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deux gardiens géants, semblent veiller sur un trésor; ils se dressent de chaque côté du Colombia au-dessus d'un rideau de montagnes, la lune les couronne de sa lumière rayounante, et leurs cimes aériennes paraissent planer dans l'espace comme des nuages de piumes blanches.
Les Dalles du Colombia que nous avons nommées plusieurs fois viennent après les Cascades; ce sont deux grandes murailles de basalte qui resserrent le fleuve dar; un canal de cinquante-huit mètres de largeur à peine. Ces murailles sont creusées cireulairement à leur base par les eaux qui tourbillonnent sans cesse sur toute la longueur de ce passage étroit. Le mot Dalle veut dire auge en vieux français; il est donné par les voyageurs canadiens à toutes les localités où les ruisseaux et les rivières sont encaissés entre des murs de rochers. Les grandes Dalles sont un licu très-fréquenté par les Indiens qui viennent y pêcher le saumon, et par les émigrants qui se rendent des États-Unis ou des possessions anglaises dans l'Orégon. Quand les eaux sont basses on peut, sans beaucoup de danger, descendre les Dalles en bateau ; mais, à l'époque des pluies et de la fonte des neiges, on est obligé de faire un portage, c'est-à-dire de transporter par terre bateaux et marchandises sur toute la longueur de ce passage.
Depuis les grandes Dalles jusqu'au fort Wahlah-Wahlah', on passe plusieurs affluents du Colombia, dont un des principaux est l'Umatilah, qui roule ses eaux sur un lit de basalte comme le Wahlah-Wahlah. De suite après l'Umatilah, on rencontre (par le 45° degré 58° 08” de latitude N.) sur la rive droite du fleuve un rocher basaltique situé sur une petite élévation, et représentant deux tours en ruine d'un effet très-pittoresque. Ce rocher singulier commande une vaste étendue de pays et donne une juste idée de la formation géologique de la vallée du Colombia. Quelques saules composent le seul ombrage sous lequel le voyageur peut se reposer.
Le fort Wahlah-Wahlah est bâti dans le delta formé par la jonction de la rivière de ce nom avec le Colombia, dont la largeur est de quatre cents mètres en cet endroit, Le fort appartient à la compagnie de fourrures de la baie d'Hudson; il est construit dans une plaine sablonneuse, qui remplit l'air de nuages de poussière et de sable soulevés constamment par les vents réguliers de l’ouest. C’est à douze kilomètres au-dessus du fort que les deux branches du Colombia se réunissent pour former un des plus
NS VOYAGE PITTORESQUE beaux fleuves du monde, La branche du nord-est est appelée indifté.
remment Clark-Fork où Colombia; celle du sud s'appelle également Lewis-Fork, Rivière des Shoshonies ou Rivière-aux-Serpents. Ces deux branches sont des voies importantes de communication entre l'intérieur de l'Orégon, les possessions anglaises et les États-Unis, Les grandes compagnies de fourrures se servent de ces deux routes immenses pour faciliter leurs transactions et abréger les distances énormes qui séparent leurs comptoirs dispersés dans ces vastes régions septentrionales.
Depuis son embouchure jusqu'à ses sources la navigation du Clark- Fork devient très-difficile, car elle présente une succession continuelle de chutes, de rapides et de Dalles. Quoique le pays arrosé par le Clark- Fork soit très-varié, il est en général d’une grande beauté; les îles volcaniques, les rochers basaltiques, les montagnes pittoresques dont les pieds viennent se baigner dans la rivière, des ruisseaux ombragés de toutfes d'arbres, tout concourt à l'embellissement de cette nature vicrgè, La terre, un peu légère il est vrai, ne laisse pas néanmoins de produire de riches pâturages; les forêts sont praticables, les montagnes peu élevées, les bas-fonds parsemés de bosquets et le sol est tapissé d'un gazon touffu, Avant d'arriver dans le pays des Cœurs-d'Alène et des Tôtes-Plates on traverse pourtant des forêts presque impénétrables; des cèdres gigantesques y croissent tellement rapprochés les uns des autres, que, les rayons du soleil ne pouvant pénétrer leurs masses épaissès, il règne sous leur sombre feuillage une nuit perpétuelle, qu'attriste encore un silence de mort, seulement interrompu par le bruissement des branches, le cri du hibou et le passage de quelque bôte fauve.
Les sources du Clark-Fork s'échappent avec impétuosité du sein des
montagnes Rocheuses vers leur extrémité septentrionale; deux petits
lacs, formés par d’autres sources et des ruisseaux, sont les réservoirs de ses premicres eaux. Ces lacs sont couverts d'oiseaux aquatiques, tels que grues, cygnes, canards, cormorans, outardes et poules d’eau, et peuplés de poissons blancs, de carpes, de truites et même de saumons qui viennent y mourir en telle quantité qu’ils infectent les environs. Le climat de cette contrée est délicieux; la neige y séjourne peu. Les lacs et les rivières y entretiennent une fraîcheur constante et une abondance
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