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ils chantent et dansent tous ensemble en tournant tout autour du feu, et, à mesure qu'ils passent près de la marmite, ils en tirent, avec les mains, des morceaux de viande qu'ils dévorent immédiatement sans jeter aueun cri, sans manifester la moindre douleur, s'il leur est arrivé de se brûler les doigts en les prenant. Mais, chose plus extraordinaire encore, lorsqu'ils ont ainsi consommé toute la viande, ils se jettent le bouillon sur les épaules, en chantant sur tous les tons :
Oh! que l'eau est froide! oh! quelle douce rosée!
Ces malheureux s'aspergent ainsi avec de l’eau grasse et bouillante, convaincus que le Grand-Esprit ne saurait permettre qu'ils se brûlent dans une cérémonie instituée en son honneur, :
Les Natchez, outre les réjouissances publiques communes à toutes les tribus indiennes de l'Amérique du Nord, avaient encore des fêtes nationales, dont le caractère était tout à la fois religieux et politique; nous disons religieux, parce que ces solennités furent instituées pour reme@tier le Créateur de quelques bienfaits signalés; elles étaient aussi politiques dans leur nature, en ce qu'elles constituaient l'unique revenu du souverain, qui jouissait, il est vrai, d'une autorité despotique et sans contrôle; mais, quoique maître de la vie et de la propriété de ses sujets, il n'imposait jamais des taxes ou des contributions, et se contentait des présents qu'on lui offrait dans ces grandes fêtes publiques.
On se souvient que l’année des Natchez se divisait en treize lunes, dont là première commençait en mars. Au commencement de chaque lune, le peuple célébrait cet événement par une fête qui prenait son nom, soit des fruits que l’on cueillait, soit du gibier que l'on chassait, ou des oceupations principales qui absorbaient la population durant la lune précédente. La lune de mars ou du chevreuil constituait la plus importante et la plus joyeuse de toute l'année. Pendant cette solennité on représentait un drame, qui rappelait le souvenir d'un épisode historique de la tribu.
Autrefois un Grand-Soleil, ayant entendu un bruit inusité dans son village, sortit précipitamment de sa demeure pour aller apaiser ce qu'il supposait être une querelle parmi sa peuplade et tomba immédiatement entre les mains d’une nation hostile qui avait envahi sa capitale. Mais les
Natchez, revenus de leur surprise, arrivèrent à temps pour délivrer leur souverain et mettre en faite leurs ennemis, après en avoir massacré un grand nombre, En commémoration de ce fait historique, les guerriers, au commencement de la lune du chevreuil, se divisaient en deux troupes, distinctes par la couleur de leurs plumes, se mettaient en embuscade près de la demeure du Grand-Soleil et simulaient une bataille pendant laquelle les deux partis déployaient tous les stratagèmes possibles pour rendre cette représentation intéressante et montrer les talents militaires qu'ils possédaient. Cette scène se reproduisait chaque année avec un tel entrain, qu'elle laissait une impression profonde surles spectateurs, qui croyaient assister à un vrai combat.
La septième lune, qui venait en septembre et s'appelait la lune du nouveau maïs, se célébrait principalement par un repas commun, acconpagné de cérémonies religieuses et auquel on "nangeait du mais planté et cultivé pour cette occasion, Pour planter ee maïs les guerriers choisissaient un espace de terre vierge qu'ils défrichaient au moyen du feu, Le terrain ainsi préparé, les guerriers, sous ie commandement de leur chef de guerre, plantaient seuls le maïs; personneautre ne pouvait, sous peine de mort, travailler au champ sacré, Lorsque le maïs commencait à mürir, il était placé dans une grange bien ombragée et construite ad hoc par les mêmes hommes qui avaient défriché le terrain, On informait ensuite le Grand-Soleil que tout était prêt pour les cérémonies qui duraient ordinairement une semaine, et lui déternunait le jour où le mais se mangerait en commun en sa présence, Le peuple, durant cet intervalle de temps, se bâtissait autour du champ sacré des huttes pour l'abriter de l'intempérie de latmosphère et emportait tous les usteiiles nécessaires dont il devait avoir besoin durant la solennité,
Au jour indiqué, le souverain, couché dans une litière peinte en rouge, décorée de fourrures, de feuilles de magnolia et de guirlandes de fleurs blanches et rouges et portée par seize guerriers (remplacés de cent pas en cent pas par d'autres porteurs), partait au galop pour le champ sacré au milieu des acclamations de toute la foule, Arrivée en face de la grange, la litière S'arrêtait et le souverain conversait familièrement avec les nobles de la nation en attendant que le nouveau feu fût allumé; puis, après avoir salué les quatre points cardinaux, il donnait
l'ordre de distribuer le mais, que chacun faisait cuire et mangeaitensuite.
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