Mendoza, Ces deux capitaines reçurent l’ordre de continuer les explorations déjà faites sur les côtes du golfe californien, et de faire tout leur possible pour savoir ce qu'était devenu un vaisseau de l'État parti précédemment, et dont on n'avait plus entendu parler.
La première nuit de leur départ de Tehuantepec sur l’océan Pacifique les deux navires se séparèrent pour ne plus se rencontrer, Grixalva,
après avoir vu sur les côtes de la Californie une île déserte, qu'il appela Saint-Thomas, revint à la Nouvellc-Espagne. Becerra de Mendoza, d’un caractère hautain et colérique, fut assassiné par son équipage à l'instigation du pilote Fortuno Ximenès. Celui-ci, après le meurtre du capitaine, prit le commandement de l'expédition et continua le voyage en se dirigeant vers le Nord. Il arriva dans la péninsule de la vieille Californie et donna le nom de Santa-Cruz à l'endroit où il jeta l'ancre, et qui est pro- + Fi bablement la baie de la Paz, située sur la côte occidentale du golfe californien. Mais il ne jouit pas longtemps du succès de son entreprise, car iii les naturels du pays l’assassinèrent avec vingt autres Espagnols. Quelques manuscrits mexicains affirment que la Californie fut découverte en 1526; mais ils ne fournissent aucune preuve à l’appui de cette \f assertion.
| En 1535 Fernand Cortez lui-même visita les deux côtes du golfe Californien, qui s’appela mer de Cortez, puis mer Rouge et enfin mer Ver-
meille, nom que le golfe porte encore aujourd’hui, et qui lui vient sans
doute d’une certaine ressemblance avec la mer Rouge de l'Arabie et de
l'Égypte, ou bien à cause de la couleur rougeâtre que lui donne le Rio
Colorado vers sa partie septentrionale. Francisco d’Ulloa, pendant les
deux années suivantes, continua les voyages d’exploration jusqu’à l’em- 1! bouchure du Rio Colorado, mais ne pénétra point jusqu’à la haute ou | Nouvelle-Californie : cet honneur était réservé au Portugais Juan Rodriguez Cabrillo, un des pilotes de Fernand Cortez.
Le 27 juin 1542, d’après les instructions et les ordres d’Antonio de Mendoza, vice-roi de la Nouvelle-Espagne, Cabrillo partit de Natividad (Mexique) pour explorer les côtes du Nord. Il découvrit le large cap situé entre le 40° et le 41° degré de latitude nord et qu’il appela cap Mendoza en l'honneur du vice-roi ; il poussa ensuite une reconnaissance jusqu'au 44° degré de latitude nord ; mais, épuisé par les maladies et les fatigues, il revint à Natividad, selon Veneyas; d'autres écrivains le font mourir au port Possession, de l'ile Saint-Bernard, dans le petit HA archipel de Barbara.
{1} En 1577, sir Francis Drake, qui n’était alors que simple capitaine, ï mais un navigateur déjà très-distingué, prépara, avec le secours de 1} quelques amis, une expédition de boucaniers contre les Espagnols, ce qui l’engagea à faire le tour du monde, On sait que les grandes richesses
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des Philippines 5e transportaient annuellement sur un galion qui partait de Manille et s'arrêtait à Acapulco avant de se rendre en Europe. La prise de ce gdion était alors le but de ces expéditions particulières organisées généralement avec la licence du gouvernement. Drake partit done en vue de faire cette importante capture ; il traversa le détroit de Magellan et arriva sur les côtes de la Californie en 1579, après avoir pillé tous les navires qu’il rencontrait sur sa route et saccagé tous les nouveaux établissements espagnols situés près du rivage. Croyant ctre le premier qui eût découvert cette terre, il l’appela Nouvelle-Albion. jeta l'ancre dans une baie, que quelques auteurs pensent être celle de San-Francisco; mais, d’après des renseignements plus exacts, on doit croire que c’est celle connue aujourd’hui sous le nom de Jack’s Harbour, qui est un peu plus au nord.
Les habitants du pays découvert par Drake vivaient dans des huttes qui les protégeaient contre l'intempérie des saisons. Les hommes allaient entièrement nus, et les femmes avaient, en guise de jupon, des petits tabliers dans ie genre de ceux des Mojaves actuels. Les sauvages apportèrent au capitaine des plumes, des espèces de coiffures en filet et du tabac. La nouvelle de son arrivée se répandit bientôt dans les environs, et les naturels lui annoncèrent que le roi d’une grande nation voisine viendrait le voir si on pouvait l’assurer qu'il ne lui serait fait aucun mal. Drake fit comprendre comme il put que le roi serait le bienvenu. Les boucaniers virent aussitôt s'approcher d’eux une nombreuse compagnie à la tête de laquelle marchait un . nme d’une belle apparence, portant un bâton en forr.e de sceptre, d’où pendaient deux couronnes de plumes et trois chaînes en or. Le roi venait ensuite, entouré d’une foule d'hommes à la taille impsante, habillés avec des peaux d'animaux ; une multitude de sauvages terminait le cortége. Ils étaient peints de diverses couleurs et chargés de présents de toutes sortes. Le porteur du sceptre lui fit un long discours. qui fut suivi de danses générales et de chars hizarres, Ensuite le roi s’approcha du capitaine anglais, lui mit sur la tête une des deux couronnes, et lui fit don de son royaume, que Drake accepta avec plaisir au nom de sa souveraine.
Nous n’oserions pas garantir la véracité de cette partie de la relation de Drake, qu'il a pu inventer pour assurer, en cas de besoin, ce nouveau territoire à la couronne d'Angleterre. Quoi qu’il en soit, les
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Anglais s'avancerent dans l'intérieur du pays, et ils y virent des lapins qui couraient en troupes par milliers, À leur retour, les excursionistes affirmèrent que la contrée qu'ils venaient de visiter devait contenir de l'or en abondance, parce que, disaient-ils, on en trouvait en quantité dans plusieurs endroits. Dans ce cas, il peut paraître extraordinaire que les naturels n'aient eu sur eux aucun ornement de ce précieux métal, Ce fait, ainsi que la nudité des naturels, prouverait que ces sauvages étaient dans un état complet de barbarie, et qu'ils ignoraient les plus simples éléments de la métallurgie. Il est également étonnant que la reine, qui récompensa Drake en le nommant chevalier et en lui disant que ses actions le rendraient plus honorable que son titre, n'ait pris aucune mesure pour s'emparer du pays que son amiral était censé avoir découvert.
Plus tard, Cavendish et Rogers visitèrent ces parages; la description que ces navigateurs ont faite des habitants se rapporte exactement avec celle des tribus actuelles que l’on rencontre encore dans ces vastes solitudes.
En 1599, Gaspar de Zuniga, comte de Monterey et vice-roi du Mexique organisa une autre expédition d’après les ordres qu'il en avait reçus de Philippe IF, roi d'Espagne, afin de découvrir de nouvelles terres et de faire des établissements sur les côtes de la Californie. Le général Viscaino, qui la commandait, partit d'Acapulco en 1603 et arriva jusqu'au 42° degré de latitude nord. En route il s'arrôta dans deux magnifiques ports, auxquels il donna les noms de San-Diego et de Monterey en l'honneur du vice-roi. Bientôt après le retour de Zuniga, la renommée vint exciter l'ambition du gouvernement et des particuliers, car l’intérieur de la Californie passait déjà pour être très-riche en mines d’or et d'argent, tandis que les côtes et les golfes possédaient, disait-on, des perles d'une grande beauté et d'une valeur considérable. Aussi les expéditions officielles et privées se renouvelèrent fréquemment de 1615 à 1668, mais sans amener eucune découverte importante. Enfin, en 1677, des ordres émanés de la cour de Madrid arrivèrent à don Francisco Payo Enriquez de Rivera, archevêque de Mexico et vice-roi de la Nouvelle-Espagne, à l'effet de conquérir toute la Californie et d’en prendre possession. Le commandement de cette entreprise 4chut à l'amiral don Isidoro Otondo y Antillon, Le gouvernement spirituel de cette province fut confié aux
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pères de la compagnie de Jésus, et le P. Eusebio François Kühn reçut le titre de supérieur provincial, Otondo et les jésuites mirent à la voile à Chacala en mai 1683. Pendant deux ans l'expédition réussit parfaitement, moralement et matériellement parlant, et les jésuites parvinrent àconvertir au christianisme plusieurs tribus. Néanmoins, la difficulté de subvenir aux énormes dépenses nécessaires à l'entretien des conquérants et des colonisateurs empècha ces établissements de prendre un caractère sérieux de prospérité et de durée, L'Espagne, alors fatiguée des sacrifices continuels que lui causaient toutes ces tentatives de colonisation, confia aux jésuites le soin d'achever la conquête de la province dont ils étaient les gouverneurs civils autant que spirituels; mais ceux-ci refusèrent; cependant, ne voulant pas abandonner les Indiens aux ténèbres de l’idolâtrie, le P. Kino et le P. Salva Tierra se dévouèrent à leur selut, et furent les premiers apôtres de la Californie.
Disons en passant quelques mots sur les difficultés que rencontraient les missionnaires dans l’œuvre admirable de la civilisation des indigènes des provinces nouvellement d’ ouvertes. Le P. Salva Tierra, voulant se dévouer aux missions de la Californie, demanda à plusieurs reprises la permission de s'y rendre; mais les trois provinciaux auxquels il s’'adressa successivement la lui refusèrent. L’audience de Guadalaxara et le vice-roi s’y opposèrent aussi, le trésor étant épuisé et l'affaire d’Otondo encore récente, Enfin, la cour de Madrid même s’y opposa, malgré les représentations que le P, Salva Tierra fit à Sa Majesté par l'entremise de son conseil des Indes. Mais le zélé missionnaire ne se rebuta point ; il demanda une seconde fois au père général de son ordre la permission d'entreprendre cette mission, et, après de longues oppositions, ses supérieurs y consentirent. D'un autre côté, l'audience de Guadalaxara vit alors les choses sous un jour différent et entra dans ses vues avec tant d’ardeur que le solliciteur, don Joseph de Miranda Villizan, devint son ami le plus dévoué et le seconda de tout son pouvoir. Celui-ci présenta, le 46 juillet 1696, une requête à l'audience pour l'engager à favoriser la mission du P, Salva Tierta, et, en conséquence, on écrivit au vice-roi pour la lui recommander.
Le père jésuite se rendit au commencement de l’année 1697 à Mexico, avec un plein pouvoir de ses supérieurs afin de faire les collectes nécessaires pour son entreprise. Il y trouva le P. Ugarte, qui se
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chargeons d'tre son agent à Meteo pour lever toutes los difficultés qui auraient contre Pexpédition de la Californie, Quelque temps aprôs, dou Mouse Davalos, conte de Mira Vallos, ot don Matteo lornandes do la Crus, marquis de Tuona Vista, lui promirent deux mille éeus d'Ale magne, lesquels, jointe aux bhéralités des autres biontaitours, monté ront À quinre mille éeus, Don Pedro de la Siorpe, trésorier d'Acapuleo, ot do prôter une galote pour transporter le P Salsa Tiorra ot na suite, ot leur Ht présent d'une barque, Mais comme on ne pouvait compter sur la réusaite de Pœouvre, faute de fonds suflisants pour pro dure un revenu annuel, la congrégation de Notre-Dame des Douleurs, de Mexico, donna ht nulle sus pour fonder une mission, auxquels elle on qjouta dans la auto doux mille de plus, ayant ealeuté qu'il fallait au Moins eng conts dons de revenu pour subsister, vu l'éloignement du pays ot le pou de rossonroes qu'on y trouvait,
En outre, don duan Cavailoro ÿ One, prêtre de la ville de Querotaro ot commissaire de l'inquisition, homme extrèmement riche et généreux, fournit deux nulle éeus pour fonder deux autres missions, ot promit au P, Sala Tiorra do Rare honneur à toutes los lettres de change qu'il Uronait sur lui, Ces heureux éommoncements encouragèrent los jésuites À demander au vico-roi, comte de Montézuma, gontilhomme de la Nouvelle- Espagne, la pormission dont ils avaient besoin pour leur entre. prise, Lo D, provineial Jean de Piiacios lui présenta un mémoire tièsjudicieux À ce sujet? d'abord il rencontia de grandes difficultés dans le conseils mais, après différontes roprésontations, voyant qu'on no demandat rion au roi, À qui l'expédition de l'amiral Otondo avait coûté deux cent vingt-cinq mille quatre énnts piastres, on la lui accorda le N fovrier 1697, Par l'ondre qu'on sxpédiait au P, Jean-Marie de Salva Lievra on lui permettait, de même qu'au P, Kino, ot on l'autorisait À so transporter dans la Californie À deux: conditions : l'une, de ne rien dégrader de ve qui appartenait À la couronne, et de ne rien prondre an hosor royal kans un ordre exprès du roi; et la seconde, de prendre possession du pays au non de Sa Majesté, On leur donnait pouvoir de lover des soldats, en en donnant avis au vico-rot, Entin op promettait aux pères de nommer telles personnes qu'ils jugoraient À propos pour administrer la justice dans le pays nouvellement conquis.
Lo P, Salva Tierra, avant ainsi obtenu ce qu'il demandait, se hâta de
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Ouorotaro RÔNÉTOUX, promit au go qu'il ‘4 Jésuites o la Nouur ontrovire tiûsôs dans le nu no doait coûté ecorda le de Salva dorisait À e ne rion rendre au \ prendre uvoir do womettait
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quitter Mexico, et aprés avoir lnsé on P Ugarte le soin de lover los collectes ot les contributions et de los ui faire parvenie à Hiaqui par la voie d'Acapuleo, embarque to 1Ooctobre GNT avec quelques soldutu et trois Indiens, Aprôs trois joura de navigation, it ontrorent dans ln baie de la Conception et débarquéront dans colle de Siot-Denis, comme offrant un moilleur mouillage, Cinquante Pndiens catholiques vinrent aider led, Salva Torre et ses compagnons à our installation, et le z6lé miadonnare, Aprés Avor vVaqué aux soins les plus prosants de l'étu blissomeont, Ro mit à étudier avec ardour la hmgue des sauvages et ne dévoua ontiorement à leur Bion-dtrs religieux, moral et matémel, Le PV, Kino aida puissammeont dans cette œuvre civilisatrice, ot, malgré la qalounie des prâtres indiens, qui voyaient leur influence évanonir, male gré la révolte de quelques populations qui voulurent cuiner le nouvel établissement ot tuer los missionnaires, malgré la famine qui faillit faire pére los missionnaires, lo zèle de cer apôtres lat couronné d'un plein succds ot leur mission dovint florissante, Plusieurs autres jésuites se Joianirent àous, et de grandes donations leur ayant été faites, ils poux «rent très-loin les lumitres de l'évangile et do la civilisation dans cette contrée, bo vice-rot du Mexique leur envoya des soldats pour les proté. or, ot le catholiciame lat bientôt répandu dans toute la péninaule, Charles HE ayant lancé en 4767 le décrot par lequel les jésuites furent chasaôs dos territoires espagnols, on leur arracha le gouvernemont temporel et spirituel de la Californie, qu'ils avaient exercé jusqu'à cette épogue avec autant de dévouement que d'intelligence, Des lranciscains 66 des dominicains leur succédèrent et demeurent encore dans la basse où Vieille-Californie, La première mission érigée duns la hause où Neuvelle-Californio le fut à San-Diego par lo P. Junipero Serra, de l'ordre de Saint-François, Uno vieille chronique atiribue à ce religieux la découverte de la baie de San-Francisco qui, de nos jours, devait devenir si célèbre, En voulant retourner à Monterey, le P, Junipero prit la chaîne des montagnes qui bordent les côtes septentrionales de San-Diego, où il venait de fonder une mission, passa à Monterey sais la voir et arriva à la baie de San-Francisco, à laquelle il donna le nem du fondateur de son ordre, Selon la chronique, voici comment. ce nom fut donné à co port. En revenant de la basse Californie, le D, Junipero reçut de l'inspecteur général des instructions concernant les
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noms de saints que l'on devait donner comme patrons aux nouvelles missions, Le nom de saint François manquait dans ces listes. « Comment, s'écria le bon missionnaire, surpris de cette omission, notre cher foadateur saint Francois n'aurait point de mission qui lui scrait dédiée! » À cela l'inspecteur répondit : «Si saint Francois veut une mission, laissez-le vous trouver un bon port, et alors vous l'appellerez comme lui. » Le premier port découvert après cet entretien fut la magnifique baie de San-Francisco, et le religieux en la voyant s'écria avec transport : « Voilà done le port que désirait l'inspecteur et vers lequel saint François nous a conduits ! que son nom soit béni! »
Une tradition indienne assure que cette baie était d’abord un lac d'eau douce qui fut réuni à la mer par un tremblement de terre. Dès sa découverte, San-Francisco eut la réputation d'être un des meilleurs ports du monde ; il est également renommé pour la beauté pittoresque et la fertilité des pays environnants, pour la douceur et la beauté de son elimat. Sa position géographique en face de l'Asie et à l'embouchure de deux grands fleuves qui traversent un pays riche en céréales, en troupeaux et en bois de construction les plus gigantesques du globe, en augmente considérablement l'importance et lui promet un avenir brillant, déjà réalisé en partie par l'émigration des chercheurs d'or, des marchands et des colons. La baie de San-Francisco est séparée de la mer par une chaîne de montagnes basses, offrant vers le centre une échancrure de un ou deux kilomètres de largeur qui forme l'unique communication de la baie avec la mer; la longueur totale de cette baie est de quatre-vinget-treize kilomètres et sa circonférence de trois cent soixantedix au muins. Des îles et des rochers, dont quelques-uns sont trèsélevés, sortent gracieusement de l’eau et ajoutent à la magnificence de ce tableau grandiose.
La haute Californie s'étend, du sud au nord, depuis le 32° degré jusqu'au 42° de latitude nord. Sa largeur, depuis la sierra Nevada jusqu'à l'océan Pacifique, est de deux cents kilomètres dans sa partie méridionale, et de deux cent soixante-dix dans sa partie septentrionale, donnant une superficie de cent quarante-cinq mille kilomètres carrés. De nombreuses petites vallées, agréables et fertiles, remontent des bords de la mer à l'intérieur de la province, #t possèdent chacune une mission. Les montagnes de la côte qui les séparent les unes des autres ont une hau-
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ord un lac erre, Dès sa illeurs ports resque et la de son clisouchure de les, en troua globe, en avenit briles d'or, des ée de la mer une échan:
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teur moyenne de sept cents mètres. Quand on songe que cette contrée a dix degrés d'étendue, on doit naturellement s'attendre à des différences notables de climats; néanmoins, il n'y a en réalité ni hiver ni été, et les mois qui correspondent aux saisons sont pluvieux ou secs, mais jamais très-froids ou très-chauds, Les pluies commencent vers la fin de novembre et finissent vers le commencement de mai; entre ces deux époques sont les jours les plus doux et les plus beaux de l'année, La sécheresse de l'été est en général modérée par des brouillards et des rosées abondantes qui fértilisent la terre; aussi voit-on des districts immenses entiérement recouverts d'avoine inculte dont se nourrissent d'innombrables animaux sauvages ou apprivoisés.
Les deux plus belles vallées de la Californie sont celles de San-Joaquin et du Sacramento, Ces deux vallées, longues et larges, n'en font qu'une en réalité; elles sont bornées à l'est par la sierra Nevada, et à l'ouest par les montagnes qui longent l'Océan. Du haut de ces montagnes on jouit, le soir, du plus beau spectacle que la création puisse offrir aux yeux de l'homme. A l'occident, le soleil se cou ne sur l'Océan endormi, rougissant l'immensité et répandant un crépuscule d'incendie sur l'onde mobile. Aucune vapeur ne couvre la surface des flots; des nuages éclatants illuminent de rayons jaunes et veloutés les sables de la grève, A l’orient, les cimes neigeuses de la sierra Nevada se colorent insensiblement de toutes les nuances de l’arc-en-ciel, De grandes lignes noires indiquent le cours des torrents qui se jettent dans les deux grands fleuves. Les vents de la mer frémissent doucement ou soufflent avec furie dans les forêts de chênes et de pins gigantesques ; ces beaux enfants de la terre supportent bravement le choc terrible des autans sans se rompre; leurs branches ployées par l’aquilon se redressent en gémissant. Des voix mélancoliques soupirent dans le ciel et dans les bois; elles ressemblent aux plaintes languissantes d'une jeune fille mourante, et qu'un grand amour de la vie ressaisit pendant les moments qui précèdent son agonie. Dans les plaines on voit les feux rougeûtres des campements indiens et l'on entend les chants monotones des sauvages; ces chants répétés par les échos résonnent comme les sifflements d’un orage sut la cime des montagnes et se perdent dans l’espace. Quelques oiseaux tardifs sortent de l'herbe humide et voltigent.dans les ténèbres en poussant un cri plaintif. Les ombres, la nuit, la rosée et la tiédeur embaumée de l'atmosphère
enivrent les sens, Toute cette poésie éthérée d'une harmonie sublime ravit, transporte l'esprit dans des régions inconnues, lumineuses, où l'être tout entier plane au sein d’une sphère de délices, de joies et de saintes extases, Chaque note de cette mélodie de la nature impressionne vivement et vibre magnifiquement dans l'âme comme les sublimes sonates de Beethoven ou les larmes touchantes de Bellini, Au milieu de ces concerts divins capricieusemeut modulés dans les solitudes, l'homme reconnaît la majesté, la puissance et la grandeur de Dieu, et l'âme attendrie, émerveillée, s'élève jusqu'à l'Éternel par la contemplation de ses œuvres les plus admirables.
Peu de pays sont doués d’un ciel aussi beau, d'un air aussi pur, d'un climat aussi doux que la haute Californie. C'est l'Italie du nouveau monde : les pommiers, les poiriers, les pruniers, les figuiers, les orangers, les pêchers, les grenadiers, poussent à côté des palmiers, des bananiers, de l'olivier, du cacao et de la canne à sucre. L'huile d'olive de la Californie ressemble à celle de l'Andalousie, et le vin pourrait être comparé à celui des Canaries ; mais depuis l'abandon des anciennes missions, il reste peu de ces arbres fruitiers jadis plantés sur toute la surface du sol par les jésuites. Pourtant, à Saint-Bonaventure et à la mission de San-Luiz Obisbo (35° degré de lat. N.), on voit encore des oliviers dont les fruits surpassent en grosseur et en qualité tous ceux du bassin de la Méditerranée. Les productions du sud diffèrent de celles du centre et du nord. Les raisins, les olives, le maïs, le blé, le tabac, la pomme de terre, le coton et les légumes, d'une grosseur ordinaire aux États-Unis, deviennent en Californie d’un volume phénoménal,
LeSan-Joaquin et le Sacramento prennent leurs sources aux deux extrémités de cette longue vallée dont nousavons déjà parlé. Après avoir reçu plusieurs affluents, dont quelques-uns sont de belles rivières, ils deviennent navigables, se joignent ensemble par plusieurs bras, vers le 38° degré 15’ de latitude nord, et tombent presque aussitôt dans la baie de San- Francisco, en passant par une large brèche pratiquée dans les montagnes de la côte.
Le vallée de San-Joaquin a près de quatre cents kilomètres de longueur sur quarante de largeur. Le côté oriental adossé à la sierra Nevada en est le plus beau ; il est arrosé par de nombreux cours d’eau qui fertilisent les bas-fonds, coquettement ombragés par une multitude de
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chênes blancs (quercus longiglandeæ) de cinq à six mètres de circonférence sur vingt à trente de hauteur et de grands sycomores (platanus occidentalis). Le San-Joaquin prend sa source près du lac Tularé, qui se trouve au sud de la vallée, Les principaux affluents du San-Joaquin sont le Rio de los Cosumnes, le Rio de los Mokelumnes, le Rio de los Calaveras, le Rio Stanislas, le Rio de los Towalumnes et le Rio de los Auxumnes, Ces noms sont pour la plupart ceux de tribus sauvages qui vivaient sur les bords de ces rivières, et se nourrissaient des glands du chêne blanc longs de cinq à sept centimètres, et d’une espèce de géranium (erodiwn sicutarium), plante très-nutritive et que les Indiens consomment encore de nos jours. Les collines situées au pied de la sierra Nevada donnent un peu l'idée des hautes prairies ondulées et boisées du Texas, et sont de toute la vallée la partie la plus favorable à l'agriculture. Les environs du lac Tularé possèdent une belle Flore parmi laquelle on distingue la vio/a crysantha, l'eschscholtzia californica et la memophila insignis. Des troupeaux d'élans, d'antilopes, des chevaux sauvages, quelques ours gris et des multitudes de dindes et d’autres gallinacés s'engraissent au milieu des riches pâturages qui recouvrent les bas-fonds.
Le Sacramento prend sa source au nord de la haute Californie, dans le voisinage du mont Shasé/ où Tsathl, dont le sommet blanchi par des neiges éternelles s’élance dans les airs à quatre mille huit cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Le Sacramento se dirige ensuite vers le sud pendant quatre cents kilomètres, et, après avoir recu les eaux de différents ruisseaux, de la rivière aux Buttes, du Rio de las Plumas ou de l'Eldorado, qui descend des régions aurifères, de la rivière à l'Ours, et du Rio de los Americanos, qui baigne une partie de la Nouvelle-Helvétie, il se joint au San-Joaquin, comme nous l'avons dit, et se jette dans la baie de San-Francisco. Le fleuve abonde en saumons aussi renommés par leur grosseur que par la saveur de leur chair. La vallée du Sacramento est également d’une fertilité prodigieuse. Des arbres fruitiers s’y trouvent en quantité; le lin et le chanvre tapissent les prairies ; les chênes et les pins atteignent dans ces endroits des proportions vraiment fabuleuses. On y rencontre fréquemment des cèdres blancs ({huya gigantea) de cinquante mètres de hauteur, et des cyprès ({axzidium), appelés par les Mexicains palo colorado, ayant dix mètres de circonfé-
rence et quatreé-vingt-dix de haut; près de Monterey le pale calorado, que l'on pourrait nommer le roi de la végétation californienne, devient eucore plus colossel que sur le versant occidental de la sierra Nevada. Ce pays posséde tous les éléments nécessaires pour faire de là Californie une des plus grandes contrées maritimes du monde,
Nous ne dirons rien des régions aurifères et de l'or en poudre roulé par les eaux des torrents et des rivières; d’autres écrivains en ont assez parlé, L'argent, le mereure, le charbon, le fer, le soufre et l'asphalte ont été trouvés aussi en abondance sur ee territoire privilégié; mais ils sont négligés pour l'or, dont l'exploitation est plus productive et envichit plus facilement que celle des autres minéraux,
Les Indiens de la Californie se composent de pauvres tribus vivant misérablement de la pêche, de la chasse et de fruits sauvages. Sous l’intelligente et paternelle admitéstration des missionnaires ils étaient devenus heureux, dociles et industrieux, quoiqu'ils fussent d’une intelligence inférieure à celle des autres Indiens de l'Amérique septentrionale. Is cultivaient les champs, la vigne et avaient de très-beaux vergers. Avant l'arrivée des jésuites, ils étaient dans une complète ignorance des arts, de l'agriculture et même de la vie pastorale ; la stupidité paraissait être leur caractère distinctif; maintenant ils habitent des huttes en forme de vaches, ils vont nus pour à plupart; ils travaillent encore la terre; mais ils tiveut principalement leur nourriture des glands et des produits de la chasse et de la pêche,
La sierra Nevada, dont nous avons parlé précédemment, fait partie de cette grande chaîne de montagnes qui, sous différents noms, à des hauteurs inégales, mais dans une direction constante, s'étend depuis la sierra de San-Bernardino jusqu'à l'Amérique russe, n° ‘rant d'autres ouvertures que celles par ou le Colombia et le Fraser s'écoulent dans l'océan Pacitique, Cette chaine est remarquable par son étendue, son parallélisme avec les bords de la mer, l'élévation de ses moniagnes, dont quelques-unes dépassent les plus hauts sommets des montagnes Rocheuses, et par ses pics volcaniques, La plupart de ces pics, isolés comme des pyramides, sont placés sur d'immenses plateaux recouverts de magnifiques forêts, et s'élancent dans les froides régions des neiges éternelles, jusqu'à quatre mille et même cinq mille six cent soixantecinq mètres au-dessus du niveau de la mer, La sierra Nevada exerce sur
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