VUE DU CHÂTEAU DES SEPT TOURS ET DE CONSTANTINOPLE
un arc de triomphe et deux tours quarrées qui formoient les sixième et septième tours du château. Cet arc de triomphe étoit une des plus magnifiques entrées de Constantinople du côté de la Propontide ; il étoit surmonté d'une statue de la Victoire en bronze doré qui lui fit donner le nom de porte dorée ^ monument célèbre dans l'histoire du Bas-Empire. Dans l'enceinte du château des Sept-Tours est une mosquée. Le commandant y a son habitation particulière. Les troupes de la garnison sont établies dans une douzaine de maisons qui ont toutes de petits jardins. Cette garnison se compose de \Aga ou commandant, du Kidia ou lieutenant, de six Belouk-Bachis ou officiers, et d'environ cinquante soldats.
Jusqu'en 1768, les prisonniers des légations européennes étoient renfermés dans une des tours du côté de la ville, et ils souffroient beaucoup de Finsalubrité de ce séjour; mais un chargé d'affaires russe, M. Obreskow, étant tombé dangeretisement malade, les Ambassadeurs des autres puissances obtinrent qu'il fut transféré de la tour dans la maison du commandant; et depuis ce temps les Européens y sont renfermés. Quand le nombre des prisonniers est considérable, ils sont réduits à louer une ou deux maisons de soldats. La Porte fournit pour leur entretien une somme déterminée quelle que soit la quantité des individus qui composent la légation. Ils peuvent correspondre au dehors, mais seulement par l'entremise du Drogman de la Porte. Des soldats vont leur acheter tout ce qui leur est utile.
Celle des tours quarrées en marbre, qui est à la gauche de Tare de triomphe, avoit autrefois une destination horrible. C'est là qu'on exécutoit des Turcs distingués qui étoient tombés dans la disgrâce de leur maitre. On les conduisoit dans un cachot entièrement inaccessible à la lumière et sur lequel se ferment plusieurs portes de fer. Heureux lorsqu'ils n'attendoient pas long- temps dans ce lieu terrible le coup qui devoit les frapper. La tête de ces victimes étoit jetée dans un puits que les Turcs nomment encore le puits du sang, qui est au niveau du sol et mal fermé par deux dalles en pierre. Les Turcs qui habitent le château se plaisent à redoubler, par des récits peut-être exagérés, le frémissement dont on ne peut se défendre à la vue de ce cachot. Mais rapportons ici un fait qui soulage le cœur et qui montre la puissance et la générosité des Français.
Lorsque la dernière guerre entre la Russie et la Porte éclata , M. le général Sébastiani , alors ambassadeur de France , intercéda pour la légation russe qui alloit être renfermée au château des Sept-Tours, et obtint qu'elle put retourner librement dans sa patrie. Cette noble réclamation , faite au nom du droit des gens et de Thumanité eut lieu au moment même où la France et la Russie se livroient des combats mémorables. Si la fatalité n'eût pas ramené de nouvelles révolutions dans le malheureux empire turc, le château des Sept-Tours eût sans doute cessé d'être consacré à un usage barbare.
VUE DES Iles des princes;
LA CÔTE D'ASIE À DROITE, ET LA VILLE DE CONSTANTINOPLE DANS LE LOINTAIN.
Le groupe des Iles des Princes a toujours été considéré comme un des ornements de la Propontide. Elles doivent le nom qu'elles portent aujourd'hui à plusieurs princes grecs qui se virent successivement exilés dans celles de Khalkj et de Prinkipo; s'il est encore de beaux jours pour l'ambition trompée dans ses espérances, sans doute ils en jouirent dans ces riantes solitudes. Les Turcs ont eu l'équité de laisser aux Grecs, leurs premiers habitants, ces îles voisines de Constantinople. Elles n'ont pas conservé leurs anciens avantages; elles offrent des parties incultes, particulièrement sur les hauteurs ; on s'apperçoit , en les considérant , que la barbarie y a fait la guerre à la nature ; les arbres qui égayoient des cimes imposantes ont été souvent détruits ; mais le rivage reste toujours orné d'une prodigieuse abondance de fleurs et de plantes aromatiques.
Ces iles sont au nombre de quatre , Proti et Antigone , l'une et l'autre stériles ; Khalkj et Prinkipo, remarquables par la beauté de leurs aspects et par l'air pur qu'on y respire. La première seule (Proti) n'est pas présentée dans cette vue; elle est cachée par celle d'Antigone , dont on découvre une partie entre deux collines de File de Khalky, qui se déploie dans toute son étendue. C'est de Prinkipo que la vue est prise; il faut s'y placer du côté des Grecs que l'auteur nous montre prenant leur repas du matin. Ils ont choisi le lieu d'où leurs regards peuvent le mieux parcourir les iles de Khalky et d'Antigone , et suivre la magnifique scène que présentent dans le lointain les rivages d'Europe et la mer de Marmara; on voit auprès de ces Grecs un chanteur qui s'accompagne d'une mandoline , et qui sans doute leur retrace les exploits ou les malheurs d'un de leurs princes. Voilà en effet les chants qui plaisent le plus aux Grecs modernes ; ils parlent peu de leurs premiers ancêtres , soit par ignorance , soit parceque le souvenir de tant de gloire leur rendroit trop pénible leur situation présente ; ils choisissent leurs héros parmi ceux qui ont osé quelquefois résister aux Musulmans , et le flegme de leurs maîtres ne s'offense point de cette consolation que goûte dans ses chaînes un peuple asservi ; on a vu quelquefois les Turcs traduire et répéter eux-mêmes ces chants qui les accusent. Un autre Grec assis accompagne le premier d'une flûte champêtre; un pajoas debout, dans une attitude à la fois animée et imposante , semble mêler quelque commentaire de tradition à ce chant héroïque.
Plus loin, un pêcheur s'achemine vers le rivage. La pêche est la principale ressource des insulaires de ce petit archipel ; une multitude de pélamides , de rougets , de homards , etc. , assurent leur subsistance. C'est pour eux que la médiocrité est accom-