PRISE DU FAUBOURG DE PÉRA
Du côté du golfe opposé au Sérail , et sur une colline d'où se découvre toute son enceinte, s'étend le faubourg autrefois appelé les Vignes de Péra, nommé par les Turcs Bej-Oglou. Les palais des ministres étrangers qui occupent ce lieu offrant des points commodes d'observation, cette grande Vue a été souvent dessinée, jamais peutêtre avec le soin et la fidélité expressive qu'on trouve ici. L'artiste a pris sa position dans l'hôtel de Suéde. Le faubourg de Galata, situé au-dessous de Péra , couvre le rivage depuis Egri-Kapoussi jusqu'à la tour à droite du spectateur. Déjà indiquée dans la Vue générale du port, cette plage est ici plus distincte.
La tour de Galata, élevée par les Génois, a été depuis exhaussée encore par les Turcs. Ses dimensions colossales, et la flèche reconstruite après l'incendie de 1794? réclament l'attention du voyageur; elle sert de beffroi pour les incendies; de la galerie qui entoure le faîte, un énorme tambour, nommé daoul , donne le signal d'alarme.
Un plus riche aspect nous appelle à l'autre rive. Deux vaisseaux s'avancent de la mer de Marmara, disposés pour doubler Sérdi-Bournou (la Pointe du Sérail), autrefois Acropolis, Ces murs, au-dessus desquels on découvre les mâts du second , sont ceux du harem d'été. Cet arbre isolé marque l'extrémité de l'Europe sur ce point. Deux tourelles, dont on voit les toits anguleux, flanquent la porte du Canon, Top- Kapou, Ces accidents caractérisent le lieu; et l'art les eût moins bien inventés que la nature n'a su les* placer.
Au- dehors du Sérail, et sur le quai régnant le long du port, vous remarquez un kiosque, que soutiennent douze colonnes de verd antique, reste précieux de la riche industrie des Grecs. Plus loin sont des hangars qui abritent quelques pièces d'artillerie d'ancienne forme et d'un très gros calibre. A côté se montre à nu le rempart du Sérail; et on distingue les tours inégales et de diverses formes qui le protègent, toutes marquées du sceau de l'art antique. En suivant le rivage, après les remises où sont les kaïk (bateaux) du Grand- seigneur , l'œil s'arrête sur deux pavillons, dignes par leur richesse d'une situation aussi belle. L'un et l'autre furent élevés par les ordres de Soliman II, l'un des plus illustres monarques ottomans, conquérant de l'Egypte et de Rhodes, la terreur des Hongrois et des Perses, et, ce qui est plus glorieux, ami de la justice et des beaux arts.
Le second de ces pavillons, Yaly-Kieuschk^ ressemble à une tente spacieuse; son faîte est une coupole surmontée du Croissant. Là chaque année le sultan donne l'audience