‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 65 sur 137 · Assinni- , — CGherokies · texte numérisé non relu

Assinni- , — CGherokies

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VOYAGE PITTORESQUE, ETC. 323 dire, conjecturale, elle démontre au moins combien de données empreintes d’un cachet fabuleux peuvent être instructives, et comme l’enveloppe du merveilleux disparait dès qu’on les envisage au point de vue de l'esprit des peuples d’où elles découlent. »

La plupart des tribus du Nord et de l'Ouest admettent, comme les anciens Mexicains, une origine transatlantique. Plusieurs auteurs croient que ces peuplades sont venues de l’Asie par le détroit de Behring, et le colonel Hamilton Smith, dans son Histoire naturelle de l'espèce humaine, certilie que cette partie de l'Amérique a pu être visitée, même par les peuples de la Polynésie,

Nous ne reviendrons pas sur ce sujet que nous avons déjà traité, nous ne parlerons actuellement que des traditions historiques, de l’organisation civile et de l’état actuel des peuplades indiennes, et nous ajouterons quelques mots sur leur situation géographique, leur statistique en suivant l'ordre alphabétique des tribus les plus importantes et de celles qui sont le moins connues, ou qui méritent une mention particulière par quelques traits distinctifs et intéressants. D’après M. Schoolcraft, il paraîtrait qu'à la fin du quinzième sièele les tribus indiennes de l'Amérique du Nord se elassaient en sept groupes principaux appelés Appalaches, Achalaques, Chicoréens, Algonquins, Iroquois, Dacotas et Shoshonies. Ces groupes se composaient d’un certain nombre de tribus, bandes ou familles séparées les unes des autres par des divisions territoriales, par des langues différentes et des coutumes diverses. Mais comme cette classification n’a qu'une valeur historique médiocre, et qu'il se trouvait parmi ces groupes des nations entièrement distinctes des autres par leur histoire, leurs mœurs et leurs langues, comme les Natchez, les Uchies, toutes les tribus du Nouveau-Mexique, du Gila, du Colorado et des bords de l’océan Pacifique, nous n'avons eu aucun égard à cette classification, qui ne jette aucune lumière sur les origines primitives des Américains, et nous sommes obligé de suivre une route opposée’ en ne spécifiant que les caractères particuliers qui modifient moralement où physiquement le type général des Indiens soit dans leur physiologie, soit dans leur cosmogonie ou bien dans leur histoire civile et politique.

Algonquins. C'était la nation la plus puissante et la plus nombreuse du continent américain ; elle comprenait un grand nombre de tribus.

391 VOYAGE PITTORESQUE Les Algonquins habitaient le nord de la rivière Saint-Laurent et le sud du haut Canada; ils comptent à peine maintenant six mille cinq cents individus. Les premiers Français semblent avoir employé ce nom d’une manivre générique, ils l'ont donné souvent aux Attawas, aux Montagnies, aux Muskogies du Canada, aux Pieds-Noirs du haut Missouri, aux Knisteneaux, aux Miamis, aux Kickapous, aux Illinois, aux Kaskaskias, aux Pottawatomies, et à plusieurs autres tribus. Le fait est que cette nation fut jadis très-considérable et qu'on retrouve encore des traces de la langue algonquine dans la Floride, la Virginie, la vallée de l'Hudson, celle de Connectias dans la Nouvelle-Angleterre, la Nouvelle-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

Les Algonquins conservent la tradition d'une origine étrangère et d’un voyage sur mer. Pendant longtemps, ils offraient chaque année un sacrifice d'actions de grâces pour leur heureuse arrivée en Amérique. Ces Indiens, d’après M. John Johnston émigrèrent de la Floride dans l'Ohio et l'Indiana, où ils séjournèrent. Quelques-uns de leurs sachems affirment que d’après le récit des anciens de leur tribu, la Floride avait été habitée par des hommes blancs connaissant l’usage d'instruments de fer, et que plusieurs troncs d'arbres coupés au moyen de ces instruments furent découverts par leurs ancêtres.

Apaches. Sous ce nom on comprend ordinairement les Chiricagüis, les Gileños, les Lipans, les Llancros, les Mescaleros, les Mimbreños, les Navajos, les Taracones, les Tontos, les Xicarillas et les Yutahs.

Les Apuches constituent sans aucun doute la nation la plus considérable parmi les tribus indiennes du Nouveau-Mexique et celle aussi qui offre au gouvernement américain le plus de difficultés pour y établir un juste contrôle. Les Apaches étendent leurs ravages depuis le désert appelé la Jornada del Muerto jusqu’à la ville de Durango et dans toute la vallée septentrionale du Rio-Grande, Ils se mettent ordinairement en embuscade par groupes de dix, et attendent le passage des convois non protégés par des troupes ou par le nombre des conducteurs, et après avoir pillé les hommes et les charrettes, ils se sauvent dans leur pays avant que la nouvelle de leur apparition ne parvienne dans les établissements voisins. Peu courageux de leur nature, ils comptent beaucoup sur la rapidité de leurs coursiers pour se mettre à l'abri des châtimeuts que mériteraient leurs déprédations. De retour chez eux, ils

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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. 325 s'avertissent les uns les autres au moyen de grands feux allumés sur les hautes montagnes lorsqu'on se met à leur poursuite, ce qui est rare, difficile et dangereux. La principale difficulté de chàtier ces maraudeurs consiste dans l'impossibilité de les amener à se battre : dès qu'ils voient un petit corps d'armée, ils se dispersent aussitôt, en passant par des sentiers impénétrables à d’autres personnes qu'à des Indiens, et ne se réunissent que dans des endroits sûrs et loin de tout danger. Aussi soixante hommes bien armés pourraientils traverser toute l’Apacheria sans crainte d'être attaqués par les Apaches.

Ces Indiens, dans leurs expéditions, enlèvent des enfants et des femmes qu'ils adoptent pour les vendre ensuite ou les rendre esclaves; en général, ils sont cruels envers leurs prisonniers, moins intelligents et moins hardis que les Pawnies et les Dacotas; ils n’ont d'autre ambition que le vol, et leurs plus grandes expéditions guerrières n’ont d'autre but que le vol de quelques petites fermes ou de quelques troupeaux. Leur contrée est peu favorable à l’agriculture et presque complétement destituée de gibier ; néanmoins les Apaches cultivent quelques parcelles de terrain; mais leur principale nourriture consiste dans la chair des animaux qu'il dérobent et des piñones (fruits du pin); ils élèvent aussi des troupeaux très-nombreux.

1° Les Chiricagüis prennent leur nom des principales montagnes qu'ils habiteut; ils ont au nord de leur territoire les Moquinos et les Tontos, à l’est les Gileños et au sud la province de la Sonora.

2° Les Gileños demeurent dans les montagnes qui bordent le Gila; ils ont à l’ouest les Chricagüis, au nord le Nouveau-Mexique, à l’est les Mimbreños et au sud la frontière américaine.

3° Les Lipans forment une des plus importantes tribus du sud de l'Amérique septentrionale; ils chassent et maraudent dans le nord-ouest du Texas, l'État de Cohaltuila et le pays qu’entourent les Llaneros et les Comanches. On évalue leur nombre à dix mille; les Lipans ont une peau plus brune que rouge; quelques-unes de leurs femmes sont même très-belles.

4° Les Llaneros (mot qui veut dire habitants des plaines) occupent les grandes prairies situées entre le Rio-Pécos et le Rio-Grande ; ils sont environnés par les Mescaleros à l’ouest, les Comanches au nord, les

326 VOYAGE PITTORESQUE Lipans à l'est et par la province de Cohahuila au sud, La tribu des Llancros, aussi nombreuse que guerrière, comprend trois subdivisions : les Lipivanes, les Llancros proprement dits et les Natajes.

5° Les Mescaleros où buveurs de #escal (liqueur tirée du maguey) vivent dans les montagnes qui avoisinent le Rio-Pécos et le Rio-Grande; leur pays est limité par celui des Taracones à l'ouest, celui des Comanches au nord, celui des Llancres à l’est et le désert du Bolsom de Mapimi au sud.

6° Les Mimbreños, ces Indiens tirent leur nom de Ia rivière de Los mirobres (saules), Leur territoire est situé entre celui des Gileños, le Nouveau-Mexique et la province de la Nouvelle-Biscaye. Cette tribu est assez considérable mais n'a rien de remarquable.

7 Les Navajos, c'est la plus septentrionale des tribus apaches; ils habitent les plateaux et les montagnes du pays qui porte leur nom ; ils ne sont pas nomades comme les autres tribus de la même nation. Leurs villages (lugares) sont au nombre de dix, savoir : Agua Salada, Carrizo, Cerro-Cavezon, Cerro-Chato, Cevolleto, Chellé, Chicoli, Chusea, Guadalupe et Tumecha. Ces Indiens ont un type européen plutôt qu'astatique ou américain, leur peau ressemble à celle de nos populations méridionales; agriculteurs intelligents et bons pasteurs, ils vivent dans l'aisance sur un vaste territoire borné à l'ouest par les Moquinos, au nord par les Yutahs, à l'est par les Pucblos du Nouveau-Mexique et au sud par les Gileños, et les Chiricagüis. Les Navajos récoltent assez de grains, @e fruits et de légumes pour leur usage particulier. On estime leurs troupeaux à trente mille têtes de bœufs ou de vaches, cinq cent mille moutons et dix mille chevaux, ânes ou mulets; mais la plupart de ces animaux ont été volés aux Mexicains. Les Navajos possèdent aussi des enfants, des femmes et des hommes qu'ils ont enlevés dans les ranchos et qui sont traités comme des esclaves, Cette tribu est une de celles qui prospèrent et dont le nombre des individus s’accroit chaque jour. Les Navajos comptent environ quinze mille âmes.

8 Les Taracones forment également une grande tribu qui nabite les montagnes situées entre le Rio-Grande et le Rio-Pécos.

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