‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 35 sur 87 · MARCHE SOLENNELLE DU GRAND-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

MARCHE SOLENNELLE DU GRAND-SEIGNEUR

Cette gravure nous présente la porte sublime , dont le dessus est orné d'inscriptions arabes, ou maximes tirées du Coran. A cette porte on remarque le Kislar-Aga^ ou le grand Eunuque noir : c'est le personnage le plus distingué du sérail; mais dans les cérémonies extérieures il passe après le Silikhdâr-Aga , ou porte-sabre du Grand-Seigneur: l'un et l'autre de ces officiers ont rang de Pacha. Ce porte-sabre suit immédiatement le Grand-Seigneur; après lui vient le Kislar-Aga, qui termine la marche en distribuant de la monnoie au peuple. La manière dont Sa Hautesse est ici représentée a quelque chose de mystérieux qui plait à l'imagination : on se demande quelle est cette espèce de nuage blanc à travers lequel le Grand-Seigneur apparoît; en voici l'explication. Le Grand-Seigneur est entouré de ses gardes et d'une foule de pages dont le bonnet est surmonté de très grandes plumes blanches. De près, on ne peut apercevoir sa figure qu'à travers les ondulations de ces plumes ; aussi faut-il se tenir à une certaine distance du cortège pour bien observer le visage du Grand-Seigneur : on le remarque facilement à sa brillante coiffure surmontée d'une aigrette de plumes de héron , enrichie de diamants. Il est entouré de plusieurs corps de pages qui ont chacun un costume particulier; les uns ont leur bonnet tout en plumes, les autres tout en or : ceux-ci portent une hallebarde fort longue; ceux-là portent des tresses, et sont armés d'une hache. Quelque netteté qui règne dans un tableau où la confusion étoit si fort à craindre, nous ne pouvons nous attacher à en détailler tous les objets : mais ne quittons point la gauche du tableau sans avoir remarqué sur le devant ce cheval rétif que retient un Baltadgi^ et cet autre cheval richement caparaçonné, dont la tête est ornée de plumes; c'est un des chevaux de parade qu'un page à pied mené en laisse devant le Grand-Seigneur. Derrière ce cheval on voit un Zuluflu, avec ses tresses et son bonnet pointu; à côté de celui-ci, un Péïk, avec son bonnet, son doliman tout d'or, et sa longue hallebarde. A la gauche du Péik, plusieurs Turcs dans différents costumes, puis deux Janissaires en grand habit et bonnet de cérémonie , et deux pages dont les uniformes sont différents. L'objet le moins agréable de ce tableau est précisément celui qui, sans la rigueur des coutumes orientales, y répandroit les teintes les plus douces. Quelles sont ces figures immobiles rangées sur une longue estrade , et dont la tête et le visage sont couverts d'une mousseline fine et transparente, et tout le corps d'un feradgé, ou grand manteau de drap, qui les enveloppe entièrement.^ C'est dans ce triste et lourd appareil que les dames turques viennent jouir de cette cérémonie. Derrière elles on voit divers marchands de gâteaux; en avant, des Janissaires bordant le cortège; à travers la foule du peuple circulent plusieurs groupes d'Européens.

On remarque aussi la belle fontaine de la mosquée de Sainte-Sophie, qui est au centre de la place, et dont les eaux abondantes servent à l'approvisionnement du quartier, et aux fréquentes ablutions des Musulmans.

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