TELLE QU'ELLE SE PRÉSENTE DU CÔTÉ DE LA MER DE MARMARA
A l'extrémité de la Propontide s'élève le château des Sept-Tours, Il entroit dans le vaste plan de fortifications qui protégea pendant plusieurs siècles les foibles successeurs de Constantin et de Théodose contre l'invasion des Barbares ; il n'a rien aujourd'hui qui puisse effrayer des conquérants; il ne menace plus que les paisibles négociateurs. Les Turcs sont presque le seul peuple qui n'ait profité ni de la civilisation établie dans les pays soumis à leurs armes , ni de celle dont leurs plus fidèles alliés ont travaillé si vainement à leur faire goûter les bienfaits. Un seul fait suffit pour constater ce triste phénomène : les Turcs ont une prison pour les Ambassadeurs. De tous les usages nés de la barbarie, il n'y en a point qui soit plus fait pour la perpétuer. M. Melling n'a pas voulu arrêter trop long-temps les yeux du spectateur sur ce monument sévère ; il se conforme au génie des lieux qu'il décrit. Lorsque des scènes riantes et solennelles s'offrent par-tout à ses crayons, il n'en détruit point le prestige par un objet qui, vu de trop près, affligeroit l'imagination. Le château des Sept-Tours ne fait ici qu'une partie du tableau ; il se lie à une longue suite de monuments d'un caractère plus doux , et en relevé l'éclat par son imposante vétusté. Une autre scène attire les regards. Des vaisseaux sortent du plus beau port de l'univers et naviguent devant le plus magnifique des amphithéâtres. Une division de la flotte turque, composée de quatre vaisseaux de ligne et de deux frégates, cingle majestueusement dans les eaux de la Propontide.
Sélim III, qui donna tous ses soins à la création d'une marine, ainsi que nous le verrons ailleurs , faisoit de temps en temps sortir les vaisseaux du port de Constantinople pour les exercer à quelques évolutions. La capitale jouissoit de ce spectacle avec plus de curiosité et plus de transport que les Turcs n'ont coutume d'en montrer. Tous les regards se portoient vers la magnifique entrée de la Propontide, et les Ottomans croyoient régner sur les mers.
L'aspect de Constantinople , pris de ce point de vue , offre la plupart des monuments que M. Melling a fait connoitre ailleurs. On apperçoit la pointe du sérail, et sur le rivage d'Asie les hauteurs de Scutari. Revenons au château des Sept-Tours.
C'est une espèce de citadelle pentagone fermée par un mur très épais et très élevé; il y avoit autrefois cinq tours , il n'en reste que quatre ; la cinquième , qui étoit du côté de la mer, s'écroula, en 1768, par l'effet d'un tremblement de terre. Théodose, après sa victoire sur Maxime, fit construire en marbre blanc, du côté de la campagne,