VUE DES ÎLES DES PRINCES
pagnée de ses fruits les plus doux; ils lui doivent presque l'indépendance; un seul commissaire turc habite parmi eux plutôt comme un compagnon respecté que comme un maître. Leur industrie sait tirer quelque parti de tout ce qui embellit leur séjour. Les fleurs et les arbustes odorants que la nature a prodigués sur ces rivages vont jusque dans les sérails joncher le lit de la volupté, ou servir d'ornements aux festins. Parmi les trésors qu'offre aux botanistes la Flore de ces îles, on remarque une plante dont la fleur a la plus parfaite ressemblance avec une abeille , et qui en porte le nom.
Khalky , cette ile formée de trois collines , que du rivage de Prinkipo on voit presque entière, ne fournit pas moins d'aspects riants et majestueux. Une légère élévation abrite le hameau de Khalky, dont les maisons sont entremêlées de cyprès toujours verds. On aime à suivre un étroit sentier qui conduit au monastère de la Trinité. Quels sentiments l'imagination ne préte-t-elle pas aux pieux cénobites qui de là, comme sous la garde du Très-Haut, contemplent avec sécurité les incendies et les révolutions c{ui dévastent Constantinople , aussi-bien que les tempêtes que la mer élevé sous leurs pieds ! Malheureusement les moines grecs , dévoués à la fois à l'ignorance et à la ruse par leur extrême pauvreté , sont bien au-dessous des méditations sublimes que semble provoquer le séjour qu'ils habitent. Ils entretiennent dans le monastère de la Trinité un hospice où les Grecs malades croient retrouver dans l'air vif de la montagne un nouveau principe de vie. Cette épreuve est fatale , comme on peut le penser, à ceux qui ont la poitrine attaquée; personne ne les en avertit. Que les traces de l'ignorance sont pénibles à rencontrer dans des pays si favorisés de la nature !
Une avenue de cyprès , qu'on apperçoit sur le chemin de la colline opposée , conduit à un autre monastère, celui de S. Nicolas. Plus haut sont les restes d'une tour ruinée. Entre cette seconde colline et la troisième on remarque une anse où les navires se mettent à l'abri du vent du nord, et qui est désignée par un bâtiment mouillé à son entrée.
Les barques et les voliks disséminés sur ces eaux, portent des provisions à Constantinople; deux vaisseaux venant des Dardanelles, et fendant à pleines voiles les eaux de la Propontide , cinglent vers cette capitale.
Enfin au milieu des richesses de ce paysage on voit sur la droite la côte d'Asie se prolongeant jusqu'à l'entrée du Bosphore ; on y distingue Maldepé , village turc. Le dernier plan du tableau présente la ville de Constantinople et la côte d'Europe.