DE LA PREMIERE COUR DU SÉRAIL
Nous avons déjà vu le sérail dans un moment de solennité. Il faut le considérer maintenant sous l'aspect qu'il présente ordinairement. L'artiste nous montre la première cour de ce vaste palais. Voici l'heure où les ministres, les dignitaires de l'empire, viennent assister au conseil du Grand-Seigneur, ou recevoir ses ordres. Ils n'y sont point transportés dans ces brillants équipages qui donnent tant de splendeur et de mouvement aux cours européennes; tous s'y rendent à cheval; et c'est la seule manière dont les hommes les plus éminents et les plus riches traversent les rues de Constantinople. Mais le nombre des familiers et des domestiques qui les suivent annonce l'éclat et l'importance de leur rang. Ici deux seigneurs entrent dans la première cour du sérail, et un autre en revient avec un cortège qui paroit pénétré de respect. Il est permis de traverser à cheval cette première cour; mais le Grand-Visir lui-même, ainsi que les ministres de la Porte Ottomane, et les ambassadeurs étrangers, mettent pied à terre au seuil de la seconde porte, qu'on peut reconnoitre dans ce tableau aux deux tourelles dont elle est flanquée. La porte de la première cour se nomme Babi-Humaioun ^ ou porte auguste. Les Musulmans ne la contemplent qu'avec un respect mêlé de terreur; et c'est elle qui a fait donner le nom de Porte Ottomane à l'empire du Grand-Seigneur. La seconde porte donne entrée à la salle du divan , et en reçoit le nom.
On ne regardera point, sans doute, comme un détail minutieux d'avoir montré la marmite d'un des corps de Janissaires, portée par deux cuisiniers et précédée par un sous-officier janissaire qui tient une énorme cuiller. Cette marmite est un objet de vénération pour les Musulmans. Ce redoutable corps des Janissaires veut qu'on respecte tout ce qui lui appartient. Un collège de prêtres n'obtiendroit pas , au nom de la religion , les marques de déférence craintive que ces soldats obtiennent par une terreur de tous les moments. Le sous-officier ne manque pas de frapper de sa grande cuiller tous ceux qui ne se sont pas retirés assez promptement pour faire place à l'auguste marmite. Elle contient le riz, dit pilavVy que les Janissaires envoient de leur caserne principale à leurs différents postes. Si cette marmite venoit à passer devant ces seigneurs que nous voyons traverser la cour dans une attitude si fiere, ils seroient tenus, comme le peuple, de s'en écarter.
Un officier du sérail, avec son bonnet de feutre pointu, conduit un âne; un autre porte sur sa tête un grand plateau chargé de mets dans des plats recouverts.
Remarquez cet homme languissant qu'on porte sur un brancard : c'est un malade qu'on fait sortir du sérail pour le conduire dans une infirmerie voisine du palais. Ni le plus haut rang, ni l'amitié du monarque, ni sa tendresse pour ses sœurs, ni même