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Pendant ce temps l'Amérique venait de terminer son indépendance, et la France de commencer sa révolution, lorsque tout à coup, le 9 juillet 1803, à sept heures du soir, les habitants de Saint-Louis apprirent que l'Espagne avait recédé la Louisiane à Napoléon qui l'avait vendue aux États-Unis, Nous ne ferons aucune remarque sur la profonde sensation produite par cette nouvelle inattendue. Nous dirons seulement que les colons ne pouvaient revenir de leur étonnement de se savoir républicains et de voir arriver parmi eux une multitude de juges, d'avocats, de notaires, de collecteurs de taxes, etc. Hs ne comprenaient guère plus cette liberté qui les obligeait de quitter leur demeure pour se rendre aux élections et pour servir de jurés.
Ils avaient laissé marcher la civilisatien sans s'inquiéter d'elle. Leur existence était si isolée, si simplifiée, qu’ils perdirent de vue les avantages de la vie sociale. Ils ne possédaient aucune école publique, et les missionnaires, trop peu nombreux, ne les visitaient que rarement pour les instruire de leurs devoirs religieux. Le but de leur vie matérielle ne dépassait pas le cercle domestique, où les vertus et l'honnêteté étaient proverbiales. On ne connaissait chez eux ni notaires, ni avocats, ni juges; la prison resta vide pendant trente ans. Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une idée de la simplicité des créoles, que de raconter un fait qui eut lieu quelques années après la cession de la Louisiane aux États-Unis.
Un créole du Missouri flänait autour d’un marché de nègres situé sur les bords du Mississipi, dans la basse Louisiane. Le marchand était du Kentucky et lui demanda s’il voulait acheter quelque chose. Oui, répondit le Missourien, je voudrais un nègre. Après avoir fait son choix, il en demanda le prix. Cinq cents piastres, répondit le marchand; muis, selon la coutume, vous avez un an pour payer. A cette proposition l’acheteur devint embarrassé; l’idée d’avoir une telle dette pendant un an le contrariait beaucoup. Non, non, dit-il au marchand, je préfère vous payer de suite six cents piastres et que cela soit fini. Très-bien, répondit l'obligeant Kentuckien, je ferai tout ce que vous voudrez pour vous arranger. Et le marché fut conclu.
Les troupes espagnoles quittirent la Louisiane le 3 novembre 1804. Le gouverneur américain W.-IE, Ilarrison, qui commandait en chef le territoire indien de la haute Louisiane, organisa les pouvoirs civils et
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judiciaires de cette contrée, et le 2 juillet 1805, le général James Wilhinson y établit, par ordre du congrès, un gouvernement territorial dont Saint-Louis était la capitale. Enfin, en 1820, le territoire du Missouri devint un État, et sa constitution fut sanctionnée pur le congrès en 1821.
La situation géographique de Saint-Louis en a fait la ville la plus importante de l'Ouest, et pour ainsi dire la porte d'entrée des grands déserts de l'Ouest et du Nord-Ouest. C’est dans cette belle cité que se réunissent les trappeurs pour s’approvisionner avant de s’enfoncer dans les solitudes. C’est également là qu'ils viennent porter leurs fourrures et dépenser en quelques jours l'argent qu'ils ont amassé au péril de leur vie pendant leurs longues excursions. C’est enfin de Saint-Louis que partent les bateaux à vapeur engagés par les grandes compagnies de fourrures, pour transporter dans les pays indiens les marchandises échangées contre les pelleteries de toutes sortes. Par conséquent c’est aussi de là que nous partirons pour faire connaître à nos lecteurs les principales curicsités des déserts du Nord-Ouest arrosés par le Mississipi et le Missouri.
Après es pays que nous venons de d’crire, un des nouveaux États de l'Union américaine, le moins connu et le plus intéressant, est certainement le Minnesota; c’est un de ceux qui nous a montré le plus de poésie sauvage dans sa nature primitive et c’est un des plus riches en légendes et en souvenirs historiques. Le Minnesota couvre une superlicie d’un peu plus de deux cent soixante-quatre mille kilomètres carrés d'une terre excellente, composée de belles prairies et coupée de forêts magnifiques. Les céréales de toutes sortes y croissent admirablement, et dans la vallée de la Rivière-Rouge jusqu’au 50° degré de latitude et mème au delà on cultive du très-beau blé de Turquie. Les récoltes sont généralement régulières et bonnes, et à part quelque exceptions causées par les inondations, elles ne manquent jamais.
Comparée aux rivages du lac Supérieur, la partie méridionale du Minnesota est l'Italie de ces froides régions. Pour les agriculteurs, elle a une valeur très-importante, car peu de pays du Nord sontaussi bien adaptés à la culture du maïs. Les bords du Saint-Pierre ou Minnesota, du Sainte- Croix, du Rum, du Saint-François, de la Rivière à Jacques et de leurs aflluents, les rives des lacs Pépin, Lac qui parle, Lac des bois et plu-
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sieurs autres, sont d'une richesse botanique et d'une puissance de végétation vraiment extraordinaires, Le maximum de la temperature d'été au Minnesota est de 88 degrés Farenheit, et le minimun de 47 degrés au-dessus de zéro, Le tonnerre est fréquent dans ces parages; des courants d'air, produits sans doute par le dégagement de l'électricité libre, tempérent les grandes chaleurs d'été,
Mais avant de parler plus longuement de là configuration du pays, disons quelques mots sur l'origine du nom qui a été donné à cette vaste contrée comprise entre le Wisconsin, l'owa, le Nebraska et les possessions anglaises,
Le tot Minnesota (prononcez Minnisotah) est un mot emprunté du
«age sioux, composé de nnt, eau, et de sotah, blanchâtre, Le
4, dan cette partie de PAmérique est plus blanchâtre que bleuâtre, et les Indice, en appelant Minnisotah la principale rivière (autrefois désignée sous le nom de Saint-Pierre) qui arrose son territoire, ont voulu dire par là qu'elle avait la couleur particulière que présente le tirmament dans ces charmantes régions.
Cest un Français du nom de Lesueur qui découvrit cette rivière vers l'année 4683; il appela Saint-Pierre, en souvenir d'un célèbre capitaine, commandant d'une résidence française sur les bords du lac Pépin. Ce n'est qu'en 1852 qu'un acte de F'Assemblée législative changea officiellement le nom de Saint-Pierre en celui de Minnesota, Gette riviere prend sa source sur le versant de la Tête du Coteau des Prairies, vers le 46° degré de latitude nord et au 97° de longitude ouest, méridien de Greenwich, Elle se dirige d'abord vers le sud-est, se jette dans le lac de la Grosse- Pierre, qu'elle traverse pour se jeter de nouveau dans le petit Lac-qui-
'arle; puis elle descend vers le sud, reçoit plusieurs affluents, prend ensuite une direction orientale, remonte au nord-est et tombe enfin dans le Mississipi, un peu au-dessus des chutes de Saint-Antoine.
Ne pouvant parler de tous les sites curieux, de toutes les beautés naturelles parsemés dans le Minnesota et des excursions intéressantes que l'on peut y faire, nous nous bornerons à glaner par-ci par-l dans notre esprit les souvenirs qui nous ont laissé les impressions les plus profondes.
Parmi ceux-ci nous pouvons placer comme le plus précieux une visite aux sources du Mississipi et à la Carrière des Pipes Rouges, du
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