‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 45 sur 137 · LA · texte numérisé non relu

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La population des Grandes-Prairies se compose d'Indiens nomades, toujours en mouvement, toujours à la piste des troupeaux, des caravanes, et d'une race nouvelle d'hommes dont le type physique déroute toute elassitication zoologique. Produit hétérogène des races civilisées et sauvages, débris d'un amalgame des anciennes tribus à peu près éteintes avec les chasseurs errants, les trappeurs français et américains, les fugitifs espagnols et mexicains, les aventuriers de toutes les classes de la société et de tous les pays du monde, cette population singulière s'augmente encore chaque année d'une multitude de mécréants obligés de fuir les États-Unis pour échapper à des poursu ‘es judiciaires, Nous pouvons ajouter à cette énumération, pour la coapléter, une foule d'Indiens de l'Est que le gouvernement américain a transportés sur ces frontières, etqui, désespérés d'avoir été chassés deleur patrie originelle où reposent les cendres de leurs ateux, ne trouvant pas assez de ressources dans les produits naturels de leur nouvelle résidence, et ne voulant pas cultiver terre, errent dans les prairies par bandes nombreuses, se vengent contre les blanes de leur exil forcé et vivent de meurtres, de rapines et de pillage, L'on comprendra, par ce tableau fidèle des habitants de ce désert, qu'il est difficile et dangereux de le traverser, et que les émigrants qui se rendent aux montagnes Rocheuses et sur les bords de l'océan Pacifique ne trouvent de sécurité que dans leur nombre et la force matérielle de leurs caravanes,

Maintenant nous ferons connaître quelques-uns des détails modifiant les caractères géologiques et géographiques de ces solitudes étranges.

La grande route tracée par la nature pour traverser ce désert, et celle qui est en même temps la plus fréquentée, est la vallée du Nebraska, en indien Ne-Obraska ou Æiviére-Plate, ainsi nommée à cause du peu de profondeur de ses eaux et de l'extraordinaire largeur de son lit, Cette rivière est le plus grand tributaire du Missouri; son embouchure est à huit cents kilomètres environ de la jonction du Missouri et du Mississipi. Le Nebraska arrose une immense vallée qu'il fertilise sur tout son parcours ; son embouchure sert de point de division entre le haut et le bas Missouri, A l'époque où les bateaux à vapeur n'existaient pas encore, les voyageurs qui se rendaient aux montagnes Rocheuses où des régions septeutrionales du haut Missouri considéraient ce point comme la moitié de leur voyage; aussi le passage du Nebraska était-il équivalent pour eux

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à celui de la ligne équatoriale pour les marins, et on le célébrait avec des cérémonies à peu près semblables, La vallée n'est autre chose qu'une prairie de huit à dix kilomètres de largeur, dont deux ou trois forment le lit de la rivière, remplie d'îles boisées d'un aspect charmant, Le sol se compose de sable et d'argile; on y trouve toujours de l'eau en creusant de petits puits de un à deux mètres de profondeur; ilest généralement fertile, recouvert d'une étonnante variété de gazons, avee des plantes et des fleurs magniliques. Les ondulétions sont plus légères que partout ailleurs; elles se suivent régulièrement comme les vagues de la mer; les coteaux et les vallées paraissent interminables; les heures, les jours et les semaines se succèdent pour le voyageur sans changer sensiblement les admirables scènes que ces déserts représentent, et pourtant l'artiste, le poëte et l'admirateur des œuvres de Dieu trouvent en pérégrinant chaque jour de beaux {ableaux, de nouvelles impressions et de délicieuses réveries. es fleurs odoriférantes embellissent ces immenses champs de verdure; la brise fait courber mollement leurs frêles tiges et rafraichit l'atmosphère tout en lembaumant de mille parfuins suaves, La beauté des solitudes se déploie ici dans toute sa sublime grandeur.

Entre Le Nebraska et le Kansas, au sud, se déroulent de grandes praivies ondulées n'ayant pas le moindre vestige d'arbres, si ce n'est, comme loujours, près des cours d'eau. Les plantes principales qu'on y rencontre sont : des aloës, des cactus, des cammelinas, des saxifrages, des roses de prairie, des amorphas, des ænotheras à fleurs jaunes et des artémises, Ce pays est sans cesse parcouru par des Indiens et surtout par les Pawnies, qui enlévent avec une adresse et une audace vraiment remarquables des chevauxret même des bœufs des camps les mieux gardés, Les ravins y sout très-nombreux; leurs coupes montrent des couches d'allu- \ions, d'argiles, de grès et de calcaires de différentes couleurs. La plupart de ces. couches contiennent beaucoup de fossiles, surtout vers la grande et la petite Rivière Bleue. Les émigrants sont obligés de traverser ces deux rivières pour aller du fort Leavenworth au fort Kearney sur le Nebraska,

Entre le fort Kearney et le fort Laramée la route est fort belle, mais

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canescens, asclepias tuberosa et asclepias Syriaca d'où s'exhale un doux parfum qui embaume l'air tout autour de la fleur, Quelques peupliers,

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populus monilifera, des saules à longues feuilles, salix longifolia, et des celtis crassifolia ombragent les iles du Nebraska et quelques sites gracieux des bords de la rivière.

Au 40° degré 0447” de latitude N. et au 400° degré 49° 43” de longitude 0., le Nebraska se divise en deux branches; sa largeur, en cet endroit, est d'environ dix-sept cent trente mètres, et sa hauteur est de aeuf cents mètres au-dessus du niveau de la mer. C’est près de la branche septentrionale du Nebraska et du fort Laramée, à huit cents kilomètres du fort Leavenworth sur le Missouri, que se trouvent deux fameux rochers, l'un appelé Court-House (hôtel de ville), et l’autre lu Cheminée. Le nom de Court-House à été donné au premier par les voyageurs canadiens, à cause de sa ressemblance avec les monuments de ce genre construits à Saint-Louis et dans plusieurs autres villes de l’Union américaine. Plus loin on rencontre un autre rocher qui représente le Capitole de Washington avec son dôme et ses ailes de chaque côté. La Cheminée est une colonne de quinze mètres environ de hauteur, ayant la forme d'une cheminée d'usine à vapeur; elle est située sur une colline conique de marne et de chaux. Les trappeurs et les voyageurs assurent qu'autrefois elle était bien plus haute et que c’est la foudre qui l'a réduite à sa présente élévation. Ces capricieux et singuliers phénomènes de la nature sont assez difficiles à visiter, car il faut traverser le Dry-creck, qui n’est ni profond, ni bien large, mais dont le lit d’argile bleue est très-dangereux. Les environs de la Cheminée se composent d'espèces de falaises découpées de la manière ia plus étrange par les pluies; les rochers sont entièrement nus et le pays triste et désolé. Jadis on y voyait des cèdres, maintenant ils sont à peu près tous morts et leurs troncs desséchés augmentent encore la tristesse de ces lieux; néanmoins de jeunes pins se voient par-ci par-là, et semblent vouloir remplacer les cèdres disparus.

A cent trente-cinq kilomètres à l’est des montagnes Rocheuses s'étend une chaine de hautes collines appelées les montagnes Noires, que divisent les eaux qui coulent vers le Missouri et celles qui se dirigent vers l’Arkansas et le Mississipi; c'est dans ces montagnes que le Sheyenne, le Petit-Missouri et plusieurs autres affluents de la Pierre- Jaune prennent leurs sources.

Les montagnes Noires sont presque exclusivement formées de gres;

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en plusieurs endroits elles sont coupées à pie, déchirées par des précipices et façonnées par la main du temps de la tanière la plus fantastique. Comme il se produit souvent à leur sommet des orages, accompagnés d’éclairs et de tonnerre, tandis que les plaines environnantes jouissent d'un calme parfait et d’un soleil brillant, les Indiens se sont imaginé que l’esprit eu le génie des orages et du tonnerre demeurait sur ces montagnes; aussi, lorsqu'ils veulent les traverser, ils placent sur les arbres ou sur les rochers des offrandes pour se rendre propice l’invisible génie et en obtenir beau temps et bonne chasse, Ils attachent également beaucoup d'importance aux échos qui se trouvent sur le bord des précipices. Un phénomène naturel vient encore augmenter la superstition des Indiens à l'égard des moutagnes Noires : de jour comme de nuit, à toutes les époques de l'année, et par le temps le plus serein comme le plus pluvieux, on entend dans les vallons des bruits semblables à celui que feraient plusieurs pièces de canon partant à la fois.

Les savants ont attribué ces singulières explosions à des causes diverses; mais leurs explicatious sont peu satisfaisantes. Dans la sierra Piratininga (Amérique du Sud), où ces explosions sont fréquentes, ce phénomène fut en partie expliqué au P. Vasconcelles, jésuite missionnaire, qui vit un rocher se briser avec un fracas épouvantable, et, du sein de ce rocher, vit sortir une masse pierreuse ressemblant à une bombe, qui ‘clata soit en tombant, soit en l'air. L'intérieur de cette bombe était plus dur que le fer et garni comme une grenade de joyaux ou pierres dures ; les unes transparentes comme du cristal, d'autres d'un beau rouge, et d'autres enfin de plusieurs couleurs. Dans la province de Guayra, il n’est pas r'are de voir s’élancer naturellement dans les airs ces sortes de pierres, qui éclatent toujours avec un grand bruit, et dont les débris se répandent sur la terre comme autant de magnifiques pierreries, qui n’ont malheureusement aucune valeur.

Les personnes qui n'aiment pas l'extraordinaire pensent tout simplement que ces détonations proviennent de la chute des rochers répétée par les échos ; d’autres, du dégagement de l'hydrogène, produit des couches inférieures de charbon en feu. Quoi qu'il en soit de la eause, le phénomène existe ; il jette sur ces montagnés le charme de l'inconnu. Aussi les Indiens, qui donnent à tout ce qui les frappe une raison surnaturelle, assurent que ces bruits ne sont autre chose que les gémisse-

ments des montagnes qui cherchent à jeter sur la terre les pierres précieuses qu'elles recèlent dans leurs entrailles. D'autres croient que c'est la demeure des mauvais esprits, et que chaque éruption est le résultat d'un combat livré entre eux,

Là, comme auprès de la Grande-Corne, les eaux sont imprégnées de soufre; le sol est agité par des convulsions soutæraines; des gaz sulfuveux s'échappent en grande abondance de la terre, infectent l'atmosphère à plusieurs kilomètres de distance, et rendent le terrain si stérile que les artémises même n'y croissent pas, Des fontaines bitumineuses, sulfureuses et d'eaux thermales s'y rencontrent fréquemment; des gaz, des vapeurs et de la fumée sortent sans cesse d'une multitude d'ouvertures, et les trappeurs, ainsi que les sauvages, ne parlent de ces lieux qu'avee une crainte superstitieuse, Pour notre part, nous sommes econaineu que cette vapeur et cette fumée indiquent plutôt une grande accumulation de matériaux combustibles que la présence de voleans, Longtemps l'on a cru que le Haut-Missouri traversait des régions voleaniques, soit à cause des phénomènes dont nous venons de parler, et qui s'étendent très-loin, soit à cause d'une pierre légère et spongieuse que le Missouri charrie, et qui avait été prise pour de k pierre ponce, Maintenant il est avéré qu'à l’est des montagnes Rocheuses il n'existe aucun vrai volean, quoique les co{lines fumantes soient très-nombreuses, surtout dans le Great Bend (grand détour) du Missouri. Les phénomènes voleaniques que présentent ces contrées peuvent être comparés à ceux qui se retrouvent dans les terrains ardents de toutes les autres parties du globe. Ils sont évidemment dus à la décomposition (par l'infiltration des eaux atmosphériques) des couches de pyrites, qui, réagissant sur des matériaux combustibles, comme les lignites et autres substances végétales, les enflumment immédiatement, tandis que d’autres réactions (bien connues des chimistes), ayant lieu sur la chaux contenue dans des lits d'argile, produisent ces masses de sélénite cristallisée que lon observe dans les parties inférieures de ces couches singulières, et dont nous ferons plus tard mention en parlant des Montagnes-Brillantes du Mississipi.

Au nord du Ni-Obrarah, ou rivière de l'Eau qui court, on voit un vaste pays appelé Mauvaises-Terres, et quelquefois Terres-Blanches, arrosé par li Mankisitah=Watpa, traduit ordinairement par Rivière de

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l'Eau-Blanche, mais qui signifie Riviére des Terres-Fumantes. L'eau de cette rivière est fortement imprégnée de limon blanc. Le sol, drainé par le Mankisitah-Watpa, est grisâtre ou d'un blane éclatant; il se durcit facilement au soleil, et ne saurait servir à l'agriculture; mais en revanche, il est d'une grande richesse en fossiles de toutes sortes; il contient, comme les bords du Keha-Paha (affluent du Ni-Obrarah), de nombreux ossements de mammouths, de mastodontes, de tortues antédiluviennes, et des plus grands mammifères connus des naturalistes, ainsi que d'autres fossiles d'animaux de moindres dimensions. L'action des pluies, des vents et de l'atmosphère travaille les collines argileuses et les bords des plateaux ou des ravins des Marvaises-Terres d'une manière à peine croyable, Vues de loin, ces collines £e présentent comme de vieux manoirs d'une architecture perdue dans la nuit des siècles. Tantôt ce sont des tours gothiques environnées de tourelles gracieuses; tantôt ce sont des colonnes originales qui semblent atteindre l'entablement d'un temple immense. Ici, ce sont des forteresses saxonnes lézardées par les orages et crénelées à leur faîte; là, on voit des coupoles et des minarcts d'une ville orientale auprès desquels s'élèvent de colossales pyramides, Chaque année les influences atmosphériques modifient l'aspect de ces tableaux merveilleux, et les remplacent par d'autres non moins extraordinaires,

Entre la rivière de la Pierre-Jaune (qui est encore plus au nord que le Keha-Paha) et le Haut-Missouri, les prairies sont couvertes de lave, de scories, et parsemées de monticules en formes de cônes, de dix à cinquante mètres de hauteur; quelques-uns de ces monticules ne sont que des masses de fraisils vomis des entrailles de la terre dans ses convulsions brûlantes. Néanmoins, ce pays est très-fertile; les vallées sont belles, riantes, ombragées d’ormes, de frênes, de cotonniers, de cèdres et de sapins ; d’abondantes sources'et des ruisseaux considérables y entretien nent une éternelle fraîcheur. Les Terres-Blanches de la rivière de la Pierre-Jaune n'ont guère que quarante kilomètres d'étendue; elles sont argileuses et ressemblent aussi à celles du Mankisitah-Watpa; on y revoit les mêmes curiosités naturelles, et l’on passerait des semaines entières à contempler ces capricieuses productions de la nature, qui vous transportent dans un monde fantastique, où l'imagination, sans nul effort, n'apercoit que des merveilles.

On remarque encore dans les Grandes-Prairies des endroits cireulaires et petits, entièrement dénnés de végétation, que des voyageurs ont appelés les Cercles des Prai: :, Les habitants ou les habitués du désert n'ont pas manqué de leur ati tuer des origines plus ou moins contestables, Quant à nous, nous croyons tout simplement que les uns sont formés par les buffles pendant leur séjour dans le même lieu, et que les autres sont des traces d'anciennes cabanes de sauvages, Nous ne savons pas si c'est à l'incertitude qui règne sur l'origine de ces cercles que nous devons la tradition indienne que nous allons raconter; mais il est certain que si les Indiens se soucient fort peu de savoir la vraie ‘ause qui produit les phénomènes dont leurs solitudes surabondent, en revanche leur inventive imagination n'est jamais en défaut pour les interpréter; elle explique les choses les plus extraordinaires, comme les plus simples, d'une manière moins rationnelle et moins scientifique que les Faces pâles, mais certainement bien plus poétique et plus gracieuse que nous ne saurions le faire. On en jugera par a légende du Cercle magique des Prairies.

Un jour, le jeune chasseur Algon rencontra dans la prairie un sentier circulaire sans aucune trace de pas alentour, Ce sentier était uni, bien battu et paraissait avoir été fréquenté récemment par plusieurs visiteurs, Surpris et intrigué par ce qu'il voyait, il se cacha dans l'herbe, alin de connaître la cause de ce mystère, Après avoir attendu quelques minutes, il crut entendre daus les airs une musique mélodieuse dont les suaves accents parvenaient à ses oreilles par intervalles réguliers. Ébahi, charmé et regardant le ciel, il écouta avec plus d'attention, retenant son haleine pour ne perdre aucune note des sons doux et beaux de cette harmonie lointaine qui le ravissait; mais il n'aperçut dans l’espace qu'une tache blanche et vague comme une chose trop éloignée pour être distinguée. Peu à peu cette tache devint plus visible et la musique plus douce et plus agréable; puis, à mesure qu'elle approchait de l'eudroit où il se trouvait, il vit que ce qu'il avait pris d'abord pour un léger nuage était un panier d'osier, contenant douze jeunes filles d'une admirable beauté; chacune avait une espèce de petit tambour sur lequel elle frappait en chantant avec une grâce surhumaine. Le panier descendit au miligu du cercle, et au moment où il toucha terre, les douze jeunes filles en sortirent et se mirent à danser sur le petit sentier,

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Algon avait bien vu des danses, mais jamais aucune semblable à celle-ci; la musique également ne ressemblait en rien à celles qu'il avait entendues jusqu'alors, et la beauté de ces célestes danseuses surpassait tout ce que son imagination avait enfunté dans le domaine de ldéal, Iles admirait toutes; mais, étant frappé plus particulitrement de la grâce et de la fraicheur de la plus jeune, il résolut de s'en emparer, A cet effet, il s'approcha lentement du cercle mystérieux sans être aperçu, etil était sur le point de saisir l'objet de son choix, lorsque tout à coup les douze jeunes filles s'élancérent dans le panier, qui s'éleva rapidement duus les airs et disparut bientôt dans l'azur du firmament,

Le pauvre chasseur tomba dans un profond désespoir; il regardait avec douleur disparaître le panier enchanté, et ses yeux, étonnés d'un tel prodige, versaient d'abondantes larmes. I maudissait son sort et disait en pleurant : « Elles sont parties et je ne les reverrai jamais plus. » Algon s'en retourna dans sa cabane, triste et consterné; son esprit était absorbé par ceite apparition extraordinaire, et le lendemain il voulut retourner dans la prairie auprès du cercle magique, dans l'espérance que sen trésor y reviendrait, I se cacha de nouveau dans l'herbe cornme le jour précédent, et il y était à peine installé qu'il entendit la même musique, vit le panier redescendre avec les mêmes jeunes filles, qui dansèrent comme la veille. Alors il s'avança près d'elles une seconde fois, mais dès qu'elles l'aperçurent elles sautèrent aussitôt dans le parier et se disposaient à recommencer leur voyage aérien, lorsque l'ainée dit à ses sœurs : « Peut-être veut-il nous enseigner commeut les mortels dansent et jouent sur la terre? — Oh! nou, répondit la plus jeune, remontous vite, j'ai peur, » Et toutes se mirent à chanter et repartirent pour les régions éthérées.

Algon revint chez lui plus désolé que jamais. La nuit lui parut si longue qu'il retourna vers la prairie avant le lever du jour. Tout en réfléchissant sur la manière de réussir dans sa troisième teutative, il trouva un vieux trone d'arbre dans lequel quantité de souris étaient logées ; il crut que la vue d'une si petite créature ne ferait naître aucun soupeon aux jeunes filles, et grâce à la puissance de son sve de médecine (amulette), il prit la forme d’une souris, après avoir eu toutefois la

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précaution d'approcher le tronc d'arbre le plus près possible du cerele, Les douze sœurs descendirent du ciel comme elles en avaient l'habitude et prirent leurs jeux accoutumés, Tout à coup la plus jeune d'entre elles dit aux autres : « Voyez done ce tronc d'arbre, il n'était pas là hier, » Et elle s'enfuit vers le panier. Mais ses sœurs se mirent à rire, et, entourant l'objet de ses craintes, elles le renversèrent en s'amusant, Toutes les souris se sauvèrent, furent poursuivies et tuées, à l'exception d'Algon qui, reprenant sa forme naturelle de chasseur au moment où la plus jeune sœur levait un bâton pour le frapper, s'élança sur sa proie et la prit dans ses bras, tandis que ses compagnes effrayées rentrèrent dans le panier qui les enleva promptement.

L'heureux Algon essuya les pleurs qui coulaient des yeux de sa conquête; il l'appela sa fiancée; il chercha, par tous les moyens que lui suggérait son cœur, à lui prouver son affection; il la comblait d’'attentions délicates et de caresses; il lui raconta ses aventures à la chasse et ses exploits dans les combats; il l'emmena dans sa cabane, ayant soin d'écarter de la route les broussailles et les branches qui pouvaient heurter ou déchirer le corps frèle et gracieux de sa bien-aimée; et lorsqu'il arriva chez lui, il se crut l'homme le plus fortuné de la terre. Le mariage eut lieu avec toutes les réjouissances imaginables, et la joie du beau chasseur s'agrandit encore par la naissance d'un fils. Mais, hélas! la jeune femme d’Algon était la fille d'une étoile, la terre convenait peu à sa nature céleste; sa santé dépérissait de jour en jour; elle voulait revoir son père, et cachait ses soupirs et ses chagrins à son époux afin de ne pas l’attrister, car elle l'aimait.

Un jour, se rappelant les charmes qui pouvaient la faire retourner au ciel et profitant d’une chasse où se trouvait engagé Algon, elle fabriqua un petit panier d’osier, cueillit des fleurs, prit des oiseaux, ramassa toutes les curiosités qui devaient: plaire à son père, emmena son fils avec elle et s’en alla dans le cercle magique, puis elle se mit dans son panier avec tous ses trésors et commença la chanson qu'elle chantait autrefois avec ses sœurs lorsqu'elles faisaient ensemble leurs voyages mystérieux. Bientôt le panier s’éleva lentement dans les airs; le souffle embaumé des prairies porta les accents suaves de la voix céleste aux oreilles de son époux ; cette voix et cette chanson lui étaient bien connues, Présageant un malheur, il courut aussitôt vers le cercle magique;

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mais, hélas !il arriva trop tard : il ne vit plus qu'un point blane qui se perdait dans les nuages; il n'entendit plus qu'une note faible et mélodieuse qui se mourait dans l'espace comme le dernier souffle de la brise, comme le dernier soupir d'un enfant. Alors, de sa voix la plus forte et la plus tendre il appela sa femme et son fils; tout fut inutile : ils étaient dans la région des étoiles,

Le chasseur désespéré laissa tomber sa tête sur sa poitrine; des larmes brülantes coulaient sur ses joues; sa douleur fut secrète, silencieuse, comme il convient aux natures robustes des solitudes, mais elle fut terrible et violente comme les crises souterraines d'un volean qui ne trouve point d'issue pour porter sur terre ses ravages cffrayants. Après deux longs hivers, le chagrin avait vieilli le jeune chasseur, mais sa douleur n'avait point vieilli, elle était toujours la même.

Pendant ce temps, sa belle compagne, revenue dans la sphère brillante des étoiles, au sein du bonheur dont elle jouissait dans sa lumineuse patrie, avait presque oublié le malheureux qu'elle avait laissé sur terre ; la présence de son fils l'en fit ressouvenir, En grandissant il voulut visiter le pays de sa naissance, Un jour l'Étoile dit à sa fille : « Prends ton enfant, retourne sur terre, demande à ton époux de venir avec toi vivre parmi nous, et dis-lui de nous apporter un échantillon de chaque animal et de chaque oiseau qu'il a tué à la chasse, » Alors la mère prit son fils avec elle et redescendit dans ln prairie. Algon était toujours auprès du cercle enchanté; dès qu'il vit sa femme et son fils revenir vers lui, il crut mourir de joie; son cœur battait d'impatience, et bientt il pressa dans ses bras les chers objets de su tendresse et de son amour,

Suivant le désir de l'Étoile, il chassa avec une activité extraordinaire afin de réunir au plus tôt le plus de présents possible ; il passait ses jours et ses nuits à la recherche des animaux les plus curieux, prenant les ailes de l’un, la queue d’un autre, les pattes d’un troisième, ainsi de suite, Quand il en eut fait une ample provision, il prit tous ses trésors avec lui, et en compagnie de sa petite famille il partit pour le ciel. Les habitants des régions étoilées manifestèrent une grande joie en les voyant. À leur arrivée, le chef des étoiles invita tout son peuple à une fôte générale, et quand tous les convives furent réunis, il leur dit qu'ils pouvaient choisir parmi les curiosités terrestres apportées par Algon, et

prendre ce qui leur plairait le mieux. Les uns prirent une aile, d’autres des griffes ou des qu ues, ete. Ceux qui choisirent des queues ou des griffes furent changés en quadrupèdes, et les autres se virent métamorphosés en oiseaux. ‘Igon prit une plume de faucon blane, ce fut son totem (signe héraldique) ; sa femme et sou fils l'imitèrent et devinrent des faucons blancs. Tous les trois étendirent leurs ailes et descendirent dans les prairies, où l’on trouve encore des descendants de cette union merveilleuse.

Les événements qui ont précédé la fondaticn des établissements européens en Amérique sont en général si peu connus, que nous croyons, avant de pénétrer dans les dernières régions qu'il nous reste à décrire, devoir donner quelques détails historiques sur la capitale du Missouri, Saint-Louis, la reine de l’ouest, née française, dont le berceau fut suspendu dans les forêts baignées par le Mississipi, dont l'enfance fut éprouvée par bien des privations, et dont l'adolescence se.forma au milieu des terreurs inspirées par le cri des Indiens. Sa jeunesse, plus calme, ne fut guère plus heureuse ; abandonnée par son gardien, le lion de Castille, elle ne se vit réclamée par son ancienne mère que pour être délaissée de nouveu ; ensuite elle passa sois l'aile protectrice de l'aigle américaine et devint la métropole de l'empire des déserts.

M. d'Abedie, directeur général civil et militaire et gouverneur de la Louisiane, concéda, en 1762, à MM. Pierre Liguste, Laclède, Antoine Maxan et compagnie, le monopole du commerce des fourrures avec les Indiens du Mississipi et du Missouri. M. Laclède, homme d’une intelligence remarquable, d'un caractère entreprenant, et le principal chef de la compagnie, prépara aussitôt une expédition pour former un grand établissement dans le nord-ouest. Le 3 août 4763 il quitta la Nouvelle- Orléans, et le 3 novembre de la même année il arriva à Sainte-Geneviève, située à quatre-vingts kilomètres au sud de l'endroit où se trouve actuellement Saint-Louis.

A cette époque, la colonie française établie soixante ans auparavant dans l'Illinois était dans une condition de prospérité étonnante. Elle avait considérablement augmenté son importance depuis 1732, et la France commençait à réaliser cette grande conception d'unir le Canada à ln Louisiane par une vaste ligne de postes militaires, qui devaient être supportés par des forts, dont les positions stratégiques furent admirable-

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ment choisies. Mais lorsque M. Laclède arriva dans le pays, Louis XV avait déjà signé le honteux traité par lequel il cédait à l'Angleterre, d'une mawière aussi blâmable qu'inconsidérée, une des plus belles régions du globe, dont la possession avait coûté près d'un siècle d’efforts, de découvertes, de combats et d'énormes sommes d'argent. Par ce traité, qui couvrira d'une éternelle ignominie la mémoire de Louis XV, la France donna à la Grande-Bretagne les deux Canadas, l'immense territoire des lacs septentrionaux et les riches États de l'Illinois, du Kentucky, du Tennessée, du Mississipi et de la Louisiane orientale jusqu'au golfe du Mexique.

Les frontières britanniques, nord, ouest et sud, étaient alors environnées de cette race française si antipathique à la race saxonne; elle les enveloppait de sa puissance et de son immense territoire par une chaine non interrompue de pays fertiles qui s'étendaient du Canada au golfe du Mexique en suivant cette interminable et riche vallée du Mississipi, qui se roulait autour des possessions anglaises comme le serpent dont les plis et replis étreignaient Laocoon. Malheureusement pour la France, les hommes d'État de sa cour luxurieuse avaient la vue courte; ils ne connaissaient pas la valeur et ne se doutaient pas de l'avenir de nos domaines transatlantiques; occupés de misérables intrigues de palais , ils abandonnèrent lchement nos plus belles colonies et ne cherchèrent que faiblement à prolonger leur agonie. Napoléon lui-même ccmmit une faute impardonnable, irréparable lorsqu'il vendit la Louisiane pour quinze millions ; il pensait qu'un oiseau dans la main valait mieux que deux dans un buisson; mais quel buisson vendit-il pour une telle somme! comme le dit très-bien un auteur américain. La Louisiane, qui par elle-même est colossalement riche, n'a-t-elle pas elle seule donné le jour à plusieurs vastes États en se démembrant ? n'a-t-elle pas attiré à elle le Texas, le Kansas, le Nouveau-Mexique et la Californie? Quand on pense à cette perte fabuleuse, irréparable, que Louis XV fit subir à la France, on ne peut s’empècher de gémir sur l'aveuglement de cette politique funeste qui, pour des difficultés passagères, pour des craintes pusillanimes, ou par le manque de connaissances approfondies sur les ressources et l'importance des colonies, fait oublier l'honneur et les intérêts des empires qu'elle régit.

C'est ainsi qu'à l'époque de M. Laclède le Mississipi devint les limites

naturelles des possessions anglaises et françaises. Sainte-Geneviève était le seul établissement français construit sur la rive droite du fleuve ; tous les autres, étant sur la rive gauche, passèrent aux Anglais. Après un court séjour dans ce village, M. Laclède explora les environs, et trouvant

à quatre-vingts kilomètres plus au nord un plateau de vingt-cinq mètres

de hauteur au-dessus du Mississipi recouvert de terres fertiles et de forêts, il s’en empara et jeta les fondements d'une ville qu'il nomma Saint-Louis, en présence des officiers du fort Chartres et de deux jeunes créoles MM, Auguste et Pierre Chouteau. Nous avons eu l'honneur de voir ce dernier en 1847, lors de la fête célébrée à Saint-Louis en l'honneur de Laclède.

A peine se trouvait installée la colonie naissante, augmentée des émigrants francais et créoles de l'Iinois qui ne voulaient pas demeurer sous la domination anglaise, qu’elle fut grandement alarmée par l’arrivée de quatre cents Indiens qui, sans être hostiles, étaient très-importuns à cause de leurs constantes demandes de provisions et des vols journaliers qu'ils commettaient. M. Laclède s’empressa d'accourir pour remédier au péril qui menacait son établissement, et agit aussitôt de manière à prouver son tact et sa profonde connaissance du caractère indien. Les chefs, ayant comparu en sa présence, lui parlèrent en ces termes : « Nous sommes dignes de pitié, car nous sommes comme des canards et des oies, cherchant de l'eau claire pour nous y reposer et trouver une existence facile. Nous ne connaissons aucune place meilleure que celle où nous sommes. Nous avons l'intention de bâtir nos wigwams autour de votre village, Nous serons vos enfants et vous serez notre père. » Laclède finit l'entretien en promettant de répondre le lendemain; ce qu'il fit de la manière suivante : « Vous m'avez dit hier que vous étiez comme

"des canards et des oies qui cherchent une belle contrée pour s’y reposer et vivre aisément, Vous m'avez dit que vous étiez dignes de pitié; que vous n'aviez trouvé aucun endroit pour vous établir plus favorable que celui-ci; que vous bâtiriez votre village autour de moi, et que nous vivrions ensemble comme des amis. Je vous répondrai comme un bon père, et je vous dirai que si vous imitez les canards et les oïes, vous suivez des guides sans prévoyance; parce que, s'ils en avaient, ils ne s'établiraient pas sur l’eau claire où ils peuvent être aperçus par l'aigle qui les prendra, Il n'en serait pas ainsi s'ils choisissaient un lieu retiré ct

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bien ombragé d'arbres. Vous, Missourias, vous ne serez pas dévorés par des oiseaux de proie, mais par les hommes rouges qui se sont battus si longtemps contre vous et qui ont déjà si réduit votre nombre. Dans ce moment ils ne sont pas loin d'ici, surveillant les Anglais pour les empécher de prendre possession de leurs nouvelles terres. S'ils vous découvrent ici, ils tueront vos guerriers et feront esclaves vos femmes et vos enfants. Voilà ce qui va vous arriver, si, comme vous le dites, vous sui vez l'exemple des canards et des oies, au lieu d'écouter les conseils d'hommes qui réfléchissent, Vous, chefs et guerriers, pensez maintenant s’il n’est pas plus prudent de vous en aller bien vite, plutôt que d'être écrasés par vos ennemis supérieurs en nombre, en présence de vos vieillards massacrés, de vos femmes et de vos enfants déchirés en morceaux et jetés aux chiens et aux vautours. Rappelez-vous que c'est un bon père qui vous parle, méditez ce qu'il vous a dit et revenez ce soir avec une réponse. »

Le soir toute la nation des Missourias se présenta en masse devant M. Laclède et lui annonça qu’elle était déterminée à suivre son avis; puis elle demanda d’avoir pitié des femmes et des enfants en leur donnant quelques provisions, et de la poudre pour les guerriers. M. Laclède accéda libéralemen à leur prière et les renvoya le lendemain bien pourvus et contents.

Le 47 juillet 4765, M. de Saint-Ange de Bellerive remit le commandement des frontières aux Anglais et vint à Saint-Louis avec ses troupes et les officiers civils. Son arrivée favorisa l'organisation définitive de Ja colonie; Saint-Louis devint la capitale de la haute Louisiane et M. de Saint-Ange en fut nommé le gouverneur. Mais Louis XV avait fait en 1763 un autre traité par lequel il cédait à l'Espagne le reste de nos possessions dans l'Amérique du Nord. Ce traité, gardé secret pendant un an, mit Je comble à la mesure de déboires et de pertes que la France devait subir sous un tel règne. La nouvelle officielle n’en fut reçue à la Nouvelle-Orléans que le 24 avril 1764, et la consternation qu'elle répandit dans la haute et basse Louisiane fut telle que M. d’Abadie, le gouverneur, en mourut de chagrin. Des troubles sérieux en furent les conséquences, et les événements tragiques qui se passèrent sous le commandement du général Oreilly, de sanguinaire mémoire, laissèrent l'administration de li haute Louisiane dans les mains françaises pendant plusieurs années. Ce ne fut que le 41 du mois d'août 1768 que les troupes espagnoles

ES ter

purent prendre possession de Saint-Louis pour la premicre fois, et encore il ne léur fut possible d'y rester que onze mois. Enfin la paix étant rétablie, les Espagnols redevinrent maitres de tout le pays en 1770, cinq aus avant la mort de M. de Saint-Ange qui s'éteiguit à l'âge de soixante-seize añs, à Saint-Louis, en 1775. M. Lacléde mourut au poste des Arkansas le 20 juillet 1778, ne laissant aucune postérité.

En 1780, Saint-Louis fut attaqué par un millier d'Indiens ct d'Anglais, qui avaient reçu ordre de s'emparer de la ville à cause de la part que les Espagnols avaient prise dans l'indépendance américaine, Les Franais, qui étaient toujours dans les meilleurs termes possibles avec les Indiens d'alentour, ne s'attendaient guère à cette attaque, et quoiqu'ils fussent surpris dans leur sécurité, et que soixante-dix hommes au plus pussent porter les armes, ils se défendirent avec tout le courage qu'inspire une position désespérée et mirent en fuite leurs assaillants, sans que les soixante soldats espagnols que commandait leur capitaine, du nom Lebas, leur portassent secours; ils se renfermèrent dans une tour sans vouloir combattre.

Les événements qui se succédèrent pendant les trente-deux années de la domination espagnole sont d’un trop médiocre intérêt pour être rapportés iei. L'Espagne n'a jamais cherché à tirer aucun avantage des ressources de la haute Louisiane : il semble qu'elle ne considérait cette vaste région que comme une barrière entre les empiétements de ses voisins sur ses possessions mexicaines, Cette politique peut seule expliquer son indifférence pour le gouvernement de cette contrée. Quand elle s'empara de tout le pays situé à l'ouest du Mississipi, elle y trouva une population française déjà acclinratée, civilisée et endurcie aux fatigues supportées pendant ses longues guerres contre les Anglais et les Indiens. La perspective d'une existence calme et tranquille avait assemblé cette population sur les bords de F'Arkansas, du Mississipi et du Missouri, où elle n'attendait qu'un gouvernement protecteur qui lui permettrait de donner à l'industrie et à l'agriculture tout le développement possible. La seule chose que l'Espagne avait à faire était d'ouvrir des marchés pour les produits et pour les échanges avec les colonies méridionales, Ce vaste empire, possédant les plus grandes limites naturelles de la terre, borné par le Mississipi, le Missouri et l'océan Pacitique, aurait pu, par lt prépondérance qu'il aurait acquise (comme nous le voyons de nos

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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE, 223 jours) changer le cours des événements qui ont eu lieu en Europe depuis cette époque. La France ne pouvait pas aspirer à un tel pouvoir aussi longtemps qu'elle possédait le Canada, mais elle aurait dû y penser lorsqu'elle abandonna cette colonie. Les immenses résultats obtenus par les institutions libérales des États-Unis démontrent aujourd'hui que la perte du Canada aurait tourné à notre avantage, et qu'en développant les produits des possessions que nous retenions encore à l'ouest du Mississipi, nous aurions été bientôt amplement compensés des sacrifices faits en 1763, après la prise de Québec. Telle était la pensée des hommes intelligents en France, Turgot, notre célèbre homme d'État, entrevit plus particulièrement les avantages d'une telle politique, et il soumit mème au roi un plan par lequel cette vaste région, qu'il appelait France équinoxiale, devait être grandement peuplée en peu de temps. Mais, comme le dit M. Nicollet, dans son Essai sur l'histoire primitive de Saint-Louis, il fut traité de visiounaire,

Ce qui était facile pour la France l'était bien plus encore pour l'Espagne; mais, au lieu d'adopter cette politique simple, libérale et grandiose dans ses résultats, l'Espagne se contenta d’entourer les colons et les Indiens du Missouri et du Mississipi; de leur imposer un gouvernement arbitraire; d'entraver les communications avec les populations voisines ; d'établir des restrictions sur l'importation ; de prohiber la concurrence étrangere, de restreindre l'émigration; d'accorder des priviléges exclusifs; de faire sans conditions des concessions de terres, etc, Comme le gouvernement avait l'air de ne s'occuper que des exigences du jour, les habitants de même ne pensaient point au lendemain, Les créoles de la haute Louisiane, qui étaient les descendants d’une nation aussi brave qu'entreprenante, ne trouvant dans cet état de choses aucun aliment à leurs facultés physiques et morales, s'enfoncèrent dans les forêts, au milieu d’une multitude de tribus sauvages dont ils n'avaient junais entendu parler, se mirent à explorer les régions situées entre le Mississipi et les montagnes Rocheuses et créèrent le commerce des fourrures dans cette grande partie de l'Amérique septentrionale, C'est ainsi que se forma cette classe d'hommes hardis appelés voyageurs où engagés dont nous avons déjà parlé, et qui étaient aussi nécessaires dans les prairies de l'Ouest que les voyageurs canadiens le sont dans les contrées glacées du Nord et du Nord-Ouest.

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