TANT EN EUROPE QU'EN ASIE
CoNSTANTiNOPLE, par Ics avantagcs de sa position, semble devoir commander à tout l'ancien continent. Au nord, la mer Noire, autrefois Pont-Euxin, lui donne le moyen de communiquer avec les pays septentrionaux; et vers le sud, la mer Méditerranée, que les Turcs appellent mer Blanche ^ et dont l'Archipel, autrefois mer Egée, fait partie, la rapproche des contrées méridionales et occidentales.
Ces deux mers se trouvent réunies par une autre moins étendue, appelée mer de Marmara, anciennement Propontide. C'est un vaste bassin dans lequel peuvent librement s'exercer des flottes entières ; il communique d'un côté à la mer Noire par le détroit ou canal de Constantinople , autrefois Bosphore de Thrace , et de l'autre à la mer Blanche par le canal des Dardanelles, auparavant THellespont. C'est à l'entrée du canal de Constantinople, du côté de la mer de Marmara, que s'élève cette ville superbe, à laquelle le détroit qui l'avoisine, ainsi que celui des Dardanelles, semblent servir de portes. Un courant assez rapide, qui descend de la mer Noire, traverse le canal de Constantinople, la mer de Marmara , et continuant par le canal des Dardanelles , vient faire sentir son influence jusque dans la mer Lorsque le vent souffle du nord, l'entrée de Con-
stantinople est ouverte aux vaisseaux qui viennent de la mer Noire; et, pendant toute sa durée , aucune voile ne sauroit remonter le canal des Dardanelles : le contraire a lieu lorsque le vent du sud domine; alors le canal de Constantinople est fermé, et les bâtiments arrivent facilement de la mer Blanche. Qu'on se figure ce que l'art a pu ajouter de difficultés aux obstacles qu'oppose déjà la nature, et Ton jugera dans quelle position forte et avantageuse se trouve la ville de Constantinople,
Le canal des Dardanelles est défendu par quatre châteaux , et des batteries dont les feux croisés ferment le passage aux vaisseaux de guerre étrangers, les obligent de rester en rade devant l'isle de Ténédos.
La capitale de l'Empire Ottoman a la forme d'un triangle; deux de ses côtés sont baignés et protégés par la mer, et le troisième est fermé par un double mur, construit sous les empereurs grecs, qui en défend l'accès par terre. Dans cette enceinte, s'élèvent en amphithéâtre des milliers de maisons bâties sur sept collines contigués, dont la crête est couronnée par les édifices publics. Rien de plus imposant, rien de plus majestueux que l'aspect de cette ville : chaque habitation est entourée de jardins qui rompent