VUE GENERALE DU PORT DE CONSTANTINOPLE
Du côté de Forient la rive ne s'offre pas dans tout son développement ; le riche faubourg de Galata, opposé au Séi-ail^ ne se distingue que par sa haute tour et par un rideau de cyprès qui se prolonge du midi au nord. Au point où finit leur ombrage s'ouvre la baie dans laquelle sont établis l'arsenal et le chantier de la marine militaire; site intéressant dont une vue spéciale offrira les détails. Il en est de même
Ainalj-Kawak-Sérdi , bâti sur le cap qui couvre Fanse de l'arsenal.
A cette hauteur, le vaisseau qu'on voit à l'ancre dans le port désigne le point où le défaut de profondeur des eaux ne permet plus aux grands navires d'y pénétrer.
Dans la troisième sinuosité de la rive orientale s'élève un grand bâtiment quarré, du milieu duquel sort un dôme; c'est la fonderie des canons; et sur le promontoire qui s'avance parallèlement avec celui d'Aïnaly-Kawak-Séraï, la caserne des bombardiers se distingue par le minaret et la coupole qui surmontent le faîte des logements. Ce quartier est celui de Fimprimerie turque , du bureau typographique, de l'école de dessin, du dépôt des cartes, et d'autres établissements publics.
Des térébinthes, auxquels se mêlent des arbres à soie et des petits chênes, forment sur la hauteur une lisière d'ombrages qui domine les remises des chaloupes canonnières et tout ce rivage que le spectateur voit à sa gauche. Là finit le port; là on entre dans la rivière des Eaux-douces, Ce fond du golfe est parsemé d'îlots tels qu'on en voit ici , et dont le terrain spongieux et couvert de roseaux n'est abordé que par les goélands qui nagent à l'entour.
La nature animée n'est pas représentée moins fidèlement que la nature muette; et les scènes dont l'artiste a orné son premier plan sont puisées dans les mœurs nationales. Tel est le grouppe de femmes turques qui s'offre à nos regards. Un chariot traîné par des bœufs les transporte dans la campagne ; elles descendent auprès de quelque fontaine, non pour folâtrer, danser, ou fouler d'une course ai^ile les fleurs de la prairie, nul exercice ne leur plaît; elles ne veulent que changer de repos, et sur les gazons, sous un riant ombrage, leur indolence reprend la même attitude que dans le harem qu'elles viennent de quitter; un tapis étendu les reçoit. Respirer Fair pur, mouiller leurs lèvres d'une eau claire, ou prendre d'autres rafraîchissements, c'est l'occupation de plusieurs heures. Dans leur vie uniforme le moindre mouvement est un plaisir ; et en ce point nos Européennes les plus turbulentes ont moins d'avantage qu'elles ne croient sur ces paisibles musulmanes.
Les chameaux qu'on voit ici venant par le chemin des Eaux-douces, et allant gagner les hauteurs d'Eyoub, portent leur charge à Constantinople : ce n'est pas une caravane; mais leur marche en donne l'idée. Suivant la coutume , un baudet les devance , les chameaux aimant à suivre un autre animal. Un Arabe chemine à pied , servant de guide au premier qui est chargé des vivres et des ustensiles nécessaires aux voyageurs.
Quelques musulmans se tiennent sur le bord du chemin, venus, comme les femmes dont on a parlé, pour jouir de l'air et du calme des champs. Pour eux aussi les idées de peine et d'exercice se touchent, l'inaction est un signe de liberté et de dignité.