‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 52 sur 137 · FORTIFICATIONS · texte numérisé non relu

FORTIFICATIONS

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DANS LES DESERTS DU NOUVEAU MONDE, au!

qu'un vaste bassin qui doit son aspect général à la puissante influence des eaux, Ses rivières ont creusé profondément leurs lits dans une im mense plaine, laissant après leur travail de larges plateaux marquant l'ère de leur histoire, Les bords de ces plateaux sont coupés par une multitude de ravins qui laissent entre eux de hautes collines avec des sommets plats, quelquefois réunis ensemble, de manière à former des contreforts, Les côtés de toutes ces hauteurs sont ordinairement escarpés, d'un accès difficile et quelquefois même impossible, La force naturelle de ces positions et la facilité de les défendre suggéra sans doute la pensée d'en faire des citadelles. Les constructions militaires pour la protection et le développement des jeunes colonies étaient placées sur ces élévations, en en suivant tous les contours, et sur lesquelles on ne parvenait que par un ou deux côtés d’un accès plus facile, mais soigneusement défendus par une série de murs, accompagns d'exhaussements de

terre, servant peut-être de tours pour les sentinelles, Il n’est done pas étonnant de trouver ces endroits occupés par des ouvrages forts et comipliqués, dont la nature et les proportions étaient indiquées par les sinuosités du terrain, On voit également de pareilles constructions dans les péninsules formées par deux rivières; dans cette circonstance, la péninsule est alors coupée par un fossé et un mur simple ou double, qui en défendent l'entrée par terre; les deux autres côtés sont naturellement protégés par les bancs des deux rivières, Dans tous ces cas, il faut observer que les positions ont été choisies avec une grande atten-

tion, et qu'elles sont fortifiées de manière à donner de la sécurité aux er ; | peuplades qui les habitaient.

= - | De tous les grands travaux exécutés par les anciennes peuplades anéricaines, il n'en est point de plus extraordinaires et de plus curieux à étudier que ces gigantesques fortifications et ces vastes camps retranchés qui protégent et entourent des espaces tellement considérables, que l’on est obligé d'attribuer ces ouvrages au concours d'une population nombreuse. L'époque où ces fortifications ont été érigées est totalement inconnue; mais elle doit être la même que celle des turuli, car les tumuli sont en général non-seulement construits à l’intérieur ou à

proximité de ces constructions, mais encore ils entrent souvent dans le plan de défense de ces places fortes. La vallée de l'Ohio et le Nouveaulage 261 ; Mexique sont les deux contrées de l'Amérique septentrionale où ces

débris immenses de l'industrie humaine se rencontrent le plus fréquem-

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ment; mais il y a cette différence entre elles, que les auteurs des monu-

ments de l'Ohio sont inconnus, tandis que ceux du Nouveau-Mexique sont probablement les ancêtres des tribus actuelles. Nous donnerons

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une description succincte de ces antiquités indiennes les plus importantes par leur singularité et leur étendue.

Dans le comte de Licking, Etat de l'Ohio, entre le delta formé par le Newark et le Racoon, se trouve une plate-forme perpendiculaire d'onviron treize mètres d'élévation, sur laquelle sont bâties des fortilications régulières d'une grande étendue. À l'ouest de cette plate-forme on voit un fort octogone enfermant un espace de quarante acres environ, et dont les murailles ont trois mètres de haut sur une largeur à peu près égale, L'on entrait dans ce fort par huit portes ayant chacune cinq metres de large, et protégé par un tumulus placé à l'intérieur devant chaque entrée. Deux murs parallèles conduisent à un autre fort cireulaire situé au sud-ouest du premier, couvrant une superticie de vingt-deux 1 acres, En allant plus au sud, on voit un observatoire qui domine presque 4 tout le terrain sur lequel se trouvent ces différentes constructions. Au- | dessous de l'observatoire, ilexistait un passage secret conduisant sur les

bords du Racaon. Plus à droite, il y a un troisième fort également cir-

culaire, d'une superlicie de vingt-six acres, avec un fossé à l'interieur, dont la terre à servi à construire les murailles du fort, qui ont huit à dix À mètres de hauteur. Deux autres murs parallèles, très-éloignés l'un de | l'autre à cet endroit, vont au nord en se rapprochant insensiblement { et aboutissant à un quatrième fort quadrangulaire de vingt acres d'étendue, Entre ces quatre forts unis les uns aux autres par des murs peu éle-

: vés il y a un étang peu profond, de cent cinquante à deux cents acres 1

| 4 de superticie, et qui servait probablement à abreuver les troupeaux en- 1 fermés dans cette vaste enceinte, Des tours d'observation sont placées de

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térieur des camps retranchés ont une analogie frappante avec celles qui existent dans de pareilles constructions situées au Mexique, En effet, dans la seconde lettre de Fernand Cortez à l'empereur Charles-Quint, 1 nous voyons dans sa description qu'il rencontra des fortifications mili-

aires exactement semblables à celles de la vallée du Mississipi. S'étant 4 (

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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE, 264 informé à Tlascalla du but et de l'origine de ces ouvrages militaires, des Indiens lui répondirent que les habitants de ces frontières étant ennemis de Montézuma se trouvaient toujours en guerre avee lui, et qu'ils avaient érigé ces murailles pour se défendre contre ses attaques, M. Atwator, dans l'Archeologia americana, suppose que les auteurs de ces fortifications devaient être très-nombreux, mais qu'ils séjournaient peu de temps dans le pays, parce que plusieurs de leurs travaux restèrent inachevés. ILajoute que ces naturels avaient des communications avec les peuples situés sur les bords du Horkhotking, à trente milles plus loin, par le moyen de routes murées qui allaient d'un établissement à l'autre. Mais une chose digne de remarque, c'est que, dans ces constructions étranges, on n'a trouvé nulle part des traces d'habitations de sorte que l'on peut croire que tous ces peuples vivaient sous des tentes plantées dans les enceintes fortifiées ou dans des cabanes de bois où de feuillage.

À Marietta, près de l'embouchure du Muskingum, on voit également des ruines très-extraordinaires, Situées comme les précédentes sur une hauteur horizontale, elles se composent principalement de deux forts carrés, dont le plus grand couvre une surface de quarante acres, Les muvilles sont de terre et ont de deux à trois mètres de hauteur, sur une largeur de huit et même parfois de douze mètres à leur base, Sur chaque côté ét aux quatre angles sont ménagées des ouvertures, au nombre de seize en tout, placées à égales distances, Au centre, du côté qui regarde le Muskingum, est un chemin couvert formé de deux murs parallèles, séparés l'un de l'autre par un espace de soixante-quinze mètres, ayant chacun sept mètres de hauteur sur quatorze de large à leur base, et cent vingt de long, Ge chemin gigantesque conduit, par une pente douce, du haut du plateau aux bords de la rivière, Dans l'intérieur du fort il reste encore trois édifices en terre, de forme allongée, ayant de trentesix à soixante mètres dans leur plus grande dimension, sur trois mètres de haut, Plus au sud-est et près de l'Ohio se trouve situé l'autre fort, d'une superficie de vingt acres, ayant huit portes, chacune défendue par un petit tumulus, Plus au sud encore s'élève un grand tumulus conique de trente-huit mètres de diamètre sur dix de hauteur; ce tumulus est entouré d'un fossé large, profond et défendu par un parapet, au milieu duquel passe un grand chemin qui conduit au tumulus. ‘

À Cereleville, à trente-cinq kilomètres au sud de Colombus, dans l'Etat

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de l'Ohio, est située une des plus curieuses et des plus régulières fortifications de cette vallée. Elle se compose de deux forts appuyés l’un contre l’autre : le premier est un cercle parfait, et le second un carré régulier de trois cents mètres sur chaque face. Le premier est formé par deux murailles, entre lesquelles se trouve un fossé profond; le second n'à qu'un mur et pas de fossé. Le mur intérieur du fort circulaire est simplement en terre et très-haut; l'autre est en couches alternatives de gravier et de terres d'alluvion tirées du fossé, Le fort carré avait huit entrées placées à égales distances et défendues par des tumuli, comme dans toutes les constructions de ce genre. IL fallait passer par ce fort pour entrer dansla seconde enceinte circulaire, au milieu de laquelle était un grand tumulus remarquable par une espèce de pavé en mosaique, sur lequel il était en partie bâti.

Sur Les bords du petit Miami et de ses affluents, toujours dans le même État de l'Ohio, on voit des fortifications formées de six et neuf murailles parallèles, ressemblant à un gril. Dans le comté de Perry, il y en a d’autres qui ont la forme d'un cœur allongé, Sur le Paint-Creek, à vingt kilomètres ouest de Chillicothe, il existe une série de fortifications renfermant des ouvrages elliptiques à double étage, comme on en voit dans la vallée du Mississipi et surtout vers le Mexique; mais les plus intéressantes de ces sortes d’antiquités sont situées sur une colline de cent trente acres d’étendue et de cent mètres de hauteur au moins. Cette colline est tellement escarpée, que son :ommet n’est accessible que par un seul côté, et sur les bords, en suivant toutes les sinuosités du terrain, on avait bâti en pierres brutes un mur d'un mètre trente centimètres de largeur sur trois mètres trente centimètres de haut. Dans la direction du nord, c’est-à-dire à l'endroit où la colline descend vers la plaine en pente douce et facile, il se trouve à l’intérieur des murs une suite de fourneaux ou des traces d'ateliers de forgerons ; car le sol, jusqu’à une profondeur de quelques mètres, est couvert de fraisil et de charbon en poudre. Deux routes naturelles ou artificielles partaient de ces fortifications pour aller, l’une vers le Paint-Creek, et l'autre vers un autre petit ruisseau qui coule au fond d'un ravin. Aucun ingénieur moderne n'aurait pu choisir un emplacement plus favorable pour y bâtir une place forte. Près de la Carrière-aux-Pipes du coteau des Prairies, il y a deux camps retranchés formés par des murailles circulaires d'environ sept

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cents mètres de circonférence et assez élevées pour protéger ceux auxquels elles servaient d'abri, La principale entrée dans chacun de ces amps se reconnait à la dimension des traces de cabanes où demeuraient les chefs, car ils s’établissaient ordinairement à l'endroit le plus exposé et par où l'ennemi devait venir. Comme ces travaux ne sont pas plus compliqués, il est probable qu'ils n’ont été érigés que pour le temps que devaient durer les pourparlers entre deux tribus ennemies.

Quelques voyageurs assurent avoir découvert récemment dans les forêts dé la vallée du Mississipi des ruines de villes bâties en briques et des traces de constructions en pierres. Ces découvertes ont été niées par des écrivains des États-Unis, qui les ont traitées de fables. N'ayant pas vu ces ruines nous n’en parlerons pas; néanmoins nous croyons que ces voyageurs ont pu être induits en erreur par la vue des débris plus ou moins considérables des villages mandans que l’on rencontre disséminés sur les bords du Mississipi, depuis l'embouchure de l'Ohio jusqu’à celle de la rivière de la Pierre-Jaune. En outre, on se rappelie que lorsque ce vaste pays, appelé Nouvelle-France, appartenait à notre patrie, les gouverneurs du Canada ordonnèrent souvent l'érection de nombreux forts pour assurer leur conquête; plus tard ces forts furent abandonnés, tombèrent en ruine et se couvrirent d'herbe, de broussailles et d’arbustes qui leur doxrèrent une apparence de vétusté qu'ils n’ont pas. Bien des étrangers s’y sont trompés et leur attribuèrent à tort une origine plus ancienne que celle de la domination francaise.

Il serait trop long de décrire ici toutes ces antiques constructions éparses en si grande quantité sur le continent américain, et dans lesquelles on a découvert à peu près les mêmes objets et les mêmes ornements que ceux qui se trouvent dans les tumuli. Nous ne dirons donc rien des murs immenses, parallèles et circulaires à leurs extrémités, qui marquent probablement l'enceinte de cirques où les Indiens célébraient des jeux hippiques à l'instar des Grecs et des Romains; trop d'incertitude plane encore sur ces sortes de ruines; mais nous donnerons quelques détails sur un autre genre de monuments, probablement d'une époque moins reculée que ces tumuli gigantesques et ces énormes retranchements dont nous venons de parler, monuments uniques dans leur genre et très-curieux à examiner, en même temps qu'ils sup-

266 VOYAGE PITTORESQUE posent dans leurs auteurs plus d'intelligence et une civilisation plus avancée.

Ces monuments, appelés pueblos' par les Indiens et les Mexicains, sont disséminés depuis les bords du Rio-Grande, dans le Nouveau-Mexique,

jusqu'au Gila, au Colorado et à la mer Vermeille. Toutes ces villes sont

pour la plupart d’une telle antiquité que les traditions indiennes des races actuelles n'en font nullement mention. Leur origine doit-elle être attribuer aux Aztèques, comme le supposent quelques voyageurs? C’est fort douteux, car ces monuments ne révèlent pas la haute civilisation que les Aztèques de l’Anahuac avaient atteinte. On ne trouve parmi ces débris d’un passé inconnu aucun indice de la science mécanique ou architecturale qui se voit dans la construction du temple de Xachicalco, des palais de Tezcotzinco et du colossal calendrier de pierre de Mexico. Il est plus probable que ces pueblos ont été bâtis par les Toltèques avant leur envahissement du Mexique, ou bien par les Pimas ou d’autres peuplades du Nouveau-Mexique vers le douzième ou treizième siècle, Dans toutes ces ruines on rencontre toujours des fragments de poterie ayant conservé un très-beau vernis; les peintures qui les ornent sont brillantes et représentent des lignes, des festons, des grenouilles, des papillons, des tortues et des têtes de singes. Les vases anciens des pueblos ont généralement la forme d’une urne; d’autres ressemblent à ceux qui ont été découverts dans les États-Unis. Les restes de ces anciennes villes sont excessivement nombreux dans le pays des Zuñis, des Navajos et des Jémez. À Taos, on voit encore un pueblo composé de deux édifices séparés par une rivière et réunis par un pont qui passait d'un édifice à l’autre.

Les plus extraordinaires sont les pueblos Pintado et Wejegi dans la gorge étroite du Chaco, située entre le 85° degré 56° 27” de latitude nord et le 107° degré 46’ de longitude ouest. Ces constructions ressemblent à un marchepied colossal, dont chaque marche forme un étage; elles n'ont aucune analogie avec les édifices du Yucatan et de l'Amérique centrale. Le pueblo Pintado est bâti avec des petites pierres plates de grès à grains fins et gris, matériaux entièrement inusités dans les monuments modernes du Nouveau-Mexique. Les pierres des murs n’ont que

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huit centimètres d'épaisseur, quelquefois moins, et la manière dont elles sont maconnées indique un art vraiment ingénieux. Çes monuments sont très-remarquables dans leurs détails; de loin on les prendrait pour un magnifique travail en mosaïque. Les murailles n'ont aucune apparence de ciment, les intervalles des couches étant soigneusement cachées par de petits cailloux de couleur incrustés dans un mortier sans chaux. Le pueblo Pintado a trois étages, ayant en tout une élévation de dix mètres environ; chaque étage sert de terrasse et de marchepied pour arriver à l'étage supérieur, auquel on parvient au moyen d’échelles de bois appuyées contre les murs. La muraille extérieure a un mètre d'épaisseur à sa base, elle diminue à chaque étage; de sorte qu'au dernier elle n'a guère plus de trente-trois centimètres d'épaisseur. La longueur de l'édifice est de cent trente mètres. Au rez-de-chaussée se trouvent cinquante-trois chambres; les unes ayant un mètre soixante centimètres seulement sur chaque côté, et les autres, quatre mètres sur deux. Toutes les chambres communiquent entre elles par de très-petites portes, dont quelques-unes n’ont que quatre-vingt-dix centimètres de hauteur sur une largeur égale. Les planchers se composent de poutres non équarries de seize centimètres de diamètre, et sur lesquelles d’autres solives moins grosses sont placées transversalement : par-dessus cette seconde rangée de poutres, il y a une couche d’écorces d'arbres et de broussailles recouvertes de mortier. Les poutres ne portent aucune trace du travail de la scie ou de la hache, on dirait qu’e’les ont été coupées ou brisées par un grossier instrument plutôt contondant que tranchant. Le rez-de-chaussée de ce pueblo n’a pas de fenêtres; celles des étages supérieurs ont les mêmes dimensions que les portes.

Les bords du Rio-Verce possèdent de nombreuses ruines de maisons en pierres et de fortifications, qui semblent avoir été élevées par un peuple plus civilisé que les Indiens du Nouveau-Mexique. Elles furent bâties dans les vallées les plus fertiles, qui conservent encore des traces d'ancienne culture et de rigoles pour l’arrosement artificiel. Les murs, construits en maçonnerie solide, ont de vingt à trente mètres de longueur sur dix ou quinze de hauteur. Les maisons avaient deux étages percés de petites ouvertures qui servaient de portes, de fenêtres et de meurtrières pour se défendre contre toute attaque extérieure. Le style de ces constructions rappelle Chichilticale ou la Maison-Rouge de chez les

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Pimas. Nous croyons, comme plusieurs auteurs américains, que ce pays a été dépeuplé par suite de changements survenus dans la contiguation du sol; des vallées humides et fertiles sont devenues des solitudes arides et auront forcé les habitants à émigrer dans d’autres régions. La nature et la physionomie du sol, les traditions indiennes qui assurent que tous les hauts plateaux étaient recouverts d’une terre magnifique et très-productive, enfin les récentes désertions de quelques pueblos du Nouveau-Mexique sont autant de données qui nous prouvent que toutes ces contrées arrosées par le Gila, le Colorado et leurs affluents, furent autrefois excessivement habitées.

Les ruines du Wejegi présentent le même caractère que les précédentes ; elles ont deux cent trente mètres détendue, et les chambres du rez-de-chaussée sont au nombre de quatre-vingt-dix-neuf. Le Pueblouna-Vida, situé dans la gorge du Chaco, a quatre-vingt-dix-huit mètres de plus que celui du Wejegi. Le Pueblo-Bonito est plus vaste encore, Les ruines du Pueblo-Chettro-Kettle mesurent quatre cent trente-trois mètres de longueur et ont quatre étages; les portes et les fenêtres sont plus grandes que celles des autres monuments de ce genre, et les poutres des planchers sont en bois de pin et de cèdre. Le nombre des chambres est de cent vingt-quatre par étage : une d'elles est parfaitement conservée; elle a quatre mètres soixante centimètres de long, sur deux mètres cinquante de large et trois mètres trente centimètres de hauteur. Les murailles sont en pierres revêtues d’une couche de plâtre : dans le mur qui regarde le sud est creusée une niche dont la situation et ies dimensions font supposer qu'elle servait de foyer pour la cuisine. Trois autres niches plus petites que la précédente se trouvent dans le mur, et contenaient sans doute primitivement des ustensiles de ménage. Au plafond, il v avait deux grosses solives attachées ensemble par des liens ligneux, et de ces solives pendaient des cordes différant très-peu des nôtres. Les Indiens assurent que ces édifices ont été construits par Montézuma et son peuple, lors de leur émigration du Nord vers le Sud, et peu de temps avant leur dispersion sur les bords du Rio-Grande et dans les autres parties du Mexique.

Sur le Gila on voit d'immenses ruines appelées Casas-Grandes, et dont on lit la description dans les ouvrages de M. de Humboldt et dans la collection de M. Ternaux-Compans; mais il en existe beaucoup

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d’autres qui n’ont pas été décrites. Celles qui sont près du troisième cañon du Gila, vers les montagnes de San-Pedro, forment une série de maisons dont les fondations sont encore très-visibles, ayant été faites avec des pierres rondes ; quant aux murailles, construites en adaubes, elles ont en grande partie disparu depuis longtemps. Ces maisons ressemblent beaucoup aux pueblos du Nouveau-Mexique; l'une d'elles avait encore des poutres de cèdre qui devaient être très-anciennes, car dans ces régions les bois se durcissent en vieillissant, et rivalisent avec la pierre par leur durée. Ces ruines abondent en fragments de poterie peinte et de cristaux noirs. Sur les bords de la rivière Bleue, de la rivière Noire et du Saint-Charles, sur un terrain d’alluvion qui recouvre des roches basaltiques, les débris d'anciennes colonies indiennes sont très-nombreux; des lignes et des piles de pierres rondes indiquent le plan des maisons à moitié cachées par les ‘herbes : les chambres, plus grandes que celles des ruines situées auprès des montagnes de San-Pedro, ont de quatre à six mètres de largeur : quelques-unes de ces chambres font l'effet d’avoir été rondes. Un peu plus loin on voit une muraille de pierre écroulée et circulaire, de deux cent cinquante mètres environ de circonférence, avec une entrée du côté de l’est, et contenant au centre les restes d’une maison dans laquelle il n'y a aucune trace de bois. Un kilomètre plus à l’ouest encore, le sol est jonché de débris énormes de vastes édifices ayant des chambres de quinze mètres de largeur. La plupart de ces maisons ont des poutres en cèdre tombant en poussière, et reposant à terre au milieu des fragments de poterie peinte. Quelques maisons sont entourées d’un rempart de trois cents mètres de longueur. Des feux souterrains semblent avoir tourmenté tout ce pays et répandu partout la stérilité ; peut-être doit-on aussi l'abandon de ces contrées à des convulsions volcaniques qui auront semé la mort et la misère parmi les habitants. Toute la route formée par les Apaches qui descendent dans la Sonora pour voler des troupeaux est semée de belle poterie, mais les maisons ayant été probablement construites en adaubes ont complétement disparu.

Non loin du Rio-Grande, sur le territoire appartenant aux Apaches, et près des sources du Gila, se trouve la région des mines de cuivre, autrefois exploitées par les Indiens. A l’est des mines s'élèvent de hauts rochers d’un bleu grisâtre et représentant des colonnes irré-

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gulières ; plus à l’est encore, il y a des rochers blanchâtres traversés de veines de cuivre, contenant de l'or en telle quantité qu'on transportait à Mexico le minerai pour séparer l'or du cuivre. Les ruiues de cet établissement consistent en maisons d'adaubes, amas de charbons de bois et de cendres. Le fort construit pour défendre les mines avait la forme d'un triangle équilatéral avec une tour circulaire à chaque coin; les murs ont un mètre trente centimètres d'épaisseur et sont encore assez bien conservés.

La contrée habitée par les Coco-Maricopas, vers la rivière Salée et le Gila, paraît avoir recélé jadis une grande population, à en juger par les débris de murailles, de maisons et de poterie que le voyageur heurte à chaque pas. C'est dans cet endroit que gisent les ruines aztèques, appelées Casa de Montézuma, et qui pourraient bien n'être autre chose que les Casas-Grandes dont on à tant parlé; quoi qu'il en soit, nous en donnerons une brève description. Elles se composent de restes de murailles, de quatre bâtiments et de monceaux de terre indiquant la place d'autres édifices. La plus grande maison devait avoir quatre étages; les planchers et les plafonds sont tombés depuis longtemps, mais il subsiste encore dans les murs des morceaux de poutres en cèdre, qui étaient rondes et avaient plus d'un mètre d'épaisseur, Quatre entrées conduisaient à l'intérieur de la maison; chacune correspondait aux quatre points cardinaux; les portes très-petites n'ont guère plus d'un mètre trente-cinq centimètres de hauteur sur soixante-quinze centimètres de largeu:. Les murs ont un mètre trente centimètres d'épaisseur à leur base et vont en diminuant à leur sommet; ils sont faits avec une espèce de béton composé de cailloux et de terre blanche, polis et blanchis. Quelques chambres n'avaient pour porte ou pour fenêtre qu'une étroite ouverture de trente-cinq centimètres de largeur sur chaque côté.

A deux cents mètres de cette maison il existe un tumulus entouré d'une muraille de terre de cent mètres de circonférence. Un peu plus loin on voit aussi une terrosse de soixante-dix mètres sur dix, supportant une pyramide carrée de trois mètres de hauteur sur vingt-cinq mètres carrés à son sommet. Du haut de cette pyramide on découvre toute là plaine qui s'étend au nord-est et à l’ouest du banc gauche du Gila, et qui fut autrefois arrosée par les eaux de la rivière, Les Pimas assurent que ces constructions furent érigées par le fils de la plus belle femme

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qui jadis vivait dans les montagnes du voisinage. Pendant longtemps son extrème beauté la fit rechercher par une multitude d'hommes, mais elle ne voulut se marier avec aucun. Lorsqu'ils venaient auprès d'elle, ils lui payaient un tribut, et avec ces faibles ressources elle nourrit le peuple pendant les temps de famine, sans que les provisions diminuassent jamais. Enfin, un jour étant endormie, une goutte de rosée tomba sur son sein et le fécondu; elle mit au monde un fils qui bàtit ces maisons, ainsi que beaucoup d’autres situées plus au nord et au sud-ouest.

Près de la rivière Salée, les ruines de maisons sont considérables, mais elles n’ont rien d’extraordinaire. Des tumuli, des pyramides tron-quées et des puits combiés et entourés de murs d'enceinte sont assez fréquents dans ces parages, Tous ces monuments renferment de la poterie rouge ou peinte et des coquillages troués qui servaient d'ornement ou de monnaie,

Les pueblos du Nouveau-Mexique renferment de petits monuments circulaires appelés estu//as, placés le plus souvent dans le corps même du bâtiment ou bien à une distance de quelques mètres seulement, et qui servaient de lieu de réunion pour les assemblées politiques ou religieuses. Les estulfas sont, proprement dit, des étuves rondes ou carrées ardinairement situées au-dessous du sol comme une cave; elles sont quelquefois très-grandes; le plafond est supporté par des piliers énormes en maçonnerie où faits avec de gros pins. L'intérieur est chauffé au moyen de plantes aromatiques qu'on y brûle sans cesse. Dans les affaires publiques, le cacique qui gouverne un pueblo assemble les principaux chefs dans l’estuffa, où l'aftaire en question est débattue et traitée secrètement. Parfois, après une expédition sur un territoire ennemi, les guerriers s’: réunissent également et y demeurent un jour ou deux à se réjouir avant de revoir leurs familles. Ces édifices n’ont pour la plupart ni portes ni fenêtres, et on ne pénètre dans leur intérieur que par une ouverture située à la partie supérieure. Chez les Jémez, il y a des estuifas rectangulaires d’un seul étage ayant plus de huit mètres de largeur sur trois de haut. Les parois intérieures de ces édifices sont toujours couvertes de peintures hiéroglyphiques et d’ornements divers. Il y a des pueblos qui possèdent trois, quatre et même six estuffas de différentes grandeurs, Parmi les ruines de Hungo-Pavie, près du beau plateau de

la Mesa Fachada, on voit un de ces édifices qui avait quatre étages au moins, des contre-forts à l'intérieur et des murs d'un mètre d'épaisseur sur dix de hauteur; mais, à en juger par les débris qui sont autour, ils ont dû être bien plus élevés. Le Pueblo-Bonito a des estuffas de soixante mètres de circonférence, et dont les murailles sont régulièrement formées de couches de petites pierres alternées de plus grandes. Entre le grand et le petit Colorado il y a une chaine de hautes collines arénacées, sur le sommet desquelles on rencontre d'immenses ruines de pueblos et d’estuffas tout à fait semblables à celles que nous venons de décrire,

Les Indiens du Nouveau-Mexique appellent aussi ces édifices des églises de Montézuma; au printemps ils vont encore dans ceux qui ont résisté aux injures du temps, et prient ce roi demi-dieu de leur envoyer de la pluie. D’après une tradition de ces peuplades, Montézuma s’arrêtait souvent dans ses voyages; il bâtissait une maison en une heure, il plantait du maïs pendant la nuit, et le lendemain matin il le trouvait assez mûr pour s’en nourrir. Les Navajos croient que tous les Indiens ne faisaient autrefois qu’un seul peuple qui vivait à cent milles au nord des ruines du Chaco, sur une montagne d'argent. Peu à peu de nombreux détachements de ce grand peuple descendirent de la montagne et allèrent bâtir des villes et des villages de tous les côtés et jusqu’au Rio-Grande et ses affluents. Les Navajos seuls demeurèrent dans la contrée, satisfaits de vivre duns des huttes faites avec des branches d'arbres.

Peu de voyageurs ont eu connaissance des vastes monuments du Nouveau-Mexique, et, par suite, peu d'écrivains se sont occupés de l'origine de ces monuments. M. de Humboldt place la résidence des Aztèques au douzième siècle dans ces latitudes : nous igaorons sur quelles données ce savant appuie son opinion, et si c’est réellement aux Aztèques que nous devons attribuer la construction de ces édifices ; il est certain que tous les pueblos de ces déserts ont un caractère d’homogénéité incontestable; ils sont l’ourage d’un grand peuple, d’une nation intelligente, dont la civilisauüon était de beaucoup supérieure à celle des tribus actuelles. Mais, nous dira-t-on, que sont devenues toutes ces populations qui peuplèrent jadis tous ces déserts et les couvrirent d’édifices si nombreux et si singuliers? Comme uu examen approfondi de tout ce qui concerne les Peaux-Rouges nous a conduit à ne pas admettre aisément

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l'idée que les peuples qui ont précédé les races actuelles auraient disparu brusquement et d'une manière spontanée, nous préférons croire à une somnolence morale et politique, motivée par des causes extérieures qui auront empêché le progrès de l'intelligence et du bien-être, ensuite à une fusion des races primitives avec les races suivantes, et nous signalerons un fait qui peut jeter quelque lumière sur la disparition supposée des auteurs et habitants de ces villes en ruine, Nous voulons parler de ces phénomènes géologiques et naturels si communs dans les immenses solitudes du Nouveau-Mexique, On sait que toutes les agglomérations d'hommes ou de familles, lorsqu'elles s'établissent dans un nouveau pays, construisent leurs habitations sur des terres boisées ou près d'ur cours d’eau, afin de se procurer facilement cet élément indispensable. Le bois et l'eau ont manqué tout à la fois à plusieurs populations de ces contrées, Le déboisement a causé des sécheresses continuelles, qui forcèrent les habitants des hauts plateaux à émigrer dans les plaines, parce que la pluie leur manquant, leurs réservoirs et leurs citernes restaient vides, et la soif avec toutes ses horreurs les chassait de leurs demeures. Nous connaissons au Texas et au Nouveau- Mexique une multitude de rivières qui ont cessé de couler; les unes depuis des siècles, les autres depuis quelques années seulement, et leurs bords, autrefois couverts de verdure, de plantes, de fleurs et d'arbres, sont actuellement ensevelis sous des monceaux de sable et ne présentent partout que l’image de la désolation. Dans les plaines, les sources et les rivières coulent toujours dans un lit pierreux ou sablonneux, et jamais fangeux; elles sont capricieuses et souvent intermittentes, paraissant et disparaissant du sol pour reparaître de nouveau et se perdre encore; plusieurs changent leur cours ou cessent de couler, tandis qu’on en voit d'autres surgir tout à coup du milieu d’une prairie aride et déserte, D'un autre côté, il se trouve dans ces parages des terrains couverts d'agates, de jaspes, de calcédoines, d'arbres pétrifiés, de masses de laves arénacées, qui descendent des collines, absorbent l’eau des sources et des criques, comblent le lit des cours d’eau et répandent la sécheresse et l'aridité dans des pays auparavant arrosés et fertiles. Lorsque ces phénomènes se produisent, les peuplades de ces parages sont naturellement obligées de fuir ces nouveaux déserts, où les maladies, la famine et la mort les attendent, et vont chercher ailleurs des lieux plus favorisés,

Ces émigrations foreées ont dû être fréquentes, à en juger par les traces que vos populations ont luissées derrière elles, et les émigrés, dénués de tout, ont vu la misére et la souffrance faire d'affreux ravages dans leurs rangs. Ne sait-on pas que les émigrations actuelles des «au

vages des Etats-Unis, quoique faites dans des conditions meilleures, ne laissent pas d'être une cause de cette effrayante mortalité qui décime leur race? Si toutes ces causes de dissolution on ajoute encore les guerres intestines, les difficultés des nouveaux établissements, li déca

deuce de l'empire de Montézuma et sa destruction complète sous la domination espagnole, on comprendra facilement qu'iln'est pas névese saire d'inventer des peuples pour leur attribuer les œuvres d'art et de civilisation dout les ruines couvrent la terre des grandes solitudes de Amerique, paree que les successeurs où les descendants de ces peuples mont plus le mème génie, le même courage et la même énergie que leurs prédécesseurs ou leurs ancêtres, Les Jémez, les Zuñis, et plusieurs autres peuplades indiennes, viventencore dans des puebles comme cou dont nous venons de parler, et ilest probable que c'est à leurs mieux

ainsi qu'à ceux de ltplupart des tribus du Nouveau-Mexique, que lon doit li construction de ces édilices gigantesques,

L'Amérique septentrionale est rehe en monuments de tous genres datant de l'époqueauté-historique et parmi lesquels nous devons encore citer les puits, les routes, les jardins, les prairies artificielles et les villes fortifiées, Les puits se comptent par milliers dans le seul état de FObio: ils ont de six à dix mètres de profondeur sur un metre où plus de tar gour: quelques-uns contenaent du cristal de roche, des agates et des silex pour pointes de fleches ou de lances, du plomb, du fer, du cuivre et du soufre, Plusieurs écrivains croient que ces puits ont servi d'hab lation; d'autres pensent qu'ils ont été ereusés dans intention des procurer de Peau, où d'en extraire des objets d'utilité et de parure, d'autres, enfin, assurent qu'ils ne servaient qu'à prendre la terre noces suire pour la construction des tumuli, Gelte dernicre opinion nous parait insoutenable, car les puits ne sont pas communs près des tertres artili ciel et il était bien plus simple, pour lereetion des tertres, de prendre la terre sur la surface du sol, que de se donner la peine inutile de creuser des puits pour ces ouvrages, Les deux premières opinions qui

sont plus probables laissent néanmoins subsister une mullitude d'objec.

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1,1 tions contre elles, et malgré les recherches los plus minutiouses des achéologues, la plus grande obseurité règne encore sur lt destination de ces puits, Au Nouveau-Mexique on retrouve comme en bande, en Leosse et dans plusieurs autres contrées de l'Europe des puits sucrés, Lu des plus importants À notre connaissance est celui des Zuñis. 1 est <itue prés d'un plateau solitaire, sur une des branches de la riviore Zuni, entre la ville de ce non et les ruines de lOjo-loseado, a sept à huit mètres de circonférence el est entouré d'une muraille cireulaire très buse, Chaque année on enlève lent du puits quand les Indiens vien ueut faire leur offrande à lésprit de la sourve: cette offrande consiste en jurres vernies, qu'on place sur li muraille, Ces jarres sont on trosgrande quantité, quelques-unes sont très-aneiennes, eur ilest dans le pays une tradition assurant que celui qui en déroberait une serait ins tantanément foudroyé; le temps seul les renverse et les brise,

Dans les Forides surtout on rencontre de nombreux vestiges de grandes routes de quatre-vingts à cent kilomètres de longueur et dont la construction a 616 faussement attribuée par quelques auteurs aux Espagnols du soiziome sièele, qui, sous lt conduite de Ferdinand de Soto, pénétrérent dans Pintérieur de l'Amérique, Lorsqu'on réfléchit an peu dé lemps que lordinand de Soto passa dans ces contrées, ilest fn possible de ui attibuer raisonnablement des travanix aussi importants, Ces routes conduisaient aux grands centres de populations dont on ve trouve encore les traces, et qui étaient en même temps la résidence des rois, grands chefs où grands prûtres, Elles travorsaiont ensuite cos villes ou illages et aboutissaient au pied d'un téocalli, sur lequel les chofs avaient leur demeure, Dans le sud de l'Amérique septentrionale iv a pou de curiosités aussi importantes que ces grandes routes qui frappent l'imagination des touristes, Dans l'ouest de la Floride on on voit encore tés-distinetement formant une ligne droite de plus de soixante-cinq kilomètres de longueur côtoyant la rivière Oldokoney, L'histoire se tait sur leur origine ét les Indiens actuels n'en font point usages ils préfoe rent les sentiers qu'ils tracent dans toutes les directions, Ces téccallis américains, de cinq conts à six coitsoixantessix mètres de circontérence, sur une hauteur de &ix À avize mètres, étaient carrés ordinairement, et le côté qui regardait la grande route formait un talus, où une espèce de

chaussée à pente douce dans le gonre des monttynes russes, quelques-

uns avaient de larges escaliers qui partaient de la route et aboutissaient au faite du monument. Les téocallis placés au milieu d'un centre de population étaient assez communs autrefois ; on en voit encore des ruines, même dans le cœur de l'Amérique, c’est-à-dire dans Alabama, la Virginie et jusque dans l'Ilinois; ils diffèrent des tumuli ordinaires en ce qu'ils sont carrés au lieu d’être circulaires, qu'ils sont terminés par une grande plate-forme et qu’ils sont placés au centre d’une agglomération d'habitations. Dans les anciennes villes du Texas et du Mexique cette disposition a été conservée dans l'ordonnance des villes ; seulement le téocalli est remplacé par une église placée au milieu d’une place trèsvaste et où aboutissent tous les grands chemins.

A côté de ces travaux d'utilité publique nous placerons ces immenses jedins d’une origine inconnue, et qui, par leurs dimensions, aussi bien que par leur état de conservation, font l'étonnement des quelques voyageurs qui les ont visités. Nous croyons devoir attribuer cette conservation parfaite du plan de ces anciens jardins à l'herbe des prairies si abondante dans Amérique septentrionale. Cette herbe forme un gazon tellement épais, qu'elle produit à la surface du sol une espèec de couche végétale compacte et solide, laissant rarement pénétrer dans le sein de la terre les semences étrangères qui pourraient s’y féconder, Aussi grâce à ce tapis de verdure peut-on suivre facilement toutes les sinuosités du terrain qu'il recouvre. Les jardins dont nous parlons sont carrés ou semi-circulaires et divisés en lignes parallèles formant une série de plates-bandes de deux à trois mètres de largeur, sur une étendue de vingt-sept mètres au moins. Chacune de ces plates-bandes est bombée et élevée de trente à soixante centimètres au milieu. Un sentier très-étroit les sépare les unes des autres et servait sans doute à livrer passage aux cultivateurs. Les plus beaux jardins anciens des Indiens et les mieux conservés sont situés dans le Michigan, l’Indiana, près des grands lacs et même au Texas, où nous en avons rencontré un de plus de douze kilomètres d'étendue. Outre ces jardins, les peuples agriculteurs avaient encore des prairies artificielles ; plusieurs étaient situées au milieu des forêts ou sur la lisière des bois. En effet, la nature du terrain, la configuration du sol, et les instruments aratoires en pierre ou en cuivre trouvés dans ces prairies, ne laissent aucun doute qu’anciennement elles n'aient été couvertes d'arbres, qui furent brûlés ou déracinés dans le but de créer d'ex-

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cellents pâturages à proximité des habitations. Mais comment, depuis tant de siveles que ces contrées sont abandonnées et que leurs habitants ont disparu, comment les forêts n’ont-elles pas reconquis le terrain qu’elles oceupaient primitivement? Nous croyons effectivemeut que cette reproduction a dû avoir lieu en bien des endroits, et la plupart des prairies artificielles qui sont encore dans l'état où elles furent laissées ne doivent leur conservation qu'à la couche épaisse du gazon qui les recouvre.

Bien des circonstances nous portent à croire que les anciens peuples de l'Amérique septentrionale exploitaient les sources d'eau salée pour en retirer le sel. Dans l'Illinois on voit encore dans une mine de sel une excavation de cent trente-cinq mètres de circonférence, au milieu de laquelle avait été creusé un grand puits à une époque inconnue, En fouillant cet endroit on a trouvé des cendres, des fragments de poterie en quantité et un conduit ayant probablement servi à l'écoulement des eaux. La poterie ressemblait parfaitement à celle renfermée dans les tumuli et les fortifications. A Harrissonville, dans le comté Saint-Clair, et près des salines de l'Ohio, on à découvert également de nombreux débris de poterie et des vases dont la forme indiquait qu'ils avaient servi à l'évaporation de l'eau. Au Missouri, dans les caves de salpètre du comté lasconnade, on a trouvé des marteaux et des haches pareilles à celles des tumuli,

Des tumuli de tous les genres ont été fouillés soigneusement pour savoir ce qu'ils contenaient; celui de Grave-Creek en particulier attira surtout l'attention des savants à cause de ses proportions et de son inscription en caractères alphabétiques. Au centre de ce tumulus, qui a la forme d'un cône tronqué d'environ huit cent trente-trois mètres de circonférence à sa base et de quatre-vingt-trois à son sommet, sur vingttrois d'élévation, on a trouvé une chambre sépulerale voûtée, formant un parallélogramme de deux mètres soixante-six centimètres sur quatre mètres, La muraille avait un mètre trente-trois centimètres d'épaisseur et se composait de pierres brutes et de débris de bois carbonisé. Dans la chambre étaient placés l’un à côté de l’autre deux squelettes humains, dont l’un, celui d’une femme, tombait en poussière et portait un grand nombre d'ornements, tels que colliers de perles, ete. À environ six mètres au-dessus de cette voûte s’en trouvait une autre transversale, un peu plus petite que la première, et contenant un squelette ayant

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