SÉJOUR HABITUEL DU GRAND-SEIGNEUR PENDANT L'ÉTÉ
La vue d'un palais oriental présente un vif attrait à la curiosité. Un despotisme immuable maintient une telle uniformité dans les usages, dans les arts et dans le luxe des empires d'Asie , que la demeure d'un monarque ottoman peut figurer à notre imagination celle des Ninus et des Artaxerce. Ainsi le monument le plus moderne se pare des couleurs imposantes de l'antiquité la plus reculée. Nous voulons le confronter avec les témoignages de l'histoire ^ avec les récits des voyageurs , et même avec ces contes qui nous sont familiers dès l'enfance, et dans lesquels les palais les plus magnifiques s'élèvent avec tant de rapidité. Enfin, guidés par ce penchant qui nous entraine vers tout ce que couvrent les voiles du mystère , nous brûlons de pénétrer dans cette enceinte redoutable où la volupté est placée sous la garde de la terreur.
Beschik-Tasch ^ séjour favori de Sélim III, est situé à l'entrée et sur la rive européenne du Bosphore. Pour expliquer l'élégante gravure qui représente ce palais, nous suivrons les indications de M. Melling ; et dans des descriptions faites d'après ses récits nous tâcherons d'imiter l'ordre et la vérité qui régnent dans ses tableaux.
Le vallon de Dolma-Baktché est le premier objet qu'on découvre à gauche de cette Vue. Du même côté sont trois kiosques bâtis sur pilotis , où l'on a ménagé pour le Grand -Seigneur un plaisir digne de l'indolence asiatique : il peut, en soulevant une trappe , pêcher à la ligne sans se déranger de son sopha. Des fleurs peintes sur les murailles , et d'autres ornements que le goût européen ne désavoueroit pas , donnent à ces pavillons un aspect plein de grâce et de fraîcheur. De riants parterres les séparent du Harem (demeure des femmes), dont on n'apperçoit ici que quatre corps de bâtiment, les autres étant cachés par les constructions des premiers plans. Nulle recherche, aucun ornement extérieur, ne distinguent ces bâtiments des maisons particulières; mais on les reconnoit à l'extrême élévation des fenêtres garnies d'un treillage très serré, et disposées de façon que les femmes puissent voir sans être vues. Si leur vanité souffre, au moins leur curiosité est satisfaite. C'est pour elles un jour de fête que celui où le Grand- Seigneur se rend par eau à l'un de ses palais d'été. Heureuses celles qu'il honore de son choix pour venir partager ses fortunés loisirs ! Il part au lever du soleil; les femmes s'embarquent entre neuf et dix heures. Réunies au nombre de dix ou douze dans des bateaux élégamment sculptés , dorés et peints de différentes couleurs , elles s'avancent comme les reines du Bosphore; mais ces reines sont prisonnières. A la poupe de chaque bateau est pratiquée une chambre couverte d'un drap rouge, ayant des lucarnes grillées et une porte que l'on ferme au cadenas dès C[ue les femmes y sont entrées. Deux eunuques noirs debout, l'un devant, l'autre derrière cette chambre, les surveillent, écartent les regards profanes, et chassent toutes les barques à une distance
PALAIS DE BESCHIK-TASCH.
respectueuse. Au départ et à l'arrivée du cortège , des Bostandgis dressent de hauts paravents qui , tenant d'un côté au bateau et de l'autre au harem , forment un couloir étroit pour le passage des femmes, qu'ils dérobent à tous les yeux. Le grand pavillon, à gauche duquel est un parterre, et dont le rez-de-chaussée offre une galerie de colonnes gothiques , est l'entrée du harem et des appartements du Grand-Seigneur.
Sans doute on éprouvera une piquante surprise en voyant ce palais oriental embelli par un kiosque d'une architecture qu'on ne trouve plus dans des contrées où elle brilloit autrefois. On dissertera peut-être un jour sur cette partie de Beschik-Tasch, et des étrangers lui feront l'honneur de la prendre pour un monument des Grecs. Ce kiosque et la galerie au milieu de laquelle il s'élève ont été construits pour Sélim III par M. Melling , alors architecte de la sultane Hadidgé , sœur de ce monarque. L'appartement de la sultane Validé, auquel aboutit l'extrémité droite de la galerie, est encore l'ouvrage de M. Melling, ainsi que le quai long de trois cents pieds, orné d'une balustrade , et le plus beau qui borde les rives du Bosphore. Le kiosque , bâti en bois et soutenu par huit colonnes de marbre blanc d'ordre ionique , s'avance sur toute la largeur du quai. La galerie est d'ordre corinthien. Sélim III , qui montrait pour les arts européens une préférence dont la superstition lui a fait un crime , applaudit à ce genre d'architecture , et accorda à M. Melling la distinction d'une pelisse , jusque-là réservée aux ambassadeurs ou à des étrangers au service de Sa Hautesse.
Le kiosque persan, à la droite du tableau, est bâti en pierre, et revêtu extérieurement de faïence dans toute la partie au-dessus du rez-de-chaussée; les eaux y ont été rassemblées avec un luxe qui va jusqu'à la profusion; entre les fenêtres elles tombent dans des coquilles de marbre d'inégale grandeur et disposées en pyramide. Au milieu du pavillon est un vaste bassin d'où s'élancent plusieurs jets d'eau. Les plafonds et les panneaux sont couverts d'arabesques d'une finesse admirable.
Les personnages qu'on voit au- dehors du palais sont des Itchoglan (pages) et des Agalar (officiers de service); ils profitent des heures où le Grand-Seigneur est dans son harem, pour se récréer et fumer à leur aise. Cette Vue présente encore d'autres détails tels que la chaloupe d'un navire, le bateau du Kizlar-Aga qu'on se dispose à remiser , et des signaux alignés à une certaine distance du rivage que les bateaux publics ne doivent point passer par respect pour le Souverain.
L'artiste n'a pu qu'indiquer ici par des masses d'arbres les jardins de Beschik-Tasch. Vastes et bien distribués , mais mal entretenus , ils exhalent des parfums délicieux quand l'ombre du soir descend, quand les premières gouttes de la rosée tombent sur les jasmins à fleurs doubles que le défaut de culture n'empêche pas de s'y multiplier. Tous les sens sont alors enivrés à la fois; l'air retentit de divers instruments, du chant des oiseaux, et du bruit des vagues du Bosphore. L'horizon à demi-voilé ne retranche quelque chose d'une immense perspective que pour rendre le reste plus doux et plus facile à contempler. Mille plaisirs différents annoncent que l'heure dt la volupté est arrivée, et disposent l'ame à en recevoir les plus vives impressions.
PALAIS DE LA SULTANE HADIDGÉ
À DEFTERDAR-BOURNOU.
evons
Avant de nous occuper du site et du palais représenté dans cette gravure, nous d( saisir l'occasion qui nous est offerte de rapporter l'origine des relations de M. Melling avec la sultane Hadidgé. Cette princesse, sœur du sultan Sélim III, avoit toujours été l'objet de la plus tendre affection de son frère. C etoit à elle qu'il confioit le plan judicieux qu'il avoit conçu pour familiariser par degrés les farouches Musulmans avec les arts et la civilisation de l'Europe. Elle entra dans tous ses goûts. Elle avoit obtenu de pouvoir visiter une charmante habitation et des jardins fort agréables, que M. le baron de Hubsch, chargé des affaires du roi de Danemarck, avoit fait construire dans le village de Buyuk-Déré. Les jardins sur-tout la frappèrent vivement; elle conçut le plus vif désir d'en avoir de semblables; mais où trouver à Constantinople un artiste qui put satisfaire au désir de la Sultane? M. le baron de Hùbsch lui désigna M. Melling, qui accepta cette commission. Cet artiste ne connoissoit alors ni la langue ni les usages ottomans; on lui donna un interprète. Il pressentoit combien^ dans le palais même de la Sultane, il auroit de préjugés à combattre. Son début fut en effet contrarié par de petites persécutions subalternes; il prit la résolution de ne se prêter à aucune lâche complaisance. Ce fut avec un grand étonnement qu'on le vit, au bout de quelques jours, s'éloigner brusquement de ce palais. La Sultane, à laquelle il avoit déjà eu l'honneur d'être présenté, marqua le plus vif mécontentement à la nouvelle de son départ; elle ne douta point que les mauvais procédés de ses officiers n'en eussent été la cause. M. Melling, rendu à sa liberté, assistoit à un bal chez M. le comte de Ludolf, ministre du roi des Deux- Siciles, lorsqu'il vit arriver un Baltadgi de la Sultane, qui venoit le conjurer de revenir. Notre artiste y consentit. Son retour fut marqué par des témoignages de considération que l'on n'obtient guère dans de tels lieux, si on a le malheur de se laisser intimider. Il reprit son ouvrage avec ardeur. La Sultane desiroit changer les ornements de l'intérieur de son palais; M. Melling exécuta en relief, avec de la cire, ceux qu'il proj etoit. La Sultane les vit, et en parut très satisfaite. Le plan du jardin avoit été exécuté. M. Melling reçut le titre d'architecte de la Sultane, et on lui assigna des appointements fixes. Il s'occupa de changer tous les ornements de l'intérieur du palais. Une simplicité élégante fut substituée à un luxe de dorures et de couleurs qui ne laissoient point de repos à l'œil. Chaque jour il s'avançoit dans la confiance de la princesse : il avoit fait des progrès dans la langue turque; il eut des relations directes avec la Sultane; elles ^voient lieu par le moyen d'une correspondance. La Sultane écrivoit une demande qu'elle faisoit porter à M. Melling par un officier qui venoit rapporter la réponse. Cette correspondance se faisoit en langue turque, mais en caractères européens; M. Melling
PALAIS DE LA SULTANE HADIDGÉ
les avoit fait connoître à la Sultane , qui apprit en peu de temps à en faire usage. L'interprète fut renvoyé.
Le Grand-Seigneur rendoit souvent des visites à sa sœur; il vit avec beaucoup de satisfaction le travail de M. Melling, et il chargea cet artiste de construire pour lui, à Beschik-Tasch 5 un kiosque dont l'intérieur devoit être orné à l'européenne. Comme la Sultane cherchoit toujours quelques nouveaux moyens de divertir son auguste frère, M. Melling lui proposa de construire un jardin en forme de labyrinthe. La Sultane sourit à cette idée, et se montra impatiente de la voir exécutée. Le labyrinthe fut planté de lilas, de rosiers, d'acacias, qui s'élèvent fort haut dans ces contrées, et qui se prêtent à toutes les formes que le ciseau veut leur donner. Les sinuosités en étoient tellement imaginées, que presque tous les sentiers ramenoient au centre, et que les moyens de sortir se découvroient difficilement. Le sultan Sélim, malgré toute sa gravité, s'amusa beaucoup de toutes les erreurs de ce petit dédale. Ce fut un jour d'alégresse et de folie que celui où la Sultane fit entrer les jeunes filles attachées à sa personne dans ce labyrinthe. Après les premiers moments donnés aux jeux, elles cherchèrent des issues pour rentrer dans le harem. Ramenées sans cesse au même lieu, elles se croyoient au pouvoir d'un enchanteur; mais la prison leur paroissoit agréable, le jardin retentissoit de leurs éclats de rire, et des appels inutiles qu elles faisoient à leurs compagnes. Quelques unes d'elles qui parvinrent à trouver la seule issue jouissoient malignement de l'embarras des autres. Enfin elles recouvrèrent successivement la liberté; et, depuis ce temps, la plus grande faveur qu'elles pouvoient demander à la Sultane étoit la permission de se promener dans le labyrinthe.
liC Basch-Aga, premier Eunuque du harem de la princesse, voyoit avec un extrême déplaisir le crédit de M. Melling : il s'emportoit à chacune des innovations proposées ; et tout embellissement dans le goût européen lui paroissoit contraire aux lois du Coran. Il n'étoit pas cependant lui-même un si sévère observateur des préceptes du Prophète, qu'il ne vint quelquefois boire du vin grec chez l'artiste auquel il portoit envie ; enfin son dépit alla jusqu'à la fureur, et il osa s'emporter contre la princesse elle-même. M. Melling, qui se promenoit alors dans le jardin, avoit entendu toute la dispute dont il étoit l'objet; il écrivit sur-le-champ à la Sultane, et lui annonça la résolution où il étoit de sortir pour jamais d'un lieu où il n'espéroit plus pouvoir être respecté, puisque la Sultane ne savoit pas s'y faire respecter elle-même. La délibération ne fut pas longue; la Sultane prit son parti avec vigueur; et, dès le lendemain, le Basch-Aga fut jeté dans un bateau sur le Bosphore, pour être conduit dans un exil fort éloigné, d'où il ne lui fut jamais permis de revenir. La Sultane fit construire par M. Melling un petit hôtel en architecture régulière : on le voit, dans la gravure, à côté du grand palais de la Sultane.
C'étoit à M. Melling que plusieurs Ministres étrangers s'adressoient pour obtenir la faveur d'entrer dans l'intérieur du palais et dans le jardin de la sultane Hadidgé. La Sultane ne se montroit point; mais elle leur faisoit servir des confitures, du café, des sorbets : elle avoit même souvent la complaisance de se retirer à l'extrémité de son harem pour leur laisser voir l'intérieur de son appartement, et même sa salle de bain,
PALAIS DE LA SULTANE HADIDGÉ
qui étoit ornée de marbres de toutes couleurs, et où le goût le plus pur s^allioit avec la magnificence. M. le comte de Ludolf , en sortant de visiter les jardins de la Sultane, avoit trouvé dans son bateau de beaux présents qu elle y avoit fait placer suivant l'usage oriental: cétoient plusieurs schalls de cachemire, diverses pièces d'étoffes de l'Inde très riches, des mouchoirs brodés, des pastilles du sérail, et des flacons d'essence de rose. M. de Ludolf chargea mademoiselle sa fille d'aller offrir à la Sultane un présent qui consistoit en objets d'orfèvrerie et de }:*jouterie d'une grande valeur et d'un travail précieux. Le jour où cette demoiselle fut présentée à la Sultane, cette princesse recevoit la visite de son auguste frère. Le Sultan avoit un vif désir de se former une idée des talents d'agrément que possèdent les dames européennes. Mademoiselle de Ludolf étoit accompagnée de mademoiselle Amoreux, fille de l'ancien consul de France à Smyrne. La première de ces demoiselles joignoit une charmante figure à la taille la plus élégante: elle étoit dans toute la fraicheur du jeune âge; son maintien étoit plein de décence et de dignité. Mademoiselle Amoreux étoit une jeune brune très spirituelle, et dont la figure mobile contrastoit singulièrement avec le calme de sa belle compagne. Présentées l'une et l'autre à la Sultane, cette princesse mit beaucoup de grâce à les prévenir, à les interroger, et à les féliciter : elle avoit fait apporter une harpe. Mademoiselle Amoreux joua différents airs avec goût et avec légèreté. Les morceaux sérieux et savants' n'obtenoient qu'une assez froide approbation; ceux dont le chaut étoit vif et gai charmoient toute l'assemblée. Ces deux jeunes personnes dansèrent ensuite avec beaucoup d'agrément des ménuets et des allemandes. Le Sultan, placé derrière un paravent grillé^ voyoit ces demoiselles sans en être vu. M. Melling, chargé de leur transmettre les témoignages de la satisfaction du Sultan, fut étonné de voir combien Sa Hautesse savoit se conformer à toutes les convenances. Ces deux jeunes personnes, en se retirant, reçurent de la Sultane des présents fort précieux et proportionnés au rang de leurs pères.
M. Melling étoit chargé non seulement de tout ce qui étoit relatif à l'architecture et au dessin, mais aussi de l'examen de tout ce qui étoit acheté pour le harem. Madame Melling fut aussi chargée de diverses emplettes.
Le Sultan se passionnoit de plus en plus pour les arts européens. M. Melling venoit d'achever le kiosque de Beschik-Tasch, dont il a été donné une description particulière dans cet ouvrage. Le Sultan, charmé de cette élégante construction, se proposoit de récompenser M. Melling par le titre d'architecte de Sa Hautesse, que demandoit pour lui la sultane Hadidgé. Différentes vues qu'il avoit faites des sites du Bosphore plurent tellement à ce prince et à sa sœur, qu'on lui fournit tous les moyens de compléter cette collection; et c'est là l'origine d'un ouvrage que le public a si favorablement accueilli. Enfin le Grand-Seigneur conçut le projet de faire bâtir un palais magnifique dans le goût européen, à la pointe du sérail de Constantinople. Les plus beaux marbres se trouvoient à la disposition de rarchitecte; on ne devoit épargner aucune dépense pour rendre €e monument digne de la plus admirable position de l'univers. M. Melling se sentit effrayé d'une si grande entreprise; et il consulta M. Kauffer, architecte consommé dans son art, que M. le comte de Choiseul-Gouffier, ambassadeur de France à Constan-
PALAIS DE LA SULTANE HADIDGÉ
tinople, avoit amené avec lui, et qui venoit d'entrer au service turc. Celui-ci s'offrit avec empressement pour concourir à 1 érection de ce palais. L'invasion inopinée de l'Egypte par les François fit évanouir l'espérance des deux architectes ; on ne s'occupa plus que de la guerre. Le ministère n' avoit rien préparé pour repousser cette agression; indigné contre les Francs, il condamna toute amélioration dans le système européen. M. Melling s'éloigna, non sans regret, du palais de la princesse.
Nous n'avons plus maintenant qu'à donner la description de la planche qui nous occupe, c'est-à-dire du palais de la Sultane, à Defterdar-Bournou.
On y voit d'abord une aile de bâtiment, dont les croisées sont sans grille ni treillage, qui est consacrée au logement du Basch-Aga , ou Eunuque noir de la Sultane. Ce bâtiment est hors de l'enceinte du palais de la Sultane. L'appartement du Basch-Aga est à Fentre-sol , et le premier est destiné à recevoir les officiers qui accompagnent le Grand- Seigneur dans les visites qu'il fait à la Sultane , et qui le quittent à la porte du palais : le Grand-Seigneur peut seul y entrer.
Ensuite vient ce joli pavillon construit sous les ordres de M. Melling, dont les croisées sont garnies de treillages qui cachent la vue des femmes. Ce pavillon communique par une longue galerie découverte, également grillée dans le milieu et surmontée d'un kiosque soutenu par deux grands piliers de bois qui posent dans la mer. En levant une trappe dans ce kiosque, on peut prendre le plaisir de la pèche à la ligne. Là commence le palais de la Sultane , composé uniquement d'un entre-sol ou rez-de-chaussée et d'un beau premier. Les pièces s'étendent dans toute la longueur, et se composent d'appartements destinés à différents usages. Au centre se trouve un appartement affecté uniquement au Grand-Seigneur, qui ne s'ouvre que pour lui, dans lequel il est reçu lorsqu'il vient voir la Sultane sa sœur, et où il passe quelquefois plusieurs jours. C'est dans l'enclos du palais que se trouvent les jardins de la Sultane. Ce palais se prolonge ainsi jusqu'à un mur élevé qui le sépare d'un corps-de-logis destiné au Pacha, époux de la Sultane, lorsqu'il habite Constantinople. Il n'y a qu'une seule porte au rez-de-chaussée, qui communique de ce corps-de-logis au palais de la Sultane, et cette porte ne s'ouvre que par le grand Eunuque noir, d'après l'ordre de la Sultane, et lorsque le Pacha est mandé par elle.
Au-delà de ce corps-de-logis, également séparé par un second mur élevé, se trouve un autre corps de bâtiment qui sert d'habitation au Sultan -Kiaïassy, ou intendant général de la maison de la Sultane ; c'est son premier officier de l'intérieur. M. Melling avoit son appartement dans le corps-de-logis du Pacha d'Erzeroum.
En avant du palais on voit en mer le bateau de la Sultane, armé de cinq rameurs, La princesse a derrière elle un Eunuque noir; devant elle, deux dames pour accompagner; et plus bas, deux esclaves. Un bateau destiné aux femmes de sa suite la précède, armé de trois rameurs , dont le premier crie à haute voix l'ordre de se ranger pour laisser passer facilement le bateau de la princesse. Plus loin, on voit deux petits bateaux de promeneurs.
KIOSQUE DE BÉBEK,