CHANT DE GUERRE
Écoutez mes cris, oiseaux de guerre, je vous prépare un festin !
Oh! que n'ai-je les ailes de l'aigle pour fondre sur mes ennemis !
Je partage l'impatience cruelle de ses griffes; je suivrai son vol,
J'ai consacré mon corps à l'esprit des combats, je moisis dans l'inaction.
Comme lPaigle de guerre, j traverserai les lignes de mes ennemis ; Mon tomahawk et ma lance s'abreuveront de leur sang.
Voyez, mes amis, ce qui flotte devant ma cabane :
Ce sont les chevelures des vaincus que j'ai tués.
O vous, jeunes guerriers, regardez avec fureur le champ de bataille. Courez, frappez, tuez, c'est le jour de la vengeance,
Ne eraignez point d'être compté parmi les morts,
Parce que même alors votre nom sera couvert de gloire.
Passons à un autre genre de poésie d’une nature moins sauvage. En voyant combien une mère indienne est fière du berceau qu'elle à fabriqué, arrangé, orné elle-même pour son enfant avec tant de soin, on juge facilement de la grandeur de son amour maternel, C'est ce mème amour, si profond dans les déserts du nouveau monde, qui inspire à cette mère des chansons pleines de tendresse pour endormir son nourrisson. Ces chants, il est vrai, sent monotones : les paroles en sont simples, mais les sentiments exprimés par cette poésie du cœur ne laissent pas que d'avoir beaucoup de charme. Hs ressemblent aux romances où comphintes de ce genre chantées dans tous les pays civilisés, On y retrouve souvent les mêmes paroles, comme si la nature n'avait partout qu'un seul langage. Les inflexions de la voix, dans ces chants, sont plus douces et plus agréables qu'on ne pourrait l'espérer d'idiomes barbares et rudes. Dans les villages, comme dans les forêts, lorsque l'enfant veut dormir, si mere suspend à une poutre où à une branche le berceau dans lequel il repose, puis elle le balance en chantant une chanson improvisée ou devenue populaire par l'habitude, Nous publions celle qui nous à paru
être le modèle sur lequel toutes les autres ont été plus ou moins calquées.
Balance, balance-toi, joli berceau, Roule, roule, vague aérienne;
Len nanas ere mamennep ve. «
ae De
420 VOYAGE PITTORESQUE Dors, dors, petit enfant, dors, dors ; Car ta mère veille sur toi.
C'est elle qui te balancera sans cesse :
Dors, dors, petit enfant, dors.
Petit chéri, tu es l'amour de ta mère.
Dors, dors, mon enfant, dors, dors ; Joli berceau, balance, balance-toi ;
Balance mon enfant près de moi; Petit amour chéri ne pleure pas; Car ta mère veille sur toi.
Roule, roule, vague aérienne Balance mon enfant qui dort.
Sa mère est là qui veille,
Pour qu'il ne soit pas seul.
Vogue dans l'air, joli berceau ; Vogue, vogue, petit enfant.
Le principal mérite de cette poésie, à part les sentiments de tendresse maternelle qu'elle renferme, est dans la beauté musicale des mots indiens répétés ; rien dans notre langue ne pourrait leur être comparé.
Les Peaux-Rouges ont encore des fables dont le sens moral est plein de finesse et de sel, et que la Fontaine lui-même ne désavouerait pas. Ces fables ont naturellement le caractère primitif que leur donne leur origine sauvage; néanmoins, les hommes civilisés pourraient tout aussi bien que les Peaux-Rouges profiter des leçons renfermées dans ces fictionsindiennes. On peut en juger par l'exemple suivant :
Un jour d'hiver, un lynx affamé aperçut un lièvre assis sur un rocher au sommet duquel le lynx ne pouvait arriver. Alors, s'adressant au lièvre, il lui dit : —Ouabousé, Ouabousé, descends ici, mon petit blanc, je veux te parler. — Oh! non, répondit le lièvre; j'ai peur de vous, et ma mère m'a dit de ne jamais parler aux étrangers.—Vous êtes très-joli, reprit le lynx, et très-cbéissant à vos parents, mais vous devez savoir que je suis un de vos cousins; je désire envoyer un courrier dans votre cabane, descendez me voir. Le lièvre, flatté de s'entendre dire qu'il était joli, descendit le rocher et fut aussitôt mis en pièces par le lynx.
Nous ajouterons ici une satire que les mères indiennes chantent parfois à leurs enfants lorsqu'ils arrivent à l’Age de raison, et une petite poésie que les Algonquins fredonnent en jouant.
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