‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 20 sur 87 · VUE DE KADI-KIEUI · texte numérisé non relu

VUE DE KADI-KIEUI

ils y arrêtent volontiers leurs petits bâtiments appelés sdiques, semblables à celui qui est ici représenté sous voile et virant de bord pour se diriger vers Constantinople.

Un édifice régulier frappe les regards au milieu de la gravure et sur le troisième plan : c'est une immense caserne de cavalerie qui fut construite par les ordres de Sélim IIL Elle est contigué à un village nommé Kavak-Serai. A gauche et près de la pointe , on apperçoit un kiosque bâti sur l'emplacement d'un ancien palais du Grand- Seigneur, d'où le village a tiré son nom. Sélim III se plaisoit à voir, des fenêtres de ce kiosque, les manœuvres de la cavalerie, exécutées sur le terrain qui le sépare de la caserne.

Dans la vaste perspective qui se développe à gauche paroît d'abord la tour de Léandre. On distingue dans le dernier plan , sur le rivage européen , le vallon de Dolma-Baktché , le faubourg de Péra , et enfin Tophané , où est établie une fonderie de canons.

Chalcédoine, aujourd'hui Kadi-Kieuï, est à deux lieues de Constantinople, à l'endroit où la Propontide commence à se resserrer pour former le Bosphore de Thrace. Cette colonie fut fondée par les Mégariens 676 ans avant notre ère. On sait combien ces Grecs furent tournés en ridicule pour n'avoir pas choisi le beau port et le magnifique emplacement où Byzance s éleva dix-sept ans après. Mégabyse, un des généraux du premier Darius , fut si choqué de leur méprise , qu'il appela Chalcédoine la ville des Ji^eugles, et ce mot devint un proverbe dans l'antiquité. Mais sans doute les Mégariens préférèrent la sûreté de leur colonie aux avantages commerciaux que leur offroit le site de Byzance. Le voisinage des Thraces belliqueux les repoussoit de l'Europe. La mollesse des Asiatiques ne leur présentoit pas les mêmes dangers, et offroit des chances favorables à leur industrie. Au défaut du commerce, la religion fut pour eux une source de splendeur et de célébrité; Chalcédoine, qui n eut jamais pu rivaliser avec Byzance, parvint à rivaliser avec Delphes. Elle eut son temple d'Apollon, sa fontaine sacrée, ses oracles; et les Grecs, entraînés par la superstition, vinrent apprendre leurs destinées dans la ville des Aveugles. Peut-être les délices d'un pays où la nature prodigue ses trésors favorisent-elles les spéculations oiseuses qui cherchent à surprendre les secrets du ciel. En devenant chrétienne , Chalcédoine continua à tirer ses ressources et son principal éclat de la religion. C'étoit le centre des controverses théologiques qui remplirent toute la durée de l'empire grec , et en précipitèrent la chute. Le quatrième concile-général y fut tenu en 45i. Tantôt l'hérésie y fut proscrite, tantôt elle y fut protégée. Les incursions des barbares vinrent souvent interrompre ces frivoles disputes , source déplorable de tant de maux. Repoussés de Constantinople, ils se vengeoient en pillant Chalcédoine. Celle-ci put réparer ses fréquents désastres jusqu'au moment où les Turcs, conquérants plus destructeurs que tous ceux auxquels ils succédoient, lui portèrent des coups dont ils ne lui ont pas permis de se relever.

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VUE DE CONSTANTINOPLE

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