‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 78 sur 137 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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une origine celtique. En expressions et en harmonie elle est égale à l'éroë, Y à l'irlandais et au gaëlique des Écossais et des Gallois. Elle a deux genres ; 6 comme le français et ses verbes sont très-réguliers. Celle des Wyandots 1 n possède plusieurs mots latins. Il serait trop long et trop fastidieux de d

donner des détails philologiques sur les divisions, les ramifications et les constructions grammaticales des différentes langues indiennes de l’Amérique septentrionale; aussi nous bornerons-nous à donner un aperçu de leur physionomie générale, que nous ferons suivre d’une nomenclature des noms les plus usités dans les déserts.

Les sons articulés, dans le langage des Peaux-Rouges, sont ordinairement un peu durs, étranges et rauques, ce qui est le résultat des poly-

syllabes et des groupes de consonnes qui composent les mots. Les sons el i gutturaux, les aspirations, et nous dirons même les sifflements et les n éternuments, fréquents surtout parmi les tribus de la Colombie et de | h l'Orégon, rendent ces idiomes difficiles à parler. Beaucoup sont dépourvus (fl des sons représentés par les caractères f, /, rets, les Indiens ayant de (nt la peine à les prononcer. Néanmoins, toutes ces langues ont le plus sou- jo vent des accents moelleux, une cadence musicale, une allure libre et ut

dégagée des tournures énergiques, des combinaisons simples et variées, et des phrases naturellement éloquentes et poétiques. Quelques-unes ont

une douceur, une originalité et une netteté d'expression que les langues

européennes ne possèdent pas.

Tous les dialectes des Peaux-Rouges sont essentiellement figuratifs,

polysyllabiques, imitatifs et transpositifs. Ils n'ont pas de caractères ex

il alphabétiques pour représenter la parole ; ils sont obligés d’avoir recours 4 M: à la pictographie hiéroglyphique ; les Gherokies sont les seuls qui aient pa

un alphabet !. trd Les Natchez, comme les Péruviens, avaient deux langages : l’un, ap-

pelé vulgaire, ne se parlait que parmi le peuple; l’autre était parlé par les ur nobles et par les femmes. Ces deux langues paraissaient être très-riches les

et n'avoir aucune affinité l’une avec l’autre. Ainsi quelqu'un qui aurait

1 Tous les mots cherokies finissent par des voyelles; chaque voyelle est précédée de treize

combinaisons de conscnnes formant chacune soixante-quatre syllabes, Les cherokies ont de plus douze caractères alphabétiques qui tiennent lieu de doubles consonnes, Cet alphabet : de est très-simple, et il pourvoit admirablement bien aux sons de celte langue ; il a été inventé

par Georges Gness, membre de la tribu.

le est égale à l'éroë, Elle a deux genres Celle des Wyandots trop fastidieux de ramifications et les ndiennes de l’Améonner un apercu de d'une nomenclature

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VOYAGE PITTORESQUE, ETC. 391 voulu s’attirer l'attention d'un auditoire ou d'un individu se serait servi du mot aquenan (écoutez), en parlant au peuple, et magani (qui a la même signification), en s'adressant à un noble. Voici d’autres exemples

de cette singularité :

Langue plébéienne, Langue noble, Tachte cabanacite? Est-ce loi? Ayape-gouya-iche? Petchi. Assieds-toi. Caham.

Coustine. Esprit Cayocop.

Tchite. Grand, Cliquip.

Ces exemples suffisent pour montrer qu'il n'existe aucune analogie entre les deux langues. Les femmes parlaient, il'est vrai, le langage des nobles, mais avee affectation et uae prononciation différente de celle des hommes. Les Français du fort Rosalie, qui fréquentaient plus les femmes que les hommes, prirent aussi leur prononciation en parlant le natchez. Ceci déplaisait singulièrement aux chefs, et l’un d'eux interpellant un jour un officier du fort, lui dit : « Puisque vous avez la prétention d’être un homme, pourquoi grasseyez-vous comme une femme? »

Les Indiens expriment leurs pensées et leurs idées, selon qu'elles se présentent à leur esprit, par des mots composés quelquefois de substantifs, d'adjectifs et de verbes associés les uns aux autres. Les mots euxmêmes, et surtout les substantifs, sont souvent des onomatopées, et représentent par leurs sons l’action ou la chose dont on parle. Ainsi, par exemple, cheval en miami se dit uakatakauskau. Les Ojibbeways de Machilimackinack disent : papashigogounski . Ces deux mots prononcés par les naturels imitent admirablement le bruit que fait le cheval en trottant.

Presque tous les mots indiquent une action intérieure ou extérieure, une idée concrète ou abstraite, et l'assemblage des syllabes exprimant les idées repose sur une racine première ayant la faculté de retenir la pensée originale au milieu des sons additionnels qui la complètent. La pensée exprimée chez les Peaux-Rouges est comme une tige polysyllabique formant un groupe d’objets curieux, primitifs, expressifs etsonores. La cause de la formation de ces mots interminables et composés se trouve dans la pauvreté du vocabulaire indien. Tous les objets n'ayant pas de nom propre, les sauvages, pour les désigner, sont obligés de recourir

dans leur langage à des périphrases, dont ils ne font ordinairement qu'un seul mot, Voici un exemple qui fera comprendre ce système linguistique. Supposons qu'un Indien veuille dire qu'il fume, et qu'il n'ait aucun terme pour spécifier la pipe et l'action de fumer, alors il dira : J'aspire la fumée d'un feu d'herbe, qui brüle dans un petit foyer de pierre, enfoncé dans un bäton troué; de cette longue phrase il ne fera qu’un seul mot,

Les langues indiennes sont essentiellement figuratives, comme toutes les langues primitives; cela se comprend; l'homme, étant continuellement en présence de la nature lorsqu'il vit loin des sociétés avancées dans la civilisation, prend toujours un style imagé pour exprimer ses sentiments ou ses idées, Le langage des Indie:,s nous fournit des preuves frappantes de ce que nous avancçons, et nous citerons ici quelques locutions choisies parmi des centaines des plusfamilières et des plus usitées dansles wigwams.

Un nua uoir s'élève sur l'horizon veut dire : La guerre menace de tel côté,

Le sentier est déja obstrué —— La guerre est déjà commencée, Enterrer la hache où le tamahawk — Conclure la paix. Vous avez parlé avec les lévres et

non avec le cœur — Vous avez cherché à me tromper. Vous avez bouché mes oreilles — Vous nr'avez fait un secret. N'écoutez pas le chant des oiseaux

qui voltigent autour de nous — Ne croyez pas aux contes que l'on

vous fait.

Allumer le feu du conseil — Se réunir pour discuter, Ne laissez pas l'herbe croître dans

le sentier de la guerre — Poussez la guerre avec vigueur.

Naturellement, les mots composés ont un dérivatif, Ce dérivatif, lorsqu'il est dépouillé de tous les accessoires qui complètent l’idée, se réduit ordinairement à un monosvllabe, ou tout au plus à deux syllabes. En voici des exemples pris au hasard dans plusieurs dialectes indiens : #02, daim; nisau, bois; terp, pierre; zèd, pied; ovu, corps; daï, cœur; kracl, axbre; ozi, mouche; oucos, viande; nadina, vent, etc.

Ces racines sont la souche des mots composés, comme nous le voyons dans shomin-aubo, vin, formé de shamin, raisin, et de awbo liqueur; totosh-aubo, lait, de totosh, le sein d'une femme, ete. Quoiqu'il y eit des mots particuliers pour indiquer le sexe des individus, il n’existe pas de genre proprement dit; mais ce qui le remplace, c’est la quantité des dérivatifs qui se divisent en animés et inanimés. Ainsi, on se servira du

mé vati fére un ani nin

dire ôtre qui vie

niqt cett

une cons soit en € prof trait risti fant:

inairement qu'un ème linguistique, n'ait aucun terme J'aspire la fumée rre, enfoncé dans n seul mot,

es, Comme loutes it continuellement avancées dans la 1er ses sentiments reuves frappantes locutions choisies

dans les wigwams.

nace de {el côté, déjà commencée, aix.

rché à me tromper. ait un secret,

aux contes que l'on r discuter, erre avec vigueur.

Ce dérivatif, lorsnt l'idée, se réduit deux syllabes, En tes indiens : #05, orps ; dai, cœur; ent, etc.

e nous le voyons de aubo liqueur; e. Quoiqu'il y eit us, il n'existe pas est la quantité des , on se servira du

méme adjectif dans jeune garcon et jeune fille, parce que les deux dérivatifs garçon et fille sont animés; mais on emploiera deux adjectifs différents dans la phrase suivante : voilà une belle squaiv (femme), voilà une belle robe, parce que squaw étant animé exige un adjectif également

animé, et que robe étant énanimé demande pareillement un adjectif inanimé, Exemples :

Adjectifs animés. Adjectifs inanimés.

Minno, Bon. Onisheshin.

Manaud-izzi, Mauvais, Monaud-ud, Mindiddo. Grand. Mitshau.

Uggauski. Petit, Pungie.

Waubishk-13231, Blanc. Waubishk-au.

Mukkuddav-izzt. Noir, Mukkuddar-au,

On peut remarquer ici que cette manière de symboliser, pour ainsi dire, les adjectifs, en ne les employant pas indistinctement pour tous les îtres organisés où inorganisés, est une imitation des lois de la nature, qui a donné les propriétés ou les qualités animées aux êtres qui ont la vie et le mouvement, et les qualités ou propriétés inertes où inorganiques aux êtres inanimés, Il est étrange de voir des sauvages employer cette règle si simple et si nturelle, tandis que les peuples civilisés ont une syntaxe si arbitraire. La différence de ces deux genres d’adjectifs consiste généralement dans la terminaison, qui varie, quoique le radical soit le même, Avec les adjectifs, les Indiens font souvent des substantifs en changeant ou modifiant la terminaison de l'adjectif. Quant aux noms propres, ceux des hommes sont emblématiques; ils ont ra, *t à un trait de courage, à un animal, à un ornemen‘ héréditaire ou caractéristique. Ceux des femmes sont tirés des fleurs, des objets naturels ou de fantaisie. Nous en citerons quelques-uns :

Noms d'hommes, Noms de femmes.

Les quatre ours. Le bouton de rose.

Le loup trompeur!. La fleur qui s'incline.

Le buffle blanc. Le saule pleureur.

L'ours rouge. L'herbe aux doux parfums.

La tête d’élan, Le cristal de roche.

La fiente de cheval, L'homme du bon sens, La fumée qui court.

La main sanglante.

La nuée blanche.

La biche qui nage.

L'étoile polaire.

La fontaine pure.

Les noms de mois se rapportent à ce qui les distingue les uns des autres dans le calendrier du désert. Les Natchez avaient treize lunes au lieu de douze; la première correspondait au mois de mars et s'1ppelait la lune du chevreuil; les autres étaient :

Avril, La lune des fraises. Octobre. La lune des dindes. Mar. La lune du vieux maïs. Novembre. La lune des buffles, Juin. La lune des melons d'eau. Décembre. La lune des ours, Juillet. La lune des pêches, Janvier. La lune des oies,

Aont. La lune des mûres. Février. La lune des châtaignes.

Septembre. La lune du nouveau maïs.

La lune des noix complétait cette nomenclature de lunes qui duraient chacune moins d'un mois.

Nous l'avons déjà dit, il y a des substantifs qui sont formés des adjectifs, en changeant leur terminaison. C'est de cette manière que de ossin, pierre, on fait ossin-ecsh, pierreux; de nebi, eau, lon fait nes, aqueux, etc. Tous les pluriels se forment de la même manière; mais ceux des noms animés ne sont pas les mêmes que ceux des noms inanimés. Ainsi en algonquin on dit : muloo, un ours; mnubhoaig, des ours; ouabigrun, une fleur; ouabigounou, des fleurs. Il y a très-peu de substentifs privés de nombre. Cela ne se trouve guère qu'à la troisième personne des déclinaisons des noms animés, et dans les conjugaisons des verbes animés. Les substantifs ont des diminutifs comme dans la plupart de nos langues européennes. Ainsi on dit : ekowa, une femme ; ehwaz-ais, une petite femme; énin-i, un homme; éxin-ies, un petit homme; penuisi, un oiscau; penuish-ies, un petit oiseau; addik, un renne; addik-0s, un petit renne; wakiegun, une maison; wahkieq-uns, une petite naison, etc.

Les verbes suivent en principe les règles qui régissent les adjectifs, et s'accordent avec leur sujet, comme ceux-ci s'accordent avec les noms ou pronoms qu'ils qualifient.

Il y a des langues indiennes qui manquent d’auxiliaires; mais elles

ont des substituts ou des modifications pour les remplacer. Il en est de même des mots ou des verbes qui, n’exprimant pas exactement la pensée telle qu'elle devrait être rendue, sont remplacés par des équivalents. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, le verbe arriver, n'existant pas dans plusieurs dialectes, est souvent remplacé par venir, ou apparaitre.

nguc les uns des aient treize lunes s de mars et S'Ap-

une des dindes.

une des buffles, une des ours,

une des oies,

une des châtaignes.

lunes qui duraient

t formés des adjecnière que de ossin, l'on fait neb-ish, me manière; mais eux des noms ina-

rs; 2Anuloaig, des

. [y a très-peu de e qu'à la troisième s les conjugaisous comme dans la pluowa, une femme ; inin-ies, un petit oiseau; addik, un

üson; walhieqg-uns,

sent les adjectifs, et nt avec les noms ou

iliaires; mais elles

placer. Il en est de xactement la pensée ar des équivalents.

ver, n'existant pas nir, vu apparaitre.

Grand nombre de verbes sont dérivés des substantifs auxquels on a changé la terminaison, ou bien auxquels on a ajouté une ou plusieurs syllabes soit avant, soit après : ainsi, de annamiauouina, prière, on fait nianuamioi, je prie; de ahnimiki, tonnerre, on fait ninahnimikiou, je suis le tonnerre. Tous ces changements simplifient tellement la langue, qu'avec peu de mots on peut dire beaucoup de choses, et d’une manicre brève autant qu'expressive. Nous donnerons ici un exemple, qui est cité par M. Schoolcraft, dans son troisième discours sur les combinaisons des substantifs avec des adjectifs et des verbes, afin de montrer le génie de la formation des mots. Baimoua, en algonquin, veut dire son Où bruit ; avec ce radical on fait baimouaoua, le son qui passe; minouaoua, un agréable son; maunouaoua, un son désagréable; modouayanshluu, le bruit des vagues qui frappent le rivage; modouayaunnamad, le bruit du vent; modouayaukouskau, le bruit des arbres qui tombent; modouakioumisgishin, le bruit d'une personne qui tombe; modouaysin, le bruit d’une masse inanimée qui tombe à terre. Cest ainsi que toute modification dans la pensée peut s'exprimer par une modification du mot ou de l'orthographe.

Les pronoms sont, pour ainsi dire, ensevelis dans les verbes ; néanmoins, en analysant les phrases, on peut les reconnaitre, et nous en donnerons plus tard une traduction en plusieurs langues. Maintenant, disons quelques mots sur le style.

Les discours des Indiens ne laissent pas d’avoir souvent une grande et noble beauté de style. Le talent d'orateur est très-apprécié parmi les Peaux-Rouges; ils aiment les belles phrases, les expressions choisies, les images frappantes. Il est surprenant de voir avec quelle adresse et quelle habileté des hommes illettrés et sauvages manient une langue pauvre en elle-même, et les ressources variées et merveilleuses qu'ils en retirent. Leurs pensées, pleines de noblesse, de poésie, d'énergie et de bon sens, atteignent parfois le sublime, quoique la forme en soit simple et concise. Un orateur indien qui parle dans une grande occasion au nom de sa tribu présente réellement le type de la dignité, de la sagesse et de l'éloquence; il rappelle les héros de l'antiquité. La parole, chez les Indiens, n’est pas soumise à ces nombreuses règles oratoires qui gênent l'originalité de la penrée; ils racontent ce qu'ils pensent et ce qu'ils éprouvent avec une éloquence imagée. La nature est leur seule maîtresse

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dans l'art de parler, elle est leur livre unique, et e'est dans ee fire tou jours ouvert que leur âme sensible, leur imagination vive, ardente, im pressionnable trouvent les images qui embellissent leur langage, les in tonations qui donnent de li conteur aux mots, et les expressions qui rendent li pensée si digne, si naturelle et st originale. L'intelligence des Indiens est élevée; leur jugement profond, net et clairs leur nee moire vraiment extraordinaire, et cette réunion de qualités prôte à leur parole un cachet de naïveté, de bon sens et de vérité qu'on retrouve difficdement parmi les orateurs des nations civilisées, où la forme des discours l'emporte trop souvent sur le fond.

Nous donnerons 1et une idée du style et de la forme des discours indiens, en rapportant une allocution prononcée par un chef des Puants au général Doge, qui venait de la part du gouvernement des Etats-Unis pour demander à ee chef de lui céder son territoire, Ce discours, aussi simple que digne, aura, du reste, un intérêt historique, en montrant quelle répugnanee ont les Peaux-Rouges à vendre leur terre pour émigrer dans des pays inconnus,

« Mon frère, dit Pndien au général, je te revois avec plaisir; en te députant près de nous, notre Grand-Pére Une pouvait faire un meilleur choix, ear nous Paimons tous. Tu as déjà présidé plusieurs fois à nos traites avec les blanes, et nous nous sommes applaudis de ta loyauté. Tu 2 Loujours été un ami pour notre nation; nous espérons encore que tu seras notre défenseur auprès de notre Grand-Pêre,

«Tu viens, dis-tu, de la part de notre Grand-Pêre pour nous demander la cession de notre territoire, Mais aurait-il oublié les magniliques promesses qu'il m'a faites à Washington, à deux époques différentes? Pour moi, ilm'en souvient encore comme si c'était aujourd'hui, Je reeus dans cette ville le plus grand accueil; tout le monde était enchanté de me voir, de me montrer ce qu'il y avait de mieux dans les eltés que je traversais; les marques du plus entier dévouement nous étaient prodiguées. On nous disait qu'on ne nous inquiéterait plus sur les terres où nous nous retirions, et en signe d’une inaltérable alliance, on me donna une médaille d'argent, représentant deux mains enlacées, — « Comptez sur

« moi, » me disait le Grand-Père; « je vous défendrai toujours : vous

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serez nes enfants; si Von vous fait quelque tort, adressez-vous toujours mor: vos sujets de plainte cesseront des qu'ils me seront connus, et je vous défendrar, » {it moi, staple enfant de la nature, qui dat qu'une langue, je croyais à la sincérité de ces promesses ; mais voilà que, malgré nos réclunations, toutes nos affaires ont été administrées us même nous consulter, On a renvoyé des agents que nous aimions, pournous en donner d'autres sans prendre notre avis, Nous avons adressé des pétitions auxquelles on n'a eu aucun égard, On nous avait promis qu'on nous husserait toujours sur lesterres que nous ocsupions, et déjà ou veut nous envoyer je ne sais où! Mon frere, {u es notre ami, dis à notre Grande Pere qu'avant de prendre le chemin d'un nouvel exil, ses enfants ont besoin de faire jet une halte plus longue: l'arbre con tansplanterat sans cesse ne tarderait pas à périr,

« Pour se dispenser d'être juste envers nous, on nous accuse d'être la nation la plus perverse qui soit sous le ciel, Sie reproche nous était fait par des Peaux-Rouges, je montrerais qu'ilest exagéré; mais ce sont des blancs qui nous ladressent, et je me borne à répondre qu'il retombe sur eux, Pourquoi venez-vous nous tenter jusqu'à ia porte de nos cabanes ee votre ecu-de-feu, Si destructive pour notre tribu ?S'ilse commet des crimes parti nous, c'est par suite de l'ivresse; et qui nous enivre, qui? Des hommes avides qui nous vendent du poison au prix de nos dépouilles, »

Tous les discours de ce genre adressés aux agents américains se ressemblent; tous ont le même calme et la même dignité, Nous avons choisi celui-ci entre plusieurs comme étant le plus court et le plus simple, en est d'autres qui renferment toutes es beautés contenues dans nos meilleurs chefs-d'œuvre de rhétorique, Nous en donnerons ici quelques extraits des plus remarquables, À époque où les Anglais étaient en guerre avec les Français, le gouverneur budley envoya, le 20 juin 1703, des messagers aux tribus indiennes pour les prier de venir à Falmouth tuirun conseil à l'effet de conclure untraité de paix, Parmi les discours qui furent prononcés à cette assemblée, on remarque celui d'un chef nommé Simmo, qui prélude ainsi : « Nous vous remercions, bon frère, pour être venu d'aussi loin parler avee nous : c'est une grande faveur. Les nuages planent dans l'air et se noircissent, mais nous chantonsencore

avec amour les chants de paix. Groyez mes paroles. Aussi loin que Île

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soleil est au-dessus de lo terre, de même nos pensées le sont-elles de la guerre et même de la moindre rupture entre nous, »

Un Penobscot, du nom de Peol Susup, tua de sa main un cabaretior chez lequel il s'était enivré, Ayant été mis en prison pour ce crime, un chefde la même tribu le défendit en s'adressant ainsi aux juges : « Vous savez que votre peuple fait beaucoup de malà mes Fadiens, Iles trompe, les tue, et les coupables se promènent libres dans vos rues; personne ne les touche, Ceci fait brûler mon cœur d'indignation, Alors mes Indiens me disent : Nous irons tuer vos méchants et vos mauvais sujets. Je leur

reponds : Ne faites jamais cela, nous sommes tous frères, Votre peuple

disait : Le coupable doit mourir, Mais il n'en a pas été ainsi sil vit, mange.

et boit dans votre grande prison, et ne mourra jamais pour avoir tué un Indien. Mes frères me disent : Que cet homme sanguinaire soit libre, ainsi que Peol Susup. Voilà ce que nous désirons, L’espérance remplit nos cœurs à tous, La paix est bonne; mes Indiens l'aiment ; ils sourient sous son ombre. Le Grand-Esprit est notre chef, J'ai dit ce que je pensais, »

Un des chefs les plus célèbres de la tribu des Creeks fut Weathertord, qui, à la tête de ses guerriers, défit les Américains en plusieurs batailles rangées el massacra presque tous les blanes réfugiés dans le fort Mimms. Quelque temps après l'affaire du fort Mimms, les Américains, sous le commandement du général Jackson, prirent une terrible revanche, et h plupart des Crecks furent tués ou faits prisonniers. Le général Jackson, voulant essayer la fidêlité des chefs indiens qui avaient fait leur soumission, leur ordonna de lui amener Weatherford pieds et poings liés. Quand ces chefs firent part au sachem de la requête du général, Weatherford, pour leur épargner cette trahison et s’éviter une pareille humiliation, résolut de se présenter lui-même devant ie général, qui fut bien surpris lorsque cet Indien parut devant lui, en lui disant : «Je suis Weatherford, qui commandait la prise du fort Mimms et qui désire la paix pour mon peuple : je viens la demander. » A cette demande, Jackson lui dit : « Je suis étonné que vous ayez osé paraître devant moi après votre conduite, qui mérite la mort; et si vous aviez été amené comme je l'avais ordonné, je sais comment je vous aurais traité, » Alors Weatherford répondit : «Je suis en votre pouvoir, faites de moi ce que voudrez; je suis soldat; j'ai fait aux blancs tout le mal que j'ai pu ; je me suis battu contre eux et je

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me suis battu bravement; si j'avais une armée, je me battrais encore,

je me battrais jusqu'à la fin; mais je n'en ai plus, me peuple n'est plus.

Je ne puis que pleurer sur les malheurs de ma nation, »

Le général Jackson, impressionné par la vue d'un si noble courage, dit au chef indien que bien même qu'il Favait en son pouvoir, il n'en abuserait pas, et qu'il lui donnait le choix entre une soumission sans condition ou la liberté avec une guerre sans quartier comme sans pitié, Alors le célèbre sachem lui répondit, sur un ton digne, mais ému par l'indignation : « Vous pouvez en toute sécurité n'offrir de pareilles conditions : il y avait un temps où j'aurais pu vous répondre; il y avait un temps où j'aurais eu un choix; maintenant je n'en ai plus, je n'ai même pas d'espérance, Autrefois je pouvais encourager mes guerriers pour le combat, mais je ne puis animer les morts; mes guerriers ne peuvent plus entendre ma voix; leurs ossements reposent à Talladega, à Tallushatches, à Émuekfaw et à Tohopeka. Je ne me suis pas livré sans réflexion. Lorsque j'avais la moindre chance de succès, je n'ai jamais quitté mon poste, ni demandé la paix; mais mon peuple est parti, et si je demande la paix, c’est pour ceux qui viventencore etnon pour moi. Je regarde derrière moi avec une profonde douleur, et je désire éviter de plus grandes cilamités. Si je n'avais eu à combattre que l'armée de la Géorgie, j'aurais cultivé le maïs sur un côté de a rivière et je me scrais battu de l'autre ; mais votre peuple a détruit ma nation. Vous êtes un brave, je me repose sur votre générosité, Vous ne demandez d’un peuple vaincu que ce qu'il peut vous donner. N'importe quelles seront vos conditions, ce serait folie de s’y opposer. Si elles sont convenables, je serai un des plus fervents à les observer et à les faire agréer. Vous avez dit à mon peuple qu'il pouvait s'en aller en toute sécurité n'importe où il irait : ceci est bien dit, il doit vous écouter, il vous écoutera, » Un pareil discours ne souffre aucun commentaire; la dignité et la résignation y respirent à chaque sentence. En le reproduisant, nous avons voulu donner une juste idée de l'éloquence indienne, et nous croyons que dans le monde civilisé peu d'orateurs se sont élevés aussi haut que les sachems, dont les nobles sentiments, peints en termes aussi énergiques, aussi simples, aussi grands, sont dignes d’une admiration sincère.

Lorsque l'Indien parle en public ou dans un conseil, sa pose, son maintien grave et ses gestes surtout augmentent encore l'effet de ses pa-

100 VOYAGE PITTORESQUE roles, Le langage expressif des gestes, universellement usité parmi les wibus de l'Amérique septentrionale, est presque aussi perfectionné chez les sauvages des grands déserts que l'est celui des sourds-muets parmi nous, Les Ponux-Rouges se comprennent parfaitement au moyen de cos signes inventés par les nécessités de leur existence bizarre et dans des solitudes où la parole est souvent dangereuses, ils peuvent même raconter de cette manivre des événements assez longs, auxquels nous ne com prendrions absolument rien, Grâce à ce talentet à celui de Fimitation, ils reproduisent avec une perfection incroyable les hurlements des loups, le hennissement des chevaux, le eri de la chouctte, de l'écureuilet de tous les animaux sauvages ou domestiques,

Nous l'avons dit, les Indiens sont narrateurs par goût, aussi bien qu'orateurs par nature; leurs récits du loyer sont d'un intérét réel ot contiennent toujours une moralité simple et particulièrement adaptée à l'auditoire, À côté des conteurs de profession que l'on retrouve dans les déserts américains comme en Orient, et qui sont toujours fournis de légendes et d'histoires trés-curieuses, les pères de famille et les vieux sachems ne dédaignent pas d'interrompre leur silence ordinaire pour raconter le soir, à la clarté des étoiles ou d'un feu de bois blane, quelquesuns de ces récits qui caplivent etinstruisent en même temps les êtres les plus maussades ou les plus distraits. Nous traduirons iei quelques-unes de ces légendes du wigwam, traduites également par d'autres écrivains, qui ont eu comme nous l'occasion de les entendre dans ces vastes solitudes peuplées par l'imagination indienne de mystères et de drames fantastiques.

Un chasseur ambitieux, et n'ayant qu'un fils unique qui s'approchait de l'âge où les jeunes garcons ont l'habitude de se choisir un esprit protecteur, désirait vivement que son fils jednât à cette occasion beuucoup plus que la coutume ne l'exige, afin qu'il pût obtenir un esprit très-puissant, À cet effet le chasseur donna ses instructions à son fils, et l'encouragea, par tous les raisonnements possibles, à se conduire comme un homme, L'enfant, voulant satisfaire les désirs de son père, commença par prendre un bain de vapeurs dans les loges destinées à cela, puis il se plongea dans l'eau froide, et s'en fut se reposer sur une uatte de jonc tressée par sa mère et placée dans une cabane isolée, construite au milieu d'une forêt, Son père voulut l'accompagner jusqu'en cel

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res et de drames

e qui s'approchait choisir un esprit tte occasion beauobtenir un esprit ictions à son fils, s, à se conduire isirs de son père, loges destinées à e reposer sur une bane isolée, cons-

igner jusqu'en cel

DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. au

endroit; 1 Pengagen à jeter pendant douse jours, et lui promit de venir le voir tous les matins, Le pauvre pénitent se couvrit la tête et demeura ainsi couché pendant hoit jours, ne se levant que pour recevoir le eus seu qui de visitait réguliérement selon sa promesse, Le neuvième jour,

l'enfant dit à son pére ce Mon pére, mes songes sont mauvais, Fesprit

qui me visite ne m'est pas favorable comme vous le désireriez, Liissezmoi rompre mon jetne, et un autre jour jessayerai de nouveau, de ouai plus la force de jeter plus longtemps, — Mon fils, répondit le chasseur, tout sera perdu si vous ne continuez pas, Vous avez persévéré pendant huit jours, le plus difficile est fait, encore un peu de patience, Cet esprit viendra vous voir, » Le malheureux garcon, exténné par le besoin de nourriture, se recoucha, Le onsiome jour, 1 renouvela sa demande d'une voix mourante; mais le pere tai répondit: «€ Demain, » Celui-er revint le lendemain selon son habitude, En s'approchant de la cabane, ierut entendre quelqu'un qui parlait en dedans; alors, s'arrôlaut, 1 regarda par une petite ouverture pratiquée dans le mur, et dit son fils se peignant le corps en murmuraut ces mots 6 Mon pére Cure tué, na pas voulu m'accorder ma demande, Je vais être heureux «pour toujours, ear je lui ai obéir, même au delà de mes forces, Mon esprit n'est pas celui que je cherchais, mais ilest juste et imiséricor- «dieux, et m'a donné une nouvelle forme, » En ce moment le vieillard se mit à crier : € Mon fils, mon fils, ne m'abandonne pas, » Mais l'enfant, métamorphosé en rouge-gorge, s'envola sur le toit de la cabane avec lagiité d'un oiseau, puis il dit à son pére : Ne pleurez pas mon chan-

«gement, je serai plus heureux dans mon état présent que je ne l'aurais

cété en devenant homme, Je serai toujours Pani des hommes et j'habi-

cterai près de leurs demeures, Je ne puis pas satisfaire votre amour-

propre comme guerrier, mais je vous réjouirai par mes chansons.

Maintenant je suis libre des inquiétudes et des chagrins de la vie. Les

cmontagnes et les prairies me fourniront ma nourriture, et mes sentiers «seront désormais dans l'air et l'espace, » À peine avait-il dit ces mots, qu'il disparut dans Le feuillage de la forêt,

Voici une autre légende non moins curieuse que la précédente, et dont la morale est une critique de la curiosité.

Sayadis pleurait sa sœur qui mourut jeune et belle, Enfin, ne pouvaut se consoler de sa douleur, il résolut d'aller dans le pays des âmes

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et de ramener eelle qu'ilavait perdue, Son voyage fat long, plein d'aven tures, et aurait té infraetuens Si n'avait pas rencontré un iciliard ou moment où il allut tomber dans le plus violent désespoir, Ce visillard lui donna une calebasse magique dans laquelle il devait enfermer l'esprit de sa sœur SA parvenait à la trouver. Sayadis, heureux de sa rencontre, sen alla le can gai et rempli d'espérance; mais quel ne fut pas son étonnement en voyant qu'à son arrivée dans Le pays des es tous les gsprits le fuyaient{ Dans cette difficile conjoncture, Taren vawage, le maitre des cérémonies, Paida de son pouvoir en lui donnant une mystérieuse raquette qui avait le pouvoir de Tai ramener sa sœur, Aussitôt le bruyant Taiwaieyun, où tambour des esprits se fit entendre pour réunir toutes les mes dans une danse solennelle, et la te indienne donna ses notes les plus douces et les plus mélodieuses, L'effet de cette musique Pat instantant, et tous les esprits s'approcherent pour com mencer une joyeuse ronde, Sayadis aperçut bieniôt sa sœur, et, péne tant rapidement au milieu des danseurs, saisit et enfer dans sa calebasse celle qu'il eherehait et qui faisait tous ses efforts pour regagner sa hberté, Puis revint chez lui avec son précieux fardeau. De retour dans sa cabane tous ses parents et ses ainis vinrent pour assister à la cérémonie qu'il restait à faire pour déterrer le corps de Ja délunte et le ressusciters en ui rendant son Ame enfermée dans la calebasse, Mal heureusement, en ce moment, une femme plus curieuse que prudente, ayanten l'envie de voir comment était fait an esprit séparé du corps, ouvrit la calebasse et Fesprit disparut dans Pair, C'est ainsi que Pinlortuné Sayadis so vit frustré de son bonheur, du fruit de son voyage et de ses fatigues par la fatale curiosité d'une femme,

Pour ne pas nous arrôter trop longtemps sur les narrations indiennes, nous laisserons de côté toutes les traditions allégoriques où purement letives, si gracieuses qu'elles puissent être, mais quine renfermentau eue moralité ségieuse, 2e qui est pourtant trésrares car dans les récits les plus extraordinaires, tels que ceux des métamorphoses dun guerrier, de ses combats contre un géant où contre un chef cruel, terrible et puis saut, des enchantements causés par la volonté des génies, des esprits ou des propriétés magiques dun sac de médecine où d'une amulette quelconque, on trouve presque toujours au fond de ces récits quelque

lecon morae ou religieuse plus où moins cachée sous les brillantes pro

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