INTÉRIEUR D'UN SALON DU PALAIS DE LA SULTANE HADIDGÉ
pas dans l'intérieur du harem; c'est une faveur qui n'est accordée à quelques seigneurs musulmans que sur de puissantes recommandations. Cette loi est toutefois moins rigoureusement observée à l'égard des étrangers et sur-tout des artistes européens. M. Melling, en cette qualité, jouissoit d'un accès assez facile auprès de la Sultane: il a même quelquefois servi d'introducteur à des personnages éminents de la cour.
Tout homme autre que le Grand-Seigneur, reçu chez la Sultane, n'ose s'asseoir devant elle, ni même l'envisager, sans en avoir reçu la permission expresse. L'usage de la parole lui est interdit; les questions, les agréables propos, les protestations obligeantes, se font par écrit : une esclave est chargée des messages de l'un et de l'autre interlocuteur. Du reste la Sultane met tout en œuvre pour bien accueillir ses hôtes. Les divertissements de toute espèce leur sont offerts , ceux même qu'un goût délicat a perfectionnés en Europe : mais la pesanteur musulmane se laisse peu entraîner à l'attrait des beaux arts. La musique la plus harmonieuse est sans charmes pour l'oreille des Turcs. Cependant ils goûtent quelques romances et sont assez passionnés pour les marches militaires: ils ont retenu l'air de Malborough, auquel ils ont adapté des paroles de leur idiome. Il est plus facile d'amuser leurs yeux : ils observent avec une curiosité très attentive un instrument d'art mécanique et une machine ingénieuse. Une superstition absurde augmente encore leur éloignement pour les arts libéraux : un peintre, à les en croire, feroit un outrage à la divinité s'il traçoit la ressemblance d'un homme ou d'une autre créature vivante. Aussi ne voit-on sur les plus beaux lambris que des tableaux de fleurs et des ornements bizarres.
Ces visites cérémonieuses, que les dames européennes regarderoient comme une gêne insupportable, sont pour les princesses du sang ottoman une précieuse occasion de rompre la monotonie de leur existence, et de sortir de l'inaction apathique où les condamnent leur sexe et leur grandeur. Elles renouvellent ces distractions jusqu'à dix fois dans un jour; elles y joignent, comme nous l'avons dit ailleurs, des parties de campagne.