‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 29 sur 87 · INTÉRIEUR D'UNE PARTIE DU HAREM DU GRAND -SEIGNEUR · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR D'UNE PARTIE DU HAREM DU GRAND -SEIGNEUR

de ces passions douces, et de cet exercice aimable de l'esprit, qui diversifient et prolongent les effets de la beauté. Mais ce seroit une erreur de croire que dans le harem du Grand-Seigneur la vieillesse soit livrée à une continuelle humiliation; c'est sur- tout à celles qui ont perdu l'espoir de rentrer dans le lit de leur maître que sont réservées plusieurs dignités et plusieurs charges qui créent pour elles des occupations dont elles ne manquent pas de s'exagérer Féclat et rimportance. L'une est l'intendante générale du harem, une autre est la trésoriere; celle-ci a la garde des bijoux, celle-là veille sur les bains; enfin d'autres ont soin du linge, de la garde-robe, de la cuisine, des appartements intérieurs. Entre cinq cents femmes qui peuplent le harem , il est toujours quelque objet d'ambition à poursuivre, et des brigues qui trompent leur ennui. Un privilège de la vieillesse chez ces femmes, c'est qu'elles peuvent sortir non seulement du harem, mais de la ville même, accompagnées de deux ou trois esclaves, vieilles aussi.

A l'occasion d'une autre Vue du harem, nous parlerons plus particulièrement de ce qui regarde les Sultanes sœurs ou parentes du Grand-Seigneur. Gelle-ci représente la partie du harem qui est occupée par les femmes de service dans l'intérieur. Nulle idée d'abjection n'est attachée à leurs fonctions domestiques; un regard du maître peut les élever subitement à un sort envié par toutes leurs compagnes. A la vivacité de leurs soins on s'apperçoit qu'elles ont toujours Fespérance de devenir les heureuses rivales de leur maîtresse. Dès que le Grand-Seigneur entre, elles s'élancent, ne souffrent point que Sa Hautesse mette le pied à terre, et portent l'indolent monarque, en veillant à ce que leur empressement ne lui devienne pas incommode. Les intendantes et les vieilles dignitaires observent l'impression que les esclaves produisent sur le Sultan, soit dans ces occasions, soit dans celles où elles montrent devant lui ce qu'elles peuvent avoir de grâces et de talents. Si l'une de ces esclaves a obtenu un coup-d'œil que l'expérience des vieilles dames juge tenir à l'affection ou au désir, elle est informée de son bonheur, soit par sa maîtresse qui fait semblant de s'en applaudir, soit par l'intendante'. D'abord on la confie à la gouvernante des bains ^; elle est parfumée des essences les plus exquises. La gouvernante de la lingerie^ lui apporte un paquet de chemises de soie : le mouchoir qui enveloppe ce paquet a probablement donné lieu à cette expression^ jeter le mouchoir; mais il n'est pas vrai que les Sultans aient coutume d'exprimer par ce signe leur amour, ou plutôt leur désir. Vient ensuite la gouvernante de la garderobe^, qui lui donne des robes magnifiques. Celle qui a la garde des bijoux^ ajoute ce luxe à sa parure; enfin la trésoriere^ lui donne une bourse remplie de petits sequins. C'est dans l'éclat de cette parure qu'elle est présentée au Grand-Seigneur par YOusta- Kadin, à laquelle ce complaisant office donne le premier rang parmi les dignitaires du harem. Cette entrevue ne réussit pas toujours à celle qui en attend sa fortune et sa gloire : un caprice l'avoit fait remarquer sous les habits les plus simples , souvent un autre caprice rend son maître insensible à tout l'éclat qu'elle a reçu d'une parure somptueuse; un signe d'indifférence ou de dédain dissipe son beau rêve. Inhumainement

^ Ousta-Kadiii. Hamamdgi-Ousta. ^ Tschamaschir-Ousta. Kaftandgi-Oiista. ^ Koutudgi-Ousta. ^ Hasnadâr-Oasta.

Page 1