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Aussitôt après avoir laissé derrière soi le lae de la Pyramide pour atteindre la chaine aux Cascades, en remontant vers le nord, on passe par un pays aride et sablor x, où l'herbe est toujours salée ou recouverte d'une légère efflorescer. sel, L'artémise, cette plante amie des déserts, qui pousse avec vigueur sur le sol le plus ingrat, atteint ordinairement en cet endroit trois mètres de hauteur, tandis que les autres plantes végètent et se flétrissent promptement auprès de leur vigoureuse sœur, De temps en temps on rencontre des lacs boueux et desséchés (quelques-uns remplis d'une eau pure et limpide) et des sources d'eaux thermales, La première et peut-être la plus considérable de ces sources est celle qui se trouve à quelques kilomètres nord-est du lac de la Pyrimide, Elle jaillit bruyamment et à intervalles irréguliers du milieu d'un vaste bassin ; l'eau est claire et imprégnée de sel commun, mais en trés-petite quantité, de sorte qu'elle pourrait être utilisée pour cuire les aliments, Sa température est de 208° sur les bords, mais au centre du bassin elle doit être bien plus élevée.
De Là jusqu'au 43° degré de latitude N, les réservoirs qui recoivent les eaux des montagnes se succèdent presque sans interruption. À cette latitude, les montagnes, à gauche, se retirent et forment une espèce de baie, ayant l'apparence d'un fer à cheval; elles laissent à leur base un bas-fond plat, couvert d'artémises, d'herbes salées et de terrains marécageux. Les singularités de la nature sur toute la route sont si fréquentes qu'il faudrait bien des volumes pour les faire connaître : aussi ne nous est-il permis d'en signaler que quelques-unes, selon qu'elles se piésenteront à notre esprit.
Quand on a dépassé le fer à cheval dont nous venons de parler, en tourne un peu vers l'ouest pour entrer dans la vallée de la Riviére-aux- Chutes. Ce pays est très-accidenté, très-difficile à parcourir et même dangereux. Tout ce que l'imagination peut concevoir de plus effrayant s'y trouve réuni pour terrifier le voyageur le plus aguerri. Partout on voit des ravins et des précipices énormes, des profondeurs incroyables, des pics gigantesques, des sommets escarpés, des rochers bouleversés, sous lesquels des eaux éeumantes s'engouffrent et reparaissent un instant après sous un ciel couvert ou sous un dôme de feuillage sombre, qui pousse avec une force exubérante dans de monstrueuses anfractuosités, Partout on voit des forèts inaccessibles, des abimes horribles
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qui retentissent continuellement du bruit des cascades, et, pendant que l'œil étonné se repose avec délices sur les cimes bleuâtres des montagnes éloignées, sur le gazon dont les rochers sont tapissés et sur les plantes fleuries pendues eu guirlandes de tous côtés, l'oreille est étourdie du mugissement monotone des torrents qui s'élincent impétueusement du milieu de ce bruyant chaos pour s'encaisser dans des lits de granit,
Avant d'entrer dans la vallée de la Rivière-aux-Chutes, on passe sur le lac Tlamath, situé au pied du mont Pitt, par le 42° degré 40° de latitiude N. et le 422° degré de longitude O0, Durant une partie de l'année, ee lac n'est autre chose qu'une belle savane remplie d'une herbe particulicre, que les animaux aiment beaucoup, Plus loin, sur le versant des montagnes aux Cascades, on traverse des forêts de sapins et de pins, dont les cônes ou fruits ont jusqu'à cinquante centimètres de longueur, Au-dessus des forêts s'élèvent des pics couverts de neige, peuplés par l'imagination des Indiens d’esprits et de génies. Des roches basaltiques aux formes bizarres lient les plaines aux montagnes par une succession de plateaux escarpés, posés les uns sur les autres comme les marches d'un escalier impossible, L'action volcanique sur les collines parsemées de cèdres et de mélèzes de cinquante mètres de hauteur, des sources d'eaux thermales et de gaz, des ruisseaux, des torrents et des rivières qui s'engouffrent dans d'étroites vallées, rendent cette nortion des grands déserts aussi intéressante que pénible à visiter,
Parmi les couches de basalte et de rocs volcaniques on voit également des couches d’une argile blanche à porcelaine dont la finesse pourrait rivaliser avec les pâtes de Sèvres et de Saxe.
La chaîne aux Cascades est ainsi appelée à cause de la quantité des chutes et des rapides que forment ies rivières qui prennent leurs sources dans ces montagnes. A l'ouest, elle présente une barrière aux nuages, aux brouillards et aux pluies venant de l'océan Pacifique s’abattre contre ses flancs raboteux. Situées à cent quatre-vingts kilomètres des côtes, ces montagnes s'étendent depuis le mont Tsathl jusqu'aux possessions anglaises. Au-dessus de la chaîne s’élancent sept pics, qui s’apercoivent de très-loin; ce sont les monts Tsathl, Pitt, Jefferson, Hood, Sainte- Hélène, Regnier (ou Rainier) et Baker.
La rivière aux Chuu:s est un des principaux tributaires du Colombia” el tombe dans ce fleuve un peu au-dessus des Dalles. Son embouchure
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est divisée en plusieurs bras, En cet endroit, les deux rivières rivalisent en largeur et font un bruit effrayant. Les Indiens s'y rendent périodiquement pour Ja pêche au saumon, Les bords de la rivière aux Chutes semblent contenir beaucoup de charbon fossile ; sur la surface de la terre on voit aussi du plomb argentifère,
Le Colombia est un des plus grands fleuves de l'Amérique septentionale ; son nom lui a été donné par le capitaine Gray, qui le remonta en partie sur son navire /e Colombia, en 1792 ; il fut visité successivement par MM. Vancouver, Mackensie, Lewis et Clark, qui firent de précieuses découvertes dans l'Orégon, il y a plus d'un demi-siècle, Les deux branches du fleuve reçurent les noms de Lewis et Clark, deux célèbres officiers chargés, en 1804, par le gouvernement des États-Unis d'explorer cette contrée, En 1810, M. Astor, de New-York, envoya deux expéditions dans l'Orégon, pour s'assurer le commerce des fourrures, Celle qui vint par la voie de mer fonda, à douze kilomètres de l'embouchure du Colombia, le fort appelé Astoria.
Le territoire de l'Orégon, que baigne en grande partie le Colombia, est cette partie de l'Amérique septentrionale qui s'étend depuis le 42° jusqu'au 50° degré de latitude nord, et des montagnes Rocheuses à l'océan Pacifique. Borné au nord par les possessions russes et au sud par la Californie, il forme, comme le Grand-Bassin, une espèce de parallélogramme d'environ mille kilomètres de longueur sur six cent soixanteaix de largeur. L'époque de sa découverte n’est pas connue; mais il est hors de doute que les Espagnols y ont eu des établissements, car on a trouvé dans les mains d'une tribu un crucifix de cuivre, comme ceux que portaient les missionnaires; et, dans l’île de Vancouver, on voit encore des ruines en briques, restes des habitations d'anciens colons. Maintenant, si l’on se rappelle que le détroit qui sépare cette île du continent s'appelle Juan de Fuca, nous devons conclure de ces indications que les Espagnols pénétrèrent dans ceite contrée longtemps avant les Américains et les Anglais.
Un fait remarquable dans la climatologie de cette partie des grands déserts, c’est la douceur et l'égalité de température qui règne constamment sur toutes les régions méridionales arrosées par le Colombia et ses
‘affluents, sur le Grand-Bassin proprement dit, et jusqu'aux montagnes
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continent en deux zones bien distinctes, Les hivers rigoureux, les étés étouffants et toutes les variétés d'un climat capricieux qui prévalent du côté de l'Atlantique sont très-peu sentis du côté du Pacifique, Dans les plaines et les vallées de l'Orégon, la neige s'élève rarement à plus d'un pied ; les hivers sont plutôt pluvieux que froids, Les pluies commencent en octobre et finissent au mois de mars et sont souvent accompagnées d'éclairs et de tonnerre; des nuages épais, dont l'atmosphère est constamment chargée, cachent le soleil pendant des semaines entières; mais dès qu'il peut se faire jour à travers les vapeurs, il répand aussitôt dans l'air une chaleur vivifiante. Depuis mars jusqu'à octobre l'air est serein et le climat délicieux, et quoique les pluies soient trés-rares, l'humidité est néanmoins entretenue par de légers brouillards qui couvrent au matin les prairies verdoyantes. Cette égalité de température doit être attribuée aux vents de l'océan Pacifique qui s'étendent depuis le 20° jusqu'au 50° degré de latitude N., tempèrent les ardeurs de l'été et adoucissent les rigueurs de l'hiver, de sorte que pendant toute l'année on peut porter le même vêtement sans être incommdé par les chaleurs ou par le froid.
Sur une distance de quarante à cinquante kilomètres depuis son embouchure, le Colombia n'est, à proprement parler, qu'un bras de mer édenté par de profondes baies et rendu très-dangereux par des brisants,
A l'entrée du Colombia se trouve au sud une langue de terre sablonneuse appelée Pointe Adam. Le cap Désappointement est sur la rive opposée; c'est une espèce de péninsule terminée par un promontoire couronné d'une forêt de pins. Immédiatement après ce cap s'ouvre une large baie, qui se termine à la Pointe des Chinooks, ainsi nommée à cause des Indiens de cette tribu dont le voisinage est peuplé.
Les brisants, en face du fleuve, s'étendent comme une barrière infranchissable ; ils inspirent une vraie terreur à ceux qui les voient pour la première fois. Le tumulte effrayant des vagues, les dangers du canal, l'inexpérience de la force et de la direction des courants, la transition de l'eau claire à l'eau trouble, tout concourt à jeter dans l'âme du meilleur marin une vive inquiétude. Quand les brisants sont franchis, on peut tenir constamment le milieu du fleuve ; il s’y trouve toujours une quantité d'eau suffisante pour les grands navires.
Le Colombia, depuis la mer jusqu'à sa division en deux branches, présente un coup d'œil tantôt pittoresque, tantôt grandiose, mais tou-
jours magnilique. Les deux rives sont ordinairement hordées de monlagnes d'un aspeet étrange et romantique, où de forêts d'une beauté sublime, En général, toutes les forêts de l'Orégon sont très-remarquables par leur grandeur imposante, Depuis les arbres les plus gigantesques usqu'aux plus humbles arbrisseaux, tout excite l'étonnement du spectateur, Entre les arbres séculaires dont les rameaux touffus se confondent ensemble et forment une voûte épaisse à des hauteurs prodigieuses croissent des myriades de plantes et de broûssailles aromatiques ou à fruits, des vignes et des lines s'élèvent de tous côtés, se suspendent aux branches des chônes blancs et des cèdres rouges, mêlent leur brillant feuillage à toute la verdure et rendent ces forêts presque impénétrables aux hommes et aux bôtes fauves, Les plantes parasites et les lianes son un des traits caractéristiques de ces pays boisés, Ien est une surtout qui semble être la reine de ces sombres et poétiques solitudes : ses fleurs, particulièrement belles, se composent de six pétales de dix centimètres de longueur et d'un rouge éclatant taché de blanc dans le calice de la fleur ; ses feuilles, d'un beau vert, sont ovales et disposées par groupes de trois. Gette plante grimpe jusqu'au sommet des arbres les plus élevés sans s'attacher à aucun d'eux, puis elle redescend perpendiculairement, s'entrelace ensuite à toutes les branches, à toutes les plantes qu'elle rencontre, et festonne ainsi la fort de capricieuses guirlandes d'une longueur démesurée, comme une immense draperie de verdure, nuancée de fleurs admirables. Avec les fibres de cette liane les Indiens fabriquent des paniers assez fins pour contenir de l'eau.
Les bords du Colombia sont fréquentés par des multitudes de eygnes, de pélicans, de hérons, de canards, d’oies, d'aigles, de vautours, de corbeaux, de pigeons, de faisans, de perdrix et d'autres oiseaux de différentes sortes, Les deux seuls reptiles dangereux qu'on y voit sont le serpent à sonnettes et un autre serpent de même taille rayé de blane, de jaune et de noir. De gros lézards, de plus d’un demi-mêtre de longueur et armés d'ongles très-forts, se creusent des terriers au milieu de cette nature si extraordinaire, Les rives se retirent parfois pour former de larges baies, au milieu desquelles surgissent de jolies petites îles semtes, en quelque sorte, comme des massifs de fleurs et de verdure sur un gazon brûlé par les rayons du soleil,
Après Astoria, le premier fort qu'on trouve sur la route, en remontant
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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. 185 le fleuve, est celui de Vancouver, situé au 45° degré 36° de latitude nord sur la pointe de ce nom, à cent trente-cinq kilomètres de l'embouchure du Colombia, Quoique le fort Vancouver soit à plus de trois degrés au nord du méridien de Paris, on ÿ jouit, néanmoins, d'une similitude de climat, non-seulement dans la température générale, mais encore dans celle des quatre saisons.
Au sud du fort, sur la rive gauche du Colombia, s'ouvre la vallée de Walahmette, où Wahlah-math, terre excessivement fertile, cultivée par plusieurs colonies américaines et canadiennes, Plus au nord, on passe devant le Mont des Cercueils (Mount Coffin). C'est un rocher isolé, élevé à cinquante mètres de hauteur au-dessus d'un terrain marécageux et qui est très-vénéré par les Indiens comme étant un lieu de sépulture. Sur son soumet on voit un nombre considérable de corps morts déposés dans des eanots, à côté desquels des trophées ou des olfrandes, tels que des vêtements, des ornements de tous genres, des paniers et autres ustensiles, sont suspendus à des perches de différentes grandeurs, Les amis des défunts, et surtout les femmes, vont chaque jour, à l'aurore et au crépuseule, visiter les tombes chéries, pleurer et chanter les louanges de ceux qui ne sont plus. Quand le soir on remonte le fleuve et qu'on entend ces chants funèbres se mêler au souffle des vents et au murmure des flots qui se brisent sur la grève, quand on voit ces tombeaux aériens se rougir aux dernières lueurs du soleil couchant et que la nature, avant de se reposer dans le silence de la nuit, lance vers l'Éternel son dernier cantique, le voyageur, attendri par ce double spectacle de poésie et de douleur, sent, malgré lui, des larmes couler sur ses joues. Ces larmes dans le désert sont souvent une prière.
À quarante kilomètres du fort Vancouver, les montagnes se resserrent des deux côtés du fleuve, et l'encaissent dans d'énormes falaises recouvertes de sapins et de cèdres blancs à travers lesquels s’élancent dans le vide des cascades qui tombent en forme de légères nuées blanches et vaporeuses sur le Colombia, Une de ces falaises, curieusement travaillée par la main capricieuse du temps, ressemble aux ruines d'une vieille forteresse dont les tours crénelées laissent échapper de leurs flancs deux cascades de cinquante mètres de hauteur.
En différents endroits, sur les bords du Colombia, on remarque audessous de l'eau des quantités de trones d'arbres, de pins principale-
ment, qui se tiennent encore debout dans l'eau à près de sept mètres de profondeur. Les voyageurs ont appelé ces collections d'arbres des oréts submergées ; elles sont probablement le résultat de quelques convulsions terrestres, ou d'un éboulement de terrain. Les Indiens assurent que ces forôts ont été submergées par l'éboulement des roches sous lesquelles passait autrefois paisiblement le fleuve; ces roches, en tombant, obstruèrent le lit du Colombia, et de grandes forûts de cèdres et de pins furent ainsi englouties par l'élévation du niveau des eaux. C'est à cette même cause que les Indiens attribuent l'origine de la Cascade des Montagnes.
A deux cent cinquante kilomètres de son embouchure, le Colombia tombe de sept mètres de haut sur un lit incliné de rochers noirs, forme une série de rapides, retombe de nouveau de trois mètres de haut, malgré deux énormes rocs qui encombrent son lit et semblent vouloir s'opposer à son passage; le fleuve s'étend ensuite dans un vaste bassin, comme pour se reposer des efforts qu'il a dû faire afin de se frayer une issue à travers la chaine des Cascades; puis, sur une distance d'environ six kilomètres, il redescend de nouveau en bondissant et resserré entre des murailles de cent quatre-vingts mètres de hauteur appelées Longs détroits (Long narrows).
Il serait difficile de rencontrer au monde un spectacle plus sublime et plus romantique que celui présenté par ces solitudes grandioses vues au clair de lune. On dirait que la nature a réuni toutes ses forces pour déployer ici la plus grande magnificence. Pendant l'obscurité transparente d’une belle nuit étoilée, les montagnes perpendiculaires qui s'élèvent avec une majestueuse hardiesse des deux côtés du Colombia paraissent comme une galerie colossale conduisant dans un monde antédiluvien. Le bruit étourdissant des tourbillons formés par les eaux s'engouffrant dans un étroit passage, ou se brisant avec fracas contre des roches noires, épouvante l'homme, qui croirait assister aux grands cataclysmes de la création. Les îles disséminées sur le fleuve ressemblent à des ombres mouvantes, ou bien à l'entrée ténébreuse d'un palais de génies marins. Des ruisseaux et des torrents s'élancent partout des hauteurs recouvertes de sombres forêts, et sautent de cascade en cascade jusqu'aux pieds des rochers, en formant mille ondulations gracieuses ; on dirait des banderoles de gaze que les ondines font flotter dans les airs aux lueurs du crépuscule. Le mont Hélène et le mont Hood, comme
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