CÉRÉMONIE D'UNE NOCE TURQUE
L'imagination aime à se reposer sur cette gravure quand on en connoit le sujet et les détails. Peut-on concevoir un plus agréable site pour une solennité où l'iiomme se présente avec tant de joie, et se promet tant de bonheur? Cette fontaine, ces arbres, ce palais, ce minaret qui s'élève dans les nues, ces deux rivages, cette mer qu'on découvre au loin , viennent à la fois égayer et agrandir cette noce qui nous frappe dans tous ces détails étrangers à nos mœurs. La figure des Orientaux semble avoir perdu quelque chose de sa gravité sévère. Ce n'est pas ici une cérémonie où dominent le respect et la crainte, et pourtant elle a un caractère religieux. Le mariage, chez les Turcs, se ressent des plus anciennes institutions de l'Asie , et produit quelques traits des mœurs patriarcales. Cependant, par un usage particulier, c'est ordinairement la mere de la fille qui vient faire la demande aux parents du jeune homme. Quand on est d'accord sur les principales convenances , on s'occupe du trousseau de la jeune personne ; la mere annonce tout ce qu'elle doit y fournir en linge, en habillements, en bijoux. Les parents du jeune homme déclarent ce qu'ils veulent ajouter au trousseau, et en remettent la somme sans délai. On fiance les jeunes gens; les cadeaux se font : ils consistent, de la part du jeune homme, en bijoux; de la part de la fille, en une chemise de soie, un caleçon de soie, et deux mouchoirs brodés. Les fêtes et réjouissances de noce précèdent la solennité du mariage, et durent ordinairement trois jours : ce sont des festins mêlés de danses et de musique. Les hommes y sont toujours séparés des femmes. Les parents et les amis font des présents aux nouveaux mariés. On ne manque jamais d'offrir un mouton à l'époux. La veille du mariage, les femmes, les parentes, et les amies de la future, la conduisent au bain : c'est un beau moment que celui où elle en sort; toutes les femmes concourent à sa toilette; ses cheveux sont séparés en une infinité de tresses, à chacune desquelles on attache des fils d'or, puis on attache sur sa tète toutes sortes de fleurs, et des inscriptions en vers qui sont un hommage rendu à sa beauté et à ses
grâces.
Nous avons vu que l'Iman remplit chez les Turcs des fonctions assez analogues à celles de nos curés : c'est lui qui règle le mariage. Il se rend chez les parents, les fait ranger sur les sofas, et, pendant la cérémonie, il leur recommande d'avoir tous les mains posées sur leurs genoux. Cette attitude est prescrite pour empêcher quelques sortilèges secrets que pourroit faire quelqu'un des assistants , et d'où pourroit résulter quelque obstacle à la consommation du mariage. L'Iman remplit également les fonctions de notaire ; il constate ce que chacun des deux futurs apporte en mariage. Toute l'assemblée se rend ensuite à la maison de l'époux, qui reçoit l'Iman à la porte, lui baise la main, et rend le même hommage à tous les parents et amis. Ce sont les femmes qui lui amènent l'épouse. A peine l'apperçoit-il , qu'il s'élance et l'emporte