‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 47 sur 87 · PRISE DU CHEMIN DE BUYUK-DÉRÉ · texte numérisé non relu

PRISE DU CHEMIN DE BUYUK-DÉRÉ

De quelque admiration, de quelque ravissement qu on ait été frappé en contemplant du rivage de la mer Constantinople et le Bosphore, on n'en considère pas avec un moindre intérêt les divers aspects que présente cette ville, aperçue de la campagne. En suivant le chemin de Buyuk-Déré qui mené à Péra, on la rencontre sans cesse, pendant l'espace de quatre lieues, sous des points de vue majestueux ou pittoresques. Tantôt elle se découvre dans toute son étendue; d'autres fois elle se dérobe en partie aux yeux, et ne laisse paroitre au travers du paysage que des échappées de vue pleines d'agrément. L'artiste a choisi dans cette estampe une des positions où elle s'offre aux regards avec le plus d'avantage : on la voit, en face du joli vallon de Dimitri, se déployer dans le fond d'un vaste tableau. Au premier aspect, la vue ne peut embrasser cette immense perspective, et l'imagination conçoit à peine l'idée de tant de grandeur et de magnificence. L'œil et l'esprit, un peu reposés de cette première impression, s'arrêtent avec plaisir sur les édifices qui s'élèvent au-dessus de la masse confuse des maisons, sur les dômes arrondis de ces mosquées, sur ces minarets si légers, si sveltes, qui s'allongent dans les airs comme des flèches aiguës, et qui mêlent quelque chose de gracieux à la majesté de ce tableau. On distingue la mosquée Suléimanié , bâtie par le sultan Soliman, et qui fait face, à droite, à la tour de Galata; Sainte-Sophie, et surtout la mosquée dite Sultan-Achmet , se font aussi remarquer. Pendant les nuits du Ramazan, Constantinople offre au voyageur qui l'aperçoit de loin un spectacle singulier, et qui semble merveilleux. Les minarets sont illuminés en rond à deux ou trois rangs; des cordes attachées d'un minaret à l'autre, et ornées de lampes de diverses couleurs, forment des dessins de toute espèce, tracent des vaisseaux à la voile, des emblèmes, des vers à la louange de Dieu et du prophète : la nuit dérobe le corps des objets, et ne laisse voir que des simulacres enflammés et suspendus en l'air.

Le vallon de Dimitri est orné de bocages et de jardins délicieux. A droite s'élève le village de Dimitri, sur le penchant de la colline; il s'étend jusqu'au sommet que couronne le cimetière des Grecs, enclos de murs et planté de cyprès. Ce village est renommé pour la pureté de Fair qu'on y respire : les malades vont y chercher la santé, surtout quand ils sont atteints des fièvres engendrées par l'humidité des vallées qui environnent Constantinople. Les femmes grecques y sont d'une beauté remarquable; on les dit fort sensibles aux plaisirs de l'amour. La fête du patron donne lieu, chaque année, à une foire qui dure quinze jours. Cette fête, moins brillante que tumultueuse,

VUE GÉNÉRALE DE CONSTANTINOPLE

attire une si grande foule qu'une garde nombreuse est occupée à empêcher les désordres.

Au bas du village et sur le littoral est établi l'arsenal de la marine, dans une anse assez profonde ; on y a creusé un très beau bassin pour le carénage des vaisseaux de ligne.

A gauche s eleve le faubourg de Cassem-Pacha, qui tient à l'arsenal : il est principalement habité par les gens de l'arsenal et de la marine; il est fort étendu en longueur, et touche au faubourg de Galata, au haut duquel s'élève une tour bâtie par les Génois, pour la défense de la ville, et qui a conservé le nom de tour des Génois. Aujourd'hui elle sert de corps-de-garde, où des officiers sont préposés au maintien de l'ordre public. Aux premiers signes d'un incendie ou d'un événement extraordinaire, l'alarme se donne par le bruit d'un tambour énorme, et, s'il fait nuit, par des feux allumés sur le sommet de la tour: aussitôt les gens de la garde sont envoyés sur les Heux pour porter du secours ou prêter main-forte; d'autres vont avertir le Janissaire- Aga et le Grand-Visir. Au fond du tableau, on aperçoit une partie du port de Constantinople, dans lequel sont mouillés des vaisseaux de ligne devant l'arsenal.

Sur le chemin de Buyuk-Déré, d'où cette Vue a été prise, on a représenté le carrosse d'un ministre européen, précédé d'un Janissaire à cheval qui lui sert d'escorte; des Européens au pied d'un arbre; d'autres se promenant avec des dames, chose inouie chez les Musulmans , et tolérée er, faveur des seuls Européens : car les Turcs étendent si loin, à notre égard, les privilèges de l'hospitalité, qu'ils ne s'offensent pas des inconvenances que nous fait souvent commettre l'ignorance de leurs usages.

VUE

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