‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 89 sur 137 · LA GRENOUILLE AU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LA GRENOUILLE AU PRINTEMPS

Enveloppé de son manteau de neige, vois l'esprit blanc, Combien du haut du ciel il oppresse notre souffle, Lourdement et froidement sur la terre gelée

L'esprit blanc nous oppresse, il nous glace durement.

Hélas ! vous êtes si froid, si froid, cessez, cessez donc, Brillant esprit que Manedo fit descendre de l'air, Cessez de nous oppresser et retournez au ciel;

Car une fois reparti, Seegwun (le printemps) reviendra.

Maintenant il ne nous reste plus qu'à parler du chant de mort que les Indiens ont l'habitude de chanter lorsque, ayant la pleine liberté de leurs facultés, ils vont mourir, soit par un suicide, soit par la main de leurs ennemis. Ce chant est toujours une improvisation dictée par la circonstance qui en est l’occasion; il est plus ou moins long et pathétique, selon le génie qui l'inspire et les sentiments qui l'animent. Il en est peu de conservés dans les solitudes américaines. Pourquoi? Nous l'ignorons ; car non-seulement ils sont beaux par eux-mêmes, mais ils renferment encore bien des enseignements utiles. Il est vrai que les sauvages n'aiment pas à se rappeler, à propager les insultes que leur jettent à la face, avant de mourir, les victimes qu'ils sacrifient à leur vengeance; mais les chants que les Indiens font retentir sur le bord des rivières, des lacs et ‘des forêts, au moment où la tombe va s'ouvrir sous leurs pieds, n’ont rien qui puisse outrager leur amour-propre. lei nous ne rappellerons que celui d’An-pe-tu-sa-pa-ouinn, cetie jeune Indienne dont nous avons raconté la malheureuse histoire dans nos descriptions, et qui, désolée de l'abandon de son mari, s’embarqua sur un canot avec son enfant et se laissa tomber dans les chutes de Saint-Antoine. Dès qu'elle vit que le courant emportait son frêle esquif, et que tout espoir

de

fi

les forêts, l'eau, en de vie était désormais perdu, elle se leva tenant son enfant dans ses bras,

divinité particulicre, qui souffle, l'eau qui à l'imagination poéne influence sur es age de la divinité.

bien connue ct qui ennes :

Ps.

sprit blanc, ouffle.

arement.

ez donc, air, dl;

reviendra.

chant de mort que {la pleine liberté de soit par la main de isation dictée par la oins long et pathéqui l'animent. Il en es. Pourquoi? Nous ux-mêmes, mais ils

et se mit à chanter sur un air grave et triste les paroles suivantes :

C'était lui que j'aimais uniquement avec toui l'amour de non cœur.

C'était pour lui que je préparais avec bonheur le gibier fraichement tué et que ma cabane était si coquettement tenue.

C'était pour lui que je tannais la peau du noble cerf et que je brodais les mocassins qui ornaient son pied.

Tous les jours au lever du soleil j'attendais avec impatience le retour de celui que j'aimais.

Mon cœur bondissait de joie dès que j'entendais les pas de mon brave chasseur.

Il jetait son fardeau à la porte de ma cabane; c'était un chevreuil et je m'empressais de le préparer pour le repas.

Mon cœur était attaché à mon époux, et pour moi mon amour avait plus de prix que le monde entier.

Mais il m'a quittée pour une autre, et maintenant la vie m'est devenue un fardeau que je ne puis plus supporter.

Mon enfant est aussi pour mon cœur une source de chagrin, car il lui ressemble tant.

Comment pourrais-je supporter la vie, lorsque tous ses instants sont si cruels pour moi.

J'ai élevé ma voix vers le maître de la vie, je lui ai demandé de reprendre cette vie qu’il m'avait donnée, car je n’en veux plus.

Je vais sur le courant qui n'emporte et qui va satisfaire mes désirs et ma prière.

Je vois l’eau qui écume, je vois l’eau qui bouillonne, ce sera mon linceul.

J'entends les profonds murmures du gouffre, c’est ma chanson funèbre. Adieu! Adieu!

| Ces différentes traductions donnent une idée assez juste de la variété . ILest vrai que les ] du style poétique chez les Indiens, de la facilité, de l'énergie et de la les insultes que leur | grâce avec lesquelles ils traitent divers sujets, ils expriment leurs pensées ils sacrifient à leur et peignent leurs impressions au moyen de langues pauvres en ellesretentir sur le bord mêmes. Tous ces chants, distincts les uns des autres, ont un caractère la tombe va s'ouvrir particulier propre à chacun d’eux, et montrent à la fois une certaine ir amour-propre. lei puissance de conception et une originalité féconde. Cette littérature du ouinn, cetie jeune désert, ensevelie, pour ainsi dire, dans des solitudes inconnues, ne deistoire dans nos des- mande, pour s'élever à la hauteur de quelques-unes de nos meilleures , S'embarqua sur un productions européennes, que le développement que saurait leur donner es de Saint-Antoine. une main habile, une intelligence éclairée, un esprit supérieur qui sache

if, et que tout espoir exploiter une mine si précieuse à tant d'égards.

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