INTÉRIEUR D^UN CAFÉ PURLIC
mans qui observent envers les Infidèles étrangers, et sur-tout envers les Européens, tous les égards de l'hospitalité, conservent une invincible antipathie pour ceux qui habitent les états du Grand-Seigneur : ils ne peuvent les considérer comme compatriotes , quoique depuis trois siècles et demi ils vivent dans le même climat et sous les lois du même souverain. Un Effendi, ou homme de lettres, est assis à côté du premier Derviche. Les Effendis se distinguent par un turban d une forme particulière, et par une écritoire qu'ils portent à la ceinture. Viennent ensuite quatre marins, dont le premier est un officier, et le suivant un écrivain de bord. Après le second Derviche, sont rangés un autre marin, un Rostandgi, et un Effendi qui termine le cercle.
Un Aga est au bas de Festrade : on le reconnoit à son costume et au poignard qu d porte à la ceinture; il salue le maitre du café en portant la main sur sa poitrine. On voit ce dernier, coiffé d'un long bonnet, assis à gauche sur une banquette, et fumant sa pipe : il est de la nation des Lazes, habitants des côtes méridionales de la mer Noire, aux environs de Trébisonde. C'est un peuple grossier, tout adonné à la pèche et au cabotage, et qui fournit à la marine de Constantinople un grand nombre de matelots.
L'artiste a représenté un homme de la même nation dans celui qui apprête le café, ministère important qui n'est confié qu'à des mains habiles. Dans les maisons opulentes, un domestique est exclusivement chargé de cet emploi. Les Turcs sont de grands consommateurs de café; ils le prennent brûlant, et se plaisent à en savourer le parfum : c'est une marque de politesse que d'en offrir aux étrangers dont on reçoit la visite.