VUE DE LA PREMIERE COUR DU SÉRAIL
l'amour qu'il porte à ses femmes , rien ne peut exempter les habitants du sérail d'être conduits hors de ce palais, dès qu'ils sont atteints des symptômes d'une maladie grave. On ne veut pas qu'aucun spectacle douloureux, qu'aucune image sinistre vienne attrister les regards du Grand-Seigneur. Ce genre de précaution, qui tient à l'essence de ce gouvernement despotique, produit ici un avantage particulier; c'est par là que le palais du Grand-Seigneur est à l'abri de la contagion de la peste.
Cette cour est bordée par deux bâtiments, dont l'un n'offre plus qu'une enceinte de vieilles murailles : c'étoit , sous l'empire des Grecs , l'église de Sainte-Hélène. Mahomet II, après sa victoire, y fît déposer les armes des soldats de Constantin. Dès-lors cette église fut convertie en un magasin où ces armes , livrées à la rouille , ont été conservées par les Ottomans comme des trophées de leur conquête.
L'autre édifice, dont on voit s'élever les cinq coupoles, est le Darab-Hané, ou hôtel de la monnoie , vaste et important établissement dont l'administration est exclusivement confiée aux Arméniens, nation dont l'austère probité contraste avec la fourberie des Grecs. On ne frappe dans les états du Grand-Seigneur que des pièces d'or et d'argent; et, quoique le cuivre y soit très beau et très abondant, l'usage n'est pas de l'employer dans la fabrication de la monnoie.
La cour est parsemée d'arbres plantés sans ordre et soigneusement entourés de grillages et de maçonnerie. Ce n'est pas que ces arbres aient rien de précieux, ou qu'aucune idée religieuse y soit attachée. On voit souvent les Turcs choisir et affectionner, sans autre raison que le caprice, un jeune arbrisseau produit au hasard, qu'ils cultivent pour amuser leur paresse; et l'on rencontre, principalement au bord des fontaines, des peupliers, des saules, étayés, abrités avec autant de soin que pourroient l'être dans nos jardins des plantes transportées à grands frais de climats étrangers.
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