‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 65 sur 87 · SUR LE BOSPHORE · texte numérisé non relu

SUR LE BOSPHORE

-M. Melling a voulu faire connoître le Bosphore avec une fidélité qui put satisfaire à la fois le navigateur qui a parcouru ou qui se propose de visiter ces parages, l'ami des arts qui a souvent regretté que les paysages les plus renommés de l'univers fussent placés si loin de lui, le géographe judicieux qui recueille tout ce qui intéresse la prospérité des empires, l'historien qui veut se faire une idée exacte des lieux où ils ont subi leurs plus grandes révolutions, enfin l'homme d'état , Fhomme de génie qui étudie les moyens de rappeler les peuples et les contrées à leur première splendeur. Cette Vue, prise sur le canal, présente le point où les côtes d'Europe et d'Asie sont le plus rapprochées. L'artiste, pour saisir ce vaste tableau, s'est placé sur un kaïque venant de la mer Noire, et se dirigeant vers Constantinople. L'attention se porte d'abord sur la scène pittoresque qu'offre le rivage d'Europe; à l'aspect d'un élégant amphithéâtre où des bosquets surmontent d'autres bosquets, on est tenté de regarder le château qui le domine comme un asile de paix et de plaisirs où vient se reposer le puissant monarque qui règne sur ces mers ; cependant c'est une prison. Le château qui lui correspond sur le rivage d'Asie a également cette destination , ils ont été tous les deux bâtis par des empereurs grecs. Le premier se nomme Roumeli-Hissar; \e: second, Anadoli-Hissar, M.'di^ oublions un moment ces deux châteaux.

Dans l'intention de désigner une partie du Bosphore qui passe pour très abondante en poissons, l'artiste nous montre une pêche dont il rend les détails avec une grande vérité. A côté de cette scène animée on en voit une plus recueillie : une fontaine entourée de saules pleureurs ajoute à toutes les images agréables qui se réunissent ici. Les bateliers de cette rive, lorsqu'ils ont fait une course un peu longue, se dirigent vers la fontaine avec joie; ils viennent s'y désaltérer, se reposer, et oublier leurs fatigues. Souvent c'est un devoir qui appelle ici les passants; tout y invite l'homme à remercier le Créateur ; on voit entre les saules des Turcs en prières , d'autres s'y préparent par l'ablution. C'est le propriétaire de la maison la plus voisine qui a fait construire cette fontaine; sa demeure annonce l'opulence; les saules de Babylone, les mûriers , les micocouliers , entourent ce riant asile ; deux cyprès qui s'élancent avec une heureuse rivalité dominent sur ces masses de verdure. On retrouve les mêmes ornements, la même fraîcheur, le même luxe de jardins dans une longue suite de maisons de campagne qui s'élèvent sur le Bosphore. L'art le plus simple suffit pour seconder la nature dans un lieu si favorisé par elle. Entre les arbres de toute espèce

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