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Après le repas, les guerriers chantaient des chansons et déclamaient chacun à leur tour leurs exploits passés. Puis à la nuit venaient les danses à la lumicre des torches. Ces danses, très-monotones chez les Natchez, s'exécutaient de la manière suivante, Les femmes formaient un grand cerele autour d'un musicien en se tenant par des guirlandes de plumes, les hommes placés derrière elles également en cercle ayant dans leurs mains des raquettes qu'ils agitaient en mesure; tandis que les femmes tournaient de gauche à droite, les hommes allaient de droite à gauche en sautant, Le lendemain on jouait à la paume, puis venaient les danses guerrières et des bains dans le fleuve pour se délasser des fatigues de la journée.
Nous ne savons pas si c'est une coutume prise aux Indiens, mais les habitants de la Louisiane ont une prédilection pour le maïs vert, et au printemps ils en font chaque année une grande consommation.
A côté des danses religieuses se placent naturellement les danses magiques où de médecines, cérémonies mystérieuses et secrètes dont il uous serait difficile de parler, car aucun profane n'y peut assister; ceux à qui 1 est accordé d'en être les témoins s'engagent, par un serment solennel, comme dans la frane-maconnerie, à n’en rien divulguer, Le peu qu'on en sait nous est révélé par la pictographie indienne qui a essayé d'en représenter quelques scènes, Ce sont, pour ka plupart, des pantomimes usitées pour la réception des candidats dans le corps des médecins et des prêtres; ce sont des épreuves qu'on fait subir aux aspirants pour connaître leur courage et leur force morale.
Avant de commencer les chasses à l'ours, les Indiens se livrent encore à de longs jeùnes, à des purgations sacrées et à une danse spéciale, qui, sans être positivement une danse religieuse, est néanmoins une invocation à une puissance supérieure qu'ils appellent le génie des ours, et qu'ils veulent se rendre favorable, La danse de l'Ours est une imitation des mOuvements de cet animal, une pantomime détaillée de son existence et de ses habitudes, et se renouvelle plusieurs fois pendant les jours qui précèdent le départ pour la chasse. L'Indien, naturellement superstilieux, est convaincu que, sans la danse d'invocation au génie des ours, cette chasse serait improductive et malheureuse, L'homme-médecine qui, dans cette occasion, remplitles fonctions de chef d'orchestre et de maitre de ballet, est entièrement vêtu de peaux d'ours; une tête d'ours lui sert de
coiffure et lui masque le visage. Au sommet de cette tête est placée une plume d’aigle en forme d’aigrette. Les danseurs portent également des masques et des accoutrements en peau d'ours, ce qui produit là plus grotesque scène de carnaval qu'il soit possible d'imaginer. Lorsqu'ils sont tous rangés en cercle, c’est à qui imitera le mieux le grognement de l'ours, sa marche lourde, sa course, ses bonds et ses facons de s'asseoir et de se reposer, Les fêtes terminées, nos chasseurs se mettent en marche pour aller à travers bois, rivières et prairies, à la recherche de ce gibier dont la graisse leur est si utile et la peau si précieuse. Arrivés à l'endroit désigné, les Indiens se divisent de manière à former un vaste cercle, qu'ils doivent battre à droite, à gauche, dans tous les sens, en se dirigeant vers le centre. Lorsqu'un chasseur découvre un ours, soit dans sa tanière, soit dans un taillis ou le creux d’un arbre, il le tue ordinuirement avec ses flèches ou son tomahawk, quelquefois avec un couteau, puis il prie le génie de l'animal de ne pas se fâcher et de ne pas lui être contraire dans une autre expédition. Dans ces chasses collectives on tue souvent cinq ou six ours, qu'on dépouille de leur fourrure et de leur graisse, et l’on abandonne à la voracité des loups la plus grande partie de la viande, excepté les pattes et la langue qui sont très-bonnes à manger.
La danse du Buffle, qui précède égalemeri la chasse de cet animal, exige aussi un travestissement de circorstance. Un ou plusieurs sau- .vages déguisés en buffles s’éloignent du village et vont, en espions et en sentinelles, sur une hauteur voisine, où ils imitent les mugissements des taureaux et des vaches. Ce moyen assez ingénieux ne manque pas d'attirer quelques buffles. Pour les faire venir plus sûrement, le chef de la tril'1 convie les hommes valides et les jeunes gens à se rassembler sur la place centrale du village, et la danse des buffles commence, Elle continue sans interruption jusqu'à ce qu’un de ces animaux ait été aperçu; aussi se prolonge-t-elle quelquefois pendant douze où quinzé*jours. L'homme-médecine, qui dirige la cérémonie, est entièrement couvert d'une peau de buffle, dont la tête avec les cornes lui sert de masque et de bonnet, Les danseurs, armés de lances et de flèches, sont à peu près nus pour avoir les mouvements plus libres. Ils ont pour coilfure une tête de buffle, derrière laquelle est attachée une queue de ce quadrupède. Chaque individu armé de sa lance et de ses flèches commence une ronde
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Lorsqu'un danseur est fatigué, il se couche par terre ou s’affaisse sur ses jambes; alors un Indien quitte la ronde et vient lui lancer sur le corps une flèche qui n’a pas de fer, puis il le traîne par les pieds hors de l'enceinte, tire son couteau et simule l’écorchement, La même scène recommence pour tous ceux qui tombent de lassitude. Mais enfin les espions placés en embuscade sur les collines font les signaux convenus pour avertir la peuplade de l'approche des buffles. Aussitôt la danse cesse, les guerriers montent à cheval et courent à la chasse avec un enthousiasime frénétique. Ceux qui restent au village, vieillards, femmes et enfants, crient et chantent de toute la force de leurs poumons pour remercier le Grand-Esprit d’avoir eu pitié d’eux et de leur envoyer de quoi soulager leur faim.
C'est en effet par la chasse aux buffles que les Indiens s’approvisionnent de tout ce qui est le plus utile à leur existence, car pour eux rien n'est perdu dans cet animal, et, comme nous le verrons par la suite, tout leur sert à quelque chose. Aussi le poursuivent-ils non-seulement lorsqu'ils sont dans la disette, mais encore toutes les fois qu'ils aperçoivent uu troupeau, à quelque époque de l’année que ce soit, même dans les temps les plus prospères. Pour ces chasses, les Peaux-Rouges se servent de leurs chevaux les plus agiles et sur lesquels ils montent ordinairement sans selle; ils se dépouillent même des armes et des vêtements qui pourraient les embarrasser ; ils ne prennent avec eux qu'un arc, des llèches et leur petit fouet pour faire avancer les chevaux qui ne voudraient pas s'approcher trop près des buffles effrayés ou furieux. D'autres Indiens n'ont pour toute arme qu’une lance, mais ce moyen de tuer un buffle est fort dangereux , car lorsque cet animal se sent blessé mortellement, il se jette sur le chasseur ou sur son cheval avec tant de furie et de rapidité qu’il est parfois impossible d'éviter ses coups.
Les buffles sont timides par nature et cherchent volontiers le voisiuage de l’homme; ils se réunissent, à la fin de l'été, en masses énormes, comptant parfois plusieurs milliers de têtes, et se dirigent vers l’ouest ou vers le midi. Pendant l'hiver ou l'été, ils ne marchent guère qu'en
troupeaux ; ceux qui s'isolent et s'égarent deviennent bien vite la proie des bôtes fauves. Lorsque les chasseurs sont arrivés à deux kilomètres environ du troupeau, ils s’'éparpillent de manière à l'entourer; puis, à un signal donné, ils s’avancent et l'enferment dans un cercle menacant, Les buffles cherchent alors à fuir à droite ou à gauche ; mais partout se dresse devant eux une muraille de cavaliers, qui s’approchent de plus en plus en poussant des cris épouvantables et faits pour effrayer des animaux moins timides. À mesure que le cercle se rétrécit, les buffles se groupent comme pour se soutenir et s’encourager à la défense; mais les chasseurs sont déjà à la portée du trait, et bientôt commence une scène de carnage. Chacun des cavaliers choisit ses victimes et chaque flèche, chaque coup de lance tue ou blesse mortellement un buffle. Les chevaux dressés pour cette chasse, libres dans leurs mouvements, conduisent euxmêmes leurs maîtres, qui ne s’occupent que de tuer. Souvent les cavaliers, emportés par l’ardeur de la lutte ou de leurs coursiers, s’aventurent au milieu du troupeau où leur vie court les plus grands dangers. Quelquefois un d’eux étant démonté, soit par la mort de son cheval, soit par tout autre accident, saute sur le dos d’un buffle et poursuit, sur cette singulière monture, son œuvre de destruction; d’autres fois, un cavalier continue courageusement à pied la lutte commencée à cheval : il se voit alors attaqué par des animaux furieux qui le poursuivent à leur tour avec acharnement. Celui qui verrait pour la première fois ce spectacle croirait que nos chasseurs vont être victimes de leur imprudence; mais ils sont façonnés à cette lutte corps à corps; parfois ils jettent sur les yeux de l'animal une ceinture ou tout autre morceau de peau, et pendant que le buffle cherche à s’en débarrasser, l'Indien lui plonge une lance ou une flèche dans la région du cœur. Pourtant, tous ne sortent pas de la lutte sains et saufs : bien des chevaux sont tués et leurs cavaliers foulés aux pieds.
L'attaque est si vive et si rapide qu’en moins d’une demi-heure ou d’une heure un troupeau d’une centaine de buffles est entièrement détruit; ceux qui parviennent à sortir du cercle de fer où on les tient enfermés sont poursuivis et tués dans la plaine, et, le plus souvent, reviennent d'eux-mêmes se faire tuer à l’endroit où ils ont été d’abord attaqués. C’est une remarque curieuse à faire sur les mœurs de ces animaux ; ceux qui pourraient échapper par la fuite au massacre général
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