‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 56 sur 87 · VUE DE LA VILLE DE SCUTARL · texte numérisé non relu

VUE DE LA VILLE DE SCUTARL

Le faubourg de Péra est situé sur la pente d'une colline au-dessus de Galata. Il ne forme qu'une seule rue très longue, et si peu large que deux voitures ne peuvent s'y rencontrer sans être obligées de monter de part et d'autre sur les trottoirs qui n'ont guère au-delà de deux pieds et demi de largeur. Galata , grâce à Factivité et à Findustrie des négociants génois qui créèrent en quelque sorte ce faubourg, offre beaucoup d'anciens bâtiments construits en pierre de taille. Le nombre des Francs établis à Galata et à Péra peut être évalué à environ quinze cents. Les hôtels des Ambassadeurs à Péra sont en bois, à l'exception des deux palais de France, dont l'un a été construit pendant la légation de M. de Saint-Priest, et l'autre étoit auparavant le palais de Venise. Les maisons des particuliers sont également en bois; cependant quelques unes ont été rebâties en pierre depuis un incendie qui détruisit une partie de ce quartier.

Péra est bien dédommagé du peu d'agrément et de magnificence de ses constructions par les aspects dont on y jouit. L'artiste, pour les retracer dans leur plus grande étendue, place le spectateur sur un premier plan qui forme une scène très diversifiée. Plusieurs Européens et quelques interprètes habitants de Péra se promènent avec des dames sur une terrasse qui tient à une maison particulière. A droite , on voit commencer le faubourg de Galata, le quartier le plus peuplé et le plus commerçant de Constantinople. C'est là où les négociants ont spécialement établi leur habitation et leurs magasins; de nombreux vaisseaux indiquent le mouvement le plus actif. C'est le rendez-vous de tous les bâtiments de commerce. A gauche, sur le même plan, s'offre une fonderie de canons (Tophané) à laquelle les maisons de Péra sont contigués. La grande mosquée de Tophané occupe le milieu ; une coupole qu'on voit ensuite indique un bain public.

Si de là les regards se portent au loin sur le rivage d'Asie, ils distinguent d'abord la montagne de Boulgourlou, la plus élevée de celles qui dominent Constantinople. Là se trouve une source dont la salubrité est très vantée. On la nomme Sultan -Sou (eau du Grand-Seigneur ); c'est en effet la boisson accoutumée de Sa Hautesse. Les habitants d'un village qu'on voit au-dessous de cette montagne et qui porte le même nom ont pour principale occupation d'aller puiser Peau de Sultan-Sou, que les Turcs regardent comme l'un des meilleurs remèdes. Plus bas sont les douanes et les principaux magasins de Scutari. Cette ville commerçante se développe : on apperçoit sa grande mosquée ; on suit l'étendue de ses longs cimetières qui s'offrent de loin comme une forêt de cyprès et se prolongent jusqu'au promontoire de Chalcédoine. Celui-ci se termine par une langue de terre nommée Féner-Baktché (jardin du fanal). Une tour assez élevée y indique le port de Constantinople aux vaisseaux qui arrivent la nuit. L'amphithéâtre du rivage d'Asie est fermé par le village de Kadi-Kieuï , bâti sur les ruines de Chalcédoine.

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