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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. 257 circulaires, elliptiques, polygones, réguliers ou irréguliers ; d’autres ont la forme du parallélogramme, Le carré et le rond se combinent souvent ensemble, et se communiquent par des lignes ou des ouvrages parallèles et réguliers. Pour le moment, nous ne nous occuperons que des elôtures sacrées. Elles différent des ouvrages militaires, d'abord par leur situation qui, souvent dominée par des hauteurs voisines, pècherait contre toutes les règles de la défense, ensuite par leur grandeur, moins considérable que celle des enclos destinés à protéger un pays, pai les fossés, qui sont intérieurs, au lieu d’être extérieurs, comme ceux des fortifications, et enfin par la nature des tumuli renfermés dans ces sortes de boulevards, ou à proximité des clôtures. L'examen de tous ces travaux nous porte à croire que le système religieux des constructeurs de tumuli exerça, comme chez les Aztèques, une grande influence sur les constructions publiques et même particulières. Ces peuples devaient avoir un gouvernement théocratique ou sacerdotal comme celui des Juifs, c’est-à-dire que la puissance religieuse, administrative et militaire, résidait dans la même personne. Ceci se prouve clairement par la combinaison des monuments {abous ou sacrés avec les ouvrages purement militaires; au moyen de cette :umbinaison tous ces ouvrages sont arrangés de manière à se protéger mutuellement sans nuire à la destination primitive de chacun d’eux.
Les enceintes élevées dans un but religieux sont pour la plupart en terre et situées dans des bas-fonds, rarement sur des hauteurs ou sur un terrain inégal. Leur forme est généralement circulaire, quelquefois elliptique ou quadrangulaire, mais toujours régulière, d’une circonférence de trois cents mètres environ, et n'ayant qu'une seule entrée. Indépendamment de ces enclos on rencontre une multitude de petits cercles de cinquante mètres de circonfèrence, près desquels se groupent quelques uns de ces tertres reconnus pour avoir servi d'autels. Ces petits cercles pourraient bien n'être autre chose que les ruines d'anciennes cabanes circulaires comme celles que les Mandans construisent encore de nos jours. Quant aux grandes clôtures, dont quelques-unes ont jusqu'à cinquante acres de superficie, elles se combinent pour le plus souvent avec des clôtures rectangulaires au moyen de larges avenues, Les murs sont tous construits avec de la terre prise sur la surface du sol, de manière à les rendre unis et parfaitement horizontaux.
Les sentiments religieux qui devuent animer les auteurs de ces immenses et nombreuses constructions peuvent seuls nous expliquer la cause de leur érection; en dehors de la religion, il serait difficile de comprendre l'utilité et même le but d'ouvrages pareils à ceux de Newark, qui s'étendent avec leurs avenues sur une superticie de près de six kilomètres carrés; ce n’est guère que les grands temples d'Abury et de Stonehenge en Angleterre, et de Carnac en Bretagne, qui peuvent leur être comparés. Les tertres artificiels servant de temples, ou du moins de bases à quelques édifices sacrés en bois qui ont disparu, se distinguent des autres monuments de ce genre par leur symétrie et leurs grandes dimensions. Ils sont en général entourés de murailles, mais cette règle ctfre quelques exceptions. Leur forme est ordinairement cell: d'une pyramide tronquée, ayant communément un chemin en escalier ou en spirale qui conduit à leur sommet; mais quelle que soit cette forme ronde, ovale, octangulaire, oblongue ou carrée, tous ces entassements de terre ont une terrasse; on en a vu n'ayant qu'un ou deux mètres de hauteur et couvrant une superticie de plusieurs acres. Ces sortes de tumuli sont peu nombreux dans l'Ohio; on n’en voit guère que daus le voisinage de Chillicothe, à Marietta, Newark et Portsmouth. Dans Le Kentucky ils sont moins rares que dans le nord de l'Ohio; dans les États du Tennessée et du Mississipi, ils sont plus communs que partout ailleurs. Un des plus grands qui aient été découverts jusqu'à présent est celui de Cahokia dans l'uois; sa forme est celle d’un parallélogramme de deux cents trente-cinq mètres de longueur sur cent soixante-dix de largeur et trente de hauteur. Sur un côté se trouve une énorme terrasse; sur laquelle on arrive au moyen d’un talus à gradins. Lorsque les trappistes occupaient ce terrain, la terrasse leur servait de jardin potager : sa largeur est de cinquante-cinq mètres sur cent vingt de longueur. Le sommet de cette colline artificielle mesure cent soixante mètres de longueur sur soixante-dix de largeur, et le volume de cette énorme masse de terre peut s'évaluer à sept millions de mètres cubes.
A part les tertres artificiels dont nous venons de parler, il en existe d’autres dont la nature incertaine n'a pas permis de les classer dans les genres précédents; ils paraissent avoir un caractère mixte et une destination multiple. Quelques-uns ont la forme pyramidale des téocallis
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chaque face ct des talus ou chemins en pente douce sur les narois pour arriver à leur sommet. Ces tertres étaient-ils des tombeaux, des temples, des observatoires ou des petits forts? Voilà des questions sur lesquelles on n'est pas d'accord, Un des plus singuliers qui aient été examinés se trouve sur la rive crientale du Scioto (État de l'Ohio) : c'est un ovale irrégulier, ressemblant beaucoup à un œuf, de cinquante mètres de lougueur, trente de largeur, près de sept de hauteur et entouré d'une large muraille, Deux excavations furent pratiquées dans ce tumulus et amenèrent la découverte de deux charpentes en bois supportées par des pieux plantés dans le sol sur lequel le tumulus fut érigé. Au-dessus de chacune des charpentes on trouva un squelette en partie brûlé, des morceaux de cuivre troués et une pipe de porphyre admirablement sculptée. Un découvrit également un autel d'argile, dans lequel il y avait un anias de feuilles brülées et des ossements de chevreuil, La surface du tertre est recouverte d’une couche de gravier; autour de la base il existe ua mur en pierres plates, probablement destiné à supporter la terre et à la contenir dans sa forme actuelle.
A la cime des collines ou des plateaux élevés et dans les endroits ouverts on rencoïitre encore une multitude d'exhaussements artificiels du terrain dominant un vaste pays, et qui devaient sans doute servir de postes d'observation et de tours à signaux comme les cairns des Celtes. Les hauteurs principales des vallées de l'Ouest sont communément courannées de ces tertres. On peut voir dans er:taines vallées de longues chaînes de ces espèces d'observatoires, qui s'étendent à peu de distance les uns des.autres sur le faîte des collines et des montagnes. Des feux allumés sur ces élévations peuvent être aperçus en certaines localités jusqu’à vingt et vingt-cinq kilomètres à la ronde, Dans l'État de l'Ohio, il yen a qui sont placés de manière à pouvoir correspondre rapidement entre deux points éloignés de plus de cinquante-cinq, et même de soixante-cinq kilomètres l’un de l’autre. En e Colombus et Chillicothe, sur la rive orientale du Scioto, on en compte près de vingt, arrangés de telle sorte que des signaux pouvaient se transmettre en quelques minutes sur toute la ligne. Les communications se faisaient par le moyen de grands feux, dont la flamme pendant la nuit et la fumée pendant le jour servaient de signal : en effet, sur ces petits monticules on voit fréquemment la trace d'anciens feux, qui pour la plupart avaient été allumés
sur des monceaux de pierres, dont quelques-unes sont calcinées et même vitrifiées. Cet antique usage, qu'on retrouve chez tous les peuples montagnards, de communiquer entre : par de pareils signaux, est encore en vigueur parmi les Indiens de ‘eurs tribus des montagnes Rocheuses et de leur versant occidental. Le colonel Frémont raconte, dans une relation de ses voyages, que, lors de sa seconde expédition dans la haute Californie, il vit souvent des colonnes de feu et de fumée allumées sur les hauteurs de ces régions par les Peaux-Rouges, qui, effravés ou inquiets de sa présence au milieu d’eux, s’avertissaient ainsi mutuellement de ses mouvements.
Quant aux tumuli dépendant du système de défense des camps retranchés ou des. villes fortifiées, ils n’ont aucun trait saillant qui les caractérise essentiellement de ceux dont nous avons parlé ; ils étaient ordinairement placés à l'intérieur et en face des ouvertures pratiquées dans l'épaisseur des murailles et qui servaient d'entrée. Lockiel, dans son Histoire de la mission des frères unis chez les Indiens, assure, en s'appuyant nous ne savons sur quel fondement, que ces nul étaient creux, et qu'il y avait à leur sommet une ouverture d'un puits, par laquelle les indigènes descendaient leurs femmes et leurs enfants au premier bruit de l'approche d'un ennemi. Les hommes disputaient ensuite le terrain avec acharnement. Ils portaient une quantité prodigieuse de pierres et de troncs d'arbres en haut de ces tumuli, d'où ils les faisaient rouler sur les assaillants. Nous doutons beaucoup de l’exactitude de ces indications ; car tous ces cônes ou tertres de terre situés à l'entrée des fortifications sont pleins et non creux, et leur dimension n'est pas assez considérable pour faire supposer que l’on pût amasser à leur sommet une grande quantité de projectiles. Ils étaient donc placés à seulement comme obstacles stratégiques, que les ennemis du dehors devaient trouver en voulant pénétrer dans l’enceinte des fortifications.
Pour bien comprendre le caractère et la force des fortifications des anciens peuples de l'Amérique du Nord, il est nécessaire d’avoir une idée de la physionomie du pays où ces fortifications se rencontrent en plus grand nombre. Dans notre premier chapitre {de descriptions nous avons dé’à fait connaître la vallée du Mississipi sous le point de yue géologique; après ce que nous avons dit, il nous reste à ajouter que cette vallée, depuis les Alleghanys jusqu'aux montagnes Rocheuses, n'est
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