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velle pour produire les espèces aujourd'hui existantes; je dis seulement qu'elles n’existaient pas di14 les lieux où on les voit à présent, et qu'elles ont dù y venir d’ailleurs.
« Supposons, par exempie, qu'une grande irruption de la mer couvre d'un amas de sables ou d’autres débris le continent de la Nouvelle-Hollande : elle y enfouira ies cadavres des kangowrous, des phascolomes, des dasyures, des péramèles, des phalangers volants, des échidnés et des ornithorhynques, et elle détruira entièrement les espèces de tous ces genres, puisqu'aucun d'eux n'existe maintenant en d’autres pays.
« Que cette même révolution mette à sec les petits détroits qui séparent la Nouvelle-Hollande du continent de l'Asie, elle ouvrira un chemin aux éléphants, anx rhinocéros, aux buffles, aux chevaux, aux chameaux, aux tigres et à tous les autres quadrupèdes asiatiques qui viendront peupler une contrée où ils auront été auparavant inconnus.
« Ce que la Nouvelle-Hollande serait dans ia supposition que nous venons de faire, l’Europe, la Sibérie, une grande partie de l'Amérique, le sont effectivement, et peut-être trouvera-t-on un jour, quand on examinera les autres contrées et la Nouvelle-Hollande elle-même, qu’elles ont toutes éprouvé des révolutions semblables, je dirais presque des échanges mutuels de productions; car, poussons la supposition plus loin; après ce transport des animaux asiatiques dans la Nouvelle-Hollande, admettons une seconde révolution qui détruise l'Asie, leur patrie primitive : ceux qui les observeraient dans la Nouvelle-Hollande, leur seconde patrie, seraient tout aussi embarrassés de savoir d’où ils seraient qu'on peut l'être maintenant pour trouver l’origine des nôtres.
« J'applique cette manière de voir à l'espèce humaine, »
Dans la grande question de l’origine des hommes et des animaux de l'Amérique, on s’est beaucoup trop astreint à combattre ou à suivre la lettre de l'Écriture sainte; si l'on avait cherché à l'expliquer, à la concilier avec les faits admis et les découvertes récentes, si l’on avait réfléchi sur ces longues périodes d'années appelées des Jours par la Genèse, sur Je laps de temps qui s’est écoulé entre la création et le déluge et sur la nature même des grandes révolutions géologiques cpérées par le déluge, la question des origines américaines aurait été bien simplifiée, elle
1 Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du ylobe,
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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. st
ne serait point un si grand épouvantail pour les personnes qui se contentent de juger ce quelles voient sans se donner la peiné de remonter aux causes des phénomènes dont ils sont frappés.
Grâce aux curieuses recherches de M, Lartet sur les migrations des mammifères de l'Europe, nous savons que l'éléphant d'Afrique, le rhinocéros bicorne du Cap, deux espèces d'hippopotame, le lion, la panthère, le serval, l'hyène, la genette et l'antilope habitaient nos régions, et que les changements qui s’y opérèrent les firent émigrer en Afrique, où on les retrouve aujourd'hui. Le même savant nous fait connaitre l'arrivée dans nos climats de plusieurs animaux pachydermes, tels que le rhinocéros tichorhinus, éléphant primigenius, le bœuf musqué, le renne, le glouton, le lemming , qui, après avoir pénétré jusqu'au cœur de l'Europe, ont regagné les hautes latitudes quand la température a commencé à s’adoucir, quoique la plupart de ces grandes espèces n'aient pu échapper à la destruction dont les menaçait l'élévation graduelle de la température dans ce mouvement rétrograde.
Le nombre des animaux disparus de notre continent est assez considérable; diverses espèces éteintes de nos jours ont jadis vécu avec la nôtre. Les mastodontes de l'Ohio et deux espèces d’éléphants de l'époque quaternaire habitaient l'Amérique contemporainement avec les premières tribus qui peuplèrent le nouveau monde. Ces animaux étaient même si nombreux, que dans un seul endroit du Kentucky on a découvert les restes d’une centaine de mastodontes et de mammouths unis à des fossiles du mégalonyx, du cerf, du cheval! et du bison. De là les légendes des Indiens sur ces gigantesques pachydermes et dont nous parlerons plus tard. En France et en Angleterre, on a pareillement découvert dans les terrains quaternaires des haches en silex {et d’autres instruments taillés par l'homme et associés à des débris d’éléphants primigentus, de rhinocéros tichorhinus, de bœufs priscus? et d’hippopotames; ce qui prouve la coexistence de l’homme avec ces animaux avant le dernier déluge; Il ne faut pas oublier que la région où chaque espèce
animale a primitivement existé ne saurait être exactement connue, même depuis que les animaux étaient tels qu’ils sont aujourd'hui, car
1 IL est à peu près certain que lors de la conquête le cheval n'existait plus en Amérique. ? Espèce plus grande que la nôtre.
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il y a eu des phénomènes d'émersion et de submersion qui ont modifié la distribution des terres, des altérations climatologiques qui ont contraint certaines espèces d'émigrer dans des régions plus étroites et mieux adaptées à leur genre de vie, Les changements qu'a subis la coñfiguration des continents s'opposent à ce qu'on puisse percer le mystère de la distribution des espèces. Certaines variétés d'animaux, certaines races humaines formées à des époques très-modernes continuent à se perpétuer, même dans les contrées où elles n'existaient pas primitivement, Un accident produit quelquefois une variété , et l'on est tout étonné de voir cette variété se transmettre ensuite par la généation, si bien qu'elle donne parfois le change aux naturalistes et qu'on a pris souvent pour une espèce ce qui n’était qu'une variété!,
Le récit de la Genèse est si court, dit M. Maury, de l’Institut, que lea mystères les plus contradictoires y sont également à l'aise; mais la Bible est un code sacré et non pas un traité scientifique ; il est donc parfaitement permis de la laisser de côté pour expliquer les phénomènes naturels dont elle ne parle pas. En effet, quand on eut constaté que des milliers d'animaux avaient existé dont aucun souvenir ne s’est conservé, même aux âges les plus reculés, que ces animaux se trouvaient dans des lieux qui, tels qu'ils sont, n'ont pu leur offrir les moyens de subsister, il a bien fallu confesser que la Bible n’avait pas tout dit, et que tous les animaux n'avaient pas habité le paradis terrestre, ni trouvé asile dans l'arche de Noé.
Chaque espèce a donc pu avoir un point du globe qui fut comme son berceau, et dont elle rayonnait en différents sens; cependant des obstacles matériels peuvent s'opposer à ces émigrations. C’est ainsi que les animaux de la pente occidentale des Cordillères ne se retrouvent généralement pas sur le versant oriental. On ne rencontre presque aucun serpent dans les îles de l'océan Pacifique, quoique le grand archipel indien appartienne aux régions de la terre qui en sont le plus peuplées, L'animal, on le sait, est errant de sa nature; il vit comme les peuples nomades, cherchant une localité qui lui offre toutes les conditions nécessaires à son développement et à sa propagation, et quand il l’a trouvée, il y reste autant qu'il peut, toujours même si les conditions ne changent
1 Voir les articles de M, À, Mauty dans la Revue des Deux Mondes, 1869,
on qui ont modifié iques qui ont con- 18 plus étroites et ents qu'a subis la 1 puisse percer le riétés d'animaux, ès-modernes con- | elles n’existaient ne variété, et l'on suite par la généturalistes et qu'on ariété!, l'Institut, que lea se; mais la Bible est donc parfaitehénomènes natustaté que des mil- 1e s’est conservé, > trouvaient dans oyens de subsisit dit, et que tous trouvé asile dans
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pas, Le cosmopolitisme si remarquable des animaux ne dépend pas de leurs moyens de locomotion, car on a trouvé des bancs de chenilles qui avaient tenté de passer des rivières et des milliers de papillons qui avaient franchi la mer, des insectes de la Suède venus en France, tandis que le condor et le lama ne quittent pas les hauteurs des Andes et que le bizarre ornithorhynque reste confiné dans l'Australie, mais bien de la souplesse de leur organisation, qui leur permet de vivre daus une zone plus ou moins étendue, Audubon, le grand ornithologiste américain, a remarqué que l'extension des cultures et toutes les révolutions qu'elle entraîne dans le nouveai monde avaient modifié les migrations de certains oiseaux, les avaient rendues plus fréquentes et plus lointaines, 1] s'opère done constamment des déplacements progressifs qui tendent à une distribution sinon nouvelle, au moins notablement distincte de celle des siècles derniers, Sans recourir au système de la périodicité des déluges et à ces grands cataclysmes qui bouleversèrent la configuration des continents et des mers, on peut se convaincre que l’histoire naturelle de la géographie des animaux se renouvelle insensiblement à mesure que se modifient le relief et la climatologie du globe.
Quoique cette théorie ne s'accorde point avec l'interprétation littérale de la Genèse, elle mérite une sérieuse considération. En effet, s° l’Éden fut le berceau du genre humain, il n’a pu l’être de toute la création animale, pas plus que de celle des végétaux, car Dieu ne fait rien qui ne soit marqué du sceau de la sagesse divine, et il était parfaitement inutile de créer dans le paradis terrestre les rennes de la Laponie, les lamas du Pérou, les kangourous de la Nouvelle-Hollande, les autruches du Sahara, comme il était inutile de placer sur les côtes de Tyr et de Sidon les baleines du Groënland, les poissons volants des tropiques, les tortues du golfe du Mexique et les manchots des régions hyperboréennes. Il est donc probable que la plupart des animaux sur terre comme dans la mer furent placés dès le moment de leur création dans les régions qui convenaient le mieux à leur développement, et que l'arche de Noé n’en contenait qu'un nombre plus ou moins limité, que Dieu a voulu conserver par ce moyen, pour ne pas recourir à une nouvelle création, que l'arche rendait superflue. Saint Augustin paraît croire que Dieu créa d’autres animaux après le déluge ‘, 11 nous semble qu’un acte d’une telle impor-
1 D, Aug, lib, XVI, de Civ. Dei, cap, 7.
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tance eût été enregistré dans la Genèse s'il avait eu lieu; il est beaucoup plus simple et ph rationnel de croire que lors de la création la plupart des animaux recurent l'existence dans les zones qu'ils devaient habiter, et qu'à l'époque du déluge, il y eut au moins un couple de chaque espèce de conservé, Cette hypothèse est d'autant plus facile à admettre que le règne animal peut se diviser en deux classes, c'est-à-dire les types tropicaux et les types subpolaires, ét qu'alors il n'y aurait eu besoin que de deux localités pour placer le berceau de ce règne ou le lieu de sa conservation, car les espèces intermédiaires ne proviennent que de l'abâtardissement des types primitifs, altérés par des conditions nouvelles!,
Ne nous étonnons done pas de voir en Amérique des animaux qui n'existent pas ailleurs; ce phénomène peut s'expliquer naturellement par la voie des migrations, qui n'avaient rien d'impossible avant les dernières révolutions subies par notre globe, par voie de génération ou par voie d'extinction dans telle ou telle zone, Si les espèces actuellement particulières à certaines localités du nouveau monde ne se rencontrent pas sur d'autres continents, elles ont pu s’y trouver, et leur concentration dans une zone étroite ne prouve qu'une chose, c’est qu'en dehors du cercle que ces espèces habitent actuellement, elles n'avaient aucune des conditions nécessaires à leur développement et à leur propagation, Est-ce que chaque siècle n'amène pas, sinon la disparition, au moins une diminution notable des espèces et des radicaux ou souches primitives, Les tourbières de la France, de l'Angleterre, de lirlande et d'autres pays recelent les squelettes de nombreux individus disparus récemment et dont l'existence ne nous a été révélée que par la découverte de ces vestiges de races ou d'espèces éteintes.
En adoptant le système de la conservation d'un grand nombre d’espèces animales en dehors de l'arche de Noé, nous facilitons la solution du problème des races humaines en laissant entrevoir que le déluge n'a point été universel dans le sens généralement admis, et que Dieu a fait quelques exceptions dans la proseription qu'il avait prononcée contre le règne animal, 11 est vrai que le texte de l'Écriture est for-
mel : «J'exterminerai de la face de la terre, dit l'Éternel, l'homme que
1 A, Maury, Hevue des Deux Mondes, 1859,
ieu ; il est beaucoup la création la plunes qu'ils devaient moins un couple de ant plus facile à adclasses, c'est-à-dire lors il n'y aurait eu u de ce règne ou le ires ne proviennent
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rnel, l'homme que
j'ai créé, depuis l'homme jusqu'aux animaux, depuis le septile jusqu'aux oiseaux du ciel,» Mais ce texte ne doit pas être pris à la lettre, car tous les hommes et tous les animaux ne périrent pas dans le déluge, de même que Jésus-Christ, qui est venu sauver tous les hommes, ne laisse pas moins bien des âmes se perdre éternellement, Pourquoi Panathème qui pouvait peser sur les peuples et les animaux de l'Amérique aurait-il été aussi rigoureux que celui qui frappait les populations de l'Asie occidentale? Le déluge dans les desseins de Dieu'avait pour but de punir des coupables; mais comme la Bible ne parle que d'un petit coin du monde, pourquoi ne nous serait-il pas permis de croire qu'ailleurs il y avait des justes comme Noé et qui ont dû être sauvés comme lui?
Si l'on s’en tient à l'esprit du récit biblique, on peut supposer que ces mots toute la terre, dont se sert la Genèse en parlant du déluge, n'ont qu'un sens indéterminé (comme nous pourrions en citer une multitude d'exemples pris dans les livres saints), et peuvent ne pas s'appliquer à tout le globe, mais probablement à la partie de la terre alors habitée et connue de Noé. Si le déluge eût été universel d'une manière absolue et qu'il dût ne sauver du genre humain que la famille de Noé, il faudrait admettre que la terre n'était presque pas peuplée, car si les habitants du globe étaient aussi considérables qu'ils devaient l'être lorsqu'on songe qu'environ deux mille ans se sont écoulés entre la création de l'homme et le déluge, et qu'ils eussent tous péri par les flots, comment se fait-il qu'on ne trouve que très-peu de traces de leur existence avant le cataelysme diluvien, et que tous les terrains de cétte époque et même des époques encore plus reculées fourmillent d’ossements d'animaux contemporains de Noé et même de ceux qui vivaient lors des premières formations de la terre ?
Ce qui prouverait que le dernier déluge n'a pas été aussi universel qu'on le pense, ou du moins qu'il n'a pas été spontané, mais progressif, c'est que les terrains quaternaires appelés autrefois du nom générique de diluvien et qui se rencontrent dans toutes les parties du monde, se composent de terrains d'âges différents et formés dans des conditions diverses. Les intéressants travaux de M, Marcel de Serres
sur la période quaternaire démontrent clairement que le remplissage
1 Genèse, ce, I,
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des cavernes ossifères a dû s'opérer graduellement à des intervalles plus ou moins éloignés. Quant à la tradition si générale du déluge, elle prouve beaucoup moins un déluge universel dans le sens absolu du mot, que l'établissement sur la plupart des points du globe des descendants de ceux qui avaient été témoins de cette terrible catastrophe. Nous devons donc conclure des faits récemment mis au jour par la science que les déluges proprement dits universels sont antérieurs à celui de Noé, et que le déluge dont parle la Bible n'ayant été que partiel, des hommes et des animaux ont pu échapper à ses flots destructeurs. Cette hypothèse, qui nous paraît très-admissible, expliquerait les métamorphoses des types du règne animal que l'observation de quelques siècles ne peut démontrer.
La question de l’origine des Indiens ne nous paraît pas plus difficile à résoudre que la précédente, On sait que pour les hommes comme pour animaux les espèces peuvent changer ou se modifier par des causes lentes, internes ou externes, ou par le croisement, et que même aucune espèce n'existe sans présenter un grand nombre de variétés. C'est ainsi qu'on ne trouve nulle part deux individus exactement semblables, et que dans la même famille on rencontre des bossus et des sourds, des tailles grandes et petites, des complexions dissemblables, des cheveux et des traits divers. L’individu reste le même, mais ses formes changent.
Tous les hommes d’une science profonde, d’une réputation universelle et méritée, qui ont étudié les différents types de la grande famille humaine, non dans ses excès, ses phénomènes, ses exagérations, ses particularités, mais dans son essence constitutrice, son ensemble, son caractère distinctif et dans sa nature, tous ces hommes admettent l'unité dans l'espèce humaine. Le seul point controversé par les savants est celui-ci : les hommes proviennent-ils d’une souche unique, comme le constate le récit de la Bible, ou bien ont-ils plusieurs souches identiquement semblables et placées à une époque inconnue sur des points différents du globe ?
Après avoir considéré l'espèce humaine dans ses nuances physiques, dans la distribution géographique de ses types contemporains, dans l'influence que lui ont fait subir les forces terrestres, les circonstances du sol, les conditions météorologiques de l'atmosphère, l’activité de
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l'esprit, le progrès de l'intelligence et cette merveilleuse flexibilité d'organisation qui se plie à tous les climats, M. A. de Humboldt assure que notre espèce échappe plus aisément aux puissances de la nature, mais qu'elle n’en participe pas moins d’une manière essentielle à la vie qui anime notre globe. «Tant que l’on s’en tint aux extrêmes dans les variations de la couleur et de la figure, ajoute le savant écrivain dans son Cosmos, et que l'on se laissa prévenir à la vivacité des premières impressions, on fut porté à considérer les races non comme de simples variétés, mais comme des souches humaines originairement distinctes. »
La permanence de certains types, en dépit des influences les plus contraires, des causes extérieures, surtout du climat, semblait favoriser cette manière de voir, quelque courtes que soient les périodes de temps dont la connaissance historique nous est parvenue. Mais des raisons plus puissantes militent en faveur de l'unité de l'espèce humaine, savoir: les nombreuses gradations de la couleur de la peau et de la structure du crâne, l’analogie que suivent, en s’altérant, d’autres classes d'animaux tant sauvages que domestiques, les observations positives que l'on a recueillies sur les limites prescrites à la fécondité des métis.
La plus grande partie des contrastes dont on était si frappé jadis s’est évanouie devant le travail approfondi de Tiedemann sur le cerveau des nègres et des Européens, devant les recherches anatomiques de Vrolik et de Weber sur la configuration du bassin. Si l'on embyasse dans leur généralité les nations africaines de couleur foncée, sur lesquelles l’ouvrage capital de Pritchard a répandu tant de lumières, et si on les compare avec les tribus de l'archipel méridional de l'Inde et des îles de l'Australie occidentale, avec les Papous et les Alfourous (Harafores, Endaménes), on aperçoit clairement que la teinte noire de la peau, les cheveux crépus et les traits de la physionomie nègre sont loin d’être toujours associés !,
Les familles des animaux et des plantes, dit un des plus grands anatomistes de notre âge, Jean Muller, dans sa PAysiologie de l'homme, se modilient durant leur propagation sur la terre, entre les limites qui
1 Humboldt, Cosmos, t, 1,
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déterminent les espèces et les genres. Elles se perpétuent organiquement comme types de la variation des espèces. Du concours de différentes causes, de différentes conditions tant intérieures qu'extérieures, qui ne sauraient être signalées en détail, sont nées les races présentes des animaux, et leurs variétés les plus frappantes se rencontrent chez ceux qui ont partagé la faculté d'extension la plus considérable sur la terre. Les races humaines sont les formes d'une espèce unique, qui s'accouplent en restant fécondes et se perpétuent par la génération. Ce ne sont point les espèces d’un genre; car si elles l’étaient, en se croisant elles deviendraient stériles.
Que l’on suive la classification de Blumenbach en cinq races (caucasique, mongolique, américaine, éthiopique et malaie), dit encore M. de Humboldt, ou bien qu'avec Priichard on connaisse sept races (iranienne, touranienne, américaine, des Hottentots et Bouschmans, des nègres, des Papous et des Alfourous), il n’en est pas moins vrai qu'aucune différence radicale et typique, aucun principe de division naturel et rigoureux ne régit de tels groupes. On sépare ce qui semble former les extrêmes de la figure et de la couleur, sans s'inquiéter des familles de peuples qui échappent à ces grandes classes et que l’on a nommées tantôt races scythiques, tantôt races allophyliques.
Il serait aussi fastidieux qu'inutile de répéter ici tous les systèmes anciens et nouveaux enfantés par l'esprit humain pour expliquer la formation de l’homme et l’crigine des diverses familles qui peuplent la terre et dont les types physiques diffèrent entre eux. Nous dirons seulement, avec Henri-Hollard, que, tandis que l'antiquité, dans le plus bel essor de sa vie intellectuelle, mais livrée aux seules ressources du génie ayant l’âge de l'expérience, essayait d'atteindre à la cause et aux origines de l’univers, et n'arrivait qu'à des hypothèses bientôt emportées par le progrès des sciences, un petit peupie de la Syrie, presque illettré et d’un génie très-peu philosophique, possédait dès longtemps sur cette vaste question quelques notions fondamentales simples et précises. Le premier chapitre des annales de ce peuple débute par ces mots : «Au commencement Dieu créa les cieux et la terre, » et continue en nous montrant dans là nature non-seulement l'œuvre d’un Dieu unique, mais une œuvre successive et progressive qui, par voie de création, ajoute une assise à une autre assise, et ne s'arrête qu'après avoir placé l’homme au faîte de l'édifice.
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ette fois toute créature a sa place dans l’ensemble et tout s’harmonise :
les étages inférieurs sont ordonnés en vue des supérieurs. Que nous dit cette cosmogonie, cette première page de la Bible commentée par ellemême? Dieu seul n'a pas de commencement; créateur d’une matière universelle d’abord informe et chaotique, il la féconde, l'anime, la met en œuvre. Il sépare les eaux, l'atmosphère et le sol, ordonne à la terre de produire les plantes, fait surgir au sein de l'Océan la multitude des animaux aquatiques, peuple les airs d'oiseaux, appelle les quadrupèdes à se répandre sur les terres couvertes de végétation; l'homme enfin sort de ses mains, et son créateur lui donne une compagne de même nature que lui pour compléter son existence.
Dans ce système tout remonte à Dieu. Chaque espèce procède d'un acte spécial de création; elle se perpétuera et demeurera distincte des autres par une force de production essentiellement conservatrice. Remarquons encore que la Genèse, tout en refusant à la force physique universelle ce que lui accordent d’autres cosmogonies, la production des êtres vivants, rattache néanmoins ces êtres à la nature générale par les matériaux qu’ils lui empruntent. Dieu ne crée pas une matière spéciale pour les corps organisés, et, sous ce rapport, les naturalistes modernes, qui, avec Buffon, ont encore admis une matière essentiellement organique dès sa création, sont non-seulement en opposition avec la Bible, mais moins avancés qu'elle. La cosmogonie sacrée nous montre la terre et l’eau produisant les êtres qu’elles nourrissent, mais toujours au commandement de la parole créatrice. Enfin Dieu forma le corps humain de la poudre de la terre.
Quand on considère la grande famille humaine comme terme supérieur et définitif du système de création dont elle fait partie, elle ne saurait, par cela même qu'elle est supérieure et définitive, déployer une diversité aussi étendue que celle des règnes qui s’acheminent vers elle. Toutefois, lorsque nous passons en revue les races dont se compose le règne humain, nous voyons se dessiner une grande variété de types dans les étroites limites des caractères qui, partout et toujours, appartiennent à l'homme.
Le naturaliste (dit M. Hollard, dans son ouvrage sur la diversité du vègne humain), qui, ici comme ailleurs, voulant être exact et complet, cherche dans le genre humain ce qu'il trouve plus ou moins facilement
Te NES SEE ee
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60 VUYAGE PITTORESQUE
dans ceux de la série zoologique, les éléments du genre, des éléments séparés par des limites précises, susceptibles d'être comptés et classés, rencontre la plus grande difficulté à distribuer la population du globe en groupes bien circonscrits et à déterminer le nombre.de ces groupes. Cet embarras n’est que trop évident quand on jette les yeux sur les diverses classifications anthropologiques qu’on a successivement proposées. Blumenbach, comme nous l'avons déjà dit, compte cinq groupes; Lacépède, six; Cuvier, trois; Saint-Vincent, quinze; Desmoulins, seize. Et remarquons que l’on place ordinairement tous les Indiens de l'Amérique dans un seul groupe, ce qui prouve une grande latitude dans l'étendue des limites typiques ou une ignorance des diverses familles qui composent les
* naturels du nouveau monde ; car, sans parler des Indiens de l'Amérique
du Sud, que quelques auteurs classent à part, les Indiens de l'Amérique du Nord n'ont point un type unique : il existe entre eux des différences considérables en stature, couleur, physionomie, Laissant de côté les différences psychologiques, qui ont pourtant une grande valeur dans la classification des races, nous voyons en Amérique des peuplades d'hommes courts et trapus et des peuplades de géants, des tribus rouges, des tribus blanches et des noires, et entre ces trois extrèmes de couleurs on rencontre toutes les nuances qui relient ces extrèmes comme les anneaux d'une chaîne.
Certainement la majorité des Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord ont des indices de ressemblance et de rapprochement qui composent le caractère général de la population primitive de ce continent, comparée à celles des autres parties du monde; mais le premier regard jeté sur ces peuples n'aperçoit que leur diversité physique, celle qui doit le plus nous occuper dans cette étude. Les découvertes faites ces dernières années de peuplades américaines, jamais décrites par les ethnographes modernes, expliquent l'erreur dans laquelle sont tombés les savants et les naturalistes en pensant que les Indiens des grands déserts ressemblaient à ceux des États-Unis. Mais la science, en découvrant chaque jour de nouveaux horizons, rectifie le lendemain ce qu’elle avait assuré la veille. En faisant connaître les Zuñis, les Jémez, les populations indiennes des Pueblos du Nouveau-Mexique, les Mojaves et d'autres tribus ignorées des ethnographes, nous démontrerons que les types de ces tribus diffèrent de ceux des autres peuplades américaines.
enre, des éléments omptés et classés, lation du globe en le ces groupes. Cet ux sur les diverses nt proposées, Bluroupes ; Lacépède, , seize. Et remare l'Amérique dans lans l’étendue des qui composent les ens de l'Amérique ens de l'Amérique ux des différences nt de côté les difaleur dans la clasiplades d'hommes ibus rouges, des es de couleurs on mme les anneaux
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En voulant trop généraliser le caractère physique de toutes les nations du nouveau monde, on est tombé dans des inexactitudes qui prouvent la défectuosité des systèmes créés par les savants pour appuyer leurs théories sur les origines et la classification du règne humain. Nous n'entreprendrons pas de réfuter ces systèmes, mais avec quelques citations de leurs auteurs nous exposerons les faits tels qu'ils sont actuellement acquis à la science, de sorte que chacun pourra se rendre compte des diverses opinions des écrivains sur la question des erigines américaines,
« La découverte du nouveau monde, dit M. Bérard en parlant des types américains, a été l'occasion de discussions ethnologiques dans lesquelles le zèle religieux a joué un rôle que l'on peut deviner. « Comme il fallait absolument, dit Voltaire, qu'un des arrière-petits-fils de Noé eût peuplé l'Amérique, on fit aller les vaisseaux de Salomon au Mexique On trouva l'Amérique dans Platon, on eu fit honneur aux Carthaginois, et on cita sur cette anecdote un livre d’Aristote qu'il n’a jamais écrit. Les Mexicains, dans leurs grandes afflictions, déchiraient leurs vêtements, quelque: peuples de l’Asie en usaient a"itrefois ainsi, donc ils sont les ancôtres des Mexicains. » Quant à nous, nous croyons qu’il faut d’autres armes que le ridicule pour détruire une chjection, car il est plus facile de ridiculiser une opinion que de la cembattre par des preuves contraires, et nous sommes étonné qu’un auteur moderne cite Voltaire comme une autorité sur des questions ethnographiques; nous serions en effet bien à plaindre si la géographie et l’histoire en étaient encore au point où Voltaire les a laissées.
« L'hypothèse ridiculisée par Voltaire, ajoute M. Bérard, a trouvé de nos jours des appuis sérieux. Ces Toltèques et Aztèques, si avancés dans les arts et qui avaient couvert le sol mexicain de monuments splendides, n'étaient pas originaires de cette partie de l'Amérique. On croit avoir retrouvé les traces de leurs émigrations du Nord au Midi; on va même jusqu’à assigner l’époque où une colonie bouddhiste aurait passé de l’Asie en Amérique!.
« Eût-on rassemblé un plus grand nombre de documents historiques à l’appui de cette émigration de populations asiatiques en Amérique, je
1 Si c'est faux, pourquoi l’auteur ne le prouvest-il pas?
n'en resterai pas moins convaincu que les anciens mexicains, dont le type ne diffère point de celui qui appartient aux tribus actuelles de l'Amérique du Nord', ne peuvent être les descendants de nations avec lequelles ils n’ont aucune ressemblance physique *?,
« Plusieurs considérations nous portent, au contraire, à voir dans les tribus sauvages de l'Amérique du Nord des races tout à fait distinctes de celles de l’ancien monde. Les caractères auxquels il faut avoir égard sont une certaine forme de crâne signalée par Morton (crania americana *), que nous décrirons plus loin, la saillie particulière du nez!, ua eh de fierté répandu sur l'ensemble de leurs traits, et par-dessus tout ce easactère moral dont les écrits de Cooper (qui sous ce point de vue ne sout hoint des romans) nous ont tracé le tableau fidèlef, Qui n’a été frappé «+ “ette taciturnité continuelle, de cette dissimulation profonde, de l’opiniâtreté avec laquelle ils poursuivent leurs projets de vengeance, de cet orgueil qui leur fait éviter de laisser paraître jamais le moindre sentiment de curiosité, du courage stoïque avec lequel ils bravent leurs ennemis au milieu de souffrances inouïes, de leur circonspection, de leur cruauté, de la subtilité extrême de leurs sens’? On a dit avec raison que les sensations douces leur paraissaient complétement inconnues, Nous ajoutons que leur idiome ne ressemble ni
1 De quelles tribus l'auteur veut-il parler ici; sont-ce des tribus rouges des États-Unis, des tribus blanches du Nouveau-Mexique ou des tribus noires de la Californie? C'est trèscommode de ne pas le dire,
2 Cette ressemblance physique existait si bien, que c’est à cause d'elle que les Américains furent appelés Indiens par les Espagnols,
3 Depuis l'apparition de cet ouvrage il s’est fait des découvertes très-importantes dans le Pérou comme dans les déserts américains, et qui diminuent la valeur du livre de M. Morton. M. Cubi-y-Soler, dans son fameux ouvrage sur la phrénologie, détruit complétement l'importance attribuée au développement de l'angle facial ; l'auteur démontre que des nègres d'une intelligence excessivement bornée avaient l'angle facial bien plus droit que celui d'Européens d'une intelligence supérieure,
* Cetle saillie n'existe point chez les Mexicains, et nombre de tribus de l'ouest et du sud-ouest,
5 Cet air est bien loin d'être général.
6 Oui, pour les tribus des États-Unis, mais non pas pour les pays immenses et très-peu-
plés de l'ouest, qu'il ne connaissait pas.
T Cette subtilité, quoique exagérée par les romanciers, existe néanmoins, mais elle est une conséquence naturelle du genre de vie des Indiens. { Ceux qui o dit cela ne connaissaient pas le moins du monde le caractère des sauvages, et nous prouverons, au contraire, que non-seulement les Indiens connaissaient toutes sortes de douces sensations, mais qu'ils les laissaient même paraître au dehors,
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« En présence de ces dispositions intellectuelles et morales si caractéristiques et établissant des différences tranchées entre les indigènes de l'Amérique du Nord et les tribus sauvages des autres parties du globe, deux hommes recommandables ont émis une opinion diamétrale.nent opposée sur l'état antérieur des habitants de l'Amérique. Un savant Suédois, le docteur Martins, voit en eux les descendants dégénérés ou retombés dans la barbarie de nations autrefois civilisées, tandis que Chateaubriand termine ainsi le parallèle entre l'Américain et l'Arabe : « Tout annonce chez l'Américain le sauvage qui n'est pas parvenu à « l'état de civilisation; tout indique chez l’Arabe l'homme civilisé re- « tombé dans l’état sauvage*. »
« Les généralités que je viens d'exposer, poursui al. ?érard, s’appliquent, comme on à pu le voir, aux Américains du Nord. .* vais de suite séparer leurs caractères; mais je dois au préalable opérer une élimination, car bon nombre de tribus de l'Amérique du Nord ne présentent pas le type que je viens de décrire.
«4° Vers l'extrémité septentrionale de l’Ar rique, les Esquimaux, qui appartiennent aux races mongoliques et dont nous connaissons déjà les caractires *,
« 2° Les Chippeways, un peu moins reculés que les Esquimaux et qui pourraient bien aussi être de souche mongole; au moins Mackenzie affirme-t-il que ce ne sont jas des Indiens aborigènes*.
? La question des idiomes ne peut pas être et ne sera pas de sitôt résolue, car ces idiomes sont trop multipliés, Néanmoins, l'opinion contraire à celle émise par M. Bérard paraît la plus probable. M, de Sauley, de l'Institut, pendant sa visite au Groënland avec le prince Napoléon, a reconnu dans l'idiome groënlandais des mots et des nombres des idiomes de l'Asie crientale, Des mots gaëliques et hébreux ont été retrouvés parmi les idiomes des naturels américains. Mais, nous le répétons, une étude sérieuse et comparative entre les langues des deux mondes est encore à faire, et cette question reste en litige,
2 Nous ignorons les connaissances que M. de Chateaubriand pouvait avoir des Arabes, mais nous sommes convaineu qu'il ne connaissait pas du tout les sauvages de l'Amérique, car ses écrits sur les peuplades américaines sont de vrais romans, dans lesquels la fiction fait les principaux frais, tandis que la vérité historique y est faiblement représentée,
# Cet aveu mérite d'être enregistré. L'origine asiatique de quelques tribus américaines n'est done pas une hypothèse ridicule, comme l’auteur semblait le croire plus haut, © + Autre aveu, Nous ferons remarquer néanmoins que les Chippeways n'ont pas un type
« 3° Toutes les peuplades qui habitent les montagnes Rocheuses et la côte occidentale de l'Amérique du Nord, depuis et y compris la Californie jusqu'aux environs des Esquimaux. Ces peuplades sont loin de se ressembler, puisqu'elles nous offrent en opposition avec les stupides et pusillanimes Californiens au front bas, à la peau presque aussi noire que celle des nègres de Guinée, dont ils n’ont pourtant pas la physionomie, une tribu à peine blanche dont le pays est beaucoup plus au nord que celui des Californiens. Elles ne ressembleni pas non plus aux Mongols, nonobstant l'assertion de Desmoulins, car La Pérouse dit positivement : « Les indigènes du Port-Français ne sont pas des Esquimaux. » La description qu'il en fait ne rappelle pas le type mongolique.
« Ces exceptions établies, le vaste continent de l'Amérique du Nord nourrissait une race ou espèce divisée sans doute en tribus nombreuses, mais offrant encore aujourd'hui les caractères généraux que je vais vous faire connaitre.
« La peau offre cette teinte de cuivre de rosette qui fait appeler ces Indiens Peaux-Rouges. Cette qualification, vous le voyez, ne peut pas s'appliquer à tous les indigènes de l'Amérique. Déjà nous avons vu une exception pour quelques américains du Nord ’. L'exception se présentera plus fréquemment encore pour l'Amérique du Sud. D'une autre part, la couleur rougeâtre se rencontre chez quelques Polynésiens; ainsi ce n'est pas un caractère différentiel absolu, mais il ne doit pas être négligé?,
« Ce qui distingue les crânes américains, suivant Morton, c’est le défaut de saillie de la partie occipitale du crâne. Vu par derrière, le contour occipital s’applatit vers la protubérance, et se renfle de ce point jusqu’à l'ouverture de l'oreille. Des bosses pariétales au vertex, les parois du crâne se rapprochent de manière à donner dans leur ensemble une surface conique ou plutôt prismatique.
à part, et que bon nombre de tribus indiennes des États-Unis ont le même type que les Chippeways.
1 C’est deux exceptions que l'auteur devrait dire, puisqu'il reconnaît que les Californiens Ont la peau noire, et que plus au nord il se trouve une tribu à peau blanche, Nous pourrions en ajouter une troisième en nommant les Soones.
L'existence de Peaux-Rouges dans la Polynésie est d'une très-haute importance dans la question de l'influence du climat, de la nourriture et de la civilisation sur la coloration de la peau,
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« M. de Humbolit a fait la remarque qu'aucune race n’a le frontal aussi fuyant et le front aussi petit. On sait qu'en beaucoup de localités, et aussi dans l'Amérique du Sud, ils ont (les Indiens) exagéré par des pressions l'aplatissement du front.
« Les A/gonquins et les Jroquois, principales familles des Américains du Nord, occupaient la plus grande partie du Canada et la portion des États-Unis qui est à l'est du Mississipi. Ils comprenaient une foule de tribus ou de nations dont il serait inutile de faire le dénombrement et parmi lesquelles je nommerai seulement les Hurons. Plus au sud, étaient les tribus que M. Pritchard nomme alléghaniennes. A l'ouest du Mississipi, dans une immense étendue, se trouve la nation des Sioux, à laquelle appartiennent, entre autres, les Tetous, les Osages et les Mandans'. Un grand nombre de ces sauvages offrent cette singularité que leurs cheveux, d’ailleurs très-longs, ont une teinte d’un gris brillant argenté ?.
« M. Desmoulins a rapporté les Américains du Nord à une espèce qu'il nomme colombienne. On a désigné plus récemment, sous le nom de Nootka-Colombiens, les hommes placés au nord de la Californie, mais sur la même côte, et qui sont compris dans l'élimination que j'ai faite précédemment. Parmi ces Nootka-Colombiens se trouve la tribu des têtes plates, chez laquelle existe la ridicule pratique de déformer le crâne en le comprimant dès le moment de la naissance, »
Dans cette longue section comprise entre les montagnes Rocheuses et l'océan Pacifique, la péninsule d’Alaska au 60° degré de latitude nord et celle de la Californie, on trouve peut-être le plus grand ‘nombre de tribus parlant différents langages, ayant des usages, un caractère et une physionomie plus dissemblables que sur les autres parties du continent américain. Entre le 52° et le 60° degré de latitude nord, les Indiens ressemblent aux blancs sous plusieurs rapports et surtout par la couleur de la peau et une barbe épaisse.
1 Ceci est une erreur; les Sioux, les Mandans et les Osages sont trois nations distinctes qui diffèrent entre elles au moral comme au physique sur plusieurs points.
% Ce sont les Mandans seulement qui présentent cette singularité,
3 Ce sont les Chinouks qui ont cette habitude d’aplatir la tête de leurs enfants ; du reste, celle coutume était pratiquée par bon nombre de tribus de l'Ouest, et même par d'autres ualions éteintes aujourd'hui,
= Sense -—. = — -
Toutes les peuplades au nord du Colombia, telles que les grandes familles des Wallawallas, des Tahkali-Umkwa, des Taihaili, des Selishs, des Chinouks, des Yakones, des Calapuyas et des Noutkas de l’île Vancouver, forment une race fort laide, Les hommes ont une taille au-dessous de la moyenne, des membres trapus, une figure large, un front bas, une peau rude, cuivrée et tannée, Au moral, ces tribus sont aussi laides qu'au physique. Leurs idiomes sont d'une difficulté et d'une dureté de prononciation inouïes.
Au sud de l’Orégon jusqu’à la Californie, les Indiens se rapprochent par leur apparence et leur caractère de céux de l'est des montagnes Rocheuses ; les principales tribus appartiennent à la famille des Sahaptin, des Waillatpu, des Shoshonies, des Lutuani, des Shastis et quelques autres Leur taille est moyenne, grêle, ils ont une figure longue, des lèvres minces et la peau douce. Il n'y a pas en Europe deux nations aussi dissemblables que le sont entre elles les tribus du nord et celles du sud du Colombia. Quant aux tribus de la Californie, elles ont, en outre de leur peau noire, une intelligence tellement obtuse, qu’elle les met au-dessous de tous les autres Indiens du continent américain. Ils sont doux, paresseux, timides et phlegmatiques. Les Indiens de l’ouest des montagnes Rocheuses sont inférieurs en stature, force et activité à ceux de l'est de cette chaine. Les deux classes de chefs, ceux qui gouvernent en temps de paix et ceux qui commandent en temps de guerre, les cérémonies d’initiations pour les jeunes gens, la distinction des clans gt totems et les grandes solennités civiles ou religieuses sont inconnues aux tribus de l’Orégon.
Nous voyons par ce qui précède que même les auteurs qui classent à part les Indiens de l'Amérique en les désignant sous les noms de race américaine, sont obligés néanmoins d’avouer que cette race présente plusieurs variétés différentes du type général. Comme ces variétés sont encore plus considérables qu’on ne le pense ordinairement, nous les désignerons plus loin quand nous parlerons des différentes tribus en particulier. Dans ce moment, nous ne nous occuperons que des Peaur- Rouges, qui forment avec les nègres l’objection la plus sérieuse que l’on puisse faire contre l'unité de berceau du genre humain.
Les tribus répandues depuis le golfe du Mexique jusqu’au Canada et des Alléghanys aux montagnes Rocheuses différent entre elles sous bien
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Mais, nous le répétons, on ne doit pas trop exagérer ct généraliser l’universalité ou l'unité du type que nous venons de décrire. Cette unité laisse place à de nombreuses variations nationales et individuelles. Quelquelois, comme les corbeaux, le profil donné par le front et le nez est arqué au point de former une ligne semi-lunaire ; d’autres fois, nous rencontrons un nez à peu près droit; d’autres fois encore, une face large, à joues rebondies, à pommettes saillantes. Puis les teintes de la peau offrent plusieurs nuances entre le rouge de tuile et l’olivâtre; elles pâlissent beaucoup dans les montagnes et parmi les tribus civilisées, et
1 Parmi les auteurs modernes qui ont parlé des Peaux-Rouges, nous devons citer M. Hollard, auquel nous empruntons plusieurs détails anthropologiques, comme étant le plus exact dans ses descriptions des Indiens de l'Amérique du Nord,
les cheveux deviennent souvent alors châtains ou même d’un blond jaunâtre, sans parler des Sounes, qui sont albinos.
Les naturels de la péninsule californienne, qui vivent sous un climat brûlant, sur une terre souvent aride, pierreuse, présentent un type n'ayant rien de commun avec celui des autres tribus de l'Amérique septentrionale. Un front bas, des yeux enfoncés, un nez court, déprimé à sa racine, élargi à sa base, des pommettes saillartes, une bouche assez grande, ces lèvres épaisses, enfin une peau noïà.. : avec des cheveux longs et plats, et quelque peu de barbe, composent une physionomie qui se rapporte et s'éluigne tour à tour du type éthiopien; c’est comme l'empreinte d'un climat africain sur une population qui en avait déjà reçu une autre.
Qu'on nous permette ici, avant d'expliquer les causes qui ont dû amener de si grandes différences dans les types américains, quelques considérations préliminaires sur la mesure de la diversité des types. «Toutes les fois, dit Blumenbach, le père de l'anthropologie, que deux êtres ne différeront l'un de l’autre que par des traits qu’il sera possible de rapporter à l’action d’une cause modificatrice, ces deux êtres seront de la même espèce; et, réciproquement, les êtres que séparent des différences si essentielles, qu’elles ne sauraient s'expliquer par les causes que nous voyons agir, sont d'espèces différentes ‘. » Les autres définitions des saants qui se sont occupés de la question des races sont moins claires et, en général, moins exactes que celles de Blumenbach; aussi n’en feronsnous nulle mention, quoique chacune aït plus ou moins de mérite. Comme les variétés dans les genres impressionnent vivement par leurs caractères différentiels, on les prend souvent pour de nouvelles espèces sans tenir aucun compte de la nature de l'espèce elle-même, « Le caractère spécifique, dit M. Hollard, procède des sources mêmes de la vie de l'espèce et se rapporte essentiellement à la conservation de celle-ci. Ainsi, nous savons par expérience que le zèbre, l’hémione, l'âne et le cheval, si rapprochés par l’ensemble de leurs formes, si distincts par leur système de coloration, se mêlent entre eux, mais ne produisent que des métis stériles. Le contrôle des caractères zoologiques est donc acquis
1 Ad unam eatnderñque speciem perlinere dicimus animantia quæ forma et habitu {la conveniunt ut ea in quibus differunt degenerando solum ortum duxisse poluerint, De generis humani varietate nativa, p, 66. Gottingen, 1795,
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à la doctrine qui limite aux individus d’une même espèce cette fécondité indéfinie qui prolonge et propage les races. Il n’est plus permis de supposer que deux espèces très-voisines peuvent faire lignée; car que peut-on imaginer le plus voisin, de plus ressemblant que l'âne et l’hémione ? Quel terme de transition placerait-on entre ces deux espèces des mêmes régions et qui ne diffèrent, semble-t-il, que par une raie noire qui traverse les épaules de l’une et qui manque à l’autre? »
Nous voyons dans les mémoires de M. Flourens intitulés : La quantité de vie sur le globe, que chaque espèce a deux tendances très-manifestes : La tendance à varier dans certaines limites et la tendance à léquer de génération en génération les modifications acquises par une première génération. Si les variations ou modifications acquises par une première génération n'étaient pas transmissibles de celle-ci aux autres, elles resteraient individuelles et propres, elles ne feraient point race, ou caractère de race. Ce n'est que parce qu'elles se transmettent qu’elles font + »,
Grâce à cette tendance interne qu'ont les espèces à varier et à transmettre les variations acquises, ajoute le même auteur, les causes externes du climat, de la nourriture, des habitudes ont une grande influence sur la production des races. Mais tous ces changements ne dérogent en rien à l'intégrité de l'espèce et à sa fécondité continue; car la communauté de sang, de germe et de reproduction est la même pour toutes les races de la même espèce. C’est cette vérité anthropologique qui a fait dire à Buffon : « Lorsque l’homme, après des siècles écoulés, des continents traversés, a voulu s’habituer à des climats extrêmes et peupler les sables du Midi et les glaces du Nord, les changements sont devenus si grands et si sensibles, qu’il y avait lieu de croire que le nègre, le Lapon et le blanc fsrment des espèces différentes, si l’on n'était assuré que ce blane, ce Lapon et ce nègre, si dissemblants entre eux, peuvent cependant s'unir et propager en commun la grande et unique famille de notre genre humain; aussi leurs taches ne sont point originelles ; leurs dissemblances n'étant qu'extérieures, ces altérations de nature ne sont que superficielles, et il est certain que tous ne sont que le même homme, qui s’est verni de noir sous la zone torride, et qui s’est tanné, rapetissé par le froid glacial du pôle de la sphère !. »
1 Buffon, t. IV, p. 110,
QUE Ce qui nous prouve que les races ainsi diversifiées ne représentent LU i pas autant d'espèces différentes, c’est que la plupart des caractères qui les distinguent s’acquièrent ou se perdent sous nos yeux quand ces races LA sont placées dans des circonstances nouvelles ; c’est ensuite qu'elles produisent des r1ces mixtes. lei la nature est prise sur le fait, et nous allons en rappeler queiques preuves.
di | Sans parler des bœufs d’Angus, sans cornes, qui sont un produit artifijt) ciel, comme plusieurs variétésd'animaux domestiques dus aux expériences des agronomes anglais, il est parfaitement démontré que toutes nos races de cochons domestiques, avec leurs différences de taille, de forme, de poil, A de couleur, proviennent de cet animal sauvage, trapu, bas sur jambes, TE à grosse tête, à oreilles roides, armé de défenses triangulaires qui sor- | tent de la bouche, couvert de soies dures, plus longues sur le dos, et i sous lesquelles se cache un peu de bourre, du sanglier, en un mot, dont Ro if la couleur naturelle est un gris noirâtre. Rendu à la liberté, le cochon ; il domestique reprend, après un bien petit nombre de générations, les caractères du type sauvage : les soies deviennent roides, une sorte de poil . ji fl é laineux se développe au-dessous d'elles, la couleur naturelle reparaît, les 4 défenses s’allongent et grossissent, le crâne lui-même, qui, dans l'état | h AE de domesticité, offre un redressement notable du front, reprend rette a fl ligne de profil plus abaissée et ces mâchoires plus massives qui distin-
SE il guent la tête du sanglier. Rien de plus variable, au contraire, que les Lun ;
races de cette espèce soumises à l'influence de l’homme; leur disposition n
à se modifier est des plus prononcées. On sait que sir John Lebright, 4 r
éleveur très-habile, disait qu'il pouvait à son gré changer le plumage des ä d pigeons en trois ans et la tête et le bec en six. L’âne, qui existe sauvage î f dans la haute Asie, et qui nous vient de là, a varié de taille, de pro- À portions, de poil en conservant intacte la livrée qui le distingue comme À l Au espèce, cette croix qui résulte de la rencontre de la ligne noire du dos ; g | AR avec la raie qui descend du garrot sur les épaules !, ë 6 A Il ne faut pas s'étonner si le caractère spécifique a souvent moins d'ap- 3 6 l it parence que les modifications acquises, puisque celles-ci atteignent tout ! | pui, ce qui, dans l’organisation, peut être modifié dans les limites d’un type à {. s déterminé, c'est-à-dire toute l’organisation. Aussi voit-on des animaux (
1 Voyez Hollard, De la diversité des types humains.
représentent caractères qui land ces races > qu'elles proet nous allons
produit artifix expériences utes nos races >rme, de poil, s sur jambes, res qui sorur le dos, et un mot, dont té, le cochon itions, les casorte de poil e reparaît, les i, dans l’état reprend cette 8 qui distinaire, que les ir disposition n Lebright, plumage des iste sauvage ille, de progue comme oire du dos
moins d'apeignent tout es d’un type les animaux
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