VUE D'UNE PARTIE DE LA VILLE DE CONSTANTINOPLE
de congé à son grand amiral, qui part à la tête d'une escadre pour aller recueillir les tributs de l'Archipel. De sa galère dorée le Capoudan-pacha descend et aborde, non sans crainte, le trône de son maître; prosterné, il lui adresse des paroles plus humbles encore que sa servile attitude. Il s'éloigne ensuite à pas lents: mais investi de grands pouvoirs, il touche à peine son bord, le canon tonne, la flamme de pourpre se déploie, tous les vaisseaux sont à la voile, et l'amiral en d'autres parages va commander les mêmes soumissions , et inspirer une égale terreur.
La description de tant de bâtiments que renferme le vaste enclos du Sérail appartient à d'autres Vues. Dans celle-ci, à l'exception dti divan que fait reconnoitre une tour quarrée, et du harem d'hiver qui l'avoisine, l'œil ne sauroit distinguer ces fabriques semées au hasard parmi des masses de plantations et d'ombrages qui cachent leur dehors ou déguisent leurs formes.
Au sommet de la colline, en dehors mais tout auprès des murs du Sérail, s'élève Sainte-Sophie, Aïa Sofia, ancienne et superbe église grecque, convertie en mosquée.
A gauche de Sainte-Sophie, derrière les murs du Sérail, on voit un bâtiment rond surmonté d'une coupole; c'est l'ancienne église de Sainte -Irène , dont il sera parlé ailleurs.
Une autre mosquée qui, à droite, se fait remarquer par ses six minarets, porte le nom de Sultan - Ahmed.
En continuant de parcourir les parties hautes de la ville, on rencontre un bâtiment quarré surmonté d'une petite coupole , auquel la tradition a conservé le nom de palais de Bélisaire; à côté est la colonne brûlée ^ monument antique élevé en porphyre.
La pointe de terre qui, vers la gauche, s'avance dans la mer, est l'ancien promontoire de Chalcédoine, que les Turcs appellent Kadj-Kieuïh , et qui se prolonge jusqu'à Fener-Bournou^ cap du Phare.
Au-delà de ce promontoire s'élèvent plusieurs lies de X Archipel des Princes,
Le prolongement des côtes d'Asie baignées par la Propontide forme le fonds du tableau. Après avoir suivi les courbures du rivage , l'oeil est conduit par une chaîne de hautes montagnes jusqu'à Y Olympe: tel qu'une immense pyramide il perce la nue; les sommets voisins semblent des parties de sa base. Les diverses sortes de végétation qui ceignent ses flancs à différentes hauteurs le partagent en trois zones; et des neiges éternelles couvrent sa tête , tandis que les nuages s'assemblent et que la foudre gronde autour de sa moyenne région.
Telle est cette riche vue : Constantinople s'y présente coijime nageant au milieu d'un bassin immense que forment les rives de deux continents , les eaux du golfe de Géras, celles du Bosphore, et les flots de la Propontide.