‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 55 sur 137 · LUN · texte numérisé non relu

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pour en tirer ensuite, dans le silence et dans la méditation, quelques connaissances certaines et quelques déductions exactes. Les historiens américains eux-mêmes n'ont pas connu tous les documents gravés par les Indiens à la surface des rochers et sur les arbres de leurs forêts séculuires. M. Schoolcraft, qui a disserté sur l'idéographie moderne des sauvages, n'a pas parlé des hiéroglyphes du Rocky-Dell, du rocher d'El Moro près de Zuñi, ni des autres inscriptions que l’on rencontre dans le pays des Jémez, des Navajos et sur les bords du William, du Gila et du Colorado.

Sans vouloir expliquer l'introduction des arts graphiques chez les tribus américaines en particulier, nous pouvons hardiment attribuer leur origine aux mêmes eauses qui les ont fait naître chez les autres peuplades de la terre, si voutefois ils n’ont pas été transplantés de l'ancien monde da à nouveau. Lorsque la grande famille humaine commenca de se former en petites sociétés, ses notions religieuses étaient aussi limitées que ses connaissances dans les arts. Elle avait moins d'amour que de crainte pour la divinité qui l'avait châtiée des fautes de ses ancêtres par l’effrayant cataclysme du déluge, dont le souvenir s’est conservé jusqu’à nos jours dans l'esprit des peuples les plus barbares. Mais cette crainte se reportait également sur les objets créés dont la nature avait quelque chose d'imposant, de mystérieux, de dangereux ou de redoutable. Aussi, lorsqu'un homme devenait l’heureux vainqueur d'un quadrupède, d’un reptile ou de tout être réputé pernicieux où puissant, il se plaisait à perpétuer le souvenir de son triomphe par la représentation grossière de l’objet pris ou tué. Plus tard, des signes auxiliaires vinrent s'ajouter à ces substantifs et leur donner la vie en désignant les détails simples et généraux de l’action représentée. Telles sont les premières conceptions qui ont &à présider à l’art pictographique et le mettre en usage parmi les peuples primitifs. La pictographie fut la base des hiéroglyphes, comme ceux-ci furent la base des aractères alphabétiques. Dans ces ébauches d’un art naissant on n'avait recours qu'à des signes symboliques ou représentatifs d'idées. Les Égyptiens imaginèrent ensuite de représenter des sons articulés par la représeutation de figures animales et d'objets inanimés; ils perfectionnèrent le système hiéroglyphique en rappelant des noms propres et autres au moyen de cartouches contenant une série de signes phonétiques. Grâce

à la découverte de M. Champollion, qui vit dans chaque signe hiérogly- BR LA phique la valeur phonétique d'une simpie voyelle ou d’une consonne, on a pu lire sur les inscriptions égyptiennes des noms propres, des hdi substantifs, des verbes et des adjectifs; en un mot, on a déchiffré ces monuments d'une civilisation que les savants et les philosophes avaient fort exagérée. D’après le travail admirable de notre illustre compatriote, | | on voit que tout hiéroglyphe phonétique est l’image d’un objet physique dont le nom en langue égyptienne commence par la voyelle ou par la consonne qu'il s’agit de représenter.

Dans l'une des trois écritures employées par les Égyptiens, les carac- Là tères symboliques jouent néanmoins un grand rèle, comme chez les ; 1 Peaux-Rouges, et l'on sait qu'Horaÿallon nous a même conservé la signi- 1 ju fication d’un certain nombre de ces caractères : ainsi l'ébis désignait le | 4 cœur; l'épervier, l'âme; la /lite, l'homme aliéné ; le nombre seise, la sys volupté; la fourmi, le savoir, le nœud coulant, l'amour, ete. L'écriture mexicaine, d’après M. Aubin, présente au moins deux degrés de développement. Dans les compositions grossières dont les auteurs se sont presque exclusivement occupés jusqu'ici, elle est fort semblable aux

IE rébus que l'enfance mêle à ses jeux. Comme ces rébus, elle .est généra-

à | lement phonétique, mais souvent aussi confusément idéographique et

: symbolique. Tels sont les noms de villes et de rois cités par Clavigero, d’après Purchas et Lorenzona, et d'après Clavigero par une foule d'au-

teurs. Dans les documents historiques ou administratifs d'un ordre plus élevé l’écriture figurative, constamment phonétique, n'est plus idéographique que par abréviation ou par impuissance. Itzcoatl (serpent d'obsidienne), nom du quatrième roi de Mexico, a pour rébus, dans les tribus de Lorenzona et dans toutes les peintures populaires, un serpent

{coatl) garni d’obsidienne (ét:t/i), pouvant à volonté s’interpréter, phonétiquement, par le son du mot, ou, idéographiquement, par son accepin tion grammaticale. Mais tout devient phonétique dans les peintures 1 1 k plus précises. Le codex Vergara (Boturini, S IH, n° 42), fol. 39, 42, 49,

52, écrit syllabiquement ce même nom d’Itzcoatl au moyen de l'obsidienne (itz-tli, racine, itz), du vase (comitl, racine, co) et de l'eau, at/".

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1 Voyez le Manuscrit pictographique américain que nous avons publié récemment. (Paris, 1860, un vol, in-80, Gide, éd.)

ue signe hiérogly- \ d'une consonne, oms propres, des on a déchiffré ces philosophes avaient lustre compatriote, e d'un objet phyar la voyelle ou par

œyptiens, les carace, comme chez les ne conservé la signisi L'ébes désignait le le nombre seise, la aour, ete. L'écriture eux degrés de déveles auteurs se sont , fort sembiable aux us, elle .est générant idéographique et cités par Clavigero, par une foule d'auatifs d’un ordre plus w, n'est plus idéoce. Itzcoatl (serpent pour rébus, dans les pulaires, un serpent é s’interpréter, phonent, par SON accepdans les peintures 12), fol. 39, 42, 49, au moyen de l'obsi- , co) et de l'eau, afl”,

vons publié récemment.

Nous devions mentionner sommairement ces deux systèmes de la pictographie des Égyptiens et des Mexicains pour montrer les analogies qu'ils ont avec l'art graphique des Peaux-Rouges. Quoique les Indiens de l'Amérique septentrionale et leurs ancêtres aient fait peu de progrès dans l’art de rendre la pensée par des signes et des figures, néanmoins les représentations symboliques dont ils se servent à cet effet sont arrangées d'une manière uniforme et systématique, qui se retrouve parmi toutes les tribus du continent américain. Les Indiens ont, comme les Égyptiens, différentes manières d'écrire, soit par des signes phonétiques, soit par des signes hiératiques ou sacerdotaux, et des signes démotiques où vulgaires. Le caractère général de ces figures se compose de signes Ayriologiques, c’est-à-dire peignant l’objet même dont il s’agit, et de signes symboliques ou allégoriques, c’est-à-dire peignant la forme typique, idéale ou conventionnelle de l’objet qu'ils veulent désigner. Ils possèdent également des signes mnémoniques; nous verrons aussi que parmi les tribus algonquines, les Chippeways et autres peuplades du Nord, il existe des chansons écrites en caractères phonétiques; mais ce sont des exceptions et non une coutume générale, et nous mentionuerons aussi la nature de ces signes. La pictographie indienne n’est pas une science déterminée, ayant des règles immuables et des lois fixes : c’est le premier pas fait par un peuple encore enfant pour sortir de la barbaris et consigner les simples annales d’une histoire qui commence, Par ces efforts d’une jeune intelligence, la nature dirigeant de la même sorte les individus placés dans les mêmes conditions, il “'ensuit que, Sans avoir eu d’autres maîtres que la tendance naturelle qui pousse l’homme vers le progrès, les Indiens de toute l'Amérique du Nord ont su représenter d'une manière à peu près analogue des idées, des faits, des dogmes, des préceptes et même des sentiments. Une chose digne de remarque, c’est que les inscriptions anciennes de l’Amérique septentrionale ont le même caractère que les inscriptions les plus modernes, Cette fixité dans la manière de consigner la pensée au moyen de signes symboliques ou représentatifs indique une répugnance à changer une ancienne méthode pour en prendre une nouvelle ; elle dénote aussi l'état simple, erratique, d’une société stagnante, isolée, ne vivant que de guerres et de chasses, léguant aux générations futures les arts primitifs qu'elle avait reçus des générations précédentes et qui suffisaient

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à des besoins limités. A part les inscriptions purement historiques, la grande majorité des hiéroglyphes des Peaux-Rouges ont pour objet la manifestation de leurs croyances religieuses et de leur puissance mystérieuse, basées sur le système de la multiplicité des esprits inférieurs ou secondaires, qui forme le caractère principal de leur théogonie. C'est également ce système qui a suscité l’idée de la magie médicale des Hidés et les notions orientales des oracles et des prophètes des Jissakids, dont nous parlerons bientôt, et qui ont converti leur art en rites nécromantiques.

Parmi les archéologues et les ethnographes des deux mondes qui se sont occupés des antiquités américaines, il y en a peu qui aient cherché sérieusement à déchiffrer ces sortes d'hiéroglyphes à moyen desquels les Peaux-Rouges ont essayé de tout temps de rendre leurs idées, La ause de cette indifférence pour la pictographie indienne est certainement moins le manque de matériaux propres à une pareille étude que le mépris affecté en général pour les Indiens, à qui l'on refuse trop arbitrairement toute capacité intellectuelle ou artistique. Nous avouons sans peine que les Peaux-Rouges sont loïa d'être doués d'une intelligence supérieure et remarquable ; mais sept années d’une étude approfondie, impartiale et constante de leurs mœurs, de leurs coutumes et de Jeur histoire, nous ont convaincu qu'on exagère trop leur manque de capacité, et que dans une certaine mesure ils sont susceptibles d'imitation et même d'invention. Du reste, si la science ne s'occupait exclusivement que des peuples plus ou moins civilisés, les annales historiques du genre humain seraient incomplètes, elles offiraient des lacunes immenses, qui laisseraient planer la plus grande obscurité sur l’origine des nations, leu” solidarité, leurs émigrations et les rapports qu'elles ont entre elles, Tous les voyageurs ont remarqué cette habiiude qu’avaient les Peaux-Rouges de représenter des figures sur des peaux, des arbres, des rochers, mais principalement sur l'écorce du Souleau blanc (betula papyracea), qui possède une surface lisse, flexible, capable de se rouler et de recevoir facilement toutes sortes d'empreintes, Souvent ces figures sont burinées ou peintes en couleurs, Tous les historiens de l'Amérique septentrionale s'accordent à dire que les Indiens avaient la coutume de tracer ainsi le souvenir de quelque épisode de

leur histoire. Autrefois ces inscriptions étaient très-communes sur les

it historiques, la mt pour objet lu puissance mystérits inférieurs où théogonie. C'est édicale des Midés :s Jissakids, dont 1 rites nécroman-

ux mondes qui se qui aient cherché \ moyen desquels re leurs idées, La enne est certainene pareille étude à qui l'on refuse artistique. Nous l'être doués d’une nées d’une étude s, de leurs coulon exagtre trop e mesure ils sont ste, si la science noins civilisés. les hplètes, elles offriplus grande obsémigrations et les nt remarqué cette les figures sur des t sur l'écorce du face lisse, flexible, tes d'empreintes, urs. Tous les hise que les Indiens ielque épisode de

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arbres qui bordaient les sentiers fréquentés par les sauvages, depuis les Flerides jusqu'à la baie d'Hudson ; mais les pionniers en ont abattu une très-grande quantité.

Les signes dont ils se servaient pour ces sortes d'inscriptions sont, pour la plupart, symboliques ; ils paraissent être à peu près les mêmes que ceux employés par les différentes races de la grande funille humaine avant l'invention des signes phonétique: et des caractères alphabétiques; ils ressemblent à ces dessins grossiers que les enfants tracent sur les murs avec du charbon ou de la craie, Nous croyons que la différence qui existe dans le perfectionnement de: ces systèmes hiéroglyphiques pari les divers peuples du globe provient plutôt du degré de civilisation relative ou de barbarie dans lequel ces peuples se trouvaient plongés, que de l'époque de leur formation en sociétés régulièrement organisées et constituées, La position géographique, le climat et le caractère des individus, ont également dù beaucoup influer sur l’arrangement et la forme donnés aux signes hiéroglyphiques. On trouve de l'analogie, un certain air de parenté dans ces symboles de la pensée tracés par les peuplades les plus éloignées les uncs des autres, lorsque, avant de parvenir à une civilisation plus avancée, elles commencèrent leurs annales publiques ou privées dans un état également voisin de la barbarie. Nous voyous, en effet, beaucoup de ressemblance, pour la disposition des sujets et la forme des signes symboliques, entre les monuments des tribus indiennes de l'Amérique du Nord, l'inscription sibérienne gravée sur les bords du Jenisei, représentant des épisodes de chasse, et l’inscription récemment découverte sur un rocher perpendiculaire près de l'irtisch, üans la Tartarie, Les savants qui ont étudié la pictographie péruvienne et mexicaine lui trouvent aussi quelques rapports avec les autres systèmes connus de peintures figuratives. A trente-deux kilomètres au nord d'Arequipa, à Huaytara, dans la province de Castro- Vireyna, et près de Huari, dans le Pérou, on rencontre sur des morceaux de granit des multitudes de hitroglyphes représentant des personnages, des fleurs, des animaux, des fortifications, ete., dont l’origine est certainement antérieure à la dynastie des Incas, et dont les formes sont à peu près les mêmes que celles de Rocky-Dell, de l’'El-Moro et de plusieurs autres localités du Nouveau-Mexique. En Suède, en Norwége et dans la Laponie, le même fait se reproduit, les mêmes analogies se retrouvent,

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et pourtant il n’est pas douteux que toutes ces inscriptions n'ont pas été | gravées par un même peuple, mais bien par plusieurs ; seulement, ces | peuples étaient encore dans l'enfance d® *: civilisation. Plus tard, cette

| manière de reproduire la pensée s’est per ‘tionnée; elle est devenue un | art poussé très-loin, comme on le sait, chez les Chinois, les Égyptiens ; et les populations du plateau de l'Anahuac.

Il a été découvert.dans le tumulus de Grave-Creek, près de Whecling, ; ( 4 dans la Virginie occidentale, une inscription en caractères alphabétiques, ( | C'est la seule de ce genre que l’on connaisse en Amérique, Quoique | cette découverte ait fait beaucoup de bruit, nous croyons que l'im- ‘1 l

| portance de cette inscription est moins considérable qu'on a voulu le ! 1 supposer, car, après tout, elle n'indique autre chose que la présence en c

Amérique d’un homme de l’ancien continent. Or, nous avons vu dans Ë l les trois premiers chapitres de cet ouvrage que les documents histo- & riques à l'appui d'anciennes émigrations de familles ou de peuples ne | p faisaient pas défaut. Néanmoins, l'inscription alphabétique du Grave- É c | Creek peut nous renseigner un jour sur le nom et ia patrie de ce L: n j défunt, dont la valeur personnelle méritait une sépultüre pareille; aussi | c 4 détaillerons-nous volontiers les circonstances qui ont amené la décou- d : verte de cette pierre dont l'existence avait été niée par quelques savants, ) b fl 1, M. Abellard, petit-fils de M. Joseph Tornlinson, propriétaire du ter- Li M dE rain sur lequel se trouvait le tumulus, fit commencer en sa présence le É : ti 49 mars 1838 une galerie horizontale qui partait de la base du monu- 2 5 ment et allait jusqu’au centre; puis il fit creuser un puits qui s'élevait de | el ce centre jusqu’au sommet du tumulus. La galerie avait deux mètres E il trente centimètres de largeur sur plus de trois mètres de hauteur. Arri- L a vés à trente-sept mètres de profondeur, les travailleurs rencontrirent É M

les ruines d’une voûte ou chambre sépulcrale. La terre était sèche, mixte k et tellement compacte par la pression de la masse supérieure, qu'à une Ù es certaine distance on n’avait plus besoin de charpente pour empêcher les : m éboulements. Quelques parties de cette terre avaient la friabilité de la à to an) cendre et une odeur alcaline très-sensible. La chambre sépulcrale était k m | À | creusée en forme de parallélogramme dans une petite élévation naturelle à qu He sur laquelle on avait bâti le tumulus. Les angles du parallélogramme or | correspondaient exactement aux quatre points cardinaux. La chambre 1 pa

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de solives placées horizontalement et sur lesquelles avaient été empilées des pierres brutes.

Un puits de dix mètres de circonférence fut commencé sur le sommet du tumulus, À la profondeur de onze mètres cinquante centimètres on rencontra une seconde voûte semblable à la première, mais d’une direction différente ; c’est dans cette seconde chambre que fut trouvée l'inseription qui nous occupe en ce moment : elle se compose de vingt-deux caractères rangés sur trois lignes, d’une croix et d’un masque gravés sur une pierre dure et foncée de forme elliptique de quarante-cinq millimètres de longueur sur quarante de largeur et d’une épaisseur de cinq millimètres. Les savants ne s'accordent ni sur l’origine, ni sur la qualité des caractères, dont quatre ressemblent aux étrusques, quatre à ceux de l'inscription de Thugga (Afrique); cinq à l’ancien runique usité chez les Scandinaves; six aux caractères touariks; sept au vieux erse, parlé par les anciens Irlandais; dix aux caractères phéniciens; quinze aux celtibériens. M. Rafn, un des antiquaires les plus érudits du Danemark, après avoir observé qu'au premier abord on croirait cette inscription d'origine celtibérique, ajoute que les caractères ont beaucoup d'analogie avec l'écriture de l’ancien gaëlique ou de l’anglo-saxon des bardes. M. Jomard, faisant probablement allusion aux travaux de M. Rafn sur ce sujet, dit: « On a comparé les caractères de cette inscription aux runes et autres caractères des anciennes langues du Nord, mais l'analogie est moins frappante qu'avec les anciennes lettres libyques. On en trouvera également beaucoup avec l'alphabet celtibérien ou plutôt ibérien, ce qui n’a rien de surprenant, car il est probable que cet idiome a son origine en Afrique; on sait d’ailleurs que l'Ibérie fut une des premières et des plus importantes conquêtes de Carthage. »

MM. Rafn et Jomard sont des autorités trop sérieuses pour que nous essayions de donner raison à l’un plutôt qu'à l’autre; si des raisons militent en faveur de l’antiquaire danois, nous trouvons dans l'alphabet touarik de M. Walter Oudney plusieurs caractères qui semblent également favoriser l'opinion de M. Jomard. En effet les deuxième, cinquième, dixième et seizième caractères de l'inscription américaine ont une analogie frappante avec le yet, le yid, le yin et le yir présentés par M. Oudney, et les dixiéme et quinzième caractères de la même inscription ressemblent beaucoup au yigh et au vis de M. Oudney.

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Quant aux autres caractères américains ils pourraient bien être une suite de l'alphabet libyque dont M, Oudney nous donne un échantillon, ar ils ont un air de famille réel, si nous en exceptons le y, le yuyh, et le yo et le à qui sont pointés, tandis que l'inscription américaine ne possède aucun caractère formé au moyen de points.

A première vue on croirait que ces caractères datent de l'époque de transition où l'ancienne civilisation modifiée s'étendit du bassin de Méditerranée à l'ouest et au nord de l'Europe, époque où l'alphabet ro. main n'était pas encore connu. Cette inscription unique n'a rien de commun avee l’idéographie ancienne ou moderne des Indiens de l'Amérique. La forme angulaire des caractères leur donne aussi de la ressemblance avec ceux des Étrusques; ils se composent de lignes simples, brisées à angles droits ou aigus par d'autres lignes, comme les Phéniciens en faisaient usage avant l'introduction de l'alphabet hébreu sur les bords de la Méditerranée, M, Jomard, si nous ne nous trompons pas, assure qu'on voit des modifications de ce genre dans les alphabets étrusque, pélasgien, oscan et arcadien, ainsi qu'au nord de l'Europe, dans l'ancienne Gaule, chez les races celtiques et scandinaves, M. Rafn, dont l'opinion nous paraît la plus probable, croit que cette inscription est runique, du genre usité par les Runes Anglo-Saxons, et non celui employé par les Normands lors de l'introduction du christianisme, Ces différentes opinions nous prouvent qu'ilexiste encore beaucoup d'incertitude sur la pierre du Grave-Creek; était-ce un cachet, une devise, un ornement, un souvenir historique? la science n’a pu le découvrir; espérons qu'un jour elle réussira à déchiffrer complétement cette énigme,

De toutes les inscriptions américaines, celle qui a été l’objet de la plus grande attention des archéologues et des antiquaires des deux continents est l'inscription du Dighton-Rock, rocher situé à l'embouchure du Taunton, près de l’Assonet, dans le Massachussetts, et dont nous avons pris un fac-simile. La largeur de ce rocher est d'environ quatre mètres, sur une hauteur de un mètre soixante-dix centimètres. Sa surface est polie, peut-être par la nature, peut-être par la main de l'homme. Longtemps recouverte de mousse, de détritus et d'immondices, cette inscription a sans doute passé inaperçue jusqu'au milieu du siècle dernier, où elle devint le sujet de plusieurs rapports et de discussions scien-

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moins effacés par le temps et par les opérations faites pour nettoyer le roc du limon et des herbes qui le recouvraient, Les caractères qui forment cette inscription sont des hiéroglyphes kyriologiques et symholiques, représentant les exploits d'un grand guerrier prophète, Les traits, grossièrement sculptés, paraissent avoir été creusés dans la pierre à l'aide d'un instrument cylindrique en métal, La profondeur des incisions est de moins d'un centimètre, et leur largeur varie de un à deux centimètres. M, Mathieu, écrivain français, avance que les caractères hiéroglyphiques gravés sur le Dighton-Rock furent exécutés par les Atlantides, vers l'an du monde 1902 : il prétend que /n», fils d'Indios, roi d'Atlantide, est nommé dans l'inscription comme chef d'une expédition qui alla en Amérique dans le but de contracter un traité de commerce; que ce même /n devint le père d'une famille distinguée en Chine, et vivait du temps de Yas, en l'année 2296, c'est-à-dire quarante-huit ans après la sub mersion de l'île Atlantis, ou 1800 ans avant l'ère chrétienne, M. Mathieu ajoute que ces caractères sont les mêmes que ceux qui sont employés dans le système numérique des Chinois, qu'ils ressemblent à ceux en usage chez les Romains, lesquels prétendaient les avoir reçus des Pélasgiens, qui eux-mêmes en étaient redevables aux Atlantides. Nous croyons tout simplement que l'inscription indique un fait historique passé, un combat dans lequel il ÿ a eu un certain nombre de morts, et qu'elle se rapporte à un personnage illustre, figuré par un des deux totems placés à peu près au centre du rocher, et que ce guerrier ou ses descendants ont voulu perpétuer ainsi le souvenir d'une entreprise militaire glorieuse pour lui. MM. Yates et Moulton, dans leur #istoire de l'État de New-York, pensent que cette inscription est d'origine phénicienne. Ils basent leur opinion sur la similitude de quelques-uns des signes qui composent cette inscription avec des caractères phéniciens ressemblant aux lettres À. M. 0. P. W, X. Cette preuve ne nous parait pas convaincante, attendu que les caractères alphabétiques dénotent une civilisation déjà avancée, et que, sur le continent américain, on ne les trouve jamais mélangés aux signes hiéroglyphiques anciens. Ces prétendus caractères alphabétiques ne sont d'ailleurs autre chose que des signes symboliques : ainsi l'O ou le cercle représente ordinairement le soleil dans la pictographie des Peaux-Rouges ; FX, ou la croix de Saint-

André, représente le plus souvent un homme mort; lM une habita-

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tion, etc.; mais comme la forme donnée à ces signes est un peu arbitraire, il est très-facile de se tron er sur leur interprétation.

On voit encore des inscriptions hiéroglyphiques sur des rochers, dans les États du Connecticut, de la &éorgie, du Kentucky, du Minnesota, de l'Ohio, de Rhodes-Island, etc; il y en a de très-remarquables et d'assez bien ronservées dans l'ile de Cunningham sur le lac Érié, La Carrière des Pipes-Rouges, du Coteau des Prairies, en recèle de nombreuses, tant anciennes que modernes. On en trouve encore dans les montagnes qui avoisinent le Gila, le Colorado, et près de la Sierra de Zuñi, dans le Nouveau-Mexique.

Celles de la Sierra de Zuñi se rencontrent dans une gorge qui à dû faire partie d'une ancienne route, conduisant de Santé-Fé au Colorado de l'Ouest ou au Mexique. Elles couvrent la partie inférieure d'une montagne verticale, unie sur une étendue d’un demi-kilomètre environ, et appelée Æ/-Moro. La gorge percée dans cette montagne est à cent cinquante kilomètres sud-ouest de Santa-Fé, par le 108° degré 29° de longitude ouest, et le 35° de latitude nord. Ces inscriptions, gravées à hauteur d'homme, sont, pour la plupart, hiéroglyphiques; quelques-unes sont. en latin et les autres en espagnol. Les plus basses sont à moitié cachées par des touffes de pandalis candelabrium, plante très-commune dans ces régions. Les inscriptions espagnoles ont différentes dates ; quelquesunes ont sans doute été gravées par les compagnons de Juan de Oñate, lorsqu'il fit la conquête de ce pays en 1595; mais les archives de Santa- Fé ayant été brûlées par les Indiens, il est difficile de spécifier les auteurs de ces inscriptions avant l’année 1680. Du reste, la plüpart de celles qui appartiennent au dix-septième siècle sont en partie inintelligibles.

En 1681, le gouverneur Antonio de Oternin reçut du vice-roi de Mexico l’ordre de visiter cette contrée et de la soumettre. Le gouverneur se porta aussitôt jusqu'à la ville occupée par les Cochites, qui lui opposèrent une vive résistance; et, comme il n'avait avec lui qu’un très-petit nombre de soldats, il fut obligé de retourner la même année à EI Paso, qui était alors la ville principale et le chef-lieu de ces contrées. Gerbacco de Cruzat succéda à Antonio de Oternin; l'année suivante, il fit une nouvelle expédition contre le Nouveau-Mexique et parvint à s'emparer de la capitale ; mais ce ne fut qu'en 1695 que ce pays fut entièrement pacifié par Curro Piégo de Bargas Zapata, lequel pénétra jusque chez les

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Zuûis. Néanmoins il y eut encore quelques expéditions partielles contre des tribus insoumises, et cette vallée, que nous pourrions appeler des inscriptions, semble avoir été la route ordinaire parcourue par les troupes espagnoles, qui se sont plu à laisser sur les rochers des traces de leur passage.

Parmi ces inscriptions nous citerons les suivantes, que nous traduisons en français :

« Ici a passé le général don Diégo de Bargas, pour conquérir Santa-Fé à la couronne royale. Nouveau-Mexique. À. D. 1692, »

«L'an 1716, le 26 août, don Feliz Martinez, gouverneur et capitaine général de ce royaume, à passé par ici pour réduire et unir les Moquis. — Licencié chapelain frère Antonio Camargo, gardien et juge ecclésiastique. »

« Bartolomè Narso, gouverneur et capitaine général de la provin’e du Nouveau-Mexique, passa par ici, pour le roi, à son retour de chez les Luñis, le 26 juillet de l'année 1620, leur donna la paix en leur accordant la faveur de devenir les sujets de Sa Majesté, à qui ils promirent obéissance, ce qu'ils firent tous d'un libre consentement, connaissant qu'il était prudent aussi bien que chrétien (un ou plusieurs mots effacés) à un soldat si distingué, indomptable et fameux; nous aimons (4 reste est effacé). » :

« Passèrent ici le sergent-major et capitaine Juan Archutelo et le voyageur Diégo Martin Barba, et le second lieutenant Juan-Ynes Josano l'année 1636. »

«Passèrent ici avec des dépêches (/es noms sont inintelligibles), seizième jour d'avril 41606. »

La plupart des autres inscriptions espagnoles sont insignifiantes, ou à moitié effacées, ou portent tout simplement des noms et des dates mélangés avec des hiéroglyphes dont plusieurs sont de la même époque et peut-être même postérieurs aux inscriptions espagnoles. En effet, on rencontre fréquemment des croix gravées, soit sur le simulacre d'une tombe, soit isolément, ou à côté d’une étoile, ou bien encore au milieu d'un cercle indiquant un pueblo indien. Ce signe du chrétien nous semble prouver que le catholicisme avait déjà pénétré dans les tribus de ces vastes solitudes.

Une partie de la montagne parait avoir été choisie pour retracer un

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