‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 31 sur 87 · SOEUR DE SÉLIM III · texte numérisé non relu

SOEUR DE SÉLIM III

Dans l'Orient, les frères et les parents du souverain sont des captifs qui n'échappent à la mort que par l'abjection; point de sérénité pour eux s'ils n'ont pas convaincu leur ombrageux parent de leur incapacité politique. Dans leur enfance, on leur donne pour gouverneur commun un seul vieux Imam chargé de les instruire dans les principes de la religion musulmane : mais cette étude en suppose quelques autres. Les jeunes princes apprennent la langue arabe et la langue persane qu'il n'est permis à aucun Musulman un peu distingué d'ignorer : c'est d'après l'usage plutôt que d'après des principes raisonnés et des méthodes savantes qu'ils sont initiés à ces deux langues qu'on parle généralement à la cour, que le gouvernement emploie dans les actes publics, et qui forment des suppléments nécessaires à la pauvreté de la langue turque. Les fils même du Grand-Seigneur ne reçoivent pas une instruction plus étendue; mais on leur épargne du moins l'ennui d'une morne captivité. Dès qu'ils ont atteint l'âge de trois ou quatre ans, on leur rend quelques honneurs réservés à leur naissance : un de leurs privilèges est de suivre leur pere à la mosquée , portés sur un cheval et couverts d'un parasol qu'un officier du sérail tient au-dessus de leur tête. Le peuple leur donne à leur passage de grands témoignages de vénération et d'amour. On conçoit combien les rigueurs exercées sur les autres princes du sang ottoman ont du amener la décadence de l'Empire : il est même étonnant qu'elle ne l'ait pas précipitée davantage. Comment quelques ims de ces princes parviennent-ils à tromper le vœu d'un maître qui s'attache à les tenir dans un état voisin de l'imbécillité? Les soins qu'ils sont obligés de prendre pour écarter les ombrages du Grand- Seigneur ou de ses ministres, et pour défendre une vie perpétuellement menacée, exercent un peu leur esprit, tandis qu'on fait tout pour l'abrutir. Isolés entre eux, ils connoissent rarement les plaisirs de l'amitié. D'ailleurs ce sentiment pourroit-il naître entre des princes trop surs que si l'un d'eux parvient au trône , il pourra faire mourir tous les autres ? Si les plaisirs de l'amour leur sont permis , c'est avec des restrictions fâcheuses et cruelles : on ne leur accorde que des filles âgées qui doivent exciter foiblement leurs désirs, ou des femmes réputées stériles. Si quelqu'une d'elles accouche d'un enfant mâle, l'inexorable politique veut que cet enfant soit étouffé au berceau : tel est le sort des princes musulmans.

Il s'en faut de beaucoup que les filles, sœurs, nièces, ou parentes du Grand-Seigneur, soient traitées aussi rigoureusement que les princes de leur sang; chacune d'elles exerce dans son harem particulier un empire souverain. On se fait en Europe une idée trop

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