‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 41 sur 137 · CHUTES · texte numérisé non relu

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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE, 189 de pâturage exceptionnelle. Les montagnes sont couvertes d'épaisses forèts de mélèzes, de pins, de cèdres et de cyprès. Aussi croyons-nous qu'un jour cette importante position géographique retentira des chants joyeux d’une foule de colons, qui viendront demander aux ressources du sol les richesses que d'autres plus avides vont chercher dans les précieux métaux ensevelis au sein des profondeurs de la terre,

Bu fort Wahlah-Wahlah au fort Hall, on suit à peu près constamment les bords du Lewis-Fork pour aller au grand lac Salé, et, de là, aux États-Unis, en traversant les montagnes Rocheuses par la meilleure route tracée au milieu de ces déserts,

Après avoir quitté le Wahlah-Wahlah, on se dirige vers le sud-est, en laissant à sa droite la chaîne des montagnes Bleues, probablement ainsi nommées à cause de l'apparence bleuâtre que leur donnent les arbres résineux dont elles sont tapissées. Cette chaine ne s'élève pas à plus de seize ou dix-sept cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces montagnes recèlent une variété extraordinaire de sapins et de pins à résine parfumée. Quelques-uns de ces arbres, hauts de cinquante à soixante mètres, sont dépouillés de leurs branches jusqu'aux deux tiers de leur hauteur et se terminent par un magnifique cône touffu. Les montagnes Bleues ont un aspect également très-varié ; tantôt ce sont des rochers et des promontoires à pic d’où s’échappent par bonds, avec un bruit épouvantable, des torrents impétueux ; tantôt ce sont des collines aux contours adoucis, des prés verdoyants et des ‘ruisseaux qui murmurent doucement sur un lit de verdure et sous des ombrages toujours frais.

Sur le versant de la chaîne se trouve un grand plateau appelé la Prairie des Nez percés, sillonné de sombres rubans de bois, inégal, pierreux, couvert de mamelons, de fourrages, d'absinthe et de poiriers sauvages. Depuis la haute Californie jusqu’au delà des montagnes Bleues, toutes ces régions paraissent avoir été tourmentées par des feux souterrains et des convulsions volcaniques. Les formations basaltiques et volcaniques qu’on voit dans toute cette contrée sont réellement merveilleuses; par-ci par-à, d'immenses rangées de colonnes noires et brillantes sortent du sein de la plaine et s'étendent à une distance de plusieurs kilomètres. L'image d’antiques cités et de châteaux ruinés se représente partout, Une autre chose digne de remarque, c'est que ce

pays est à peu près le contraire des autres, en ce que les montagnes et les collines sont boisées et riches en pâturages, tandis que les plaines sont arides et stériles. La route à travers les montagnes Bleues passe au milieu d'une autre prairie appelée le Grand-Rond, dont la circonférence est de soixante-dix-huit kilomètres, C’est un beau bassin de verdure, très-arrosé et encadré dans des montagnes ombragées de forêts de pins (pinus laryx). Dans ce bassin se voit le lit desséché d'un lac salé, blanchi par une poudre fine contenant beaucoup de carbonate de soude,

Du Grand-Rond jusqu'à la Aivière-Brülée, les sites les plus pittoresques se présentent à chaque pas; les ruisseaux et les torrents se succèdent rapidement et coulent dans des cañons excessivement profonds; le chemin qu'il faut suivre, quoique tortueux à cause de la multiplicité des cours d’eau, est néanmoins agréable; il ressemble aux larges sentiers gazonnés des parcs anglais, sur lesquels des arbres centcnaires et d’une hauteur démesurée jettent leur ombre bienfaisante, La vallée de la Rivière-Brûlée est riante et romantique ; elle est aussi la dernière que l’on est obligé de franchir. Après elle, on quitte les régions montagneuses pour pénétrer de nouveau dans le Grand-Bassin, où l’absence de hautes végétations et la rareté de l’eau annonce l'entrée d’un vrai désert,

La première rivière que l’on rencontre dans cette partie septentrionale du (Grand-Bassin est la Æivière-aux-Malheurs, sur les bords de laquelle se trouvent des sources d'eaux thermales de 193 degrés; le sol, près de ces sources, est tellement échauffé par des feux souterrains, qu'on ne peut pas s’en approcher les pieds nus; il est recouvert de sel commun très-blanc, fin et bon. On arrive ensuite au fort Boisé, construit près du Lewis-Fork, qui vient du nord-est, en coulant au milieu de gorges et de montagnes inaccessibles. Le fort Boisé est la résidence d’un officier de la compagnie de la baie d'Hudson.

Du iort Boisé au fort Hall, la route est très-accidentée; quelquelois elie est ondulée et parsemée de roches granitiques; mais en général elle est sablonneuse, coupée de torrents d’un médiocre volume, obstruée d'énormes artémises et d’absinthes; elle longe constamment les bords du Lewis-Fork, d’abord à droite, ensuite à gauche du fleuve. Les principaux cours d’eau qu'il faut traverser sont la Aivière-Rocheuse, la

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Avant d'arriver à la Rivière-Rocheuse, le Lewis-Fork forme une suite de rapides et de chutes appelées les Chutes Poissonneuses, Eu cet endroit le fleuve est encaissé dans un lit de six cents mètres de largeur sur soixante-six de hauteur, Ces chutes sont fréquentées par des Indiens d'un naturel fort gai, qui viennent annuellement y pêcher de très-beaux saumons. Un peu plus haut que ces chutes, on aperçoit à 45 mètres audessus du lit du fleuve une rivière souterraine qui sort des rochers de la rivière opposée et vient on ne sait d'où. Plus à l’est, à quinze cents mètres au-dessus du niveau de la mer, par le 42° degré 47° 05” de latitude nord et le 112* degré 40° 13°” de longitude ouest, on voit les Cascades Américaines du Lewis-Fork, qui s'écoulent majestueusement au milieu d'une plaine immense couverte d’artémises et de roches noires, A gauche s'élève la chaine des montagnes de la Aiviére-aux-Saumons, le plus grand tributaire du Lewis-Fork ; en face de soi, vers lorient, se dessinent à peine sur l'horizon les Trois-Buttes, qui précèdent les Troës- Tetons, fameux points géographiques qui guident les voyageurs et les trappeurs dans ces grands déserts du nord-ouest. Ce sont les Trois-Tetons dont les cimes neigeuses alimentent les sources du Lewis-Fork un peu plus haut que le 42° degré de latitude nord.

Laissant derrière soi les Cascades Américaines, on s'enfonce toujours dans le désert, du côté des montagnes Rocheuses ; on passe à gué le Pannack, le Port-Neuf, et l’on arrive enfin au fort Hall, situé à douze cents kilomètres de marche et de navigation du fort Vancouver, et à dix-sept cent soixante-huit kilomètres de Westport sur les frontières du Missouri, Au fort Hall, l'hiver est très-précoce, la neige tombe souvent dès le mois de septembre, et le froid se fait toujours sentir un peu le matin et le soir, même dans le mois d'août.

Au fort Hall, on abandonne complétement le Lewis-Fork pour aller au grand lac Salé, et l’on prend une direction méridionale, légèrement appuyé vers l’est jusqu’à la ville des Mormons. D'abord il faut franchir, mais sans difficulté, les terrains marécageux qui bordent le Port-Neuf et le Pannack; puis on gravit de hautes montagnes, au delà desquelles s'ouvre la vallée de la Rivière-aux-Roseaux, qui précède celle de la Rivière-à-l Ours, près de son embouchure dans le grand lac Salé. Ces

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