‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 73 sur 87 · PRAIRIE DE BUYUK-DÉRÉ · texte numérisé non relu

PRAIRIE DE BUYUK-DÉRÉ

nades à cheval se livrent, lorsqu'ils trouvent un lieu favorable: on en donnera ailleurs une description détaillée.

Les dames turques sont assemblées à l'écart; les unes, dans le premier plan, sont assises sur le gazon émaillé de fleurs; d'autres, suivies d'une esclave, s'avancent vers le même lieu ; encore plus loin d'autres sont réunies à l'ombre des platanes. On voit dans le second plan deux dames européennes qui se promènent; elles ont un costume élégant et léger que la mode dirigée par le goût a emprunté des anciens Grecs , et que rien ne rend dangereux pour elles sous cette douce température.

Un autre détail de cette Vue fournit un contraste remarquable entre les usages de l'Europe et ceux de l'Orient. Un Araba, voiture de campagne trainée par des buffles, et qui s'avance sur le chemin , conduit et cache des femmes du pays. Une voiture brillante, attelée de quatre chevaux, et arrêtée à l'ombre, indienne que les Européens de distinction prennent communément ce lieu pour le but de leurs promenades.

Passons maintenant à quelques détails topographiques.

La prairie de Buyuk-Déré, qui s'étend à près d'une demi -lieue depuis la rive du Bosphore, se présente ici dans toute sa largeur entre une tuilerie à gauche du tableau, voisine du village du même nom, et le village de Kéféli- Kieuïh à droite, dont le minaret se détache d'une masse d'arbres qui environnent la mosquée. Cette partie de la prairie est traversée parle chemin de Constantinople; l'hiver on en suit un autre qui passe par Kéféli-Kieuïh. Près de ce village un torrent se jette dans le Bosphore en passant sous un mauvais pont de pierre qui n'est pratiqué que par les bêtes de somme; en été ce torrent ne forme qu'un ruisseau très étroit et par-tout guéable, mais dans la saison des pluies il grossit, et une partie de ses eaux débordées se précipite alors sous un pont de bois qui plait par son extrême légèreté.

Nous ne terminerons pas cette description sans parler d'un groupe majestueux de

platanes qui s'offre comme un seul arbre dont le contour immense peut couvrir les

banquets de plusieurs familles. Il est composé de onze platanes qui , réunis par une

base commune, ne forment qu'un faisceau. Il y en avoit autrefois dix-sept: la foudre

en a frappé quelques uns , les autres se sont rapprochés davantage.

D'anciens voyageurs rapportent que de leur temps on voyoit dans cette prairie des

restes de monuments et quelques inscriptions qui rappeloient le séjour des Croisés en iog6 , lorsque le défiant Alexis qui régnoit à Constantinople refusa l'entrée de cette ville aux défenseurs de la foi. Il est constaté que Godefroi de Bouillon y fît camper ses troupes. On regrette que le temps n'ait pas épargné des monuments qui consacroient le souvenir de ces pieux guerriers , dont les noms sont immortalisés par l'histoire et les belles fictions de la poésie.

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