‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 34 sur 87 · LE JOUR DU BAÏRAM · texte numérisé non relu

LE JOUR DU BAÏRAM

Dans ce jour, lun des plus religieusement observés par les Musulmans, le Grand- Seigneur se rend à l'une des mosquées impériales. La cour ottomane n'a point de cérémonie plus pompeuse. Dès l'aube du jour, les principaux dignitaires de l'Empire se rendent au palais du Sultan pour féliciter Sa Hautesse sur cette féte solennelle. Leur privilège est de pouvoir baiser la robe du Grand -Seigneur. Depuis quelque temps ce privilège est restreint à trois personnages ; il y en avoit sept autrefois qui jouissoient de cette faveur, et qui tous , honorés du nom de Fisîrs, formoient le divan. Ce conseil a joui dune grande célébrité, et plusieurs publicistes l'ont regardé comme une sorte de barrière contre le despotisme. Le divan pouvoit sans doute mettre de grands obstacles aux volontés du Grand-Seigneur, lorsqu'il s etablissoit un concert entre le Scheykhul-Islâm, ou Moufti, et l'Aga des Janissaires; mais les Sultans ont fini par se mettre en garde contre les ligues de leurs ministres. Les charges des sept Visirs sont supprimées: le Moufti en conserve le titre, mais il n'assiste plus au divan. Les dignitaires qui sont admis à baiser la robe de Sa Hautesse le jour du Bairam sont le Grand-Visir, le Scheykhul-Islâm, et le Capoudan-Pacha , ou grand amiral. L'Aga des Janissaires est admis à lui baiser la botte , et se retire après cette cérémonie. Les autres grands de la cour ottomane vont chez les officiers du Grand-Seigneur, et y attendent que la marche commence pour se ranger et défiler à leur tour, suivant le rang qui appartient à chacun d'eux.

Occupons-nous maintenant d'une cérémonie qui peut donner une idée des pompes orientales; mais ne négligeons pas l'aspect du sérail, dont nous voyons ici la partie la plus imposante. Ce vaste palais est entouré d'une triple enceinte de murailles; la première est un mur élevé et crénelé, flanqué de distance en distance de petites tourelles. La porte principale de cette enceinte se nomme Babi-Humayoun , ou porte sublime, de laquelle le gouvernement turc a pris le titre de sublime Porte Ottomane. La seconde enceinte est un mur également flanqué de tourelles, dont la porte principale conduit à la salle où se tient le Grand-Seigneur : aussi est-elle nommée la Porte du Divan, Dans la troisième enceinte sont les appartements des femmes, ou le harem, et les jardins. La porte principale de cette enceinte a reçu un nom qui paroîtroit imaginé avec assez de galanterie, s'il avoit rapport aux habitantes du harem; ce nom cesl Bab-ul-Saadet^ ou porte de félicité : mais, comme cette porte est celle qui mené à la salle du trône, il est vraisemblable que ce nom exprime la suprême félicité de ceux qui sont appelés à contempler le Grand -Seigneur. Cependant que de rebelles, de furieux, d'assassins, ont franchi cette porte de félicité pour aller égorger ce maître si long-temps l'objet de leur terreur et de leurs adorations !

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