‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 26 sur 87 · VUE DE LA SECONDE COUR INTÉRIEURE DU SÉRAIL · texte numérisé non relu

VUE DE LA SECONDE COUR INTÉRIEURE DU SÉRAIL

nom à la Porte Ottomane. L'Ambassadeur traverse la première cour, où différents corps sont rangés en haie. Parvenu à la porte de la seconde cour, d'où commence, à proprement parler, l'intérieur du sérail, il met pied à terre, ainsi que son cortège, le Grand-Seigneur ayant seul le droit de la traverser à cheval. Ici l'on peut suivre sur le tableau les détails que nous allons retracer.

Le premier interprète du divan se présente alors, et invite l'Ambassadeur à s'asseoir dans le grand vestibule au-dessous de cette porte. Cependant le Tchaouch-Bachi se rend au divan pour annoncer que l'Ambassadeur est entré au sérail, et pour disposer le spectacle dont il est d'usage que jouissent les ministres étrangers à leur arrivée dans la seconde cour. Plusieurs milliers de Janissaires, en habits de cérémonie et rangés en haie, s'ébranlent tout- à- coup, et courent se précipiter sur des plats de pilw^ (ris assaisonné avec du beurre ). On voit dans le tableau ces troupes alignées sur l'un et l'autre côté des plate -bandes où les cuisiniers du sérail posent les plats. Cette cérémonie a quelquefois plus d'influence qu'on ne croiroit sur les destinées de l'Empire Ottoman. En effet, quand les Janissaires ont un sujet de mécontentement^ leur première manière de l'exprimer est de refuser la distribution du pilaw; et il est arrivé plus d'une fois que de ce refus ils passent à une révolte qui remplit le sérail de meurtre et d'épouvante.

Le Tchaouch-Bachi revient bientôt après : il se place en avant du cortège, et conduit l'Ambassadeur et sa suite vers la salle du divan, nommée Coubbé-Alti, le dessous du dôme. Le Capidgilar-Kiayassi, grand chambellan, vient au-devant de lui, et l'introduit dans la salle du divan. Un banc couvert de drap d'or est disposé au fond de cette salle: le Grand- Visir s'assied au milieu; à sa droite se place le Capoudan-Pacha , grand amiral, et à sa gauche les deux Kazi-Jsker, grands juges de l'armée. Sur des banquettes moins magnifiques sont assis le Nichandgi- Pacha, ministre du chiffre impérial, et le Defterdar- Effendi, ministre des finances. L'Ambassadeur prend place, sur un tabouret couvert de velours, en face du Grand- Visir; debout, à ses côtés, sont les interprètes de la Porte et de l'ambassade, ainsi que le premier secrétaire de légation qui tient dans ses deux mains élevées les lettres de créance. Tout le cortège , aussi debout, entoure l'Ambassadeur. Au-dessus du siège du Grand-Visir est pratiquée une petite fenêtre grillée d'où le Grand-Seigneur peut voir, sans être vu, tout ce qui se passe dans l'assemblée.

Après que l'Ambassadeur assis a reçu les compliments du Grand-Visir, on dispose le Dwan, ou conseil. Le Tchaouch-Bachi, en qualité de grand maître des requêtes, vient se placer debout devant le Grand-Visir: il est assisté de deux maîtres des requêtes qui lisent les pièces. Il les présente au Grand-Visir, qui les décrète en y apposant son paraphe. Le Nichandgi-Pacha y trace le chiffre impérial, et le ministre des finances expédie les pièces nécessaires.

Le Reïs- Effendi, ministre des affaires étrangères, se présente alors et remet au Grand-Visir un rapport adressé au Grand -Seigneur, dans lequel il expose que l'Ambassadeur est dans la salle du divan , et demande à être introduit auprès de Sa Hautesse. Le Grand-Visir, après l'avoir lue, rend cette pièce au Reïs-Effendi , qui la plie.

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