‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 57 sur 87 · VUE DU CHAMP DES MORTS · texte numérisé non relu

VUE DU CHAMP DES MORTS

PRËS PÉRA

Quelque religieux que soient les Turcs, quelque dominés qu'ils soient par les affections domestiques, ils remplissent les devoirs funèbres envers leurs parents avec un excès de simplicité qui pourroit porter l'observateur superficiel à les accuser d'indifférence. Mais il faut observer que leur religion, à la fois sévère et contemplative, exclut toutes ces pompes qui exaltoient l'imagination des peuples anciens, et qui sont encore de nos jours employées dans les solennités chrétiennes. Elle rejette tous les secours qu'elle pourroit emprunter des beaux-arts. La prière leur tient lieu de nos plus imposantes cérémonies. Une statue, un portrait, qui, dans un lieu saint, leur rappelleroient l'image de l'objet le plus chéri, leur paroîtroient une profanation. Il se peut encore que les Turcs soient arrêtés dans l'expression de leurs regrets pour les parents qu'ils ont perdus, par ce flegme qui les caractérise, et dont leur orgueil se fait une loi. Ainsi, dans leurs funérailles, on ne voit point ces scènes de désespoir si ordinaires chez les anciens. Les parents ne suivent pas même le convoi: un seul Imam le conduit. Le corps est porté tantôt par des amis, tantôt par des mercenaires, et souvent par des hommes qui, voulant faire un acte de piété, se relayent pour remplir ce devoir.

Les Grecs ont, à cet égard, conservé la tradition des mœurs antiques. On voit encore à la suite des convois funèbres, des veuves, les cheveux épars, les vêtements en désordre, se frapper la poitrine et pousser des gémissements douloureux. Les femmes même, connues pour avoir eu les plus graves sujets de plainte contre leurs maris, affectent de donner le spectacle de ce deuil fastueux. Chez les Arméniens , l'usage est encore de louer des pleureuses pour accompagner les enterremens et représenter la famille du défunt.

Mais si les obsèques des Musulmans sont privées de tout appareil, on n'a jamais pu reprocher à leurs cimetières la barbare incurie qui a si long-temps souillé les nôtres.

C'est pour les Turcs le plus haut privilège que d'être enterrés dans des chapelles construites auprès d'une mosquée; ou plutôt ce privilège n'appartient guère qu'aux Sultans et à leur famille. Il arrive quelquefois, mais rarement, que les Grands-Visirs et les autres personnages éminents de l'état soient jugés dignes de cet honneur. Mais, si un grand a fait construire une mosquée, ou s'il lui a fait une donation considérable, un petit jardin clos lui sert de sépulture.

Les Turcs, dont la tolérance pour la religion chrétienne va jusqu'à permettre les cérémonies extérieures de cette religion dans les faubourgs de Constantinople, laissent aux Grecs, aux Arméniens, à tous les Francs, leurs cimetières particuliers. On y trouve la même distribution, le même genre d'ornements, les mêmes bosquets. Le cimetière

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