CHAPITRE IT
L'Éden n'a pu être le berceau de toute la création, — Du déluge et des fossiles, — Différentes révolutions du globe, — Unité de la race humains, — Cosmogonie biblique. — Classification anthropologique du règne humain, — Indiens du nouveau monde, — Erieurs el insuflisänce des renseignements reçus sur les Indiens. — Indiens des États-Unis, de la Californie et de la Colombie, — Variété des races américuines, — Description anà vopologique des Indiens, — Mesure de la diversité des types. — Propriétés des espèces, — Caractères spécifiques. — Les formes, les traits, les couleurs, les cheveux, — Gradat‘on des couleurs des pôles à l'équateur, — Facilité d’acclimatement que possède la nature humaine. — Objections erronées contre l’acelimatement., — Influence du climat sur les individus, — Coloration de la peau, — Influence de l’état sauvage ou de la civilisation sur l'homme, — De la persistance des types. — De la modification des types. — Commune origine du genre humain, — Origine des Américains, — Routes des émigrés el leur dispersion sur le nouveau monde. — Subdivision des langues. — Progrès intellectuel et social des tribus agricoles et favorisées par la nature du pays. — Conclusion.
Par les détails que nous venons de donner sur les différentes émigrations qui ont eu lieu en Amérique avant la découverte de Christophe Colomb, on voit aisément qu’il n'y a nul besoin de recourir à l'hypothèse d'une création particulière pour expliquer l’origine des grandes populations trouvées dans le nouveau monde, au quinzième siècle, par les Espaguols. Si les Indiens étaient autochthones, ils auraient quelque chose en propre au physique comme au moral. Loin de là, ils paraissent, au contaire, avoir tout copié en religion, usages, coutumes, industries, quoique, nous l’avouons, ces copies soient naturellement modifiées par les besoins particuliers, le climat, la position géogruphique et le degré de civilisation atteint par chaque peuplade. Mettant de côté nos convictions, alin d'examiner plus librement les théories et les faits, nous n'avons trouvé aucune objection sérieuse contre la vérité historique des récits de la Genèse. Si la création des animaux, dans l’ordre biblique, ne s’accorde pas toujours avec les faits que la science nous révèle, il est certain que la Bible et la science s'accordent à dire que l’hoñme est le dernier
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VOYAGE PITTORESQUE, ETC. AG des êtres organisés qui ait paru sur notre globe. L'ordre chronologique de la création des autres animaux ést d’une importance secondaire. Du reste, nous ne sommes pas encore le moins du monde convaincus de l'inexactitude de l’auteur de la Genèse en présence des découvertes des géologistes, qui commencent seulement à voir clair dans la formation de notre planète et ne s'entendent nullement sur la quantité et l'étendue des révolutions qu’elle a subies. Une étude locale des plus attentives sur les Peaux-Rouges nous à donné la certitude qu’on ne saurait sérieusement contredire l'Écriture sainte reconnaissant dañs Adam la souche unique des trois grandes races qui forment les types principaux de là famille humaine,
L'Amérique, dit-on, possède un peuple à part et des animaux qui n'existent pas sur l'ancien continent; done il y à eu une création partielle d'hommes et d'animaux distincte de celle dont parle la Genèse. A cela nous répondons d’abord que pour conclure ainsi il ne faut avoir aucune notion de l’histoire naturelle, de la géographie des animaux, de la géologie et des révolutions primitives du globe; nous dirons ensuite que l'Amérique ne possède pas de peuple à part dont les conditions anthropologiques ne soient identiquement les mêmes que celles des peuples de l’ancien monde, sauf de naturelles modifications typiques, qui ne constituent point une espèce à part; nous dirons enfin que la présence en Amérique d'animaux qui n'existent pas en Europe n'offre pas la moindre objection à la véracité du récit biblique. La configuration actuelle de la terre rend, en effet, assez difficile l'explication de la présence de ces animaux dans des îles et sur des continents séparés de l'Éden par de vastes mers; mais cette difficulté s’évanouit tout à coup ou diminue considérablement si l’on veut se rappeler que le cataclysme diluvien de Noé a béaucoup changé aspect de notre globe, et que, dans cette longue période de siècles écoulés entre la création etle dernier déluge, les animaux avaient eu parfaitement le temps de se répandre sur la terre et de se propager dans les localités les mieux appropriées à leur organisation zoologique.
Les géologistes n'ont-ils pas été obligés de reconnaître que durant de longues périodes des changements se sont graduellement opérés dans la répartition des continents et des mers, ainsi que dans la constitution des climats locaux? Pour ne citer qu'un fait, afin d'éviter des longueurs qui
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uous entraincraient loin de notre sujet, n'est-il pas positif aujourd'hui que l'Angleterre faisait corps avec l'Irlande et s’unissait à l'Allemagne par de vastes plaines? Depuis soixante ans, l'étude des couches de l'écorce terrestre a jeté bien des lumières sur l'histoire des nombreuses révolutions de notre hémisphère et des animaux qui en furent les témoins, sans toutefois nous éclairer encore sur leur époque et leur durée. Les animaux échappés aux causes lentes de destruction de l'époque précédente ont continué d'exister comme par le passé, mais en se distribuant différemment. Aussi, pour nous rendre compte de la distribution actuelle des espèces animales, faut-il remonter aux âges antérieurs, et particulièrement aux périodes quaternaire et tertiaire (appelées diluviennes) qui ont précédé la nôtre. La paléontologie nous apprend qu'il y a des espèces éteintes depuis des siècles et des milliers d'années, et que la distribution des genres et des espèces qui se rencontrent actuellement était différente aux âges antérieurs ".
L'étude des fossiles est une découverte importante dans la théorie de la configuration antédiluvienne de la terre; ils démontrent d’une manivre frappante les époques successives et la série d'opérations différentes qui ont eu lieu dans la formation du globe; ils Connent la certitude que la terre n’a pas toujours eu la même enveloppe, par la certitude où l’on est que les animaux découverts ont dû vivre à la surface avant d’être ainsi ensevelis dans la profondeur. C'est encore par les fossiles, dit Cuvier?, toute légère qu'est restée leur connaissance, que nous avons reconnu le peu que nous savons sur la nature des révolutions du globe; ils nous ont appris que les couches qui les recèlent ont été déposées paisiblement dans un liquide, que leurs variations ont correspondu à celles du liquide, que leur mise à nu a été occasionnée par le transport de ce liquide et que cette mise à nu a eu lieu plusieurs fois ; rien de tout cela ne serait certain sans les fossiles.
L'apparition des os de quadrupèdes, surtout celle de leurs cadavres entiers dans les couches, annonce que la couche même qui les porte était autrefois à sec ou qu'il s'était au moins formé une terre sèche dans
4 Voir les travaux de MM, Archiac et Scipion Gras sur les âges des terrains quaternaires; — À, Wagner, De la distribution des mammifères ; — Histoire naturelle de lu géographie des animaux, par M. À. Maury, de l'Institut, (Revue des Deux Mondes, 1° novembre 1859.) ? Cuvier, Discours sur Les révolutions de La surface du globe,
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le voisinage. Leur disparition rend certain que cette couche avait été inondée ou que cette terre sèche avait cessé d'exister. C'est donc par eux que nous apprenons d'une manière assurée le fait important des irruptions de la mer, dont les coquilles et les autres produits marins, à eux seuls, ne nous auraient pas instruits'. Considérés par rapport aux espèces, plus de quatre-vingt-dix de ces animaux sont bien certainement inconnus jusqu’à ce jour des naturalistes ; onze ou douze ont une ressemblance si absolue avec des espèces connues, que l’on ne peut guère conserver de doutes sur leur identité; les autres présentent avec les cspèces connues beaucoup de traits de ressemblance.
Considérés par rapport aux genres, sur les quatre-vingt-dix espèces inconnues, il y en a près de soixante qui appartiennent à des genres nouveaux. Sur les cent cinquante espèces, un quart environ sont des quadrupèdes ovipares, et toutes les autres des mammifères. Et pourtant il serait prématuré d'établir des conclusions sur ces nombres; car l'on a beaucoup plus recueilli d’os de grandes espèces, qui frappent davantage les ouvriers, tandis que ceux des petites sont ordinairement négligés, à moins que le hasard ne les fasse tomber entre les mains d'un naturaliste, ou que quelque circonstance particulière, comme leur abondance extrême en certains lieux, n’attire l'attention du vulgaire.
Longtemps avant Noé, l’ichthyosaurus, le plesiosaurus, le mégatherium, etc., n’existaient déjà plus. Le déluge a détruit d'autres espèces que l'arche ne contenait pas, et les races actuelles n'étant nullement des modifications des races anciennes que l’on trouve parmi les fossiles, il s'ensuit que toutes les espèces créées n'ont point été conservées dans l'arche, comme le dit le texte de la Genèse, et que, par conséquent, ce texte ne devant pas être pris à la lettre, les recherches et les hypothèses scientifiques peuvent être poussées très-loin avec beaucoup de liberté sans être gênées par les récits de l’Écriture sainte,
. Qu'on nous permette de citer ici un passage de Cuvier, qui jette une certaine clarté sur la disparition des animaux du monde antédiluvien : « Lorsque je soutiens, dit-il, que les bancs pierreux contiennent les os de plusieurs genres, et les couches meubles ceux de plusieurs espèces qui n'existent plus, je ne prétends pas qu'il ait fallu une création nou-
1 Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du globe,
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